Vous aimez la musique ? Pour ce chapitre, je recommande FML de K Flay (Vanic Remix). Il y a une version d'une heure sur YT ;) !
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Cinquième cliché
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Les rues étaient désertes quand elle rentra chez elle, conduite par un employé de l'agence. Une fois chez elle, seule dans un grand appartement épuré comme un modèle de magazine, elle se défit de ses vêtements, ne gardant que son chemisier et ses sous-vêtements sur elle. Epuisée, elle s'affala sur le sofa de son salon, et se massa les pieds.
- Ite-te-te, grogna-t-elle, ressentant des douleurs après avoir porté des talons de douze centimètres toute la journée.
Des voix résonnèrent dans sa tête, mauvaises. Elle attrapa la télécommande qui avait échoué sur un coussin plus loin, et activa la radio, ou plutôt son mp3 encastré sur des enceintes design. La musique pop-rock se déclencha, remplissant la pièce d'une atmosphère qu'elle trouvait agréable. Mais peu importe le volume sonore, les échos des remarques, des jugements et des moqueries ne la quittèrent pas. Vaincue, elle trouva le courage de se relever et marcha les pieds traînants jusqu'à une commode. Elle ouvrit le premier tiroir, et en sortit une petite pochette transparente. Elle apporta l'objet au niveau de ses yeux, et contempla un instant les reflets de la lumière sur le plastique. La plupart de ses abat-jours étaient colorés, en tissu semi-opaque, ce qui laissait des lumières rosées et orangées se mélanger dans la pièce.
- La délivrance… murmura-t-elle.
A nouveau affalé sur le sofa, elle secoua la pochette, remuant le contenu. Des pilules colorées sautillèrent dans le paquet. Elle les trouvait presque mignonnes, mais c'était sûrement de la pure délusion. Machinalement, elle prit une pilule et la glissa sur sa langue, avant de laisser la pochette traîner sur la table basse. Elle soupira de bien-être, et s'enfonça plus profondément dans son siège, détendue. D'un geste, elle défit son élastique, et laissa ses longs cheveux blonds s'étaler autour d'elle, lui chatouillant les épaules. Peu de temps après, la drogue commença à faire son effet. Une douce fièvre s'installa, et elle eut chaud. La sensation exaltante se propagea dans tout son corps, qu'elle entoura de ses deux bras maigres, se roulant en boule, en position fœtale.
La musique l'enveloppa doucement. Elle suivit les paroles de ses chansons préférées un instant, puis son esprit s'égara. Elle repensa à Itachi Uchiha. Il était bien le premier à l'avoir vu sans son masque de confiance en elle et de supériorité. Le brun l'avait choquée, à la prendre dans ses bras ainsi. Personne ne s'autorisait à se montrer si proche avec elle. Par respect. Par crainte. Par indifférence. Par mépris. Mais jamais l'Uchiha ne l'avait ignoré, ni idolâtré ou dragué sans honte. Il aurait pu se le permettre, elle le trouvait très séduisant. Mais il n'était pas ce genre de personne superficielle. Le brun était peut-être le seul collègue avec lequel elle se sentait normale. Ils auraient pu être camarades à l'école tant le naturel avec lequel elle s'adressait à lui différait de son attitude contrôlée en publique. Car lorsqu'elle sortait de chez elle, Ino plaçait sur son visage un masque parfait. Le masque de l'actrice populaire que rien n'atteignait.
- Tch !
Ino se mordit l'ongle du pouce. Elle avait beau lutter chaque jour pour prétendre être intouchable, la réalité était tout autre. Les regards la jaugeaient en permanence. Elle n'était pas stupide, elle avait bien conscience que la jalousie faisait partie du métier. Cela avait été son monde, avant d'atteindre une carrière plus florissante. L'envie. La jalousie. Souhaiter du mal à des filles plus populaires qu'elle. Mais maintenant, elle était la victime de ces attentions malsaines. Et le supporter était bien plus dur que ce qu'elle avait pu imaginer en se lançant dans une carrière d'actrice. Parfois, elle se demandait si ses mots avaient déjà été aussi crus et mauvais que ceux prononcés à son égard.
