Vous aimez la musique ? Pour ce chapitre, je recommande Magnetic d'Annabel Jones (le remix d'AOA).

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Sixième cliché


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Le tourbillon d'émotions repris. Parfois, il se demandait s'il n'était pas encore en pleine crise de puberté. Cela pourrait sans doute expliquer comment son extérieur reflétait le néant, tandis qu'à l'intérieur se battaient sans relâche des sensations diverses et variées. Cette fois-ci, il avait laissé un certain monsieur Koge le détruire, le salir, le rabaisser, lui murmurer des paroles obscènes et déplacées comme s'il était sensé aimer ça. Une fois encore, il se sentait fiévreux à cause de l'alcool dans son système. Il maudit un instant son agent, qui, bien qu'il savait nécessaire pour lui d'être sous l'influence d'une quelconque substance pour accepter qu'un homme mette les mains sur lui, avait osé lui demander de se déplacer en début de journée. Commencer la matinée avec un trop plein d'alcool dans le système ne lui semblait pas spécialement judicieux. De plus, il ne pourrait pas écrire, frétillant, le nom de ce nouveau monstre dans son carnet rouge avant de rentrer chez lui bien plus tard. Ce dernier fait le contrariait encore plus.

- Uchiha, magne-toi. Je n'ai pas que ça à faire, lâcha Kasaki Uri sans émotion.

- Hn.

Sasuke tenta de suivre son agent, le pas fébrile. Il était exténué, et son souffle était plus que laborieux. Mais ça, Kasaki n'en avait cure. Une fois de plus, son regard était rivé sur les termes du contrat qu'il avait en main. Le jeune homme brun, lui, sentait un tiraillement se développer en lui. Peut-être faudrait-il éviter de s'asseoir aujourd'hui. Il était presque certain qu'il avait saigné, mais il n'avait pas eu le loisir cette fois-ci de se nettoyer proprement. L'homme d'une quarantaine d'années avait eu bien plus d'endurance que ce à quoi il s'était attendu, et sa torture s'était étalée pour ce qui lui avait semblé une éternité. Aujourd'hui, le sentiment de déchéance ne sembla pas le satisfaire. Il ne soupira pas, mais resta interdit. Bien sûr, il sentait tout de même une certaine douceur dans le fait de savoir qu'il était écœurant, mais le fait d'avoir à supporter toute une journée plutôt que de rentrer chez lui gâchait le 'plaisir' de se sentir sale et abandonné dans son lit.

'T'aimes ça, me sentir dans ton p'tit cul serré, p'tite pute !'

Sasuke perdit pied un instant, manquant de s'affaler au sol. Il se redressa de justesse, et lissa les plis de sa chemise pourpre. Son agent leva un sourcil dans sa direction avant de reprendre sa marche. Non, définitivement, c'était le comportement de l'homme qui le coupait dans sa jouissance personnelle.

Une fois dans le van, il reporta son regard vers l'extérieur, comme à son habitude, ignorant royalement les questions de l'assistant qui était venu les récupérer, lui et son agent. Comme il l'avait suspecté, son derrière était douloureux, et il dut maîtriser davantage ses expressions faciales. Vite désintéressé, il fouilla dans les poches de sa veste noire en quête de son téléphone. Son frère aîné le contactait de plus en plus souvent, apparemment à cause de sa perte de poids. Il ignorait comment Itachi en avait eu vent. Il était bien le seul à l'avoir remarqué. A la place, il sortit son portefeuille qu'il ouvrit pour tomber sur la carte de visite du photographe de Light Art. Sa curiosité piquée, il contempla ce nom qui lui inspirait également différentes choses. Uzumaki Naruto. Le blond l'avait bien eu, il fallait lui reconnaître ça.

- Uchiha, Suyuki-san te ramène chez toi. Je dois me rendre ailleurs.

- Hn.

L'assistant le reconduisit alors jusque chez lui. Voyant qu'il ne tirerait rien de bon de lui, Kasaki Uri avait fini par abandonner et le laisser se reposer. Après tout, il n'avait rien de sérieux aujourd'hui, alors traîner dans les locaux de l'agence pour deux-trois papiers administratifs semblait inutile.

