Et voilà le tout nouveau chapitre de cette fanfic ! Chapitre assez tendu, que j'ai vraiment adoooooré écrire vous pouvez pas savoir :D
Je rappelle que tous les vidéastes présents dans cette fiction ne m'appartiennent pas. Tous les autres personnages sont des OC qui m'appartiennent.
Un grand merci à Lumos qui a corrigé ce chapitre. J'espère vraiment qu'il vous plaira !
Gros bisous à vous :)
Minuit
Chapitre 3 : Lumières et braises
Le boucan autour de moi avait quelque chose d'agaçant. Séparée de Cécilia pour ce cours-là, nous attendions avec les autres élèves devant la salle notre professeur, pour notre premier cours d'option cinéma. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la tension était palpable.
Autour de moi, les élèves ne parlaient que du prof, se demandant quelle tête il aurait, quel comportement, comment se passeraient ses cours, etc. Si bien qu'une sorte d'aura mystique tournait déjà autour de lui, avant même qu'il ne soit apparu. Prof qui n'avait toujours pas de nom, les autres professeurs principaux du lycée n'ayant pas pris la peine de répondre aux nombreuses questions concernant cette absence de patronyme. Ce qui ne faisait que renforcer la fascination de ces jeunes idiots pour l'individu.
Un regard réprobateur se posa sur ma main. Je tenais entre mes doigts une énième cigarette, allumée depuis quelques minutes. Fumer à l'intérieur des bâtiments était bien évidemment interdit, et je le faisais rarement, mais toute cette agitation m'agaçait. La clope était un moyen pour moi de me concentrer sur autre chose et de ne pas lancer de regards noirs à la foule. La fille qui m'avait regardée ouvrit la bouche, je lui lançai un regard acide en tirant sur ma cigarette. Elle la referma et me tourna le dos pour discuter avec ses amies.
J'avais l'habitude de ce genre de regards, j'y étais même indifférente, mais la situation actuelle m'avait rendue tendue et peu amène envers ceux qui s'intéressaient à moi. Je préférais quand Cilia était là. Comble de l'ironie, j'étais la première devant la porte de la salle de classe, car Cilia m'avait abandonnée plus tôt pour être sûre d'arriver à l'heure à son prochain cours, me souhaitant « bonne chance », comme à chaque fois lorsque nous nous séparions. Je n'avais donc pas eu d'autre choix que de me rendre à ma propre salle de classe à l'avance, avant tous les autres élèves. Et maintenant, j'allais être celle qui entrerait la première dans la classe. Perspective qui me déroutait quelque peu.
Soudain, un détail me frappa : le silence. Tout le monde ou presque s'était tu, quelques-uns chuchotaient, mais cela n'avait rien à voir avec le brouhaha qui régnait quelques secondes plus tôt. Tous regardaient dans la même direction. Je tournai la tête vers ma droite et vit un homme marcher vers nous au bout du couloir.
De taille moyenne, il portait un jean bleu simple et assez large, une ample chemise gris clair sous une veste de couleur marron. Ses cheveux, d'un brun foncé tirant presque sur le noir, étaient ébouriffés et semblaient très indisciplinés. Quelques mèches folles cachaient un visage pâle, fermé.
Inquiétant.
Ses yeux, d'un vert pourtant clair, semblaient sombres, son regard était noir et il nous regardait sans trop nous voir, marchant d'un pas lent, les poings enfoncés dans les poches de son jean.
Deux choses attiraient principalement mon regard. La première, c'était sa veste brune. Le bas du vêtement miteux était constellé de plusieurs taches rondes de tailles diverses. Une constellation de petites taches. Rouges.
Du sang.
Retenant le frisson qui commençait à me parcourir l'échine, je m'attardai sur le deuxième détail, tout aussi signifiant pour moi : l'individu avait une clope en bouche. Allumée.
Tiens, tiens.
Un mince filet de fumée s'échappait du mégot, et l'homme eut le temps de tirer deux taffes avant d'arriver à notre hauteur. Je remarquai qu'il n'avait pas l'air très enthousiaste à l'idée de donner un cours : son regard semblait fatigué, ennuyé, presque, comme s'il était sur le point d'effectuer une corvée. Il passa un rapide coup d'œil sur le groupe de lycéens en face de lui, puis s'avança vers la porte de la salle, juste à côté de moi, en sortant un trousseau de clés.
Je n'avais pas tout de suite pris conscience du silence effrayé de mes camarades, ni de leur brusque changement de position dans l'espace. Ils étaient à présent tous derrière moi, presque en file indienne, en prenant soin de laisser un espace entre eux et moi. Si bien que, sans m'en rendre compte, je me retrouvai face au professeur.
