Vous aimez la musique ? Pour ce chapitre, je recommande Lights de EMBRZ, et Youth de Daughter.
Aussi, j'en profite pour vous conseiller d'écouter la trilogie de chansons Blue Neighborhood de Troye Sivan. Ses chansons sont sublimes, et si vous venez ici pour lire du yaoi, alors, certainement, un jeune chanteur homosexuel avec les plus jolis yeux bleus du monde vous intéressera sûrement ;) ! J'avais oublié de le mentionner, et puis Teens React a ramené ça sur le tapis. Alors allez voir ses chansons !
.
Septième cliché
.
Deux jours plus tard, alors qu'il regardait distraitement l'actualité sur son téléphone, Sasuke Uchiha lut un article auquel il s'attendait. Sur le site dédié aux actualités artistiques, on y lisait qu'un photographe célèbre, Akihiko Kyoukou, s'était suicidé. D'une main, il ouvrit le contenu de l'article pour voir ce qu'il s'y disait, mais aucune raison n'avait été donnée. Apparemment, tout le monde ignorait son obsession malsaine pour un autre photographe. Il était précisé que dans son logement avait été retrouvé des documents et du matériel de photographie auquel le photographe avait mis feu, rendant le tout non identifiable.
Sasuke expira lentement. Au moins, cela n'ajouterait pas de peine supplémentaire à une certaine personne. Il ferma l'application, et posa son téléphone à côté de lui. Aujourd'hui était l'un de ses rares jours libres. Pas que cela l'enchantait spécialement, vu qu'il n'avait rien à faire de plus intéressant que d'aller au travail. Assis sur le canapé, il contempla le mur en face de lui. Qu'allait-il faire de cette journée ?
Bientôt, son téléphone vibra à ses côtés. D'instinct, il sut que ce n'était pas son frère qui l'appelait. Il laissa le téléphone vibrer un instant, passant une main sur son visage fatigué. Finalement, il décrocha, et attendit que la personne à l'autre bout ne commence à parler.
- … Uchiha-san ? fit la voix.
Naruto Uzumaki. Il l'avait su dès l'instant où il avait lu le titre de l'article. Cette nuit-là, il avait raccroché après sa brève conversation avec Itachi. Remarquant une silhouette pénétrant dans l'appartement du photographe, il s'était empressé de se rendre sur les lieux. Là, il avait surpris un inconnu chevauchant le blond dans son salon, parmi des bouteilles d'alcool vides. Après s'être chargé de l'intrus, il avait tenté de ramener l'Uzumaki à la raison, mais celui-ci s'était évanouit dans ses bras. Sasuke, qui n'avait pas pu partir sans rien dire, avait laissé un simple mot, griffonné sur un bloc note qu'il avait trouvé sur un meuble, et laissé ses coordonnées au blond au cas où il voudrait en savoir plus, ou juste confirmer que son agresseur n'avait pas pu aller jusqu'au bout.
En entendant la petite voix dans son téléphone, Sasuke comprit le mal-être et le trouble du jeune homme. Eméché comme il l'avait été cette nuit-là, il était probable qu'il ne se souvienne que de peu de choses. Etrangement, le ton de l'Uzumaki lui brisa le cœur. Après tout, il l'avait suivi pour profiter de sa misère, alors que sa première intention avait été de le prévenir du danger. Au lieu de cela, il avait préféré jouer, et l'autre avait failli être abusé dans sa propre maison.
- Uzumaki, répondit-il.
- … Peut-on… se rencontrer ? demanda faiblement le photographe.
Sasuke accepta. Il contacta son adresse au blond, afin que celui-ci se déplace jusque chez lui. Il était obligé de l'inviter, faute de pouvoir sortir en pleine journée dans un lieu publique sans risquer de se faire repérer par des paparazzis ou des fans. Son visage était littéralement affiché dans chaque rue de la capitale. Et il doutait également que le blond veuille parler ce qu'il c'était passé cette nuit-là sur les lieux-même où il avait été agressé. L'Uzumaki acquiesça timidement, et lui signala qu'il le rejoindrait le plus vite possible.
Maintenant, il était embêté. Une fois la communication terminée, il prit conscience du simple fait que personne n'était jamais venu chez lui. Excepté Itachi, évidemment. Mais depuis qu'il avait emménagé loin de son frère, jamais il n'avait invité qui que ce soit. Pas même un collègue. De plus, sa cuisine était complètement vide. Ne pouvant se résoudre à ne rien pouvoir offrir à son invité, Sasuke fouilla dans tous ses placards, espérant y trouver quelque chose de comestible par miracle. Et un miracle arriva, lorsqu'enfin, il mit la main sur une boîte de sachets de thés. C'était déjà ça. Remerciant intérieurement son frère, il découvrit également des tasses, et mit de l'eau à bouillir sur le feu.
