Pour Kurt, il n'y avait aucun doute que c'était Blaine. Aucun doute. Il n'aurait jamais pu oublier ces yeux et ce sourire. Jamais de la vie, aucune chance. Ses cheveux étaient maintenant recouvert de gel, ce qui était un peu étrange, mais cela lui donnait un air plus raffiné, lui donnait plus de classe.
Si Kurt croyait que Blaine plus jeune était mignon, sexy et tout ces autres adjectifs que le Kurt de 12 ans pouvait imaginer...
Blaine plus vieux regorgeait de sex appeal.
Il était absolument et positivement éblouissant de beauté.
Il était encore plutôt petit, par contre, ce qui fit glousser Kurt dans sa tête.
Il n'était pas certain si Blaine l'avait reconnu ou non, parce que la performance de "Teenage Dream" était impeccable, avec son sourire, ses tournis et ses glissements de pas. Cependant, il croyait reconnaître une lueur de quelque chose dans ses yeux, durant les moments que leur regard se croisait.
La chanson se termina et Kurt applaudit avec tout le monde, quoique un peu plus abasourdit et avec moins de vigueur. Toutes les personnes dans la salle s'attroupèrent autour des Warblers, leurs donnèrent des tapes dans le dos et leurs serra la main et, wow, ce Glee Club semblait véritablement populaire, ce qui était très étrange à ses yeux. Mais lorsque les gens commencèrent à s'en aller, Kurt paniqua un peu, parce que c'était Blaine, le même Blaine de son enfance et le même Blaine avec qui il avait fait exprès d'arrêter de parler. La salle était presque vide sauf pour quelques flâneurs et presque la totalité des Warblers et Kurt se retourna, prêt à quitter la pièce, lorsque...
- Tu pars tout de suite?
Il s'arrêta, ses mains sur la courroie de son sac.
- Tu avais l'air d'aimer la chanson, le moins que tu puisses faire c'est de me partager ton opinion.
Kurt se retourna, prenant son temps. Blaine était là, les mains dans les poches de ses pantalons, un sourcil en l'air.
- A-allo..., bégaya Kurt.
- Salut.
Blaine s'attendait manifestement à ce que Kurt lui dise ce qu'il faisait là, mais ses cordes vocales semblaient déterminées à ne plus fonctionner.
- Je pensais pas que tu allais devenir partiellement muet en l'espace de quelques années, observa Blaine.
Subitement, juste en le voyant, en étant à quelques mètres de Blaine, le garçon qu'il avait aimé et délibérément oublié causa des sérieux courts circuits dans son cerveau. La voix de Blaine était plus grave, sa mâchoire plus définie, ses yeux avaient des rides dans les coins dues au rire et Kurt réalisa qu'il était jaloux des personnes qui les avaient causées, parce que ce n'était sûrement pas lui. Il était juste là, Blaine était juste là, et Kurt s'était tellement, terriblement ennuyé de lui, et il se rappelait maintenant de tout ce qu'il avait essayé d'oublier, de tout les moments heureux, toutes les soirées pyjamas, toutes les conversations au téléphone, tout les courriels, tout les bisous d'Esquimau et les deux vrais baisers qu'ils avaient partagés. À ce point, des larmes remplissaient ses yeux et ses pieds partirent sans sa permission, il lâcha son sac et se propulsa vers lui, entourant le cou de Blaine de ses bras.
Son odeur était tellement familière. Tellement familière.
Pour Kurt, l'étreinte était comme de l'air pour quelqu'un qui se noie.
- Kurt, quoi...
Oh seigneur, entendre son nom sortir de ces lèvres qu'il avait eu un jour la chance d'embrasser fut sa perte. Il pleurait maintenant à chaudes larmes. Les mains de Blaine vinrent se reposer doucement sur les épaules de Kurt, celles si souvent maltraitées.
- Hey, calme toi. Ça va aller, calme toi..., répéta doucement Blaine dans ses oreilles.
Les autres garçons semblaient avoir tous quittés la salle et Kurt ferma ses yeux et serra fort ses paupières, se tenant à Blaine comme s'il était une bouée pour Kurt qui flottait, perdu au milieu de l'océan. Blaine frotta son dos d'une manière réconfortante et Kurt ne savait pas s'il avait été aussi reconnaissant pour la présence de Blaine depuis la mort de sa mère.
- Tout va bien aller, dit Blaine, prenant dans ses mains celles de Kurt afin de les enlever de son cou lorsque ses larmes diminuèrent.
- Je suis désolé, dit Kurt, sa voix presque un gémissement.
Mais Blaine ne dit pas "Ça ne me dérange pas qu'on ne s'est pas vu depuis des années et la première chose que tu fais, c'est pleurer dans mes bras". Il ne dit pas "Ne t'en fais pas". Il ne fit que pencher sa tête, curieux, et observa attentivement la figure de Kurt.
- Allez, dit-il finalement, assied-toi.
C'est ce que fit Kurt, content de ne pas se faire jeter à la porte et puis plus rien. Blaine déposa le sac de Kurt à côté de lui sur le canapé et s'assit lui aussi.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Kurt?
