Vous aimez la musique ? Pour ce chapitre, je recommande Pretty Little Gangster de Ryder. :)
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Quatrième cliché
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Les deux dernières semaines avaient été erratiques. La fin de la promotion de son film Espions n'avait pas apporté le repos espéré, quand les contrats publicitaires et les interventions dans des émissions de télé s'étaient enchaînés. De plus, son agent avait déjà prévu la suite, lui dénichant un nouveau scénario susceptible de l'intéresser. Maintenant, il devait reprendre les séances d'entraînements pour se préparer à un nouveau rôle d'action. Son personnage lui plaisait, alors il voulait lui rendre justice, et délivrer la meilleure interprétation possible. Le temps était compté avant le début du tournage, et ses heures de sommeils devenaient de plus en plus rares, et précieuses.
Exténué, il entra dans son agence, la Chuusaki, avec des lunettes noires afin de cacher les cernes qui s'agrandissaient de jour en jour sous ses yeux. Il salua poliment les personnes qu'il croisait, et une fois l'ascenseur arrivé à son étage, il se permit d'enlever les lunettes ridicules. Tous les autres acteurs ici travaillaient avec acharnement. C'était une armée de pandas cernés qui occupaient ces lieux, alors il n'eut pas peur de faire tâche.
- Oh, Uchiha-san ! Vous avez entendu la nouvelle ? s'exclama une jeune actrice en s'approchant.
- Mayuri-san, salua-t-il accompagné d'un mouvement de tête.
- Je n'arrive pas à croire que vous teniez debout avec votre emploi du temps ! lança la jeune femme en examinant son visage, l'air impressionnée.
- Je me pose la même question, affirma-t-il, perplexe.
- Ah, oui ! La nouvelle. Satoru-san m'avait dit pour votre prochain film. Et ce matin, avant d'arriver, je suis allée au salon de coiffure. Apparemment, votre prochaine partenaire à l'écran n'est autre que Sakura Haruno ! Elle ne s'arrêtera jamais, plaisanta-t-elle.
- Hm. DarkPink, huh ? commenta-t-il, pensif.
La DarkPink était l'agence rivale de la Chuusaki. Depuis des années, les deux agences produisaient les meilleurs acteurs sur le marché, sans qu'aucune de prenne vraiment la place de numéro un. Il n'était pas vraiment intéressé par ce genre de chose, mais il savait que toute l'équipe de tournage le serait. Il voyait déjà les membres du staff marcher sur des œufs autour de lui et de l'actrice aux cheveux roses si reconnaissables. Il était peu banal que des acteurs des deux agences se croisent sur des tournages, car les dirigeants et fondateurs des deux géants étaient connus pour se détester cordialement.
- Je vois, conclut-il.
L'actrice rit un moment, peu étonnée par son manque de réaction, et le félicita une dernière fois avant de s'en aller. Il continua sa route, et croisa un groupe de jeunes femmes s'extasiant devant les pages d'un magazine. L'une d'elle le vit, et le salua de la main.
- Itachi-san, votre frère cadet est vraiment canon. Ca court naturellement dans votre ADN, pas vrai ? railla-t-elle en lui lançant un clin d'œil taquin.
Il finit par sourire. Il avait l'habitude des remarques de ses charmantes collègues ou du personnel de l'agence. Tout le monde jouait de son physique, sûrement parce qu'ils appréciaient qu'il n'ait pas la grosse tête pour autant. Alors ils jouaient les fans et le complimentaient de façon joueuse. En revanche, le groupe de filles rameutées autour du magazine semblait réellement apprécier son petit frère. Et qui résisterait à un physique pareil. Après tout, Sasuke était un Uchiha. Il en avait la posture, la présence, le charisme, l'élégance et surtout cette attitude imperméable aux futilités esthétiques du monde extérieur. Il jeta un coup d'œil sur les pages du magazine, où son frère prenait la pose, fier, concentré, regardant l'objectif droit dans les yeux de ses prunelles perçantes. Quelque chose lui fit néanmoins froncer les sourcils. L'une des photos, où son frère posait la chemise ouverte, l'alarma. Sasuke semblait avoir perdu du poids. On lui voyait les côtes. Et, lui vivant, jamais il ne laisserait son cadet affamé. Il se doutait que le jeune homme avait un emploi du temps aussi chargé que le sien, mais il était une véritable mère poule. Concerné, il décida de prendre des nouvelles de son petit frère adoré. Il lui fallait simplement trouver un endroit tranquille où il pourrait sortir son téléphone sans être dérangé ou sollicité. Après tout, à part son petit frère et l'agence, personne ne connaissait son numéro de téléphone, et il aimait les choses ainsi. Il avait demandé à Sasuke de faire de même, mais sans insister car l'autre l'aurait fait de toute façon, peu intéressé dans une chose telle que « se lier d'amitié », ce qui n'était pas pour le rassurer, lui. Il trouvait son petit frère bien isolé. Si lui se permettait quelques aventures, et avait de bons amis dans son milieu, il doutait que son frère ait jamais partagé un seul café avec qui que ce soit.