Ayant dit la vérité, l'Uzumaki arriva aussi vite que possible. L'eau n'avait pas encore bouillie que quelqu'un sonna à sa porte. Une sensation étrange paralysa Sasuke en entendant ce son si peu familier. Comme au ralenti, il s'avança, quitta la cuisine pour atteindre sa porte, et ouvrit. Sous ses yeux apparut le blond, caché derrière ses cheveux, le visage baissé honteusement, les mains agrippées à son manteau carmin. Il était vêtu d'un autre pantalon cargo et de baskets marron. Sous son manteau, on devinait un pull en laine gris.
Sasuke se décala, faisant signe au photographe d'entrer. L'autre s'exécuta, en silence. Il referma la porte, faisant se crisper le blond.
- Ahem… du thé ? proposa-t-il avec désinvolture.
- A-Ah, euh, oui, bégaya le blond, les yeux toujours rivés sur le sol.
Il indiqua le bar au blond, et le laissa s'installer, prenant en charge son manteau qu'il déposa sur le dossier d'un canapé. Dans son pull, le blond semblait beaucoup plus fin. Plus chétif. Ses cheveux blonds couvraient sa nuque, et son visage. Sasuke mourrait d'envie de le scruter de plus près, mais ce n'était sûrement pas la bonne chose à faire lorsqu'on invitait quelqu'un pour la première fois. A la place, il versa du thé à son invité, et s'installa face à lui, de l'autre côté du bar.
Un ange passa. Pendant un long moment, les deux ne firent que contempler leurs tasses, et siroter le thé. Sasuke ignorait totalement ce qu'il pouvait bien dire, décidant qu'il revenait au blond de poser ses questions. Parler n'était pas son fort, après tout. Le blond finit par se lancer.
- J'ai vu votre mot. Je voulais…vous remercier. Merci, Uchiha-san.
Sa voix était éteinte, presque distante, à l'opposé de lorsqu'il s'adressait à ses équipes et clients lors de ses séances de photographie. De toute évidence, l'Uzumaki allait très mal. Le blond ignorait sûrement que Sasuke avait fait plus que de chasser le photographe. Qu'il accepte, lui, de se faire prendre par d'autres hommes répugnants était une chose, mais il ne pardonnait pas à des violeurs. S'il ne s'était pas retenu, il aurait achevé lui-même le photographe qu'il avait retrouvé, maîtrisant au sol un blond pétrifié de peur. A la place, il avait craché son venin, menaçant l'autre avec des yeux fous et une voix polaire.
- Hn. Il est mort. Akihiko Kyoukou.
- O-Oui, lâcha le blond.
Sasuke entendit un sanglot s'échapper du plus jeune. Il releva les yeux. Une simple larme dévala sur la joue droite du blond. Une rage sourde s'empara de lui.
- Uzumaki. C'est moi qui ai…convaincu cette enflure de se suicider.
- ?!
Le blond releva son visage, toujours dissimulé derrière ses cheveux et ses lunettes.
- C-Comment ?
- Pour qu'il ne recommence pas, expliqua simplement Sasuke.
- Je ne comprends pas…
- Ce soir-là, je voulais te prévenir. Je l'avais déjà vu. Mais je suis arrivé trop tard.
Maintenant, le photographe tremblait comme une feuille. Le brusque changement de registre sembla effrayer le blond.
- T-trop tard ? demanda-t-il.
- Tu ne te souviens pas ? Akihiko Kyoukou a tenté d'abuser de toi.
- T-tenté ?
- Je ne suis pas arrivé si tard que ça, le rassura l'Uchiha.
Comme il l'avait imaginé, le blond n'était pas certain de ce qui s'était passé. Il sembla presque rassuré d'entendre ses paroles, avant de retourner dans son mutisme. Puis, quelque chose sembla le frapper.
- Vous vouliez me prévenir ? Comment saviez-vous ?
- Hn. Après la séance. J'ai vu quelqu'un te photographier, révéla-t-il.
- Merci…
Sasuke fut énervé de voir le blond si faible. Cet idiot ignorait à coup sûr qu'il avait été suivi bien plus d'une seule fois. Il se demandait comment il pouvait encore être possible d'être aussi innocent dans ce monde. Les gens comme l'Uzumaki le mettaient hors de lui. Incapables de se défendre.
