Bonjour tout le monde !
Me revoilà avec le chapitre 5. Au programme, des doutes, une rencontre et une petite avancée dans l'histoire, même si l'ensemble reste assez sombre malgré tout. J'espère cependant qu'il va vous plaire.
Sur ce, je vous souhite une bonne lecture et surtout, n'oubliez pas de laisser une petite review pour me dire ce que vous avez aimé ou non dans ce chapitre...
Rencontre
La nuit tombait lentement sur Londres. Silencieuse, assise sur son lit, le regard perdu dans la contemplation de son Walther, Ahri se remémorait les paroles prononcées par Aidan, deux jours plus tôt.
- C'est toi qui me parle d'assumer ? Alors que tu n'assumes même pas ta part de responsabilité dans le meurtre de Leïa ? Tu te fous de ma gueule ?
Elle secoua la tête à ces mots, secouant ses cheveux arc-en-ciel qu'elle avait frisés. Les mèches volèrent alors qu'elle fermait les paupières. Ses doigts se refermèrent sur son arme, la serrant à s'en imprimer légèrement le relief dans la paume. Contrairement à ce qu'il semblait croire, elle ne se pardonnait pas la mort de sa meilleure amie dont elle se savait en partie responsable. Si elle n'aurait jamais pu l'empêcher de se diriger vers ces enfants terrorisés, blessés et glacés par le froid et la terreur, elle aurait néanmoins dû l'emmener lion de tout danger avant d'elle, revenir sur place.
- C'est toi qui l'as tuée, Turing. Toi et ta putain d'irresponsabilité ! Si tu étais restée près d'elle, rien de tout ça ne serait arrivé et elle serait encore à mes côtés. On serait mariés à l'heure qu'il est et tout irait pour le mieux. Mais il a fallu que tu fasses ton héro, que tu l'abandonnes au milieu de la foule pour aller essayer de prouver Dieu seul sait quoi !
Pourtant elle n'avait jamais cherché à jouer au héros. Non, elle avait agi sans réfléchir, comme le lui dictait son cœur et son sens du devoir. Certes, ça avait été irresponsable puisqu'elle n'était non seulement pas en service, mais en plus, elle ne portait aucune protection : ni gilet pare-balle, ni casque, rien… Cependant, elle avait bêtement cru qu'étant au cœur de l'action, si quelqu'un devait être blessé, ce serait elle… Pas Leïa…
- Tu n'es même pas morte à sa place ! Toi, t'es là, alors que tu t'es pris une putain de balle dans la tête, et elle, elle est en train de pourrir au fond d'un trou !
Oui, c'était injuste. Ahri se le répétait chaque jour depuis le drame. En faisant la même action, l'une avait été blessée, et l'autre était morte. Mais ça aurait dû être l'inverse ! Leïa était infirmière et avait encore la vie devant elle, alors que elle, elle avait non seulement été blessée à de nombreuses reprises, mais elle avait aussi dû tuer des hommes pour sauver la vie de son équipe et d'innocents menacés. Si l'une des deux avait dû mourir, ça aurait dû être elle, alors pourquoi, pourquoi, le destin en avait-il décidé autrement ?
- C'est toi qui l'as tuée, Turing.
Alors que la voix d'Aidan s'élevait à nouveau dans sa tête, telle un hurlement de rage et de désespoir, ses doigts pressèrent la détente. En entendant le « clic » caractéristique d'un coup bloqué par le cran de sureté, Ahri sursauta, revenant brusquement à la réalité. Son regard se baissa lentement vers sa main pour voir le canon de l'arme dirigé vers elle. Plus secouée qu'elle ne voulut bien l'admettre, elle desserra ses doigts, laissant l'arme tomber et rebondir sur le tapis alors qu'une larme roulait lentement le long de sa joue. A ce rythme, elle allait devenir folle avant la fin de l'année.