Arrivant dans un espace où peu de monde circulait, il décida d'entrer dans un local à fournitures qui prenait tout l'espace central de l'étage. Il savait par expérience que la porte qui débouchait de l'autre côté ne s'ouvrait que de l'intérieur. Aussi, il pénétra dans la pièce sombre et ferma la porte derrière lui. Il soupira silencieusement, et déboutonna les premiers boutons de sa chemise. Ce fut lorsqu'il s'apprêta à prendre son téléphone de la poche de son blazer qu'il remarqua quelque chose à travers les étagères remplies de matériel. Dos au mur, à côté de la deuxième porte, se tenait Ino Yamanaka, l'actrice la plus populaire de son agence. La jolie blonde portait une élégante robe blanche avec des fleurs bleues imprimées, surmontée d'un gilet bleu également, et le tout serré à la taille avec une ceinture marron large en cuir. Elle avait aujourd'hui tressé ses longs cheveux en une natte, tout en laissant une mèche couvrir la moitié droite de son visage, tandis que les mèches rebelles à gauche étaient maintenues par une petite pince bordeaux.
Itachi remarqua tout de suite que quelque chose n'allait pas. L'actrice avait la tête baissée, mais il l'apercevait se mordre la lèvre. Ses poings serrés tremblaient légèrement, et son corps se crispait par moment. Intrigué, il resta dans l'ombre. Lorsqu'il tendit l'oreille, il surprit une conversation qui avait lieu de l'autre côté de la porte à côté de laquelle la blonde se tenait. Un groupe de fille, à en juger par les voix.
- Tu as raison. Je n'en peux vraiment plus de saluer cette conne ! Pour qui elle se prend ? Je suis bien plus vieille qu'elle !
- Pareil ! Elle s'attend vraiment à ce que tout le monde la traite comme une reine ? J'en vomirais !
- Hahaha, ce qui serait drôle, c'est que les rumeurs avec Haruno soient vraies. Ca me dirait bien de me servir de l'autre bubble-gum pour faire tomber cette blondasse.
- Depuis le temps, ils devraient arrêter de lui donner des rôles. Qui ne se lasse pas, sérieusement ? Qu'elle crève !
- J'suis sûre qu'elle couche pour réussir, là, avec ses yeux de biches ! Pas moyen qu'elle ait jamais sucé pour obtenir un rôle ! C'est la pire actrice qui soit !
- Urgh ! Son jeu m'écœure ! Elle prend de la drogue ou quoi ? Je viens à peine d'arriver, et clairement, je suis mille fois meilleure qu'elle ! Pétasse !
Itachi fut soufflé. Il avait beau avoir l'habitude de la compétition dans son milieu, il n'imaginait pas ses collègues si haineuses. Ses poings à lui aussi se serrèrent, et sa mâchoire se crispa. A ses yeux, rien ne justifiait des propos aussi dégradants et insultants. De plus, les commentaires cuisants n'avaient rien d'objectif. Il fallait être aveugle pour ne pas se rendre compte du talent de la Yamanaka. Il regardait peu la télévision, mais il avait déjà eu l'occasion de la voir jouer. Ino Yamanaka était bonne actrice.