- Je crois que je pourrais poser la même question, rétorqua Kurt, un petit rire s'échappant de ses lèvres tandis qu'il essuyait ses larmes.
Mais Blaine ne retourna pas le rire.
- Tu saurais pourquoi je suis ici si tu ne m'aurais pas complètement effacé de ta vie, dit-il. Je pense pas que c'est à moi de m'expliquer en premier.
Kurt acquiesça faiblement et laissa tomber sa tête.
- Je suis venu ici... parce qu'on m'a demandé de vous espionner, admit-il avec un sourire crispé presque invisible aux yeux de Blaine. Il s'avère que ton Glee Club est rival au mien.
- Tu aurais dû vérifier notre uniforme, commenta Blaine. Pourquoi c'est toi qui a été choisi pour être l'espion?
Kurt poussa un long soupir.
- Probablement parce que je suis inutile dans tout les autres domaines.
- Je doute que ça soit le cas.
- Si seulement tu savais...
Blaine demeura silencieux, l'observant de ses yeux qui semblaient peser la balance. Kurt ne savait plus quoi dire ou faire. Il aurait tellement mieux aimé être dans les bras de Blaine. Ou l'embrasser. Mais ce qui était triste, c'était que Kurt ne savait même pas si Blaine aimait encore embrasser les garçons; il ne savait même pas s'il croyait encore qu'il était gay.
- Pourquoi tu es ici?, demanda-t-il à la place. En Ohio?
- Je suis en pension ici, lui informa Blaine.
- Alors... ta famille habite encore au Maryland?
Blaine acquiesça.
- C'était l'école de mon père au secondaire. Il m'a offert de payer les cours si je voulais y aller. J'ai accepté.
- Mais tu aurais pu aller à l'école au Maryland. Pourquoi une école privée? Pourquoi une école privée ici?
Kurt remarqua le regard de Blaine qui se baissa vers ses mains jointes sur ses genoux.
- Je suis allé à l'école au Maryland. Ça l'a plutôt été un désastre, dit Blaine rapidement. Puis, il baissa sa voix afin de continuer. Tu saurais toute l'histoire si tu aurais garder contact.
- Je suis désolé, murmura Kurt.
- Vraiment? Parce que... c'est curieux. Tu avais toujours si peur que je t'oublie quand j'ai déménagé et que je me suis fais des nouveaux amis. Mais c'est moi qui aurais du me méfier, finalement.
Kurt sentit les larmes remonter.
- … Tu crois pas que je mérite une explication?, questionna Blaine.
- C'est... compliqué.
- Je suis plutôt futé, je crois pas que je vais avoir de la misère à te suivre.
- C'était impossible, Blaine. Je pouvais pas- je pouvais pas le supporter une minute de plus.
- Qu'est-ce qui était impossible?, demanda Blaine. Me parler? M'appeler? Être mon ami? Être...
- Arrête!, interrompu Kurt tandis qu'il se leva et tourna le dos à Blaine. S'il-te-plaît... arrête.
Il entendit le soupir de Blaine derrière lui. Il entoura ses bras autour de son abdomen.
- Je veux pas être... cruel. Mais j'ai le sentiment que j'ai le droit de savoir pourquoi tu as arrêté de m'appeler, pourquoi tu as arrêté de répondre à mes courriels, pourquoi tu as arrêté... pourquoi tu as tout arrêté, lui dit Blaine.
- Tu étais mon autre moitié... Et tu es parti. Je pouvais pas supporter de ne pas te voir à chaque jour. C'est ça que tu veux entendre?
Le silence sembla s'éterniser et une tension inquiétante s'installa. Kurt la senti l'envelopper. Il se retourna pour faire face à Blaine et le vit là, les lèvres pincées et les sourcils froncés. Il ne savait pas ce que cette expression voulait dire et il n'était pas certain de vouloir le savoir.
- Il a fallu que je me force pour t'oublier, Blaine. Il se passait tellement de chose, j'avais tellement de problèmes, encore plus maintenant, et m'accabler sur mon sort à cause de toi me rendait misérable et encore plus seul.
- Quelles sortes de problèmes?
- ...Quoi?
- C'est quoi tes problèmes?, demanda Blaine. Qu'est-ce qui ne va pas?
- Je - c'est que - c'est pas...
- Kurt, dit Blaine doucement. Avant, on pouvait tout se dire.
Kurt captura sa lèvre inférieure entre ses dents.
Qui était vraiment Blaine? Quelle était sa relation avec Kurt? Est-ce qu'il était toujours une personne avec qui il pouvait parler? Se confier? Est-ce que ça le ferait réagir, après tout ce que Kurt avait fait?
Il observa Blaine et il ne pouvait s'empêcher de voir ces yeux, ceux qu'il avait toujours trouvé si jolis et desquels il tomba éventuellement amoureux. Il voyait... il voyait du miel et des noisettes, il voyait des sombres et longs cils, il voyait du soucis, et il voyait quelque chose - quelque chose d'autre qu'il ne pouvait pas identifier et c'était à cause de ce dernier détail qu'il avoua la vérité.