Une fois chez lui, Sasuke resta un instant debout, immobile, le cerveau vidé d'une quelconque pensée. Il se tenait dans l'entrée. Face à lui, un salon spacieux avec deux canapés gris clair et une télé gigantesque dans le fond prenaient à peu près un tiers de l'espace. Entre les canapés se tenait une table basse en verre, ovale, trônant sur un tapis beige. Sur la table de l'entrée, il déposait habituellement les cadeaux de ses fans qu'il comptait jeter au plus vite à la poubelle. Le reste était à peu près vide. Pas de décoration au mur. Sur la gauche, le bar de sa cuisine américaine était immaculé. Après tout, il ne cuisinait pas. Son frigo ne contenait probablement que quelques bouteilles d'alcool, et ses placards, rien qu'une boîte entamée d'aspirines. Il n'était même pas certain de posséder des couverts et des plats. Un vague souvenir d'Itachi lui apportant un carton rempli d'objets du quotidien refit surface dans son esprit. Mais à part pour utiliser la salle de bains et sa chambre, Sasuke ne faisait pas grand-chose lorsqu'il était chez lui.

C'est d'ailleurs vers la salle de bains qu'il se dirigea, les pieds traînants dans ses chaussons. Il avait grand besoin de se laver de son pêché. Il en ressortit, le visage légèrement rouge d'avoir utilisé de l'eau trop chaude, et s'affala, vêtu d'une simple serviette blanche autour des hanches, sur l'un de ses canapés.

- Ah… le nom…

Se lever, ou ne pas se lever. Telle était la question. Mais la satisfaction qu'il ressentait en inscrivant à l'encre rouge l'identité d'un autre de ses bourreaux était trop addictive pour retarder le moment. Se dirigeant vers la cuisine aux meubles noirs, il ouvrit un tiroir près du micro-onde et en sortit ce qui était son bien le plus précieux. Son petit carnet rouge, et un stylo de la même couleur. S'appuyant sur le comptoir du bar, il inscrivit soigneusement le nom sur une nouvelle page, et contempla son écriture fine et claire. Un sourire en coin vint orner son visage. Une vague de chaleur s'empara de son corps. L'alcool ou la satiété, il n'aurait su dire lequel se manifestait réellement.

C'est en chantonnant qu'il revint à son canapé, balançant le carnet à côté de lui. Les coudes sur le dossier, il leva la tête au plafond et ferma les yeux. Il soupira doucement. Clairement, sa sensation de plénitude l'aurait envoyé directement en service psychiatrique s'il l'avait partagé avec qui que ce soit. Après tout, seul Kasaki savait à quel point son esprit était tordu, et il doutait que l'agent ne le révèle à qui que ce soit.

Il laissa son esprit dériver. Pas trop loin. Pas jusqu'à se souvenir de son enfance. Mais il revit mentalement tous les visages flous, déformés par la drogue et les boissons qu'on lui faisait consommer, des hommes qui avaient profité de lui. Lorsqu'il fut sur le point de se demander ce qu'Itachi en penserait, il recula immédiatement dans son esprit, condamnant cette idée absurde, recalée dans une pièce qu'il ferma mentalement à clé avant de jeter cette dernière dans les méandres de sa folie.

Soudain, il se rappela de la carte de visite, qu'il ressortit à nouveau. Uzumaki Naruto. Le photographe caché derrière sa masse de cheveux blonds. Il le vit à nouveau, gêné après l'avoir humilié sans vergogne, lui confier une photo de lui et la carte. Sasuke avait en réalité gardé la photo, qu'il avait coincée à la fin de son carnet rouge. Juste parce que sa souffrance en regardant son visage presque démoniaque était bonne à prendre également. Après tout, était-ce vraiment pire d'être humilié par un cliché que par des hommes en costume sur-mesure hors de prix le traitant comme une poule de luxe ?

La dernière fois qu'il avait vu l'Uzumaki…

- !

Brusquement, il se souvint de quelque chose. Il revoyait le blond tourner les talons pour retourner dans son lieu de travail. Lui, dans le van, avait aperçu une ombre. Quelqu'un. Quelqu'un avait sorti un appareil photo et avait pris de nombreux clichés du jeune photographe. Et à en juger par son audace, l'Uchiha était presque certain que ce n'était pas la première fois qu'il faisait une chose pareille.

'Mais pourquoi Uzumaki ?' se demanda-t-il.