- La prochaine fois, au lieu de prendre des photos de merde, prends des cours de karate, lui balança-t-il.
- Pardon ?
- T'as bien entendu. Ce pervers te suivait probablement depuis longtemps. Tu fais quoi, à boire comme un trou, sans fermer la porte en rentrant chez toi. T'as quoi, trois ans ?
Le blond se leva brusquement, choqué.
- Mais va te faire foutre ! Je venais pour te remercier, connard ! cracha-t-il au brun, avant de tourner les talons.
Sasuke se leva lui aussi. Il voyait rouge. Personne ne l'insultait. Ce gamin allait trop loin. Il suivit le blond, le rattrapant.
- Si tu voulais pas te faire violer, fallait pas te conduire comme une victime. Tu sais combien de pétasses se bourrent la gueule comme toi pour finir dans des motels moisis à pleurer comme des gosses ? Prends-toi en charge ! Chialer mènera à rien.
- Ta gueule ! De ce que je sais, tu ne te nourris même pas. Qui a trois ans, au juste ? se défendit l'Uzumaki. Je sais parfaitement me prendre en charge !
- Ah ouais ?
Il attrapa le blond par le bras, et l'enfonça violemment contre le mur de l'entrée. De ses mains, il plaqua les poignets du blond, l'empêchant de fuir.
- Si t'es si bien, défends-toi pour voir, le menaça-t-il.
Sasuke s'attendait à ce que le photographe tente misérablement de se défaire de sa prise. Pourtant, rien ne vint. A la place, l'Uzumaki avait le visage baissé. Il tremblait de tout son corps, et haletait. Il comprit. Le blond faisait une crise de panique. Il était incapable de bouger de sa propre volonté. Doucement, Sasuke le relâcha. Ce qu'il venait de faire n'était pas malin. De toute évidence, l'agression de l'Uzumaki avait laissé des séquelles. Le blond rabattit ses bras contre son torse, reprenant tant bien que mal sa respiration.
En y réfléchissant, cette nuit-là déjà, le blond n'avait pas pu se défendre. Même alcoolisé, l'adrénaline aurait dû lui permettre de résister plus. Mais il l'avait retrouvé, pétrifié. Sasuke considéra un instant l'Uzumaki. Etait-il possible de le blond ait déjà été agressé avant même cet incident-là ? Croisant son regard derrière ses lunettes, le photographe lui renvoya un regard choqué. Apparemment, Sasuke avait deviné juste, et le blond savait ce qu'il en avait conclu.
- Je vois, murmura-t-il.
Hors de lui, le blond le poussa. Toujours haletant, il le considéra, le visage défiguré par la colère, comme lorsque Sasuke l'avait vu pour la première fois. Il voyait bien que le photographe contenait tant bien que mal ses larmes. Il s'apprêta à parler, quand le blond poussa un cri, se jetant sur lui pour le frapper. Il n'eut aucun mal à esquiver le poing du photographe en se décalant sur le côté. Mais l'autre, qui y avait mit toute sa force, continua son envolée. Par réflexe, Sasuke tenta de le rattraper, étendant ses bras vers le blond. Manque de chance, il avait peut-être plus de force que le blond, il n'était pas bien lourd non plus. L'action l'entraîna à la suite de l'autre, et il finit par s'écrouler sur lui. Affalé sur le blond, leurs jambes entremêlées, Sasuke remarqua à quel point la carrure du photographe était plus frêle encore que ce qui transparaissait à travers ses vêtements. Il se releva péniblement, les genoux blessés, et cala sa main droite sous l'aisselle gauche du blond, et sa main gauche au-dessus de son épaule droite. Il reporta son regard sur l'Uzumaki, les yeux écarquillés, des larmes prises dans ses cils blonds.
'Ah… Alors c'est sa couleur naturelle ?'
Sasuke se rendit compte de sa proximité. Il n'avait jamais aussi bien vu le visage du photographe. Ses cheveux s'étaient enfin écartés, lui laissant tout le loisir de se perdre dans les iris océan. Malgré les lunettes, il trouva le blond attrayant. Son visage était fin, sa peau douce, et ses cheveux blonds illuminaient son teint, lui donnant un air angélique. Devant l'inaction du photographe, il posa une main sur sa joue, et chassa la larme qui y coulait. Il avait peur d'en avoir trop fait. Son caractère d'Uchiha le faisait s'emporter au quart de tour.