Les jours défilaient, et sa santé mentale se détériorait. L'attitude des kouhais la rendait de plus en plus mal à l'aise et paranoïaque. Même l'alcool ne suffisait plus à la calmer lorsqu'elle retournait chez elle. Alors, elle avait commencé à se procurer de la drogue, ce qui fut bien plus facile que ce qu'elle avait imaginé. Elle nageait à présent dans un océan de petites pilules et de poudres magiques, qui remplissaient son monde froid et hostile de couleurs et de paillettes.
Pourtant, même dans cet état extatique, elle entendit encore les voix dans son crâne. Les reproches, les commentaires crachés dans son dos. Elle vit le regard mauvais des autres actrices quand son agent annonçait l'obtention d'un nouveau rôle prometteur. C'est en gagnant qu'elle perdait tout. Tous ses efforts pour chasser les voix de son esprit furent vains. Enragée, elle jeta violemment la télécommande sur un mur, et se leva d'un bloc. A grandes enjambées, elle rejoignit sa chambre. Partout sur les étagères, sur les murs, sur la commode, elle vit ses prix, elle vit les posters des films et séries dans lesquels elle avait joué, les cadeaux qu'elle avait reçu des fans et les magazines où elle avait posé. Possédée par une rage incontrôlable, elle arracha les affiches des murs, balança les cadeaux au sols, à bout de souffle, criant parfois comme un animal sauvage. Elle se blessa plusieurs fois, et fut seulement interrompue par son téléphone qui sonna dans le salon, là où elle l'avait laissé.
Ino passa une main sur son visage moite, chassant les cheveux collés à sa peau. L'autre main sur son ventre, elle se força à reprendre un souffle régulier et ignora l'état de sa chambre avant de prendre son téléphone. L'écran indiquait le nom de son agent, Aki Satoru. Une fois encore, elle remit le masque en place, et décrocha. Elle répondit poliment et acquiesça d'une voix douce quand son agent la prévint de son prochain fan meeting. Même lorsqu'elle raccrocha, ce fut d'un geste élégant de la main.
'Ces salopes ont tord. Je suis vachement bonne actrice,' pensa-t-elle, surprise de son contrôle parfait lorsque la situation l'exigeait.
Un sanglot la secoua. Puis un autre. Bientôt, les larmes se déversèrent de ses yeux comme une fontaine, et ses jambes se dérobèrent sous elle. Atterrie au sol, Ino cacha son visage gonflé dans ses mains, laissant libre cours à sa peine. Sa vie était aussi parfaite qu'un cauchemar sans fin. Tous les trophées du monde ne supplanteraient pas la détresse qu'elle ressentait chaque fois qu'elle se trouvait seule, libre de s'imaginer ce qui se disait dans son dos par tous et toutes. Ne désirant pas retourner dans sa chambre en carnage, elle s'allongea sur le sol froid du salon.
'Et lui, que pense-t-il ?'
Le visage d'Itachi Uchiha s'imprima dans son esprit. Elle se demandait pourquoi l'autre avait voulu la rassurer. Ils n'étaient pas proches. Et pourtant, le brun avait semblé sincère, son étreinte avait été presque instinctive. Elle l'avait rejeté, mais l'espace d'une seconde, elle avait bien été tentée de se réfugier pleinement dans les bras de l'homme, pour échapper au monde qui la terrorisait.
Ino secoua sa tête, chassant ses réflexions. Son portable était encore à côté d'elle. Elle activa son réveil sur le téléphone avant de se laisser tomber de fatigue, toujours au sol dans le salon. Elle ne dormirait que deux heures avant de se préparer pour son premier rendez-vous de la journée.
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Sa main se crispa sur le téléphone. Son seul réconfort était d'être dans un endroit clos où personne ne pouvait l'entendre.
- Je pensais avoir été clair sur le fait que tu doives me tenir au courant de tes activités, dit la voix lugubre à l'autre bout de la ligne.
- Oui, Père. Pardon, répondit-il, la voix sans émotion.