Après tout, le blond n'avait rien de spécial. Les photographes n'étaient pas connus comme les célébrités. Encore moins ceux de Light Art qui semblaient vivre pour leur passion, moins pour leur renommée pourtant indéniable. Et l'Uzumaki en particulier n'avait rien d'attirant. De l'extérieur du moins. Il ne pouvait se cacher une certaine attirance pour ce personnage aussi atypique. Mais généralement, un voyeur était éperdument amoureux de la personne qu'il suivait, non ? Et il doutait que les paparazzi aient une quelconque envie de raconter une histoire sur un petit photographe de mode dont personne ne connaissait le visage.

L'Uchiha amena sa main à sa bouche, et se mordilla l'ongle de pouce un instant, anxieux. Il y avait une différence entre mépriser le jeune homme présomptueux qui s'était opposé à lui, et le laisser dans une position potentiellement dangereuse alors qu'il pouvait aussi le prévenir qu'il était pisté par un individu. Ramenant ses yeux onyx sur la carte de visite, il contempla un instant le numéro de téléphone. Un numéro de portable. Etrange. En même temps, il doutait que le blond distribue aisément sa carte. Il soupira plus bruyamment que précédemment, ennuyé, et ouvrit son propre cellulaire. Après tout, il en profiterait pour revoir le photographe. Il était intrigué. Et c'était bien peu souvent que sa curiosité était piquée à vif. Il entra le numéro, et pressa le bouton d'appel, avant d'amener son téléphone à son oreille, les yeux toujours rivés sur la carte de visite.

- …

Personne ne répondit. Le message vocal automatique se déclencha. Il raccrocha, et consulta l'heure. Probablement que l'Uzumaki travaillait d'arrache pied, passionné comme toujours, son cellulaire sûrement perdu dans une pile d'affaires désordonnées dans son bureau. Du moins, c'est ainsi que Sasuke imaginait le blond. Brouillon. Désorganisé. Prenant uniquement soin de ses précieux appareils photo. Impétueux. Enthousiaste et transporté par ses projets artistiques.

- Ce soir.

Après tout, il n'avait rien à faire. Et il ne comptait pas sortir. Il ne connaissait personne pouvant l'accompagner, de toute façon. Et se rendre chez son aîné pour avoir de la compagnie était hors de question. En attendant, il dormirait. Il en avait terriblement envie. La nuit, il faisait de l'insomnie. Dormir en pleine journée changerait peut-être la donne. Sasuke programma une alarme pour se réveiller, ne doutant pas d'entrer en hibernation, autrement. Trop las pour se lever à nouveau, il s'étendit sur son canapé, et ferma les yeux, son téléphone toujours niché dans sa main.

Lorsque la sonnerie retentit, il l'accueillit avec gratitude, quittant enfin une série de cauchemars sans fin. Son sommeil était loin d'avoir été de tout repos, malheureusement. Toujours d'un pas traînant, il se dirigea vers un miroir, s'observant d'un œil morne. Il ne portait après tout qu'une serviette de bain. En se détaillant, il fixa ses côtes saillantes, et ses joues creusées. Maintenant qu'il en prenait le temps, il devait avouer qu'il avait perdu pas mal de poids. Etait-ce grave ? Il haussa les épaules face à son propre reflet, et se dirigea vers sa chambre, ne pouvant décidément pas sortir à moitié nu.

Dans son placard, il passa en revue ses habits, pratiquement tous offerts par des sponsors, ou bien son frère. Il prit les premières choses qui lui passèrent par la main. Oui, il travaillait en tant que mannequin. Non, il n'avait que faire de son style vestimentaire.

- Parfait, lança-t-il ironiquement en enfilant une paire de jeans skinny noire et un tee-shirt noir également.

Etant donné sa personnalité, il n'imaginait de couleur lui allant mieux que le noir, presque aussi profond que la couleur de ses cheveux. Il ébouriffa sa tignasse, peu décidé à faire quoi que ce soit pour avoir l'air présentable. En sortant il attrapa une veste en cuir, noire également, et enfila des baskets de ville grises et blanches. Après réflexion, il attrapa aussi une paire de lunettes aux verres teintés et un bonnet noir pour se camoufler un peu. Il passa un coup de téléphone rapide, et arriva au rez-de-chaussée, où l'attendait un taxi. Il grimpa, donnant l'adresse des studios. L'air était bien plus frais à cette heure-ci.

'Ai-je seulement une écharpe ?'