Un sanglot l'interrompit dans ses pensées. Des remarques fusèrent de l'autre côté de la porte, accusant la jeune femme blonde des pires vices. Ino semblait incapable de fuir loin de tout ce venin lancé gratuitement dans son dos. Ces filles la massacraient purement et simplement. Qu'auraient-elles dit si elles avaient su qu'Ino écoutait toute leur conversation ? Il était en colère. Ce genre de bassesse n'était pas digne de qui que ce soit. Il s'avança, les sourcils froncés, vers la blonde. Il vit une larme couler sur sa joue. L'actrice sentit sa présence, et releva la tête, prise par surprise. Ses yeux étaient remplis de larmes, ses lèvres pincées, et son nez rougi. Une envie soudaine de détruire quelque chose prit place en lui. A la place, il saisit la blonde par le poignet et l'attira à lui, l'enlaçant fermement.
- Tu n'as pas besoin d'écouter ça, murmura-t-il dans l'oreille de sa collègue.
La jeune femme trembla un instant dans ses bras, étouffant avec peine ses sanglots. Elle plaça ses mains glacées sur son torse, et le poussa faiblement.
- Je n'ai pas besoin de ta pitié. Casses-toi ! le rembarra-t-elle sèchement.
- Têtue comme une mule, souffla-t-il.
Il la reprit dans ses bras et posa une main dans les cheveux blonds. La conversation continuait derrière la porte, et il ne savait pas quoi faire pour empêcher l'actrice détruite dans ses bras d'en entendre plus. Mais Ino ne sembla pas vouloir de son aide, et le repoussa à nouveau, toujours avec aussi peu de force. Il était évident à ses yeux que l'autre craquait, et tentait de le cacher.
- Si tu tiens à tes couilles, laisse-moi tranquille, Uchiha !
Les mots se voulaient invectivant, mais la voix de la blonde se brisa à la dernière syllabe. Il la considéra un instant. Dans les yeux bleus, une lueur de détermination flasha. Ino utilisa la manche de son gilet pour tamponner son visage puis tira de son sac en bandoulière une paire de lunette qu'elle installa d'un geste expert sur son nez fin, cachant ses yeux rouges. Elle leva le menton, hautaine, et le dépassa. Il la vit hésiter une seconde devant la porte, avant qu'elle ne quitte la pièce, s'éloignant des voix mauvaises des actrices qui n'avaient visiblement pas fini de la prendre pour cible.
- Tu n'as pas besoin de prétendre devant moi, murmura-t-il pour lui-même.
Il n'avait pas eu le temps de lui adresser ces mots, mais il se promit de le faire un jour. Ce n'était pas un secret que le monde de l'entertainment pouvait être destructeur, et il appréciait sincèrement la blonde, la croisant de temps en temps. Il savait bien que sa personnalité difficile n'était qu'une façade qui ne convainquait que les gens que cela arrangeait. Mais avec lui, Ino Yamanaka était bien souvent courtoise et lumineuse, bien plus détendue qu'en compagnie d'autres collègues féminines.
D'un geste de la main, il ouvrit son téléphone. Après un long soupir, il se décida à contacter son frère. Sasuke aussi avait peut-être besoin de son aide, et il répondrait présent.
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Le bruit de la circulation lui donna la migraine. S'il devait choisir l'aspect qu'il détestait le plus dans le fait de travailler à Tokyo, c'était bien d'être coincé dans la circulation en permanence. A travers la vitre teintée, il voyait les gens s'affairer comme des fourmis ouvrières. L'image le fit sourire en coin. Il calla son menton dans sa main, son coude reposant sur la portière du van, et observa la foule massée sur le trottoir. Ses pensées le guidèrent hors du temps, et se fut Kasaki Uri qui le ramena sur terre.
- On arrive, Uchiha. Je ne peux pas rester avec toi, alors je saluerai simplement Yubi-san. Seiro doit commencer son contrat publicitaire aujourd'hui, on se verra demain.
- Hn, répondit Sasuke comme à son habitude.
Il suivit l'agent dans les bureaux de la Light Art, et le laissa faire la conversation avec le directeur. Un nouveau livre érotique était posé sur le bureau. Il en aurait presque ri, mais rester dans son mutisme était bien trop tentant. Le personnage du directeur lui plaisait. L'homme avait l'air d'être un quarantenaire coincé dans le corps d'un vieillard avec la mentalité d'un sale gamin. Et grâce à l'étrange personnage, il allait pouvoir arroser le photographe arrogant de son charisme et lui faire regretter sa façon de lui parler.
