Bonsoir ! Je tiens à m'excuser du temps qu'a mis ce chapitre à sortir, pour cause principale de partiels en avril-mai.

Je tiens à remercier tout ceux qui ont lu et commenté le premier chapitre, ces retours m'ont fait plaisir ! Quant à ceux qui s'inquiètent de la trame qui peut semble bateau/cliché, je n'aurai qu'une chose à dire...attendez la suite :)

Un grand merci à ma super bêta Lumos qui a corrigé ce chapitre malgré ses longs et durs partiels.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, à me suivre sur Twitter ( MinuitBronze) et/ou à consulter mon profil pour connaître l'avancée des chapitres de cette fic !

J'espère vraiment que celui-ci vous plaira :)

Gros poutous sur vous !

Minuit


Chapitre 2 : Premiers cours, premiers efforts

Tap, tap tap, tap

Les coups répétés de mon stylo sur la table résonnent dans le dernier rang de la salle de classe. Ils sont énervants, j'en ai bien conscience, mais ils ne se sont jamais arrêtés.

Tap, tap tap, tap

Un jour, un de mes camarades s'est retourné pour me demander d'arrêter. Je l'ai ignoré, jusqu'à lui faire douter un instant de sa propre existence. C'est agaçant, je le sais. C'est discret, répété, nerveux, assez fort pour que quelques rangs l'entendent mais pas assez pour arriver à portée du ou de la prof, devant. Je m'arrange toujours pour être à l'arrière, au fond de la salle.

Tap, tap tap, tap

Les coups de mon stylo sur la table m'ont toujours accompagnée pendant au moins une partie des cours. Ce sont des coups las, qui trahissent la plupart du temps un ennui profond, lourd. Certains pensent que j'aime simplement faire chier mon monde. En réalité, c'est plutôt moi qui me fais chier. C'est l'une des rares distractions que j'ai trouvées pour faire passer le temps en cours, quand je décide que ce que dit le prof ne m'intéresse pas assez pour que j'y prête attention. Je tapote mon stylo contre la table et j'observe sans trop y prêter attention les autres qui écoutent ce que l'enseignant leur raconte. La plupart du temps, seule une remarque de Cilia assise à côté de moi, qui n'en peut plus, me fait m'arrêter.

Aujourd'hui, c'est différent.

Tap, tap tap, tap

Aujourd'hui, comme d'habitude, je tape mon stylo contre ma table, mais ce ne sont plus des coups d'ennui. Et c'est tellement étrange que j'ai eu un peu de mal à déterminer ce que signifie tout ce bordel dans ma tête. Depuis quand je ne m'ennuie pas en cours ?

Tap, tap tap, tap

Ce sont des coups de curiosité. De stress, également. Presque...d'excitation. L'idée de ne plus ressentir d'ennui lorsque je suis assise dans une salle de classe a quelque chose de terrifiant, je l'avoue. Quelque chose ici pique ma curiosité, et ce quelque chose, c'est notre prof.

M. Benzaie est en effet un prof étrange. De taille moyenne, plutôt maigre, il porte des lunettes rectangulaires, une barbe discrète et une moustache mal rasées, et de longs cheveux noirs raides qui lui tombent jusque sous les épaules. Son t-shirt jaune vif représente un motif que je ne connais pas.

Les expressions de son visage sont étranges, comme exagérées. Il peut regarder un élève avec des yeux grands ouverts , puis arborer un grand sourire et ensuite froncer les sourcils comme s'il avait oublié quelque chose.

Le plus étrange reste sa façon de parler. Sa voix n'est ni grave ni aiguë, elle est rauque, mais presque...chantante. Un peu comme s'il nous faisait la promotion d'un paquet de céréales ou d'un film dès qu'il nous parle.

« Bonjour, et bienvenue dans votre salle de cours, mesdames et messieurs ! » furent ses premiers mots lorsque tout le monde était entré dans la salle et s'était assis. Le fort accent mis sur le « votre » en avait surpris plus d'un.

Les élèves s'étaient regardés, un peu perplexes, et certains avaient retenu des éclats de rire au son de sa voix. Cilia et moi nous étions assises après avoir échangé un regard un peu surpris, j'avais haussé les épaules, et je m'étais mise à tapoter sur ma table avec mon stylo, comme à mon habitude – ou presque.

- Bien ! reprit l'enseignant. Je me présente, je suis M. Benzaie (il écrivit son nom au tableau) et je serai, euh... votre prof principal, pendant cette magnifique année que nous allons passer ensemble !

Il écarta les bras comme pour tous nous serrer dans ses maigres bras et un énorme sourire fendit son visage. Personne ne répondit, la seule réaction semblait être d'attendre que ce moment gênant passe. Étrangement, je me mis presque à sourire.