Mystère. Alors il se vida la tête en écoutant les musiques vieillottes qui sortaient de la radio du taxi. Le trajet sembla ne durer qu'une seconde. Payant le chauffeur, il sortit, les mains calées dans les poches de sa veste en cuir. Il s'adossa, dans l'ombre, à un muret. Il était pratiquement certain que le blond ne possédait pas sa propre voiture, et sortirait alors par la porte principale. Son souffle se condensait dans l'air. Le vent le glaça sur place, et l'attente commença. Il vit défiler les clients comme le personnel des studios, mais aucun ne sembla noter sa présence. Peut-être qu'être habillé tout de noir lui conférait la même invisibilité qu'à un ninja ?

'Tu débloques,' se cassa-t-il mentalement.

Les heures défilèrent, et il se demanda s'il avait bien lu les horaires sur la carte de visite que lui avait confié le blond. Mais alors qu'il s'impatientait sortirent trois collègues. Sasuke reconnut tout de suite l'Uzumaki et le brun au sourire étrange qui l'avait maquillé. Le troisième était le rouquin qui s'était chargé de la jeune Ayako. Les trois semblaient proches, et riaient bêtement. Sans surprise, c'est le blond qui s'agitait le plus, bougeant ses bras avec véhémence alors qu'il expliquait quelque chose aux deux autres. Les amis se séparèrent. L'Uchiha avait vu juste, Naruto n'avait pas de voiture. En revanche, il ne s'était pas attendu à ce genre de vision. Tout comme ses amis qu'il avait jurés voir vêtus de guenilles d'ados, ce soir-là, l'Uzumaki portait des habits beaucoup plus distingués, le haut à moitié caché par une veste kaki un peu trop large pour lui. La nuit tombante ne lui laissait pas une vision assez claire, mais par habitude, il était certain qu'il portait également du maquillage. La chaîne de métal accrochée à sa ceinture teintait faiblement, suivant ses hanches qui chaloupaient sensuellement. Tout dans sa démarche criaient l'alcool. L'Uzumaki était passablement éméché, et semblait avoir du mal à remonter la fermeture de sa braguette qu'il avait laissée malencontreusement ouverte.

Un sourire vint étirer les lèvres de Sasuke. Le jeune photographe ressemblait à un total idiot, butant contre l'asphalte lisse sous ses pieds. Le seul fait que lui et ses amis soient restés derrière pour boire et s'habiller comme des mannequins sur leur lieu de travail l'intéressait fortement. Il décida de suivre le blond qui chantonnait doucement, rajustant ses éternelles lunettes sur son nez, pour découvrir les sales secrets qu'il cachait. Plutôt que de simplement le prévenir, il pouvait aussi bien prendre sa revanche en empilant les découvertes gênantes, ce qui pourrait l'aider à humilier l'autre à son tour. Marchant derrière lui, il contempla également à loisir les fesses du blond, mises en valeur par son pantalon bleu marin moulant.

Il prit un taxi derrière le photographe, et se crut dans un des films de son frère, à demander au chauffeur de suivre la voiture précédente. Son trajet le mena dans un quartier résidentiel plutôt isolé et paisible. Le blond titubait dans les rues, s'étant visiblement arrêté trop tôt. Sasuke sentit l'excitation secouer son corps. L'occasion était trop belle. Il espérait que l'autre se ramasse, vomisse devant des gens, ou quelque chose de ce genre-là. Il sortit même son portable, au cas où.

'Vends-moi du rêve, crétin.'

Finalement, l'Uzumaki sembla arriver à destination, et marmonna quelque chose d'incompréhensible, avant d'esquisser des gestes de protestation. Il habitait apparemment à l'étage d'un immeuble, et semblait passablement énervé de devoir prendre les escaliers. Sasuke fut surpris qu'un photographe avec une paye sûrement plus que généreuse habite dans un endroit aussi modeste. Il resta caché à l'angle de la rue.

Son portable vibra. Reportant son attention sur l'écran, il manqua la vision du photographe grimpant les escaliers, et de l'individu qui se glissa derrière lui, gardant ses distances, comme un prédateur. Le téléphone afficha « aniki », et Sasuke sut qu'il avait intérêt à répondre à cette heure-ci, craignant qu'autrement son frère ne se rendre directement chez lui. Ce chacal avait l'accès à son appartement, ce qui l'énervait au plus haut point. Mais il était bien trop flemmard pour changer de code d'accès. Les sourcils froncés, il décrocha.