Les événements à l'Imperial Hotel lui revinrent néanmoins en mémoire. Ce jour-là, il avait dû rencontrer un client particulièrement grossier, un certain M. Itoshi. Comme à son habitude, Kasaki l'avait encore planté là, répondant à un autre de ses poulains. La présence de paparazzis lui avait fait perdre son sang-froid, et, en fuyant la chambre de l'homme qui venait de prendre son bon plaisir en utilisant son corps mal nourri, il était tombé sur ce même photographe irritant. Bien sûr, il ne lui avait pas laissé le choix, et s'était réfugié dans sa chambre. Seulement, il s'était sentit mal, et était encore légèrement embarrassé d'avoir poussé l'autre à l'aider.
'Oy, tu fais de l'hypoglycémie. Depuis quand t'as pas mangé ?'
L'ironie lui donna envie de gerber. Comment se faisait-il qu'un pouilleux comme le blond soit plus perceptif que son agent ? Kasaki Uri ne s'intéressait absolument pas de savoir s'il mangeait. Et pour cela, il avait pris la situation à son avantage. Cela faisait plusieurs mois qu'il passait des journées entières sans avaler quoi que ce soit. Cela le rendait faible, et cette faiblesse réveillait une colère sourde en lui. Et il aimait cette violence qui habitait ses pensées. Il n'essayait pas à proprement parler de s'affamer, mais il se félicitait silencieusement le soir, en rentrant chez lui, quand il apercevait à quel point il abandonnait son propre corps. Malgré cela, personne n'avait fait de remarque. Il n'était pas inhabituel d'être maigre pour un mannequin. Probablement qu'on prendrait encore des photos de lui s'il n'était qu'un cadavre pourrissant au sol.
- Uchiha, Sai To, ton maquilleur, va arriver. Suis-le. Je m'en vais. Merci, Yubi-san.
Sasuke releva la tête, et regarda son agent partir sans un regard pour lui. Un garçon de son âge environ, la peau pâle comme un mort, et des cheveux noirs comme les siens, entra. Il lui tendit la main et se présenta. Il ne répondit rien et le suivit. Bientôt assis sur un tabouret, il laissa le brun faire son maquillage et lui parler de ses tenues. La salle était vide, ce qui lui sembla étrange pour un studio aussi prisé. Son regard se perdit sur les vêtements rangés sur des rails. Le maquilleur sembla comprendre ses interrogations muettes, et pencha la tête vers lui, curieux.
- Hum… Uchiha-san. Je ne demande pas cela pour vous effrayer mais… avez-vous d'une quelconque façon mis en colère Uzumaki Naruto?
Il arqua un sourcil, et planta ses yeux onyx dans ceux du maquilleur.
- Hahaha, rit l'autre, visiblement gêné. C'est juste qu'il ne recevrait jamais un mannequin seul. C'est assez…mauvais signe ? De toute évidence, vous avez dû faire quelque chose d'inapproprié pour le décider à vous recevoir sans assistant.
Sa fausse politesse hérissa Sasuke. Ses yeux s'étrécirent tandis qu'il jaugeait le brun. Son sourire le dégoûtait. Il lui importait peu ce que l'Uzumaki pensait. Dans quelques minutes, il lui ferait avaler son arrogance et le remettrait définitivement à sa place.
- Tu es maquilleur. Maquille, menaça-t-il.
Si le brun était choqué, il n'en laissa rien paraître, et se remit à sa tâche en silence. Il eut envie de soupirer de satisfaction mais se retint. Après tout, l'autre avait des pinceaux à deux millimètres de ses yeux. Il était dédaigneux, mais pas téméraire. Lorsque cela fut fini, il entra dans le studio, et fut surpris de l'ambiance tamisée. Le décor était beaucoup plus simple, et l'éclairage bien plus maîtrisé. Même ses tenues n'étaient pas aussi extravagantes que celles des jumeaux qu'il avait aperçus la dernière fois. Cependant, il respectait le choix du photographe. De toute évidence, il avait cerné son style sans effort. Et puis il venait non pas pour un concept mais pour son book. Sasuke n'aurait pas été étonné d'apprendre que le blond avait tout de même fait des recherches sur lui. Il avait beau être insupportable et vulgaire, il devait reconnaître que l'Uzumaki était très professionnel, à défaut de le montrer à travers sa garde-robe ou son vocabulaire.