Il voulut s'assurer que le blond allait bien, quand une sonnerie retentit. Les yeux de l'Uzumaki s'ouvrirent plus grand encore si possible. Le corps de Sasuke se crispa. La porte d'entrée s'ouvrit sur son frère. D'un geste rigide, Sasuke tourna sa tête vers Itachi, une goutte de sueur dévalant sur sa tempe.
- Otou…to ? balbutia l'aîné.
Il fallait vraiment qu'Itachi se pointe toujours au pire moment.
.
.
L'après-midi, Sakura était de nouveau en route pour un set. Elle avait fini de tourner son dernier film, et commençait donc le nouveau. Son premier film aux côtés de l'acteur renommé, Itachi Uchiha. Aujourd'hui, il ne s'agirait que de lire les scripts avec le reste des acteurs, mais elle était impatiente. Pour l'occasion, elle avait revêtu sa tunique rayée blanche et noire, une jupe noire, courte, tenue par une ceinture large à la taille, des chaussettes hautes noires également, et des bottines en cuir avec une semelle en bois. Dans ses cheveux, elle arborait un serre-tête orné d'un nœud noir également. Ses longs cheveux roses dévalaient ses épaules. Ses assistantes et sa styliste la félicitèrent pour ce choix harmonieux. Elle espérait juste faire son impression. Pour ce film, elle rencontrait beaucoup d'acteurs pour la première fois, l'Uchiha y compris.
- Bonjour, je suis Sakura Haruno, et je joue le rôle de Sayuri Masaki, salua-t-elle une fois sur place, autour d'une immense table où étaient regroupés tout ses futurs collègues.
Les autres applaudirent, et lui lancèrent des sourires auxquels elle répondit gentiment. Seul Itachi Uchiha semblait songeur, mais personne ne lui en fit la remarque. Elle qui s'était fait une joie de le rencontrer, le brun semblait indifférent à tout. Ou plutôt, son esprit était ailleurs. Quelque chose devait sérieusement le préoccuper.
'Hm, je retenterai ma chance lorsqu'on tournera !' décida-t-elle, optimiste.
Lorsque la séance prit fin, elle envoya un message à son agent, Iruka, afin qu'il l'attende au rez-de-chaussée. Entamant une discussion avec d'autres actrices plus jeunes qu'elle, Sakura se permit de leur donner quelques conseils, profitant de son statut. Elle se gorgea des regards admiratifs des jeunes recrues qui étaient très probablement également des fans. Il n'existait rien de plus délicieux que de profiter de sa renommée et de jouer sur son charme pour attirer les compliments. Sakura était belle, talentueuse, et peu de personnes savaient comment elle s'emportait, insultant tout le monde. La plupart du temps, elle se contrôlait très bien. Cela n'arrivait guère qu'en présence d'une concurrente directe, à l'image d'Ino Yamanaka, la chouchoute de la Chuusaki.
- Haruno-san, merci beaucoup. Nous avons hâte de commencer à tourner, dit une des actrices avant de rejoindre son agent.
- Mais de rien, Ame-san. A bientôt, salua Sakura avec un sourire d'ange.
En chemin pour rejoindre l'Umino, elle passa par un étage où des employés côtoyaient les scénaristes de nombreuses séries. Elle marcha élégamment, chaloupa, et salua tendrement tous les gens qui vinrent à sa rencontre. Parfois, elle rabattait ses cheveux roses en arrière, geste qu'elle savait irrésistible pour certains garçons. Sakura était une narcissique finie, et elle adorait être sous les feux des projecteurs, peu importe la situation.
Pourtant, en passant à côté d'un bureau, elle reconnut une masse de cheveux rousse. S'arrêtant en chemin, elle salua une dernière personne, et fit mine de sortir son téléphone pour que sa présence soit moins suspecte. Planquée derrière un paravent, elle fixa son regard sur Sasori, de profil, toujours habillé comme un rebelle. L'acteur avait sa main nichée dans la chevelure brune d'une femme bien plus âgée que lui, et qui gloussait bêtement à ses remarques. Sakura fronça les sourcils. Le roux avait un sourire charmeur aux lèvres, et ses yeux étaient ceux d'un prédateur. D'un coup d'œil sur la porte, elle en déduisit que la femme était scénariste. Elle aurait pu parier que la scénariste en question était celle en charge du dernier projet de Sasori. Ce dernier embrassa la femme brune, une main posée sur ses reins, l'amenant à lui.