Car oui, il semblait bien que ceci était notre professeur de cinéma. Je sentais qu'une bonne majorité d'élèves derrière moi était déjà en train de regretter son choix d'option. En attendant, ces lâches m'avaient laissée seule face à lui. Si seulement Cilia avait été là...
Le prof avait sorti ses clés pour ouvrir la salle, son geste s'arrêta à mi-course. Il tourna la tête et planta ses yeux dans les miens.
Un étrange sentiment m'envahit. A la fois une forte dose de malaise mais également...un sentiment que je n'arrivais pas à identifier. Je n'arrivais même pas à distinguer s'il était positif ou non. Mais le regard de cet homme, qui avait semblé si penaud et blasé un instant auparavant, me fascinait. Ses yeux s'étaient mis à briller d'un certain éclat, et il me détailla avec attention. N'étant pas habituée à ce qu'on s'attarde autant sur moi, je lui rendis un regard qui se voulait agacé et impénétrable, indomptable, tentant de toutes mes forces de refouler le sentiment qui naissait en moi. Admiration ?
- Éteins ta clope, petite.
L'ordre me laissa confuse un court instant. J'en avais presque oublié la cigarette, toujours allumée, que je tenais dans ma main. Toutefois, ça restait un prof, et je ne pouvais pas me laisser faire simplement parce qu'il était...étrange.
Je haussai les épaules.
- Pourquoi ? répondis-je d'un ton froid. Vous avez bien allumé la vôtre.
Le professeur esquissa une ombre de sourire, tira une taffe de sa cigarette et ouvrit la porte.
- Ouais, mais moi je suis le prof. Alors quand je te dis un truc, tu le fais. Et ce que moi je fais, c'est mon problème, ok, petite ? Écrase.
Je serrai les dents. Le ton de sa voix avait beau être léger, presque familier, ses mots sonnaient comme des ordres. Pesants. Incontestables. Il donnait l'étrange impression que discuter ses décisions serait presque...dangereux.
Qui plus est, j'allais avoir beaucoup de peine à apprécier un prof qui m'appelait « petite » - encore plus que j'en ai d'ordinaire à apprécier un quelconque prof.
Me toisant toujours, il finit par me faire un signe de la tête pour me dire de rentrer dans la salle. Ne voulant pas laisser le prof gagner ce premier round, je pris ses paroles au pied de la lettre et écrasai ma clope par terre, dans le couloir, avant d'entrer dans la salle. Je crus voir un sourire furtif se dessiner sur le visage de l'homme en face de moi, mais c'était peut-être tout simplement mon imagination.
J'entrai donc dans la salle de cours, suivie par mes camarades, toujours aussi silencieux. Je sentais plusieurs regards dans mon dos, m'annonçant que je serai à nouveau bientôt la cible des conversations et des railleries de la classe pendant quelques temps. Moi qui m'était promis d'être plus discrète -mais pas plus gentille- pour nous éviter des ennuis, voilà que je recommençais à faire mon intéressante. Et dire que l'année venait à peine de commencer... Je me consolai quelque peu en me disant qu'au moins, je serai seule cible des commérages, Cilia n'étant pas impliquée dans cette affaire. C'était peut-être le seul avantage à ce que nous fussions séparées dans certains cours.
- Allez, on s'assoit, les mômes, fit la voix ennuyée et saccadée du professeur dans notre dos, ponctuée d'un genre de soupir.
Je m'assis à mon habitude, vers le fond et sous une fenêtre. Pour mon plus grand bonheur, aucun fou ne prit la place à côté de moi, et je me retrouvai isolée dans un coin. C'était un cours en option, nous étions donc en groupe réduit, moins de vingt élèves dans la classe.
- Bon alors, commença le prof, adossé à son bureau. Vous êtes, j'espère que vous êtes bien au courant, dans un cours d'option cinéma. Si certains d'entre vous se sont trompés de cours ou de salle, s'ils doivent par exemple se trouver en ce moment même avec monsieur Fosse, pas de chance, vous allez devoir rester ici jusqu'au bout.
Il avait prononcé le nom de son collègue professeur de musique d'un ton étrange, amusé, presque ironique, comme si ce nom n'était qu'une énorme blague.
- Enfin bref, reprit-il, c'est le cours de cinéma, et c'est vachement important pour vous de savoir que...arrête ça.
Il avait coupé sa phrase pour plonger à nouveau ses yeux glacés dans les miens. Toute la classe se retourna vers moi.
J'avais ressorti mon stylo, plus par anxiété que par ennui -j'écoutais son discours avec intérêt, pour une fois- et m'étais remise à tapoter d'une manière que je voulais assez discrète. Pas assez, apparemment. Ou alors ce type avait les meilleures oreilles du monde.
- Non, ce qu'il y a, c'est que ça va vraiment me faire chier, continua-t-il d'un ton frénétique. Alors sois gentille, et arrête ça immédiatement.