Sai l'amena au photographe, toujours vêtu comme un bon à rien à l'université. A nouveau en gilet à capuche bordeaux et en bermuda noir, le blond le salua froidement. Il ne répondit pas, et se contenta d'un sourire en coin accompagné d'un bref hochement de tête. Il entendit le maquilleur souffler « je comprends » à l'autre et fronça à nouveau les sourcils. Mais le brun s'éclipsa aussitôt, le laissant parfaitement seul avec le photographe.
- Bien. Uchiha-san, commençons, énonça de sa voix claire le photographe.
Sasuke fut étonné de voir que le blond le traitait comme n'importe quel client. Une fois encore, ses cheveux dorés et de grosses lunettes de style cachaient son visage, alors il ne pouvait pas voir l'expression du photographe. Il décida d'entrer dans le jeu. Le blond semblait plus jeune que lui, et il le dépassait d'une tête, mais il devait apprécier sa maturité dans l'instant présent. Le photographe le dirigea, d'une voix douce et limpide. Rien ne laissait transparaître leur conflit. Aucune mention ne fut faite de l'hôtel.
Il ne l'aurait jamais avoué pour tout l'or du monde, mais il prit plaisir à prendre la pose pour le blond. Il le trouvait rafraîchissant, et presque attentionné dans sa façon de le guider. Jamais il ne vit le regard du photographe, mais il savait qu'il était sincère. Il ne jouait pas d'une politesse fausse comme son collègue maquilleur.
Parfois, il le regardait changer d'objectif et en profitait pour l'analyser, pour essayer de comprendre ce que pensait l'autre et pourquoi son attitude était si détachée. Il en fut presque vexé. Il était venu pour lui faire la misère, mais à la place, il passait un bon moment. Et ça, ce n'était pas sensé arriver. Jamais. De ses prunelles onyx, il détailla les mouvements de l'autre, apprécia une nouvelle fois sa façon de bouger. Le blond était plus fin que dans ses souvenirs. Sa taille était étroite, et il devinait qu'en dépit de son allure athlétique, le photographe devait être léger comme une plume. Peut-être s'il n'avait pas des allures de geek pouvait-il être en réalité agréable à regarder. Il ne le saurait jamais, n'ayant pas la chance d'apercevoir clairement le visage de l'autre. Mais lors de leur première rencontre, il avait bien vu les lignes de sa mâchoire bien dessinée. Ses cheveux d'or sentaient un mélange de miel et de pêche.
'Sasuke, ta gueule.'
Il était évident qu'il trouvait l'Uzumaki attirant. Il était gai, après tout. Ce sale clochard vulgaire était aussi celui qui avait sacrifié son repas pour lui sans un mot. Il était parti comme un voleur car il n'avait pas su quoi dire, tout simplement. L'alcool n'avait pas aidé, et être Uchiha signifiait que jamais, ô grand jamais, il ne remercierait quelqu'un d'aussi agaçant que le blond. Mais il était déstabilisé face au photographe, à présent. Sa personnalité semblait plus complexe que lorsqu'il l'avait vu la première fois, passionné puis hors de lui en l'espace d'une seconde.
- Hm, c'est tout pour aujourd'hui, annonça l'Uzumaki en hochant la tête.
Un peu décontenancé de n'avoir pas eu l'occasion de sortir tout son jeu d'Uchiha supérieur, Sasuke alla se rhabiller. Il retourna ensuite dans le studio. Dans un coin, sur un ordinateur, le blond consultait les photos. Sans siège, le blond s'était juste penché, les coudes sur le bureau tandis que sa main droite cliquait sur la souris de temps en temps. Il se permit d'admirer le fessier du blond, profitant d'arriver dans son dos. Il fut presque excité quand il vit le photographe se tortiller légèrement, gêné par la position, mais se ressaisit bien vite. Après des années passées à se demander s'il n'était pas tout simplement asexué, ce n'était pas le moment d'être en chaleur à la vue d'un moins que rien. Sasuke ne bandait presque jamais. Ses seuls rapports sexuels étaient ces moments de pure autodestruction qu'il permettait, saoul ou drogué, dans les mains d'hommes pervers ayant l'âge de son père. Mais il préférait ne pas penser à son père. A part cela, il avait couché dans sa jeunesse avec quelques filles et garçons, mais sans grand enthousiasme. Il ne ressentait rien pour personne. Le plus proche de la notion de sentiment s'éveillant en lui devait être la timide affection qu'il éprouvait pour son frère. Jusqu'à ce que ce dernier ouvre la bouche et babille des stupidités. Tout ce qui semblait rendre heureux les gens, dans leurs rapports, lui semblait inaccessible et vain. De toute façon, il se refusait la moindre chose agréable. Il ne voulait pas du bonheur. Ce n'était qu'une faiblesse. Il n'éprouvait d'allégresse qu'en se faisant souffrir. Sa jouissance était cette sensation d'être malade qui l'habitait souvent après s'être assuré qu'il détruisait le peu de raison et de santé mentale qu'il lui restait. Ses rares moments d'euphorie, il les vivait en inscrivant un nouveau nom à l'encre rouge dans son carnet.