Très souvent, il lui fallait rendre des comptes à son père. Jamais il ne devait oublier de lui communiquer son agenda, et plus particulièrement ses revenus. Depuis sa toute jeune enfance, ses premiers souvenirs de son père avaient été des images d'un homme qui le méprisait. En réalité, cela avait d'abord été une chance, car il avait simplement été ignoré la plupart du temps. Bien sûr, enfant, il avait voulu comprendre pourquoi l'autre le détestait tant. Mais il regretta vite de gagner son attention. Bientôt, son père le tint par la pression des résultats scolaires. Puis, par le fait de lui rapporter de l'argent, ce qui était la raison même de son choix de carrière. Il aurait pu faire des études de commerces, mais il aurait passé plusieurs années à gravir les échelons. A la place, il avait choisit une solution de facilité, bien conscient que son physique androgyne et naturellement sensuel attirait l'œil, bon ou mauvais. Et maintenant, il était prisonnier de son père qui récoltait tout l'argent qu'il gagnait, le laissant incapable de pouvoir un jour fuir son emprise. Il n'avait pas su se protéger jeune, et maintenant, il n'était qu'un pantin obéissant. Son contrat serait renouvelé dans peu de temps, laissant une fois encore à son père le bénéfice de tout l'argent qu'il amasserait encore dans les années futures. S'il refusait de se laisser faire à nouveau, alors il serait chassé, à la rue, sans un yen pour se refaire une santé.
- Je n'aime pas du tout ta dernière apparence dans ce magazine. Un Hyuuga ne posera pas comme un gigolo parmi d'autres hommes dévêtus, critiqua son père d'une voix autoritaire.
Neji ne répondit rien, laissant son père s'étendre sur le sujet, lui rappelant que quelqu'un venant d'une famille comme la sienne ne se vendait pas comme une vulgaire prostituée. Il faisait déjà la honte de sa famille en choisissant le mannequinat, après tout.
- J'ai bien entendu les rumeurs. Mais ne t'avise pas d'un jour ouvrir les cuisses pour un client comme ces vulgaires modèles le font dans les tabloïdes. Est-ce-que tu m'as bien compris ?
- Oui, Père.
Lorsqu'il raccrocha, un goût amer emplit sa bouche. Maintenant, son propre père le soupçonnait de prostitution. Peu importe son succès, il n'était pas numéro un. Quoi qu'il fasse, l'homme aurait toujours quelque chose à lui reprocher. Il était surpris qu'on puisse haïr son propre enfant à ce point. Parfois, il se demandait ce que son père dirait s'il lui annonçait que, sans histoire de gain d'argent aucune, il avait déjà 'ouvert les cuisses' pour d'autres hommes. Peut-être le jour où il confesserait être gai, son père mourrait d'un arrêt cardiaque. Si cela arrivait, nul doute que seul la délivrance lui viendrait à l'esprit. Libre pour avoir tué son propre géniteur en étant gai. L'idée le fit sourire intérieurement.
- Hyuuga-san ? Uri-san m'envoie vous demander de le rejoindre à l'étage.
La voix polie de la jeune femme venue le chercher lui remonta le moral. Au sein de l'agence, au moins, lui témoignait-on du respect. Il hocha positivement la tête, signe qu'il avait compris, et se mit en route. Lorsqu'il arriva devant le bureau de son agent, il y trouva l'homme ainsi qu'un collègue, Seiro Mado, vêtu impeccablement comme à son habitude. Le numéro deux de l'agence semblait toujours être en shooting photo.
- Hyuuga-san, te voilà enfin ! s'exclama Kasaki Uri. J'ai une très bonne nouvelle pour toi. Apparemment, ton physique intéresse un des photographes de la Light Art. Il est d'accord pour te prendre aujourd'hui même.