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Naruto pesta, cherchant partout sur lui ses clés. Il fouilla ses poches une troisième fois, et en sortit enfin ce qu'il cherchait. Maladroit, il inséra l'une d'elles dans la serrure, et ouvrit d'un geste brusque la porte de son petit appartement. Sa vue tangua. Il se raccrocha comme il put au mur de l'entrée, et chercha à tâtons l'interrupteur qu'il ne trouva pas. Maugréant, il avança dans le noir, sans prendre la peine de fermer la porte derrière lui.

Après avoir titubé jusqu'au salon, il s'écrasa au sol, une main sur le ventre. Cela faisait plusieurs semaines qu'il buvait non seulement avec ses amis, mais seul également. Au sol, plusieurs bouteilles de vodka, de sake et de gin, toutes vides, reposaient comme des cadavres de verre. Il était déprimé. Il détestait son appartement. Il détestait rentrer chez lui. Alors, pour passer le temps jusqu'à ce que le sommeil veuille bien l'emporter, il buvait en passant de la musique, mais pas trop fort, pour ne pas se faire jeter par les voisins. Cette semaine, il avait bu tous les soirs, et en pleine journée le dimanche. Il n'y avait plus aucun doute, il devenait alcoolique. Sa dépendance était flagrante, maintenant.

Mais il n'y pouvait pas grand-chose. En dehors du temps passé aux studios, il détestait à peu près tous les aspects de sa vie. Il n'avait plus cet enthousiasme pour les sorties, ni en boîte, ni dans les expositions d'art et de photographie. Il était seul, et il ne faisait rien de sa vie à part travailler pour Light Art. Après tout, il avait toujours été seul. Il était orphelin. Même ses parents n'avaient pas voulu de lui. Alors il avait grandi au Japon, avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds. Seul ses yeux en amande lui laissait espérer avoir la moindre goutte de sang japonais coulant dans ses veines. Il n'en restait qu'il avait toujours été différent. Depuis tout petit, sa personnalité ne trouvait d'égale nul part. Ses camarades l'avaient toujours regardé comme une bête curieuse. Certains l'avaient méprisé pour il ne savait quelle raison, le harcelant de paroles blessantes dès que les autres tournaient les yeux.

En grandissant, la situation avait évoluée. Mais pas pour le mieux. Adolescent, il était soudainement devenu populaire parmi la gente féminine. Toutes les filles de sa classe, et les autres, plus jeunes ou plus âgées, lui courraient après, louant son apparence délicate. Ses yeux bleu océan. Son corps fin. Ses membres graciles. Ses cheveux dorés. Il était un prince de par son physique, et un cancre avec son attitude toujours enthousiaste, sa voix bruyante à l'époque, et son petit côté rebelle, incapable de se conformer, de rentrer dans le moule. Bientôt, il fut dans une position où il était soit adoré, soit haï. Aimé et idolâtré, il avait tenté de se faire plus passe-partout en portant des vêtements trop larges et en prenant l'habitude de porter des lunettes alors qu'il n'en avait pas besoin, cherchant seulement à cacher son visage. Détesté par les bons élèves qui ne comprenaient pas comment un énergumène comme lui pouvait avoir d'aussi bons résultats en ne révisant pas aussi sérieusement qu'eux, il avait été plus qu'heureux de finir ses études pour foncer et rejoindre les studios Light Art. La photographie était la seule chose qui le motivait depuis son enfance. Il était sensible à la beauté environnante, même s'il cachait la sienne du mieux qu'il le pouvait. Et c'était aussi la seule chose où il estimait avoir un peu de talent. Vu sa personnalité, il n'aurait jamais supporté de finir en bureau, à recevoir des ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Il se demanda si c'était son héritage occidental qui le rendait si opposé à toutes ces contraintes.

Naruto agrippa les bords de son tee-shirt, toujours à genoux au milieu de son salon. Ses pensées négatives avaient eu pour avantage de le faire se concentrer sur autre chose que la pièce qui tanguait et tournait autour de lui. Mais maintenant, il se voyait bien se laisser tomber et dormir, maquillé, vêtu d'il ne savait trop quoi, sur le plancher de son salon. C'est à ce moment précis, pourtant, qu'il entendit un bruissement venant du couloir.

- Eh ?