- Ah, Uchiha-san. Vous pouvez consulter vos photos sur mon ordinateur, proposa poliment le photographe.
Quelque chose dans le ton du blond lui sembla étrange. Il s'approcha, et le photographe se décala sur le côté pour lui laisser l'accès à l'ordinateur portable. Ses photos s'étalaient sur tout l'écran. Il fut soufflé par les clichés. Ses poses parfaites, bien sûr, il ne les devait qu'à lui-même, mais il y avait quelque chose de spécial qui se dégageait du travail de l'Uzumaki. Curieux, il s'empara de la souris, et cliqua sur plusieurs photos afin de les agrandir. Son visage se décomposa rapidement. Son sang se glaça dans ses veines, et il lui semblait qu'il ne respirait plus. D'apparence flatteuse à cause de son corps, les photos ne l'étaient plus du tout lorsqu'il consultait son visage. Le photographe avait capturé non pas des expressions contrôlées et charismatiques, mais son naturel. Et son visage naturel était effrayant. Dans son regard, sa bouche entrouverte, la position de sa gorge exposée, se mélangeaient luxure et noirceur. Devant lui, son visage figé sur photo lui répondait, lui exprimait toute la laideur de sa personnalité. Il se trouva soudain répugnant, exposé ainsi. Il semblait pouvoir lire dans ses yeux photographiés tout l'immondice et la répugnance qui formaient son quotidien. Toute la froideur de sa personne se répandait sur les clichés. Il était malsain, et c'est exactement ce qu'avait capturé l'Uzumaki. Il ne faisait plus aucun doute sur les photos qu'il cachait des ténèbres brumeuses, envoûtantes et à la fois pétrifiantes.
Il glissa son regard vers le côté. Le blond, toujours debout, analysant sûrement sa réaction, le regardait, l'air satisfait. Il se sentait aussi bien fiévreux dans sa complaisance à voir sa vie sombrer au plus bas que tourmenté par le fait d'être exposé au grand jour. Il comprit qu'il avait perdu. Il était venu pour donner une leçon au photographe, et cela s'était retourné contre lui. Sa folie ne lui appartenait qu'à lui. Il refusait qu'on le découvre aussi facilement. Pas par le blond. Pas par ce gamin que son orgueil avait voulu remettre à sa place. Courroucé, il se releva subitement, et attrapa le photographe par le bras. Il l'envoya dans le mur, et plaqua sa main gauche à côté de la tête de sa victime. L'Uzumaki gémit, le souffle coupé par l'impact.
- Super blague, connard, cracha-t-il.
Le blond essaya de se dégager, mais il le plaqua à nouveau contre le mur. Son regard aurait pu désintégrer le photographe s'il en avait eu le pouvoir. Sa colère le nourrit à nouveau, emplissant son corps d'un doux sentiment de violence.
- Tu vas détruire toutes ces photos. Maintenant, ordonna-t-il.
Il toisait de haut l'Uzumaki, profitant de sa taille. Mais ce dernier ne semblait pas moins furieux que lui de se faire traiter ainsi. Il réitéra son mouvement et se dégagea, avant de le jauger avec dédain.
- Tch ! Vos désirs sont des ordres. La faute ne me revient pas si tu supportes pas ton propre « visage », railla-t-il, content de lui.