Son agent continua de lui expliquer sa journée. Du coin de l'œil, il aperçut le visage crispé de Seiro. L'autre fulminait intérieurement. Neji savait qu'après Sasuke, il était le deuxième à être demandé. Lui et l'Uchiha étaient plutôt taciturnes, alors que Seiro était quelqu'un de très sociale et charmeur. Nul doute que de passer après les deux glaçons devait le rendre fou de rage. Jamais il n'avait vu quelqu'un d'aussi compétitif avant d'entrer à la LuckyStar. Il jeta un coup d'œil sur les poings serrés de Seiro avant de reporter son attention sur Kasaki Uri. L'homme parlait d'une voix morne, sûrement parce que la séance chez Light Art pour son book ne rapporterait pas directement d'argent. Et son agent avait cela en commun avec son paternel, l'amour de l'argent.
- Bien, allons-y, ordonna Kasaki Uri.
- Félicitation, Neji-san, salua Seiro avec un sourire faux peint sur le visage.
Neji sentit une vague de frissons s'emparer de lui. Quelque chose dans l'expression du numéro deux l'effraya sans qu'il sache exactement ce dont il s'agissait. Parfois, Seiro avait une aura lugubre autour de lui, mais il n'avait jamais pu vraiment le cerner. Bien sûr, il l'avait déjà vu lancer des phrases acides à Sasuke, puisque ce dernier était éternellement le mannequin le plus populaire de l'agence. Peut-être n'y avait-il pas droit car il n'était pas au-dessus de lui ? Parfois, il plaignait l'Uchiha d'être la cible de quelqu'un d'aussi hargneux. Tout comme lui, le brun introverti et impassible ne semblait avoir cure de sa côte de popularité et de l'effet qu'il faisait aux consommateurs… ou à toutes les personnes dont il croisait la route en général.
Accompagné de son agent pianotant sur les touches de sa tablette numérique, il se rendit aux studios Light Art. Le bâtiment lui plaisait. Même le personnel chez Light Art était agréable. Si l'endroit n'était pas aussi prisé, il aurait aimé venir plus souvent. Le directeur aux longs cheveux blancs avait l'air d'être un homme intéressant, entre taquin et protecteur, et son secrétaire, un dénommé Yousei Chi, portait un éternel sourire jovial sur les lèvres qui réchauffait l'atmosphère en quelques secondes. L'endroit en général restait professionnel tout en donnant l'impression que s'y déroulaient des ateliers ludiques et non pas de longues séances fatigantes.
Alors qu'il attendait dans un salon l'arrivée du photographe qui s'était proposé de faire ses photos, il croisa le photographe qui s'était chargé d'Ayako, la nouvelle recrue de l'agence. L'autre devait avoir autour de son âge, mais était habillé comme un fan de rock à un concert, les yeux charbonnés au khôl et les cheveux rouge cerise. Son apparence était des plus singulière, et il fut attiré comme un aimant. Décidant de passer le temps en compagnie du photographe qui semblait en pause, il se lança.
- Sabaku-san ? Vous êtes le photographe d'Ayako Mai, n'est-ce-pas ?
Le photographe planta ses iris menthe dans ses yeux gris clair. Il s'empêcha de déglutir. Il trouvait le rouquin tout à coup aussi séduisant que magnétique.
- C'est exact. Vous faites donc partie de la LuckyStar également. Ayako-san est quelqu'un d'exceptionnel. Très facile à photographier, et sa personnalité est lumineuse, déclara le photographe, comme s'il remettait en place ses souvenirs de l'adolescente.
Neji ne put s'empêcher de rire doucement. Le photographe, le regarda, arquant un sourcil. Il trouvait sa personnalité hors du temps et de l'espace touchante. Jamais il n'avait rencontré quelqu'un d'aussi spécial. En quelques minutes, lui et le roux discutèrent de façon passionnée du monde de la photographie. Il en profita pour observer plus intensément Gaara. Bien qu'il semblait agité à l'intérieur, presque rien ne transparaissait sur son visage. Seuls ses yeux menthes donnaient l'impression de briller d'excitation. Parfois, lorsqu'il réfléchissait à quelque chose, il reprenait son air formel, et ébouriffait d'une main ses cheveux écarlates, faisant tinter un bracelet en mailles d'acier qu'il portait au poignet gauche. Neji était diablement tenté de prendre ce poignet et d'attirer l'autre à lui. Il sentait bien qu'il était profondément attiré par le photographe, mais en même temps, il voulait chérir cette amitié nouvelle avec lui. Ce n'était pas toujours qu'il se liait aussi facilement à quelqu'un. Une chance pour lui était que les gens travaillant à Light Art semblaient être détaché de la popularité de leurs clients. Le roux n'était pas une exception. Il parlait avec lui de façon décontractée, comme s'il l'avait rencontré dans un café et non pas sur son lieu de travail. D'ailleurs, les deux s'appelaient déjà par leurs prénoms, mais cela ne lui parut pas si étrange.