Il se rappela alors qu'il n'avait pas fermé la porte d'entrée. Puisqu'il ne tenait pas à accueillir tous les chats du quartier, il fit l'effort surhumain de se relever. La main gauche plaquée sur le mur, il évita son fauteuil beige, et se rendit dans le couloir. Le bruit de la porte retentit. Quelqu'un venait de la fermer à sa place. La lumière des lampadaires dehors éclaira l'intrus. Naruto, dont les jambes tremblaient déjà fortement à cause de l'alcool et de la fatigue, manquèrent de lâcher complètement lorsqu'il distingua la figure à sa porte.

- Qui... ?

L'individu s'avança, dévoilant un homme, d'environ à peine trente ans, vêtu d'un manteau noir et d'un pantalon gris. Ses cheveux châtains, plutôt longs et désordonnés, le rajeunissaient certainement. Sur son visage, un doux sourire illuminait ses traits fins.

- Naruto Uzumaki-san. C'est un honneur, énonça la voix douce et chaleureuse.

L'homme tendit sa main, mais le blond était bien trop sonné pour effectuer le moindre geste. L'intrus se ravisa, et se présenta à la place.

- Je suis Akihiko Kyouko. Un photographe, comme vous. Et votre plus grand admirateur.

- …

- Cela fait longtemps que je suis votre travail exceptionnel.

D'ordinaire poli, Naruto aurait bien remercié l'homme, mais la situation était bien trop étrange. Il finit par mettre le doigt dessus.

- C-Comment… ?

L'homme qui disait être son admirateur savait où il habitait. De plus, il s'était permis d'entrer chez lui, en pleine nuit. Quelque chose était définitivement déplacé, et absolument gênant. Le prénommé Akihiko s'avança, prenant les mains du blond dans les siennes, un sourire sincère sur le visage.

- Vous devez être surpris, mais je tenais vraiment à vous rencontrer, Uzumaki-san. Votre travail m'inspire, et je tenais à vous en remercier.

L'homme plus âgé passa alors une main sur le visage de Naruto, repoussant ses cheveux collés à sa joue par la transpiration, et plongeant ses doigts dans la chevelure dorée. Le jeune homme tiqua au contact. Personne ne le touchait. Il avait horreur de ça. Mais ses yeux étaient captivés par le regard bienveillant de cet homme qui venait de débarquer chez lui. Il entrouvrit ses lèvres, avant de déglutir.

- Q-Que…voulez-vous ?

Akihiko le dévisagea. Naruto était bien conscient qu'il ne donnait pas actuellement une image très professionnelle de lui, débraillé, éméché, transpirant et les yeux embués de sommeil. Une goutte de sueur coula dans sa gorge. Il vit l'autre déglutir. Quelque chose avait changé dans les yeux de l'intrus.

- Tu sais… Nous avons été dans la même université. Je t'ai admiré dès ta première exposition dans le hall du bâtiment où j'étudiais. Et la première fois que je t'ai vu…

- …

- Comment dire… Je suis tombé éperdument amoureux de toi, Uzumaki-san. Ou plutôt Naruto-san, ajusta-t-il.

Sa façon de chuchoter son prénom sensuellement alarma le blond. Quelque chose de pas net était en train de se produire. L'une de ses mains était toujours dans celle de l'homme, et ils étaient si proches qu'il sentait le parfum de son admirateur. A nouveau, Akihiko passa une main dans ses cheveux, et recueillit sa nuque, approchant son visage du sien. Les yeux de Naruto s'agrandirent lorsque l'autre l'embrassa passionnément.

- Tu ne sait pas combien j'ai attendu ce moment… murmura l'homme dans son oreille.

Naruto tenta de se défaire de la prise de l'intrus, mais ce dernier le retint contre lui, collant son corps au sien. Le blond avait la nausée.

- S-Sortez… de chez moi, exigea-t-il d'une voix tremblante.

- Naruto-san, souffla le photographe, sourd à sa demande. Ce soir, tu es vraiment magnifique, Naruto-san.

Le blond se rendit compte avec horreur que ses lunettes étaient tombées dans le salon, et que son tee-shirt échancré laissait voir sa gorge sans problème. Il ne s'était pas changé après sa séance avec ses amis. Akihiko plongea sa tête dans son cou, l'embrassant chaudement, tout en le maintenant fermement contre lui. Naruto gémit de détresse. L'autre prit cela pour en encouragement, et commença à parcourir son dos de ses mains, le pressant contre son corps en lâchant un râle fiévreux. Le blond le sentit lécher la sueur dans son cou. Le geste lui donna la force de repousser l'homme, un regard horrifié peint sur la figure.