Celui du prof s'effaça et il fronça également les sourcils, regardant au loin, comme pour se souvenir de quelque chose. Il leva un doigt, comme pour dire quelque chose, le baissa et se mit à fouiller dans les tiroirs de son bureau. Quelques élèves se mirent à rire légèrement.

M. Benzaie tira finalement une feuille d'un dossier, la parcourut rapidement du regard et s'exclama, avant de la ranger dans le dossier :

- Ah ouais ! Je suis également votre prof d'anglais !

Un silence imparfait régnait toujours dans la classe. Des chuchotements se faisaient entendre et le prof s'était remis à sourire. Je supposai que ce sourire se voulait amical et rassurant.

Cilia était nerveuse à côté de moi. Pour elle qui voyait toujours les professeurs comme des sources de savoir et des êtres presque érudits, apprendre que celui qui allait enseigner cette année (qui plus est, une manière qu'elle adorait) ne semblait même pas savoir ce qu'était un lycée était perturbant. Néanmoins, elle ne détachait pas ses yeux du professeur et je savais qu'elle mourait d'envie de savoir à qui elle avait affaire.

Pour ma part, je ne savais pas vraiment comment réagir. Je décidai d'ignorer la curiosité qui commençait à bouillir dans mon esprit, sentiment que je ne connaissais pas assez, pour retourner de force dans ma morosité habituelle. Je jouai donc la blasée de service et continuai à observer le semblant de prof s'empêtrer dans des explications confuses.

- Ah ouais, euh...que je vous explique, commença-t-il maladroitement. Les profs du lycée ont été changés, des nouvelles législations ministérielles, enfin de la politique, vous voyez, tous ces trucs...c'est pas notre faute. Enfin ! Toujours est-il que vous avez une toute nouvelle équipe de super profs à votre disposition, et ça, c'est vraiment cool ! Alors, vous êtes contents ?

Personne ne lui répondit malgré son sourire -flippant- encourageant. J'entendis un « Il nous prend pour des cons, ou quoi ? » parmi les élèves.

Voyant que personne ne comptait répondre, il reprit la parole.

- Bon alors...je fais quoi, déjà ? Ah, oui, les profs. Je vais vous noter leurs noms au tableau pendant que vous ferez passer les emplois du temps... Toi, là, oui fillette, tu veux bien les faire passer ?

La « fillette » en question, une blonde dont j'avais oublié le nom (les seuls que je retenaient étaient ceux des commères nous rendant la vie dure à Cilia et moi), prit les emplois du temps avec un air légèrement offusqué, marmonnant un petit « fillette ? ».

Le prof la regarda avec surprise.

- Mais euh...vous avez quel âge, de nouveau ?

- Ben... 17 ans, monsieur, répondit la blonde en essayant d'afficher un air poli.

M. Benzaie eut un court temps où il semblait un peu perdu.

- ...ah ouais, c'est vrai, dit-il finalement en haussant les épaules puis nous tournant le dos pour écrire au tableau.

Bon.

Les emplois du temps passèrent de table en table et l'attention des élèves se focalisa dessus. C'était un emploi du temps tout ce qu'il y avait de plus normal.

Je relevai la tête et vis le prof galérer pour écrire à la craie. Son écriture n'était pas très lisible, de travers et il mettait de la poussière de craie partout. Le comportement de M. Benzaie commençait à m'agacer. Merde, ça ne pouvait pas être un prof comme tout le monde, qui écrivait bien droit, dont les cours ne m'intéressaient pas et qui me laissait dormir dans un coin ?

- Et voilà, dit-il en se retournant finalement, un grand sourire aux lèvres. Votre nouvelle équipe pédologique !

- Pédagogique, monsieur, souffla un élève au premier rang.

- Ah ouais, merci. T'es cool.

Je décidai de ne pas me focaliser sur le registre de langage du professeur pour essayer de déchiffrer les noms des profs au tableau, tout en me disant que c'était stupide (un nom ne pouvait pas décrire la personnalité dudit prof).

Enseignements obligatoires :

Français/littérature : M. Sun

Histoire/géographie : M. Daniel

Mathématiques : M. Lennon

Philosophie : M. Kriss

Sport : M. Panda

Anglais : M. Benzaie

Économie : M. Sommet

Sciences : M. Penser

Options :

Musique : M. Fosse

Arts plastiques/dessin : M. Nyo

LV2 Japonais : M. Grenier

Il fallut quelques minutes pour que toute la classe ait pris conscience des noms de nos professeurs. Les élèves se mirent à chuchoter de plus en plus fort entre eux. N'y tenant plus, Cilia leva la main à côté de moi.

- Monsieur ?

Le professeur d'anglais, n'ayant pas pris conscience du bruit dans la classe et pianotant sur son téléphone, leva les yeux vers elle. Elle rougit instantanément.