Le sourire du blond avait à présent quelque chose de cruel, presque démoniaque. Sasuke ignorait comment la séance qu'il avait jugée agréable avait pu résulter en des photos pareilles. L'autre l'avait manipulé, et il n'avait aucune idée de la façon dont il s'y était pris. Il avait cru l'autre doux et serein, prêt à mettre leurs différents de côté, mais de toute évidence, il s'était fourvoyé. Cependant, Sasuke était loin d'être bon perdant. Il quitta le studio en claquant la porte, et alla rejoindre le bureau du directeur où Kasaki était revenu. Il répondit sèchement à l'agent quand celui-ci lui demanda quand est-ce-qu'il pourrait récupérer les clichés, et il repartirent dans un silence pesant au parking où leur mini-van attendait. Dehors, le soleil l'aveugla lorsqu'il voulut entrer dans le véhicule. Des bruits de pas résonnèrent derrière lui, et il pivota.
- Uchiha-san ! appela le photographe dont les cheveux dorés reflétaient la lumière du soleil comme un trésor.
Il serra les poings, prêt à en découdre avec le blond, mais celui-ci fut plus rapide et plaça un objet dans sa main droite. Il baissa les yeux et regarda la pochette plastifiée. A l'intérieur se trouvait une photo de lui, ainsi que la carte de visite de l'Uzumaki.
- Les photos sont détruites, promis. Mais gardez celle-là. Lorsque vous serez prêt, contactez-moi pour une nouvelle séance. La prochaine fois, vous aurez sûrement changé de visage, expliqua-t-il.
Le photographe lui parut presque timide tout à coup, comme si d'être dehors au grand jour le mettait mal à l'aise. Parmi les mèches en bataille masquant son visage, Sasuke pu jurer qu'il vit des rougeurs sur les joues du photographe. Toujours en colère, il décida de chasser sa curiosité, et hocha la tête avant d'entrer sans un mot dans le mini-van sur le siège derrière Kasaki qui semblait surpris de l'échange sans vouloir pour autant lui demander des explications, trop confortable dans son rôle de je-m'en-foutiste. Lorsque l'Uzumaki tourna le dos et repartit, Sasuke remarqua plus loin un homme en habits foncés, le visage caché par une casquette et des lunettes noires. Ebahi, il regarda l'homme se saisir d'un appareil photo et capturer l'image du blond qui rentrait à nouveau dans les studios. Il voulut ouvrir la portière du van pour prévenir le photographe, mais son agent ordonna à ce moment au chauffeur de démarrer. Il ne put que contempler, médusé, le voyeur faire sa besogne, et le blond marcher, complètement ignorant de ce qui se passait.
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Il entra dans le bureau de son patron, penaud, et s'installa en silence sur un sofa. Jiraiya leva les yeux du document dont il s'occupait, et il sentit le regard de l'homme sur lui tandis qu'il jouait avec les manches de son gilet, mal à l'aise.
- J'aurais dû m'en douter quand Sai m'a dit que tu le recevais seul, déclara l'homme aux cheveux blancs.
- Ahem… désolé ?
- Hahaha ! Tu n'es absolument pas désolé, Naru-chan! Comment s'est passée la séance, alors ?
- Hum… j'ai fini par détruire toutes les photos à sa demande, avoua-t-il, maintenant serein.
Son patron rit de plus belle. Il s'autorisa un petit sourire, et leva la tête. Il aimait beaucoup Jiraiya, et il savait qu'il serait vite excusé. Après tout, on ne lui refusait aucun écart lorsqu'il faisait sa tête d'ange.
- T'as d'la chance que j't'aime, gamin. Allez, file ! Ça m'apprendra à te forcer des séances, tiens !
- Merci l'vieux ! salua Naruto, déguerpissant avant que Jiraiya ne puisse faire une remarque sur son surnom.
