Bonjour tout le monde !

Comment allez-vous ? Comme promis, voici un nouveau chapitre. Moins d'action mais une plongée dans la tête d'Ahri. J'espère que ce chapitre vous plaira ! N'hésitez pas à me laisser votre avis !

Sur ce, bonne lecture ! :) On se retrouve plus bas.


Abandon

En sortant de chez elle pour aller rendre les billets, Ahri ne s'était pas imaginé passer une bonne soirée. Mais en voyant son compagnon de fortune aller et venir d'un tableau à l'autre, la tirant parfois à suite ou la laissant sur place, un sourire béat sur son visage mais sa silhouette toujours aussi guindée, elle se fit la réflexion que c'était la meilleure soirée qu'elle passait depuis un mois. Légèrement amusée, elle enfonça les mains dans ses poches frissonnant longuement alors que son pull trempé se rappelait à elle, avant de suivre le brun jusqu'à une autre salle, trottinant légèrement derrière lui avec un petit rictus. Elle le retrouva figé devant un tableau de Turner, les lèvres entrouvertes d'admiration. Tranquillement, elle se mit à sa hauteur et pencha sa tête sur côté pour observer l'œuvre à son tour.

- Ce tableau réveille toujours une profonde mélancolie en moi.

Son sourire s'étira un peu plus alors qu'elle contournait le banc devant lequel ils se trouvaient pour s'y asseoir, frictionnant ses bras pour calmer les tremblements qui l'agitaient.

- Tempus fugit[1]

L'étonnement du brun à ces mots fut presque palpable et elle tourna la tête pour le dévisager avec une certaine dose d'amusement. Les yeux vert d'eau la fixaient avec intérêt et le jeune homme ne mit pas longtemps à venir s'asseoir à côté d'elle, ôtant la veste de son costume pour la déposer sur ses épaules, restant avec un pull moutarde qui arracha un haussement de sourcils discret à la policière.

- J'espère que cela vous réchauffera.

Elle lui sourit en guise de remerciement avant de se replonger dans la contemplation du tableau. Elle avait l'impression de voir les navires bouger à cause du roulis, les flots se brisant sur les coques. Le bois des navires gémit à ses oreilles mais par-dessus le vacarme, quelques mots lui parvinrent, hurlés avec une violence hors du commun qui la troubla : « Tout est de ta faute Turing. C'est toi qui m'as tuée ! ». Quand les gémissements du bois se transformèrent en hurlements de douleurs, elle ne put qu'écarquiller les yeux, apeurée, alors que chacun de ses muscles se tendait. Fronçant les sourcils, elle sursauta quand son compagnon posa sa main sur son épaule, faisant disparaître le grincement sinistre du bois malmené durant une tempête de ses oreilles. Clignant à plusieurs reprises des yeux, elle réalisa qu'il s'était déplacé pour s'accroupir devant elle, la fixant avec une certaine inquiétude au fond des prunelles.

- Ça va ?

Elle déglutit nerveusement avant de passer une main sur son visage en fermant les paupières, secouant la tête pour se remettre les idées en place. Elle sentit à peine les soubresauts de ses muscles qui s'étaient brusquement tétanisés, mais elle mit un petit moment avant de reprendre contenance.

- Ahri ?

L'emploi de son prénom surprit la jeune femme qui rouvrit presque immédiatement les yeux, son cœur calmant enfin ses battements effrénés. Déglutissant nerveusement, elle s'excusa d'un regard alors qu'il levait la main pour remettre une mèche derrière son oreille doucement, effleurant sa peau. Gênée et troublée par l'impression qu'elle avait eu un peu plus tôt, elle se releva avant de rendre sa veste au brun en lui adressant un petit sourire d'excuse.

- Désolée, je… il faut que je parte…

Sans attendre, elle s'enfuit en courant, cachant comme elle pouvait les larmes qui commençaient à ruisseler le long de ses joues. Le cœur battant trop vite dans sa cage thoracique, elle ouvrit les portes du musée à la volée, appréciant la morsure glacée du vent et de la pluie sur son visage. Les gouttes se mêlèrent rapidement à celles salées qui ravageaient ses joues mais elle ne s'arrêta pas pour l'apprécier, traversant la rue pour se rendre dans une petite ruelle loin de la foule pressée de fuir ce déluge. Déglutissant nerveusement, elle s'arrêta quand son portable sonna, décrochant sans même regarder qui l'appelait.

- Turing ?

- Tu m'as tuée, Ahri… C'est ta faute, entièrement ta faute !

Elle manqua de s'étouffer quand la voix s'éleva, lâchant son téléphone alors qu'elle se reculait vivement en se cognant contre le mur. L'appareil tomba au sol, dans une flaque, et elle put voir l'image de Leïa clignoter sur l'écran avant qu'il ne s'éteigne. Terrorisée, elle se laissa glisser au sol, n'arrivant plus à reprendre son souffle, et ses mains allèrent agripper ses cheveux sans même qu'elle s'en rendre compte. Sa vision se troubla quand ses genoux rencontrèrent le bitume détrempé et elle gémit au pincement désagréable dans sa poitrine. Dans un état second, au bord de l'asphyxie, elle entendit vaguement des bruits de pas se précipitant vers elle, mais elle s'effondra avant qu'ils ne l'aient atteinte, roulant sur le dos comme une poupée désarticulée. La pluie tomba sur son visage déformé par la douleur et la tristesse, trempant un peu plus sa tignasse colorée qui s'étalait autour de sa tête comme une auréole. Ses doigts se détendirent légèrement, laissant le sang émanant des plaies faites par ses ongles s'écouler à terre, et elle s'évanouit en murmurant le nom de sa meilleure amie.