- Excusez-moi, dit-elle d'une toute petite voix. Vous n'avez pas fait une faute dans le nom de notre professeur de sport ?

- Hein ?

Il ne tourna vers le tableau.

- Non, non, pourquoi ?

- Notre professeur se nomme vraiment Monsieur Panda ?

- Bah ouais.

Les questions se misent alors à fuser de tous les côtés, et je décidai de ne plus prêter attention à tout ça. Tout ce bruit était exaspérant...

- Mais c'est quoi ces noms ?

- Pourquoi on n'a aucune femme en prof ?

- Pourquoi on ne peut choisir que le japonais en deuxième langue ?

- C'est quoi, le nom du prof de l'option cinéma ?

La dernière question réveilla mon intérêt pour ce qui se passait dans la salle. En effet, le nom du prof de cinéma n'était pas écrit, et je voulais bien savoir si cette option existait ou non, vu que j'avais choisi de la suivre.

- Ah ouais, lui...bredouilla M. Benzaie. Bah, c'est le prof de cinéma.

- Mais...il n'a pas de nom ? demanda un élève.

- Bah...laissez tomber, répondit le prof en détournant les yeux. Appelez-le « monsieur » et tout se passera bien.

Voilà encore autre chose. Cette putain de rentrée est en train de m'agacer encore plus que toutes les précédentes réunies.

- Bon, continua l'homme aux longs cheveux sur un ton un peu plus fort pour calmer tout le brouhaha. Voilà vos profs ! Encore quelques dernières petites infos : vos cours commencent cet après-midi selon votre emploi du temps. Essayez d'arriver à l'heure sinon ça va pas le faire, et soyez sympas avec vos profs. Autre chose, la salle 171 du premier étage est interdite d'accès aux élèves. Y'allez pas, hein. C'est le bureau du principal et de toute façon, il veut pas vous voir. Si vous avez un problème, vous venez me voir ou bien vous en parlez à Seb, le nouveau CPE. Des questions ?

Quelqu'un leva une main hésitante sur le côté de la classe, et le prof poussa une exclamation.

- Ouais, c'est vrai, j'avais oublié ! Vous avez un nouveau pote dans la classe qui arrive cette année. Soyez sympa avec lui. Il s'appelle Kevin.

Le dénommé Kevin était un garçon châtain aux yeux très bleus. Il portait une casquette beige posée à l'envers sur la tête et un t-shirt rouge avec un motif dessus. L'expression de son visage semblait piteuse, comme celle d'un enfant qui a fait une bêtise.

Cilia et moi poussâmes un soupir de soulagement. L'arrivée d'un nouvel élève était un événement qui allait être au centre de l'attention pendant au moins une semaine. Les autres allaient nous oublier quelques temps, ce qui nous laisserait un peu de répit, surtout à Cilia.

La cloche retentit soudain et les élèves se jetèrent sur leurs affaires. Le prof leur adressa un grand sourire et lança :

- Bon, bonne journée les mômes, amusez-vous bien !

- Compte là-dessus, grommelai-je tout bas en passant devant lui.


L'après-midi suivant fût le théâtre de nombreuses et diverses réactions suite à cette nouvelle équipe de profs qui avait pris possession de notre lycée. Tous les élèves ne parlaient que de ça, on entendait le nom des professeurs dans chaque conversation.

Cilia et moi sortîmes de la cafétéria après un rapide déjeuner. Pour ma part, même si toute cette agitation m'agaçait un peu, j'étais plutôt satisfaite : l'attention générale étant focalisée sur les profs, personne ne viendrait nous embêter aujourd'hui, ce qui correspondait à une rentrée exceptionnelle.

Cilia marchait à côté de moi et, elle qui avait été silencieuse tout le long du repas, se mit à parler frénétiquement.

- C'est pas normal, Liv. Je ne comprends pas ce que ces gens font là. Ce ne sont même pas de vrais professeurs ! On le remarque au premier coup d'œil. M. Benzaie ne savait même plus quelle matière il enseignait. Quel genre d'enseignant oublie ça ? J'ai même entendu dire que M. Daniel avait un langage obscène et qu'il avait insulté plusieurs élèves. Ce n'est pas...

- Calme-toi, Cilia, la rassurai-je. Je trouve que pour une fois, cette rentrée ne se passe pas si mal.

Elle me regarda avec des grands yeux.

- Pas si mal ? Mais enfin, nos professeurs sont tous incompétents, on ne sait même pas qui est notre principal, et le surveillant semble drogué...

Le nouveau pion avait en effet un comportement pour le moins inattendu. De petite taille, de grande lunettes de soleil roses en permanence posées sur ses yeux, il avait toujours un pétard dans la bouche et parlait aux élèves avec une voix rêveuse, finissant toujours ses phrases par « gros ».