- S-Sortez ! Sortez d'ici ! s'exclama-t-il.

- Pas avant de t'avoir communiqué mes sentiments, Naruto-san, répondit l'autre.

Le blond recula, maladroitement, les yeux toujours ancrés dans ceux de l'autre homme. Sentant un vase derrière lui, il se saisit de l'objet, et le jeta pitoyablement au sol, le séparant de l'intrus par une marée de morceaux de porcelaine tranchants. Mais l'autre portait encore ses chaussures, et avança sans gêne, forçant Naruto à se retirer dans son salon. Trop saoul pour tenir debout plus longtemps, il chuta parmi les bouteilles d'alcool. Il lâcha une plainte, le corps endoloris, mais cela ne suffit pas à l'étranger pour revenir à la raison. Akihiko en profita pour se placer à quatre pattes au dessus de lui et reprendre ce qu'il avait commencé plus tôt.

Naruto savait très bien que se débattre était inutile. Il était bien trop faible. Ses mains n'arrivaient pas à repousser le torse de l'autre. Il avait beau agiter ses jambes, cela n'empêcha pas le photographe plus âgé de déboucler sa ceinture. Il pleurnichait maintenant, sachant que l'homme était sérieux et ne comptait pas s'arrêter, prononçant des mots d'amour qu'il ne voulait pas entendre. L'autre releva son tee-shirt, attaquant son torse, alors que d'une main, il tentait de s'introduire dans le caleçon du blond.

- N-non ! P-Pitié, non !

Des souvenirs remontèrent à la surface. Des souvenirs qu'il pensait avoir éliminé avec le temps. Pétrifié, sa gorge refusa bientôt de lui obéir, et il ne protesta plus, s'agitant simplement comme un poisson hors de l'eau. Mais un poisson saoul.

Un bruit retentit. Quelqu'un d'autre venait de pénétrer chez lui. Sa vue commença à se brouiller. Le poids au-dessus de lui disparut. Il entendit un bruit de choc, et quelque chose casser. Puis des voix, lointaines. Quelqu'un se saisit de lui, tapotant sa joue. Une voix lui cria quelque chose. Ses yeux s'entrouvrirent une dernière fois. Un visage flou le surplombait. Puis le noir.

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Il avait une méchante gueule de bois. D'une main, il déboucha un tube dont il fit glisser une aspirine. Le comprimé, une fois dans l'eau, se désagrégea en un temps record. Dans son crâne, des marteaux-piqueurs se déchaînaient sans répit. Il avala d'une traite le contenu de son verre, et plissa le nez, dérangé par le goût du médicament. D'une démarche traînante, il déambula dans le couloir. Bien qu'il aimait plus que tout ses séances particulières avec ses deux amis, il regretta amèrement d'avoir trop bu, emporté par la frénésie du blond surexcité. Il croisa se dernier, et le salua. L'autre ne sembla pas le remarquer, étrangement livide, continuant sa route comme une âme égarée.

- Eh ?

Sai fronça les sourcils. Naruto n'était pas du genre à l'ignorer, gueule de bois ou pas. Il croisa la route du blond encore deux fois dans la matinée. Rien ne changea. Il semblait complètement en dehors du temps. Son visage était extrêmement pâle. Cela finit par l'inquiéter, et il décida d'en toucher deux mots à Yousei et Jiraiya, qui étaient un peu les parents du blond. Les deux adultes lui promirent qu'ils trouveraient le temps de faire cracher le morceau à Naruto. Cela le rassura. Il savait qu'il pouvait compter sur les deux hommes pour s'occuper de leur petit protégé. Lui-même les considérait comme sa famille.

Plus tard cette même journée, Ayako, la jeune fille douce et souriante qu'il avait maquillé auparavant, vint chercher, accompagnée de son étrange agent, des tirages spéciaux qu'elle avait demandé à Gaara. Une fois encore, il finit par se retrouver seule avec elle. Son agent discutait, l'air sérieux, avec Jiraiya, et avait laissé l'adolescente s'installer dans un salon.

- Ayako-chan ! Bon retour, salua-t-il poliment en s'inclinant.

- Oh ! Bonjour ! répondit-elle, gênée, s'inclinant aussitôt pour répondre à son salut formel.