- Vous êtes vraiment talentueux, Gaara-san, complimenta-t-il en feuilletant un album d'échantillons photo qu'avait sur lui le rouquin.
- Hm, comme beaucoup ici. J'ai juste la chance de travailler dans des studios très bien construit et entouré de personnes ferventes dans leur boulot.
- Mais vos concepts sont exceptionnels. N'y aurait-il pas un moyen que vous m'accordiez une séance ?
Il savait qu'il était présomptueux en demandant cela après seulement une vingtaine de minutes. Mais après tout, sans avoir le charisme de Seiro, il savait très bien comment le percevait les gens autour de lui. Jamais Neji n'avait forcé sa sensualité, qui était toute naturelle. Et s'il portait les cheveux longs, c'était seulement en souvenir de sa défunte mère et parce que la plupart des membres de son clan les portaient longs également.
- Votre physique est très atypique et fascinant, Neji-san. Malheureusement, je ne photographie que des femmes, s'excusa le photographe en inclinant la tête.
- Hahaha, ne vous excusez pas ! Je crois qu'Ayako-chan me l'avait dit. J'ai dû oublier. Si je peux me permettre, pourquoi seulement les femmes ?
Le visage du rouquin se ferma légèrement. Neji se demanda s'il n'avait pas été insensible et s'apprêta à s'excuser de sa curiosité quand l'autre répondit.
- Qui sait…
Le ton était mystérieux, mais il ne fit aucune remarque. Après tout, le photographe avait le droit de refuser de répondre. Au même moment, un assistant vint le chercher pour sa séance. Il se sépara du roux à contrecœur et alla à sa séance. Avant de partir, il se perdit dans le sourire discret et pourtant incroyablement charmeur du roux.
Comme le lui avait assuré Gaara, sa séance fut engageante et se passa sans problème. Le photographe qui s'occupait de lui était aussi très bon. Il se demandait comment le directeur de Light Art avait réussi à réunir dans ses studios somme toute petits les artistes les plus talentueux de la capitale, voir du pays. Il remercia l'homme chaleureusement de l'avoir choisi et retourna dans les loges pour se changer après deux heures de photographie. Il renfila sa chemise parme et sa paire de pantalon en cuir noir, et prit à la main sa veste ardoise. Ses cheveux étaient à nouveau en queue de cheval lâche, la coiffure la moins contraignante pour lui. Dans le miroir, son reflet lui renvoyait une image à la fois gracieuse et érotique. Il ignorait pourquoi il était ainsi fait, tout comme il ignorait comment l'Uchiha avait toujours l'air aussi dépravé que soigné, et indécemment lascif dans le moindre de ses gestes. Même le photographe roux qu'il avait rencontré aujourd'hui avait une gestuelle enivrante. Sûrement, son père détesterait les deux hommes comme il était détesté lui-même. Chaque fois qu'il était obligé de retourner chez lui dans le quartier de nippori, l'homme n'avait pour lui qu'une expression dégoûté de sa personne.