- Est-ce que tu te souviens de la cinquième année?, demanda-t-il. Quand on nous a poussé et on s'est fait traité de tapettes?
Blaine acquiesça lentement.
- C'est comme ça, mais... tous les jours. Et mille fois pire.
Blaine ouvrit la bouche. Il la referma. Il déposa sa tête contre sa paume.
- Wow, souffla Blaine. Je suis tellement désolé.
- Et je dois affronter ça tout seul. Je dois tout faire moi-même, continua-t-il. J'ai - j'ai des amis, mais... ils ne comprennent pas. Et ils ne savent pas toute la gravité de la situation.
- Et c'est grave comment?, demanda Blaine, relevant sa tête.
Et parce qu'il était Blaine, parce qu'il était son ami d'enfance et son tout premier amour, Kurt lui raconta.
- Je suis terrifié. Et j'ai peur que ça l'empire. Je sais même pas comment ça pourrait être pire, mais j'ai peur.
- Pourquoi tu es encore là?, demanda Blaine avec un air peiné. Comment - moi j'ai pas été capable. Je suis parti.
Kurt stoppa.
- Quoi?
- Il m'est arrivé la même chose. Mais quand même, on dirait que c'est pire pour toi. Mais... je suis parti. Après ma première année de secondaire. Mon père a offert de payer pour que je vienne ici, alors c'est ça que j'ai fais. Je ne pouvais plus supporter tout ça, c'était horrible.
- Vraiment? Enfin, tu... mais pourquoi ici? Pourquoi Dalton?
- Mon père m'a dit qu'ils avaient une politique de non tolérance envers l'intimidation. Tout le monde se respecte ici. J'ai la chance... d'être vraiment qui je suis.
Kurt se rassit sur le canapé, les yeux brillants de larmes qui ne voulaient pas tomber, se sentant comme si tout son monde était chamboulé. Ça l'existait, des endroits comme ici? Il observa la salle commune, prit conscience des meubles raffinés et des méticuleuses peintures accrochées aux murs. Cet endroit... c'était ici tout ce temps, si, si proche, sans qu'il le sache. Ça n'avait jamais effleuré son esprit qu'il pouvait changer d'école, ne plus allez à McKinley, jamais. Mais à présent, il savait et tant de possibilités s'offraient à lui. Des journées sans plongeons dans les ordures, être heureux, tourner un corridor sans avoir peur de se faire pousser ou se faire regarder de travers.
Malheureusement, ce n'était pas le vrai monde pour Kurt, qu'une illusion.
Mais après tout ce qu'il avait enduré, après des années de se sentir comme un moins que rien, après des années de se faire marcher sur les pieds... Kurt se dit qu'il méritait quand même une petite pause. Même si... ce n'était que pour un moment.
Whoa, un instant.
- Alors... tu es encore... gay?, demanda Kurt, curieux.
Un faible sourire s'afficha sur les lèvres parfaites de Blaine.
- Toujours gay.
Ce n'était pas bien d'être autant excité d'entendre ces mots, Kurt en était conscient. Kurt savait qu'il ne méritait pas une seconde du temps de Blaine, mais il ne pouvait empêcher la petite graine d'espoir de s'installer dans son coeur.
- Et tu es en pension ici? Dans un dortoir?
- Ouais. Il n'y a pas tant de personnes qui sont en pension, la plupart des élèves habitent près d'ici. Mais on est un bon groupe.
- Est-ce que... tout le monde ici est gay?
- Non, ria doucement Blaine. C'est pas une sorte de refuge pour gays. C'est juste une école privée avec de bonnes politiques.
Kurt acquiesça. Tant de choses semblaient être arrivées dans la dernière demi-heure. Il avait besoin... d'absorber toute l'information. Il avait besoin de prendre une pause pour penser et considérer ses options.
Il avait des options.
Il avait encore de la misère à vraiment procéder cette idée.
Sans oublier, voir Blaine de nouveau l'avait complètement déboussolé et le fait qu'ils pouvaient encore s'asseoir afin de vraiment parler l'étonnait toujours. Mais... Blaine était ici maintenant. Il pouvait prendre sa voiture si Kurt... s'il...
Il ne fallait pas s'emballer trop rapidement.
- Je devrais y aller, dit Kurt, déjà debout et son sac sur l'épaule. Il.. faut que j'y aille.
- Attend, se dépêcha de dire Blaine, debout lui aussi. Est-ce que.. c'est correct si je te demande ton numéro?
Kurt n'avait jamais été si heureux de donner son numéro de téléphone durant ses dix-sept années de vie.
- Tu vas- je peux te texter? Ou- ou t'appeler?, demanda Blaine, avec aussi un peu d'espoir dans sa voix, selon Kurt.
- J'en serais ravi, avoua Kurt.
Kurt retourna chez lui ce jour là le coeur un peu plus rempli d'espoir que la veille.
Peut-être qu'il n'était pas trop tard.
Pas encore.