'Il ne se cache même pas ! Pitoyable.'
Passablement énervée à cause de l'attitude frivole et libertine de son collègue, elle leva le menton, et tourna les talons. Ses cheveux eurent un mouvement souple, attirant l'œil du rouquin qui fut bien vite rattrapé par les lèvres de la scénariste.
Une fois au rez-de-chaussée, Sakura rejoignit Iruka qui l'attendait avec une bouteille de jus de pomme pour elle.
- Merci, Iruka-san !
- Mais de rien ! Alors, comment s'est passé cette lecture ? demanda l'Umino, les yeux pétillants d'enthousiasme.
Sakura lui expliqua ce qu'elle avait pensé du réalisateur et de ses collègues. Après tout, son agent était la seule personne sincèrement intéressée par ce qu'elle entreprenait. Il l'écoutait toujours très attentivement, attirant ses yeux verts sur la fine cicatrice qui barrait ses joues, soulignant ses yeux noisette souvent plissés car il souriait presque en permanence.
- Je dois passer à la Light Art, pour récupérer quelques documents. Tu préfères que je t'accompagne d'abords à l'agence ? proposa l'Umino.
- Hmmm… Non, je vais t'accompagner ! Je devais aussi récupérer une facture à signer, non ? Comme ça, ce sera fait, lança-t-elle avec un petit clin d'œil.
- Alors en route ! décida Iruka.
Dans le van, elle continua à papoter joyeusement avec l'homme. Il avait beau avoir dépassé la trentaine, elle le trouvait jeune dans sa tête, peut-être parce qu'il était entouré de jeunes acteurs en permanence. Ses manières étaient agréables, sa voix douce, et son physique innocent le rendait absolument adorable lorsqu'il avait la pression. Elle le voyait très certainement plus comme le grand frère qu'elle n'avait jamais eu que comme un agent. Et elle avait de la chance. Tous les agents n'étaient pas aussi plaisants.
De retour dans les studios qu'elle appréciait tout particulièrement, elle suivit l'Umino qui se rendit à la réception. La femme leur indiqua le bureau du secrétaire en l'absence du directeur, parti à un événement social. Sur le chemin, Sakura se gorgea de l'atmosphère si particulière qui régnait à Light Art. Bien sûr, comme n'importe où, les gens la reconnaissaient, la saluait. Mais, généralement, les gens étaient beaucoup plus décontractés ici qu'ailleurs. Jamais elle ne s'était sentie pressée. Les assistantes prenaient le temps de discuter avec les clients, et les photographes la mettaient tous à l'aise.
Elle croisa Gaara Sabaku, qui la salua poliment. Le photographe, aussi roux que son collègue Sasori, était toujours agréable avec elle, ce qui ne semblait pas évident basé sur la seule apparence du photographe introverti et au maquillage singulier. Mais elle avait fini par apprécier le khôl et les yeux menthe du génie de la photographie. En réalité, la plupart des photographes et stylistes ici n'avaient pas peur d'exprimer leur unicité à travers leurs vêtements ou leur attitude.
- Ah, nous voilà arrivés, la prévint Iruka. Je n'ai jamais rencontré le second de Yubi-san. Yousei Chi est son nom, découvrit-il en regardant la carte que lui avait confié la réceptionniste.
- Hmmm, réfléchit Sakura. Il me semble avoir entendu parler de lui pendant les séances. Le pervers ?
- Tu es sûre que tu ne parles pas plutôt de Yubi-san ? plaisanta Iruka.
- Hahaha, un de plus, un de moins !
La jeune femme dut se retenir pour ne pas rire à gorge déployée. Elle ne se sentait pas aussi souvent en sécurité, capable d'agir naturellement. Une main sur le ventre, elle chassa une larme de son œil droit et suivit son agent qui avait frappé à la porte déjà. Dans le bureau, le prénommé Yousei Chi, un homme qui devait avoir la trentaine, comme son agent, se tenait assit derrière son bureau, des lunettes de lecture sur le nez. Sakura, qui analysait facilement les personnes, décrypta l'homme rapidement. Grand, masculin, habillé d'un costume qui soulignait sa carrure athlétique, les cheveux un peu long mais soignés, Yousei Chi était un homme qui avait conscience de son charme et de son charisme. Etonnement, son aura sembla même atteindre son agent.
- Umino-san ? Yubi-san m'avait prévenu que vous viendriez aujourd'hui. Oh, et ce doit être Haruno-chan à vos côtés ? Bonjour, princesse ! salua l'homme avec un petit clin d'œil.