Dans un couloir, Neji aperçut le rouquin qui lui avait fait tant d'effet plus tôt. Ses yeux suivirent les pas précipités du photographe qui rejoignit ce qu'il imagina être un collègue. Ses sourcils se froncèrent en remarquant à quel point les deux semblaient être proches. Le collègue avait les cheveux blonds comme les blés, masse indomptable cachant son visage d'où l'on distinguait seulement une paire de lunettes de style. Comme Gaara, le blond était sûrement un peu plus petit que lui, fin sans être chétif, et habillé comme un étudiant en art. Le roux lui souriait franchement, et parlait avec enthousiasme. Il s'approcha instinctivement, intéressé par ce qui animait autant l'homme sur qui il avait des vues. Le roux avait dans ses bras une pile de documents parmi lesquels certains clichés. Les deux photographes, trop enjoués, n'aperçurent pas l'une des photos glisser des bras du roux pour voleter plus loin. Commodément, la dite photo atterrit aux pieds de Neji, qui se pencha lentement, ses cheveux glissants sur son épaule. Il se releva, une main dégageant son visage de quelques mèches, Gaara l'ayant aperçu, ainsi que la photo qu'il tenait.
S'il ne s'était pas attendu à une chose, Neji en était certain, c'était de voir le rouquin sur la photo qu'il tenait. Ses lèvres s'entrouvrirent alors qu'il contemplait, soufflé, le cliché de Gaara, vêtu d'un costume et nœud papillon comme un vrai James Bond. Le regard menthe, toujours souligné de noir, charismatique, directement planté dans l'objectif, semblait percer Neji. Le décor était sombre et chic, et en arrière plan, un long manteau noir et un chapeau reposaient sur une table ronde. Dans la main, Gaara tenait une canne dont le pommeau représentait un dragon d'or blanc, deux rubis incrustés là où se trouvaient les yeux. Neji sentit son cœur accélérer dans sa poitrine. Sa main trembla légèrement quand il releva la tête pour redonner le cliché perdu à son propriétaire.
- Ahem… vous avez perdu…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, ni l'inspiration. Gaara lui arracha la photo des mains, visiblement gêné. Ses joues étaient légèrement roses, et ses yeux d'habitude si placides étaient écarquillés.
- Neji-san. Merci. Je dois y aller. Au revoir, enchaîna mécaniquement le photographe avant de tourner les talons, entraînant par le bras le blond qui jeta un coup d'œil dubitatif vers le mannequin avant de suivre son ami.
Perplexe, Neji retourna vers Kasaki, son agent, pour lui signaler qu'il en avait terminé avec la séance. Après une courte discussion avec Yousei Chi, ils partirent en empruntant le même couloir où le brun avait trouvé la photo de Gaara. En arrivant au niveau du studio du rouquin, il jeta un coup d'œil à l'intérieur de la pièce. Subitement, quelque chose attira son œil dans le décor choisit. Une mannequin, sur le point d'aller se changer, quitta son tabouret, vêtue d'un costume avec un nœud papillon. Les yeux de Neji s'agrandirent. La jeune femme, discutant en chemin avec des amis et quelques assistantes enthousiastes, tenait à la main une canne au pommeau dragon, identique à celle de la photo de Gaara. Sans aucun doute, la séance qui venait d'avoir lieu avait été planifiée dans les détails, si bien que le photographe avait testé l'entièreté de son projet sur lui-même.
- Hyuuga-san ? interrompit Kasaki.
- Ah… J'arrive.
Neji était impressionné. Jamais il n'avait entendu parler d'un photographe prenant la pose auparavant. Aussi, le cliché restait imprimé dans sa mémoire, brûlant. Il ne parvenait pas à comprendre comment le roux pouvait se montrer sous un jour si différent derrière l'objectif. Il le trouvait très certainement fascinant. Quelque part dans sa poitrine, quelque chose s'éveilla.
'Pas moyen… Gaara-san ?'
Les battements de son cœur lui répondirent. Il soupira. Ce n'était vraiment pas le moment de développer des sentiments pour qui que ce soit. Neji continua sa route, se changeant les idées en écoutant son agent le prévenir de ses prochaines activités.
Le van revint à la LuckyStar, et le brun sentit son portable vibrer dans sa poche. Il glissa sa main pour saisir l'objet, mais décida de trouver un endroit plus tranquille. Il était persuadé qu'il s'agissait encore de son paternel. Kasaki, toujours très occupé, le laissa pour rejoindre d'autres agents avec qui il avait une réunion urgente.