- Du point de vue strictement scolaire, peut-être. Mais pour moi, c'est pas si mal.

Nous nous rendîmes à notre tout premier cours de la journée, les mathématiques. Si je me souvenais bien, notre professeur s'appelait M. Lennon, et j'avais entendu plusieurs élèves en parler avec fougue, presque avec admiration. Au fond de moi, j'avais presque hâte de voir ce qui allait se passer.

Le cours fut explosif.

Après être tous rentrés dans la salle, le prof, un grand homme barbu aux cheveux bruns plutôt longs, ferma violemment la porte. Vêtu d'un long manteau rouge en grande partie recouverts de badges, il tenait à la main un genre de hache grise en plastique, qu'il posa contre un mur. Puis il se tourna vers nous, nous regarda droit dans les yeux et hurla :

- Bonjour ! Je suis Bob Lennon, ha ha ! Et bienvenue, bienvenue dans votre cours de mathématiques !

Bordel mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec leurs voix étranges ? On n'est pas au théâtre, merde !

Toute la salle s'était figée en arrière, comme si les élèves avaient peur de s'envoler. Je retins un sourire. Le charisme et la prestance de cet individu écrasait presque les élèves qui se ratatinaient sur leurs chaises.

- Mais vous pouvez aussi m'appeler Monsieur le Pyro-barbare, ha ha ! continua M. Lennon. C'est égal. Bien ! Les mathématiques, quelle chose extraordinaire, mes amis, extraordinaire ! Vous allez vivre dans cette salle des moments impensables, impressionnants, incroyables !

Nom d'un chien, ces profs étaient donc tous tellement nuls qu'ils se sentaient obligés d'en faire des tonnes lorsqu'ils parlaient de leur matière ? Je saisis mon stylo et le tripota entre mes doigts, mais sans le taper contre la table. Cilia me lança un regard en biais.

Le cours se déroula dans un cadre pour le moins surprenant. En fait, ça ressemblait à un cours de maths classique, sauf que les exemples utilisés par le prof étaient plus ou moins originaux. Les énoncés des problèmes parlaient de chevalier en quête d'or, de calculs sur des flammes crachées par des dragons, ou encore la probabilité de tomber sur un troll dans la prochaine ville de Blancherive à la tombée de la nuit.

Ma foi, pourquoi pas.

Si Cilia avait tout d'abord, comme nombre d'entre nous, été surprise par les énoncés, elle s'était jetée dans les exercices comme à son habitude. Moi, j'avais fait un effort pour m'y mettre aussi. Peut-être que les maths seraient plus faciles avec des dragons, après tout.

Monsieur Lennon était en réalité en assez bon prof, du moins à mon sens. Il avait toujours cette manie de parler avec une voix que je qualifierais de potentiellement épique, et expliquait chaque question de la même manière qu'on pourrait narrer une histoire fantastique. Mais au moins, je comprenais certaines choses, une fois que je parvenais à passer outre ses méthodes étranges. Cilia avait un regard réprobateur, mais ne dit rien, et un sourire légèrement apeuré illumina ses lèvres quand le professeur la félicita de toutes ses bonnes réponses. C'était le moment où, la plupart du temps, les autres élèves lui lançaient des regards noirs et jaloux ou faisaient parfois même des gestes déplacés dans le dos du prof. Je me préparai à répliquer du regard mais aujourd'hui, personne ne tourna la tête vers elle.

Le reste de la journée était consacré à nos cours spéciaux, à Cilia et moi. Nous sous séparâmes à regret, moi me dirigeant vers mon cours d'économie pendant que Cilia se rendait à son option musique.

Le cours d'économie se passa relativement bien, même s'il était moins... éclatant que celui de mathématiques. M. Sommet était un petit homme étrange, qui gesticulait dans tous les sens et criait beaucoup. C'était également un sacré capitaliste mais je ne m'intéressais pas assez à la politique et à l'économie pour le juger, après tout, c'était sa vie.

Lorsque j'avais retrouvé Cilia à la fin de la journée, elle semblait bouleversée.

- On n'a le choix qu'entre deux instruments, apprendre la basse ou la guitare. Et M. Fosses ne veut pas entendre une seule note d'un morceau de Toto, il a dit qu'il nous expulse si on en joue, je n'ai pas vraiment compris...

- Tu as pris quoi comme instrument, alors ?

- La basse.

- J'aurais choisi la guitare.

- Je sais.

Cilia et moi franchîmes les grilles du lycée en prenant la direction de nos maisons respectives. Au final, j'étais plutôt satisfaite. Cette rentrée s'était bien passée, et quelque chose tout au fond de moi me murmurait que j'allais bien m'amuser.