- Enchanté, répondit l'Umino.
- Ah, enchantée de faire votre connaissance ! ajouta Sakura, surprise de la familiarité de l'homme.
Personne à Light Art ne semblait respecter réellement les formules de politesses et hiérarchies, chose qu'elle avait tendance à oublier. Elle se demanda si travailler ici n'était pas un piège. Comment prendre goût à cette liberté et un jour retourner dans le monde rigide des politesses et du respect exacerbé ?
Retournant à ses observations, Sakura regarda l'homme s'approcher de son agent. Elle cacha sa surprise en notant l'attitude de l'Umino, visiblement gêné, alors que l'autre s'approchait, un sourire charmeur aux lèvres.
'Iruka-san est en train de se faire draguer !'
Une fois encore, elle retint son sourire. Elle ignorait les préférences de l'Umino, mais le voir ainsi, les joues légèrement roses, n'avait pas de prix. Lorsque son agent remit une mèche de cheveux derrière son oreille, elle ne tint plus. Prête à exploser de rire, elle s'excusa, prévenant l'homme qu'elle rentrerait seule car elle avait à faire. Cela sembla faire paniquer l'agent, et elle jeta un dernier coup d'œil à l'autre qui lui sourit à pleines dents. Visiblement, il la remerciait mille fois de sa décision.
- Je vous laisse… faire connaissance, glissa-t-elle, ses yeux émeraude plantés dans ceux de Yousei Chi.
Elle s'autorisa un énorme fou-rire une fois la porte fermée et quelques mètres parcouru. Quelques personnes la regardèrent avant de reprendre leurs affaires. Fière d'elle, elle espéra qu'Iruka soit sensible au charme rentre-dedans de l'homme. Jamais elle n'avait vu son précieux agent prendre du temps pour lui. Nul doute que cela lui ferait le plus grand bien.
'A deux, c'est toujours mieux…'
Sakura, elle, n'avait personne. Mais elle aimait trop l'Umino pour l'empêcher d'atteindre un bonheur qui lui était inaccessible. Tant pis pour elle. A la place, elle s'achèterait la compagnie de petites pilules miracles.
Un trajet en taxi plus tard, elle arriva à un hôpital. C'était ici-même que son contact lui livrait sa drogue. Connaître du monde dans le milieu de l'entertainment était tellement facile. Les réseaux se cachaient à peine. Il suffisait d'aller vers le premier venu qui semblait avoir le profil pour être un consommateur, et de lui demander gentiment de la mettre en contact avec quelqu'un. Personne n'utilisait ces informations pour les vendre aux médias, probablement parce que la drogue était monnaie courante également dans ce milieu, tout particulièrement dans la capitale. Ainsi, il ne lui suffisait que d'une perruque, d'une paire de lunettes et d'un seul nom pour acheter sa marchandise tranquillement.
Le précieux sachet caché dans son sac à main, Sakura remit en place ses lunettes, et repartit. C'était la première fois qu'elle venait dans cet hôpital directement. La structure était immense, et bientôt, elle se perdit. Mais ne pouvant compter sur personne pour trouver son chemin, elle continua seule. Elle ne pouvait pas risquer de se faire remarquer à cause de sa voix. Légèrement inquiète, elle accéléra le pas. Heureusement pour elle, les couloirs étaient plutôt vides dans cette partie de l'hôpital. Au détour d'une allée, elle se pencha, observant le personnel, et attendit.
'Pourvu que personne n'essaye de m'aider ! Il faut que j'ai l'air sûre de là où je me rends !'
- Bonjour, je viens voir la patiente de la chambre 204.
Sakura retint sa respiration. Lentement, elle jeta un coup d'œil en direction de la réception à cet étage. Elle avait reconnu la voix de Shikamaru Nara. Apparemment, aujourd'hui était un jour pleins de découvertes.
'Il vient visiter ? De la famille peut-être ?'
Son cœur s'affola. Elle était partagée entre la panique à l'idée qu'un proche du Nara, qu'elle appréciait malgré sa lassitude permanente, soit malade et son désir incontrôlable de savoir ce que les autres cachaient. Sakura était extrêmement curieuse, parce que sa vie à elle n'était pas passionnante. Décidée, elle suivit le Nara de loin, et le vit entrer dans une chambre. Dans les couloirs, le nom du service était affiché en grosses lettres.
'… C'est ici qu'on traite les cancers !'