- Si tu savais comme je suis désolée, Leïa…
Détournant ses yeux pour les laisser se poser sur la photo de son amie défunte déposée sur la commode devant elle, elle sentit son cœur se serrer d'avantage : elle lui manquait. Ne plus la voir créait un vide dans sa vie. Ne plus la croiser au bureau lui laissait un sentiment de manque. Ne plus avoir de message faussement incendiaire sur son répondeur quand elle se réveillait le matin la laissait sur sa faim. Ne plus recevoir de frappe gentille à l'arrière de la tête après une mission dangereuse ou une opération suicide la désolait. Tout, du rire aux cris en passant par les larmes et les silences compréhensifs de la défunte, créait un manque dans sa vie. Vide qu'elle n'avait pas encore la moindre idée de comment combler.
Séchant ses larmes d'un revers de main, la policière soupira en se levant. Sur sa table de chevet trônaient encore les deux tickets de la National Gallery qu'elle avait souhaité offrir à son amie qui avait toujours rêvé de faire une visite nocturne du musée.
- Je ne suis pas sûre de pouvoir tenir cette promesse, Leïa…
Se mordant la lèvre pour retenir de nouvelles larmes, la jeune femme attrapa une veste en cuir, fourrant les deux billets dans une poche, avant de mettre des écouteurs sur ses oreilles, montant le volume au son maximum. Enroulant une écharpe autour de son cou, elle ferma sa porte d'un coup de pied. La musique était si forte qu'elle l'empêchait de penser. Profitant de la sensation, elle descendit rapidement les escaliers avant de s'enfuir presque en courant dans la rue : il fallait qu'elle s'éloigne de cet endroit où tout lui rappelait sa meilleure amie, sinon, elle finirait par en devenir folle. Le vent froid lui glaça presque immédiatement le nez néanmoins, elle apprécia la morsure quelque peu désagréable sur sa peau. Alors qu'elle fixait ses pieds, enfonçant ses mains dans ses poches, elle rentra dans quelqu'un assez violemment. Surprise, elle bascula en arrière. Son casque tomba de ses oreilles alors qu'elle se frottait légèrement la tête qu'elle avait cognée contre un mur.
- Désolée, j'vous avais pas vu…
La personne qu'elle avait bousculée grogna en se relevant, époussetant un affreux imperméable sans forme, avant de lui tendre la main doucement pour l'aider à se lever également. Une voix claire aux accents hautains et purement anglais s'éleva alors qu'elle acceptait l'aide et se remettait sur ses pieds.
- Moi non plus…
Un faible sourire étira les lèvres de la plus jeune alors qu'elle passait sa main dans sa nuque lentement. Coiffant légèrement ses cheveux bruns emmêlés, le garçon face à elle hésita un instant avant de parler, fixant de façon peu conventionnelle la jeune femme qui ne le remarqua même pas, encore trop perdue dans les bribes de sa conversation avec son meilleur ami quelques jours plus tôt.
- Que faites-vous ici ?
Elle haussa les épaules en glissant sa main dans sa poche, en sortant deux billets qui avaient, par miracle, échappé à l'averse et à sa chute dans les flaques.
- Je venais rendre des billets…
- Pour des nocturnes ? Vous avez réussi à en avoir ? C'est tellement dur…
Sans répondre, elle les tendit à l'homme lentement, se mordillant la lèvre inférieure en haussant derechef les épaules. Passant sa main dans sa nuque, elle lui fit comprendre de les prendre avant de s'éloigner lentement : de toute façon elle n'aurait pas la force d'y aller seule. Seulement, avant qu'elle n'ait eu le temps de faire trois pas, une main se saisit de la sienne, la retenant doucement, et la voix du brun s'éleva à nouveau, plus douce que précédemment.