Sai s'empêcha de rire. La jeune fille était vêtue d'une magnifique robe crème, dont le bas était une suite de dentelle, et chaussée de ballerines grises surmontées d'un nœud blanc en tissu de soie. Il ne pouvait s'empêcher de se faire la remarque que la rookie n'avait pas vraiment sa place dans le monde du mannequinat. Elle était très jeune, certes, avec ses longs cheveux noisette légèrement ondulés, ce qui lui donnait un air particulièrement innocent, et ses grands yeux bruns, toujours curieux.

- Vous êtes en pause ? demanda la modèle.

- Hm ! Venue chercher des clichés ?

- Oui. Sabaku-san a fait un travail si extraordinaire que mon agence a retenu pratiquement tous ses clichés finaux, expliqua-t-elle, la mine enjouée.

- Ca ne m'étonne pas. Je fais confiance à Gaara-chan pour ça, confirma-t-il en hochant la tête.

- V-Vous êtes proche de Sabaku-san ?

- Un peu que oui ! Lui et un autre collègue, nous nous connaissons depuis des années. Un peu comme un trio de choc, hehe !

Ayako avait un rire cristallin que Sai trouva rafraîchissant. Il s'assit à côté d'elle, papotant gaiment en attendant que l'un ou l'autre soit appelé à partir. Depuis leur première rencontre, il avait immédiatement apprécié Ayako, toujours positive et travailleuse.

- Parfois, je me demande comment les photographes ici inventent des concepts aussi soignés et originaux, confia Ayako. Votre ami m'a vraiment surprise. Pas que j'ai l'habitude de quoi que ce soit en particulier, mais j'ai toujours feuilleté les magazines de mode. Light Art est un endroit différent, affirma-t-elle, les yeux rêveurs.

Bien sûr, Sai ne pouvait pas lui expliquer comment Gaara et Naruto créaient leurs concepts. Il s'agissait de leur petit secret. Il n'avait jamais entendu parler d'autres photographes s'improvisant mannequin eux-mêmes. Il se contenta de sourire à l'adolescente.

- Hmmm. Tu sais, Ayako-chan, tu devrais revenir plus souvent. Light Art saura propulser ta carrière et respecter ta personnalité au lieu de t'imposer tous les clichés du milieu, expliqua-t-il à la délicate jeune fille.

- A-Ah ! C-Ce serait fantastique ! Mais je ne sais pas si… hésita-t-elle.

Les joues d'Ayako se teintèrent légèrement.

- Gaara-chan a beaucoup aimé travailler avec toi. Lui ou d'autres, je suis certain que tu n'auras pas à t'en faire. Tu auras d'autres séances !

- Merci, Sai-san. Merci pour vos paroles. Vraiment ! le convainquit Ayako d'un regard déterminé.

Touché par la gentillesse du brun, elle insista pour qu'ils échangent leur identifiant LINE, ce que Sai ne refusa pas. Il trouvait Ayako très attachante, et n'avait absolument rien contre le fait de la voir en dehors du travail, si telle était le souhait de la jeune mannequin. A peine les données échangées, un assistant vint le chercher pour retourner au travail.

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Bonjour ! Le grand retour !

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Choqué(e) ? Enragé(e) parce que Sasuke a dû répondre à son téléphone ? xD

Que s'est-il passé à la fin avec Naruto ?

A quoi pense-t-il, de retour au bureau comme un fantôme ?

Et Sai, il serait pas en train de dragouiller vite fait ? ;)

Bon, la publication reprend plus ou moins normalement. Oui, je suis arrivée dans mon nouveau pays d'accueil, mais oui, j'ai à nouveau internet qui marche bien comme tout :D ! Je vais pouvoir reprendre Ange Déchu également, c'est cool ! Je suis toute contente !

En réponse au commentaire de Yarunah: Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me laisser un message, aussi gentil en plus :) ! Honnêtement, je ne sais pas comment j'ai pondu cette histoire. Les passages sont justes arrivés comme ça dans ma tête. Je n'avais pas de quota ou de répartition précise pour chacun des personnages. Il y a forcément plus de Sasuke et Naruto car ce sont mes chouchous, et, au final, je ne compte pas m'attarder sur Aki Satoru. J'écris au fil de ce qui apparait dans mes pensées quand je rêvasse. Hautement réfléchi et professionnel, pas vrai ? hahaha Oh, et des petits secrets, ils en ont pleins :P !

Merci pour les commentaires, pour les personnes qui suivent et qui ont mis en favoris. Je suis honorée et j'espère que la suite vous plaira !

A la prochaine ! :3