Avec une âme de ninja, elle avança rapidement, et se cala dans une chaise à la sortie de la chambre. Par chance, le Nara n'avait pas complètement fermé la porte. Elle tendit le cou, jetant un coup d'œil à l'intérieur. Shikamaru était de dos, assit sur une chaise. Dans le lit, une jeune femme qui devait avoir leur âge était clouée au lit, des machines l'entourant, émettant des 'bip' sonores. Sakura fut surprise de constater que, malgré la pâleur de son épiderme, la fille blonde avait un beau visage, et semblait aussi très grande. De toute évidence, elle avait du sang occidental, à en juger par ses grands yeux verts paon en amande. L'actrice sentit une pointe de jalousie s'installer dans sa gorge nouée. La patiente que venait voir Shikamaru était très belle. Mais à en juger par ses précédentes observations, elle était aussi malade. La blonde semblait quelqu'un de très important pour le Nara, qu'elle vit caresser d'une main tendre la chevelure dorée. Sakura détourna le regard.
'Il y a des limites à l'indiscrétion.'
Elle repartit dans le couloir, feuilletant des magazines destinés aux visiteurs. Une bonne demi-heure plus tard, Shikamaru ressortit de la chambre, fermant doucement la poignée de la porte. Du coin de l'œil, Sakura le vit expirer doucement, le regard rivé sur ses chaussures. Lorsqu'il releva la tête, ses yeux rencontrèrent directement ceux émeraude de sa collègue. Sans un mot, il approcha d'elle de sa démarche décontractée habituelle.
- Yo.
- Shikamaru-san, salua Sakura, le visage sérieux.
- Suis-moi, invita le Nara d'une voix morne.
La rose s'exécuta, notant mentalement que si l'autre avait été en colère, il l'aurait déjà chassée. Le brun n'était pas du genre à s'embêter avec quoi que ce soit. Contrairement à elle, il ne prétendait jamais. Il restait égal à lui-même, que cela plaise ou non. Le Nara la conduisit donc plus loin, près d'une machine à café. Dans le silence le plus complet, il commanda une boisson, et l'invita à s'asseoir avec lui. Il but la première gorgée de son café latte, les yeux fermés. Lorsque ses paupières se rouvrirent, Sakura eut l'impression d'être avalée par les yeux bruns qui la fixaient.
- Pose tes questions, déclara-t-il simplement.
- Honnêtement… Je ne sais plus si j'ai envie, lui confia-t-elle.
Shikamaru était l'un des rares collègues avec qui elle s'entendait bien. Elle sacrifierait sa curiosité pour préserver leurs relations amicales sans regret. Pourtant, Shikamaru répondit à ses interrogations muettes.
- Temari… lutte contre son cancer depuis deux ans.
Sakura comprit alors que, peut-être, Shikamaru avait juste besoin d'en parler. De confier ce secret à quelqu'un. Elle ne savait presque rien du brun, mais sa famille semblait aussi présente que la sienne, c'est-à-dire à peine présente pour son anniversaire.
- Temari-san ? Hm. Comment l'as-tu rencontré ?
- Par hasard. La vie. On se connaît depuis très longtemps, expliqua le brun. Elle a ton âge, vingt-quatre ans. Depuis deux ans… Temari est ma fiancée.
Il lui fallut du sang froid pour ne pas ouvrir la bouche comme un poisson hébété. Shikamaru esquissa un petit sourire en coin.
- Toi ? Fiancé ? finit-elle par articuler, choquée.
- Hm. Mais je ne tiens pas à ce que les médias le sachent. Surtout… pendant le traitement.
- Tu as ma parole. Temari-san est une fille magnifique. Et si tu l'aimes, c'est qu'elle doit être quelqu'un de très spécial. Si j'avais pensé un jour apprendre que Shikamaru Nara avait trouvé l'amour… J'étais persuadé que tu voyais les filles comme un tas d'ennuis, avoua-t-elle, un sourire sur les lèvres.
- Tch ! Je ne peux pas dire que ça soit faux. Oui, elle doit être spéciale.
Le Nara reprit une gorgée avant de poursuivre.
- Elle est mannequin. Une promesse faite à quelqu'un d'important pour elle. Seulement, le jour où elle a été signée, quelques jours après nos fiançailles, sa santé s'est détériorée rapidement. Alors j'ai fait ce qu'il fallait pour payer l'hôpital.
- Wouah. Shikamaru-san, es-tu certain que tu tiens à me révéler pourquoi tu t'es retrouvé chez DarkPink ?