Neji soupira, et décida de se rendre à l'étage inférieur pour récupérer des papiers avant de rentrer chez lui. Il prit les escaliers, afin de profiter du trajet pour consulter son téléphone. Après tout, peu de gens empruntaient les escaliers. Nul doute qu'il aurait toute l'intimité voulue au cas où il devrait téléphoner. Il retira la main de sa poche, et son téléphone portable avec. Un coup d'œil sur l'écran le décida à regarder ses emails en premier. Ses pas l'emmenèrent machinalement dans les escaliers qu'il descendit, ses yeux rivés sur l'écran, alors qu'il consultait les derniers messages qui lui avaient été envoyés. Un bruit de porte retentit derrière lui, mais il n'y fit pas attention. Dans ses messages, comme à son habitude, il identifia la demande de transaction bancaire émise par son père.
'A croire qu'il ne fait pas partie d'une des familles les plus riches du Japon !'
Quelque chose frappa son dos, et le projeta violement en avant. Pas un son ne sortit de sa bouche alors qu'il dévalait les escaliers. Ses pensées étaient encore sur son existence sous le contrôle d'un homme dont il aurait dû se débarrasser il y a bien longtemps lorsque la douleur envahit son corps meurtri, au bas des escaliers. Lorsqu'il entendit un rire s'élever, alors que sa vue brouillée ne lui permettait pas de distinguer qui se trouvait dans les environs, il se demanda si ce n'était pas le diable, venu le narguer de pouvoir faire ce qu'il voulait de lui. Le misérable Neji Hyuuga. Impuissant. Faible. Et détesté.
- Ugh…
La douleur le lança dans la cheville, lancinante. Un employé et un trajet en urgence plus tard, le verdict du médecin était clair. Neji avait une entorse sévère, et ne pourrait pas marcher pendant deux semaines. Après cela, il serait obligé de suivre des séances de rééducations. Les deux prochains mois s'annonçaient plus déprimant encore que d'ordinaire. Pire, après avoir vu le montant qu'il était supposé verser, Neji réalisa avec horreur qu'il ne pourrait pas poser pour un événement annuel majeur auquel participaient plusieurs agences de mannequinat, dont la sienne.
'On ne peut pas faire pire que ça, pas vrai ?'
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Bonjour ! Et un autre chapitre !
Toujours un emploi du temps de folie, par contre. M'enfin. Je fais ce que je peux :P !
Oh, Neji. Le coup du destin. Sa situation craint. Et comme tout s'entremêle dans cette histoire et bien... Il ne se doute pas que ce que son père réfute se passe juste sous son nez avec Sasuke ^^" ! Oups.
Question très dure : Mais qui a poussé Neji dans les escaliers ?
Une chance pour qu'Ino soit moins têtue et accepte l'aide quand elle arrive ?
Est-il aussi simple de faire buguer Gaara ? haha
Un grand merci aux personnes qui ont mis cette histoire en favoris ! Je suis étonnée, car ce n'est que le début, mais je suis aussi du coup super flattée !
Un petit commentaire pour la route, ça fait toujours plaisir ;) !
En réponse à Pxradise: Haha, le jeu avance, oui, entre Sasuke et Naruto. Mauvais perdant vs J'aimerais-être-vilain-mais-c'est-pas-encore-ça ! Pour tout le reste, j'ai envie de dire: la suite aux prochains épisodes hahaha ! Merci :) (et comme je suis une 'grammar nazi', pu ne prend ni accent ni t. Dû, c'est différent, y'a un accent pour pas confondre avec le mot pour de+le. L'ordre est rétabli xD.) Je prends ta dose de courage avec joie !
Si vous suivez Ange Déchu: C'est chaud. xD Mais j'ai bientôt fini ce satané chapitre, maintenant que je ne suis plus malade. Que dire, sinon: ne touchez rien dans les transports en commun, si possible ? ^^" Question de survie !
En espérant que ce chapitre vous a plu ! A la prochaine ! :D