Le reste de la journée défila à toute allure. Le soir, Naruto et ses deux amis firent à nouveau une séance privée, testant des concepts chics et glamour, parfois rétro. Comme à son habitude depuis un moment, il but plus que le rouquin et le maquilleur. Lorsqu'il fut temps de rentrer, un regard à sa montre le convainquit d'attraper un taxi à nouveau. Ils finissaient toujours plus tard que prévu, mais cela ne le dérangeait pas. A part ses trajets en taxi, il ne dépensait d'argent dans rien. Il gagnait bien sa vie, mais n'en profitait pas, toujours plongé dans son travail. Cela lui convenait ainsi. Très éméché, il tituba dans les ruelles près de chez lui. Le sol tanguait par moment, alors il avança lentement, silencieux dans la nuit. Lorsqu'il atteignit son appartement, il soupira de soulagement. Le besoin de sommeil se faisait violemment ressentir. Il poussa la porte d'entrée, et ne remarqua pas ne pas avoir eu besoin d'utiliser ses clés, puis s'avança dans le couloir jusqu'à sa chambre. Se rappelant de sa séance avec le mannequin arrogant qu'il avait piégé en beauté, il balança son sac en bandoulière au sol et fouilla dans les poches un instant. Il en sortit un unique cliché, protégé par un film plastique, et le contempla. Dessus, le brun apparaissait comme entouré par les ténèbres grâce à l'éclairage et au fond. Mais son visage semblait accueillir l'obscurité. Sa position était ouverte, et appelait comme un amant les ombres inquiétantes. Il était à la fois lascif, abandonné, et acceptait sa position. Ce n'était pas de la vulnérabilité qu'il dégageait, mais du plaisir. Même lui d'ordinaire si professionnel avait fait de son mieux pour cacher son trouble. L'Uchiha était vraiment quelqu'un à part. Jamais il n'avait vu une telle expression, comme un charme maudit. Il traça la ligne de ses clavicules du doigt, puis son bras plongeant entre ses jambes repliées, assit sur un tabouret noir.
'Urgh. Vomir. Vite.'
Naruto se précipita vers une étagère, et en dégagea un album sur lequel il avait écrit au marqueur permanent « La vérité derrière le visage ». Il l'ouvrit, parcourant rapidement les pages où s'étalaient des portraits, pour la plupart dédicacés par les modèles eux-mêmes. Tous ces clichés étaient des clichés naturels, qui retranscrivaient la personnalité réelle des mannequins qui avaient posé. Certaines pages ne comportaient qu'un cliché unique, d'autres deux clichés, le premier n'ayant pas satisfait le client, et le second, le montrant sous un autre jour. Ce n'était pas la première fois qu'il photographiait pour punir des mannequins trop présomptueux. Mais presque à chaque fois, il les vainquait, récupérant sa fierté. Et quelques fois, certains revenaient, comme transformés, et lui demandaient de réitérer l'expérience, cette-fois satisfaits de ce qu'ils voyaient en eux sur les clichés. Il ajouta à la fin de l'album la photo de l'Uchiha, inscrivit son nom, et se leva pour courir jusqu'à la salle de bain afin de se débarrasser de l'alcool dans son système.
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Bonjour ! Voici le nouveau chapitre ! :D Alors ?
Ouaip, mon Itachi est naturellement protecteur ici, hehe :P !
Ino va-t-elle se laisser faire ?
Sasuke va-t-il s'avouer vaincu ?
Et Naruto, son alarme à voyeurs va-t-elle s'enclencher ? -'
Merci encore une fois pour les commentaires, et pour les nouvelles personnes qui suivent l'histoire. Ça fait plaisir d'avoir votre opinion et votre soutien :) !
En réponse à Pxradise: Merci pour les compliments, tu m'en vois ravie, et j'espère que la suite continuera de te plaire :D ! Le rythme de publication, par contre, je ne suis pas trop certaine. J'essaye de publier plusieurs fois par semaine, mais en ce moment, je ne suis jamais chez moi le weekend, et en mai je suis à l'étranger et donc j'ignore si j'aurai internet... Il faudra peut-être que je songe à squatter dans des Starbucks pour pomper leur wifi xD ! A la prochaine !
En réponse à BB: Trop de compliments, encore une fois ! J'vais rougir :3 ! Ouais, moi aussi j'aime bien quand ils s'en foutent plein la tronche, Sasuke et Naruto. C'est leur meilleure façon de communiquer hahaha ! Je ferai de mon mieux, vraiment, pour poster vite. J'ai pratiquement terminé cette histoire, alors c'est juste une question de relire pour les fautes, pour le moment. J'aime bien "Au-delà de l'objectif", mais ça suppose que l'histoire est majoritairement du point de vue des photographes, je trouve. Mais en tout cas, c'est joli et ça sonne bien :D ! Merci !
Si vous suivez Ange Déchu: Je profite de mon temps libre aujourd'hui pour avancer sur le chapitre 20, mais j'ai vraiment beaucoup de choses à faire et de déplacements, particulièrement. Ça devient embêtant. J'aimerais terminer cette histoire avant la fin du mois, par ailleurs. Donc je vais me faire violence et profiter de mon temps chez moi pour avancer !
Merci de votre soutien ! Bonne semaine !
A la prochaine ! :D