- Tem' t'as vu, tout à l'heure. Elle s'est demandée si tu étais une de mes fans. Quand je lui ai dit qu'on était collègues, elle m'a bombardée de questions. Elle est persuadée que nous sommes amis.
- Je vois… chuchota Sakura, un peu déçue que le Nara ne la considère visiblement pas comme une amie.
Le brun l'analysa un moment. Souvent, Sakura se demandait s'il n'avait pas des pouvoirs spéciaux lui permettant de lire dans les pensées des autres.
- Je ne sais rien de toi, tu sais, lui dit-il.
- Hm.
- Et je suis assez solitaire, de toute façon. Tem' aussi. Elle est orpheline, et moi pas très sociable. Je suis acteur pour payer parce qu'elle n'a pas de famille. Je n'ai jamais voulu faire du cinéma pour la gloire et les cercles sociaux.
- Ca, je m'en doutais, rétorqua-t-elle.
Shikamaru rit. Sakura se fit la remarque que c'était peut-être la première fois qu'elle voyait l'autre rire. Le brun avait raison. Il avait ses secrets. Elle avait les siens. Ils se voyaient presque toutes les semaines, discutaient, mais ne savait rien sur l'autre. Aujourd'hui, l'histoire du Nara sembla réveiller quelque chose qu'elle était pourtant certaine de ne pas posséder. De la compassion. La gloire de l'intéressait pas, alors que pour elle, c'est tout ce qui comptait. Elle était vaine et futile. Il était un héro pour une jeune femme blonde.
- Tu sais quoi, Temari-san sera une mannequin reconnue dans tout le pays ! affirma-t-elle.
Shikamaru arqua un sourcil.
- Ta fiancée est une bombe ! Tu dois absolument lui réserver une séance chez Light Art. Lorsqu'elle pourra sortir, c'est là-bas qu'il faut qu'elle aille.
- Light Art ? demanda le Nara, perplexe.
- Les meilleurs studios du pays. Je connais des photographes là-bas, expliqua-t-elle.
- Merci, je suppose, fit le brun, surpris. Est-ce-que la très compétitive Sakura Haruno est en train de m'aider à propulser la carrière de ma fiancée ?
- Hehe, possible. Elle n'est pas actrice, après tout. Mais j'ai une condition, termina-t-elle.
- Eh ! Dis toujours, rétorqua le Nara, avec un sourire en coin.
- Présente-moi à Temari-san ! Je suis sûre qu'il lui manque une présence féminine dans sa vie !
.
Bonjour ! Ouaip, je suis en retard !
C'est dur de concilier la découverte de ma nouvelle ville avec l'écriture. Par exemple, hier, je pensais écrire toute la soirée, mais mon logeur m'a emmené découvrir le quartier. Et j'ai mangé un curry indien du tonnerre. On a communiqué par carnets de notes dans la langue de l'autre interposés, c'était fun ! Alors bah... Pas d'écriture ni de correction hier soir hahaha !
Itachi, briseur d'opportunités ? :P
Sasori, le petit coquin, a-t-il compris que Sakura l'avait espionné ?
Yousei Chi va-t-il mettre le grappin sur Iruka ?
Une petite idée de la promesse de Temari ?
Merci au nombre hallucinant de nouvelles personnes qui suivent Ton Visage ! (Dimant-Saphir, jenajena, Wisyo, Papoosa, Dirty Girl 7364 - lol ce pseudo xD -, Marionette0116, LaurenceNS etc, etc.) Il n'y a pas plus beau cadeau, combiné avec un bon coup de pied aux fesses pour corriger mes chapitres plus rapidement. Ahem, merci, merci, merci :P !
Un commentaire pour la route ? :)
En réponse au commentaire de Yarunah: Hey, salut à nouveau ! Oui, pas professionnelle pour un sous, mais c'est vrai que je m'amuse bien quand j'écris. Je fais des références à un milliard de trucs qui ne parleront probablement à personne, mais moi je le sais :P Gaara et Shikamaru ? Ca fait un sacré couple d'anti-sociaux ça par contre hahaha ! Mais je n'exclue pas, peut-être qu'un jour je le testerai, alors ! Merci pour tes encouragements ! Maintenant, j'ai internet et tout, c'est juste une question d'organisation. Et ça, l'organisation... C'est parfait dans ma tête, et rien se passe jamais comme prévu. Va falloir essayer plus fort, je pense :P !
A la prochaine !