Ce fut une bonne odeur de pain grillé, accompagnée d'un miaulement impatient, qui la tirèrent de son sommeil. Fronçant les sourcils, elle tenta de se redresser mais retomba tout aussi vite dans ses draps quand ses muscles lâchèrent sans pouvoir se contracter. Un gémissement lui échappa quand elle roula sur le côté, sa tête la lançant désagréablement. Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle remarqua qu'elle ne se trouvait pas chez elle. Cependant, elle n'eut pas le temps de s'interroger sur les raisons de sa présence en un lieu inconnu, la porte de la chambre s'ouvrant sur un homme brun.

- Ça va mieux ?

Dans la pénombre, elle eut du mal à le reconnaître, jusqu'à ce qu'il entrouvre les rideaux pour laisser passer la lumière du levant. Se laissant retomber sur le dos, elle leva la main en plissant les yeux pour reconnaître l'homme rencontré la veille. Sentant une grande lassitude s'emparer d'elle, elle acquiesça lentement, laissant ses paupières se refermer, jusqu'à ce qu'elle sente le matelas s'affaisser sur sa droite. Tournant sa tête, elle dévisagea l'homme avec attention : ses cheveux bruns, bien que désormais secs, étaient toujours autant en bataille, et d'épaisses lunettes cachaient ses yeux verts dans lesquels elle put lire beaucoup d'inquiétude.

- Qu'est-ce-qui s'est passé ?

Le jeune homme détourna le regard, comme s'il cherchait ses mots, quand elle se redressa lentement pour s'adosser aux oreillers, grimaçant quand elle ressentit un pincement aigu dans sa cage thoracique. Prenant appui sur le drap, elle réitéra son geste jusqu'à ce que son regard s'arrête sur de fines bandelettes blanches qui entouraient ses paumes.

- Je t'ai suivie quand tu es partie hier. Tu semblais avoir vu un fantôme. Et quand j'ai réussi à te rattraper, tu t'es évanouie.

Elle fronça les sourcils, tant pour l'explication que pour le tutoiement ou l'avalanche de souvenirs qui s'empara d'elle. Elle se souvint de la voix qui avait résonné à l'autre bout du combiné et ce fut suffisant pour lui faire venir ses larmes à nouveau. Déglutissant nerveusement, elle passa sa main sur ses yeux en se calmant, jusqu'à ce que la sonnerie de son téléphone brise le silence. Benjamin le lui tendit avant de détourner le regard quand elle décrocha.

- Turing.

- On a un problème.

Elle fronça les sourcils en reconnaissant la voix sèche et agressive d'Aidan. Grimaçant légèrement, elle se redressa, glissant sa main dans ses cheveux en bataille en l'enjoignant à continuer.

- Leïa m'a appelé la nuit dernière.

- Moi aussi… Aidan, je…

- La ferme.

Elle fronça les sourcils mais n'eut même pas la ressource nécessaire pour le rappeler à l'ordre. Elle avait l'impression d'avoir été piétinée par un éléphant et ses souvenirs la blessaient à chaque fois qu'ils revenaient.

- J'sais pas c'que t'as fait Turing. Mais tu vas m'le payer.

- Bordel, Aidan, attends…

Mais son cri tomba dans le vide, l'autre ayant déjà raccroché. Muette de stupeur, Ahri resta immobile sur le lit, les yeux écarquillés avant de glisser ses doigts dans ses cheveux colorés, les agrippant fermement pour s'empêcher de hurler sa rage et son impuissance. Lentement, Benjamin s'approcha et s'assit à côté d'elle, hésitant avant de lui prendre les mains pour l'empêcher de se blesser plus gravement.

- Je crois que tu me dois une explication, non ? Je me suis fait un sang d'encre.

Surprise par les mots qui s'échappèrent des lèvres de l'amateur d'art, Ahri redressa violemment la tête, le fixant d'un regard farouche qui ne l'impressionna nullement : il était habitué aux regards de tueurs avec son nouveau travail. Cependant, ce qui le surprit, ce fut la poigne ferme qui se referma sur son poignet, se raffermissant tandis qu'il la défiait du regard.

- Je ne retirerai pas mes mots. Alors explique-moi.

Il vit le visage se déformer un peu plus, mélange de rage, de colère, de désespoir et de douleur, avant qu'elle ne baisse la tête, ses épaules s'affaissant lourdement. Quand les doigts glissèrent sur les draps, libérant ses poignets, il s'autorisa à se détendre, glissant ses doigts dans les cheveux colorés pour les remettre derrière son oreille.

- Peut-être que je pourrais t'aider, même si ce n'est qu'émotionnellement.

Il ne sut dire le moment exact où elle abandonna, mais quand il vit ses épaules trembler, mouvement qu'il avait remarqué avant qu'elle ne fuie la galerie la veille, des larmes plein les yeux, il l'enlaça, la laissant enfouir son visage dans son cou doucement.


Posté le mercredi 25 mai 2016.

Alors voilà pour ce nouveau chapitre. Il n'y a pas beaucoup d'action et je n'en suis pas entièrement satisfaite, toutefois, il commence à entrer un peu plus dans le vif du sujet.

Des avis ? Qu'en avez-vous pensé ? Une petite review pour me dire vos impressions ?

En attendant, je vous embrasse et vous dis à bientôt pour la suite !

[1] Le temps fuit