- Pourquoi ne m'accompagneriez-vous pas ? Si déjà vous me donnez un billet sans rien me demander en retour…
Elle pensa d'abord à refuser, ouvrant et fermant la bouche à plusieurs reprises sans que le moindre son ne s'en échappe, mais quelque chose la poussa à accepter d'un signe de tête silencieux. Visiblement satisfait, le brun lui donna son bras, reprenant ses allures de parfait gentleman au goût vestimentaire douteux, avant de reprendre sa marche en direction du musée, mettant les billets à l'abri de l'averse dans sa poche.
- Puis-je vous demander pourquoi vous ne vouliez pas assister à votre visite ?
Gardant le silence, elle le dévisagea avec attention pendant quelques instants avant de répondre, détournant le regard pour fixer les marches de la National Gallery qui se rapprochaient. La pluie mouilla son visage en quelques secondes, se mêlant aux larmes qui roulaient lentement le long de ses joues.
- La personne qui devait m'accompagner est morte par ma faute il y a un peu plus d'une semaine. C'était mon cadeau de mariage pour elle mais je n'avais pas le courage de m'y rendre seule.
Habituée depuis longtemps à déterminer les réactions silencieuses des gens qui l'entouraient sans même les voir, elle n'eut aucun mal à sentir la surprise de son compagnon de fortune, ses muscles se tendant sous la main qu'elle avait passée autour de son bras. Mais elle ne dit rien, serrant un peu plus son poing en grimaçant.
- Je peux donc considérer ma venue comme une chance pour vous de ne pas passer la soirée seule.
Cette fois, ce fut à son tour d'être surprise et de ne pas réussir à le cacher. Fronçant légèrement les sourcils, elle se mordilla légèrement la lèvre avant de tourner la tête sur sa gauche pour observer l'homme. Elle découvrit deux yeux clairs en train de la fixer avec attention, et elle ne put s'empêcher de répondre au sourire en coin qui ornait ses lèvres pincées par un plus léger mais sincère.
- En effet, je pense qu'on peut dire cela ainsi.
Le sourire en coin se transforma en un sourire plus large qui arracha un léger rire à la jeune femme alors qu'ils gravissaient les marches et se mettaient enfin à l'abri de l'averse. Machinalement, elle retira sa capuche pour essorer ses cheveux arc-en-ciel sous l'œil attentif du plus âgé qui ne put s'empêcher de glisser ses doigts dedans, les rabattant vers l'arrière délicatement, alors qu'elle ôtait sa veste détrempée. Surprise par le geste, elle suspendit ses mouvements, l'interrogeant du regard, mais il se contenta de s'éloigner d'un pas en désignant l'entrée d'un geste du menton.
- Vous venez ? Les visites vont bientôt commencer.
Jetant sa veste sur son épaule, elle le rejoignit en deux enjambées, enfonçant sa main dans la poche de son treillis en se mettant à sa hauteur. Et alors qu'ils pénétraient dans l'imposante bâtisse, il parla à nouveau, baissant d'un ton sous les regards courroucés des rares visiteurs.
- Par ailleurs, je m'appelle Benjamin, mais on me surnomme communément Ben.
Lui souriant cette fois véritablement, sans pour autant réussir à faire disparaître la lueur triste qui brillait au fond de ses yeux, elle lui donna une poignée de main franche en lui répondant sur le même ton, s'attirant également les foudres de ceux qui les entouraient.
- Ahri Turing.
Posté le 04 mai.
Et voilà pour ce chapitre 5. Qu'en avez-vous pensé ? Le début n'est ps très joeux, j'en conviens, mais j'ai tenté de montrer la culbabilité qu'on pouvait éprouver lors d'un dueil : les reproches qu'on se fait, même s'ils sont infondés, les actions qui ne suivent ps particulièrement le cours de nos pensées mais qui pourraient avoir des conséquences fâcheuses... Bref, quelque chose d'assez complexe que j'espère avoir retransmis plutôt fidèlement.
Sur ce, je vous dis à la prochaine !
Lyana.