Toute la classe s'était tendue et chaque élève sentait que si j'osais provoquer ce monsieur, j'allais m'en prendre plein la gueule. Le monsieur en question avait la mâchoire et les poings très serrés, comme s'il devait se retenir de frapper quelque chose. Le silence était lourd, intense, étouffant, et tous ces yeux ne voulaient pas se détacher de ma personne. Ou alors, ils avaient tous trop peur de regarder le prof en face et se contentaient de moi.
Cette focalisation sur moi étant assez insupportable, je posai lentement mon stylo sans ciller, sans quitter le professeur des yeux. Hors de question de laisser paraître la moindre trace de peur face à un prof.
Le prof en question détourna les yeux de mon visage et l'atmosphère se détendit légèrement. Il tira à nouveau une taffe -ce qui eut le don de m'énerver, moi qui avais dû jeter la mienne- et reprit :
- Donc, comme je le disais avant que mademoiselle n'intervienne...
« Mademoiselle » fut prononcé avec ironie, presque amusement, comme si des guillemets invisibles entouraient ce mot. Exactement de la même manière qu'il avait prononcé le nom de son collègue quelques minutes plus tôt. Je lui lançai un regard noir, qu'il ne vit -heureusement ?- pas.
- ...Je disais que, comme vous êtes en option cinéma et que c'est moi votre prof, c'est vachement important pour vous de savoir que tout ce que vous regardez comme films, c'est de la merde. Je suis pratiquement certain que la totalité d'entre vous se perçoit comme de grands et forts passionnés de cinéma et se disent qu'ils sont les meilleurs, les plus cultivés, tout ça tout ça. Oubliez ça, et ne pensez à rien d'autre qu'au fait que vous n'êtes que des petits merdeux prétentieux qui connaissent deux trois trucs pour se branler devant leurs potes en soirée alors qu'en fait votre culture cinématographique est aussi petite qu'est grande votre capacité à vous la péter. Et donc, tout ce que vous pensez savoir sur le cinéma, tout ce que vous pensez aimer dans le cinéma, c'est de la merde.
Un énième silence accueillit ce discours. Plusieurs élèves avaient baissé les yeux, et semblaient souhaiter s'enterrer le plus profond possible dans le sol.
Le prof avait vu juste : connaissant les personnes autour de moi, je savais que ceux qui avaient choisi cette option en parlaient comme s'ils étaient les gardiens des clés de tous les mystères du cinéma, et parlaient parfois de certains films en vogue avec une arrogance que je peinais à supporter. Ils en étaient à se dire cinéphiles, je leur avait parfois fait remarquer avec ironie que ce mot rimait avec imbécile. Le prof avait donc vu juste, ou presque. Je savais au fond de moi être mal placée pour juger leurs propos, outre leur comportement.
Je ne pus retenir un rire.
Rire qui s'intensifia, au point de se diriger dangereusement vers la limite du fou rire incontrôlable. Un rire nerveux, sans joie, que je ne pouvais contenir, mais que je parvins à stopper assez rapidement, suite à un bel effort de volonté.
Je me mordis la lèvre et relevai la tête, un petit sourire railleur sur le visage.
Tout le monde me regardait à nouveau. Certains avec appréhension, d'autre avec surprise – je riais rarement. En fait, il était rare que l'on m'entende en cours.
Mais c'étaient les yeux du profs qui m'attiraient le plus. Des éclairs de colère semblaient émaner de son regard, foudroyant, et ses yeux s'étaient assombris jusqu'à en devenir presque noirs. Orage.
Pourtant...le reste de son corps semblait étrangement calme, presque serein.
Il s'avança vers moi.
Tout en lui clamait le danger, la menace, le piège. Il se planta face à moi, devant ma table, et posa ses mains sur celle-ci. Il approcha un peu son visage du mien, et je sentis une forte odeur de cigarette émaner de pouvais à présent nettement voir les traces de sang qui ornaient sa veste. En temps normal, j'aurais ignoré le prof pour détailler les petits points rouges et essayer de deviner si c'était du vrai ou non. Mais de l'individu en face de moi émanait une impression de menace si intense que je ne pouvais l'ignorer, mon corps se tendit dans un réflexe d'auto-défense.
Les seuls bruits que je pouvais entendre étaient le léger souffle du vent au-dehors et la respiration de mon professeur. Il avait planté ses mains dans le bois de ma table et avait lentement secoué la tête, dans un semblant de feulement, avant de ficher son regard dans le mien.
Ses yeux braqués sur moi me faisaient irrésistiblement penser à un prédateur ayant pris au piège sa proie.
- Alors, gamine... susurra-t-il, un éclat presque amusé dans l'œil. Je te fais rire ?
Ce qu'il ne savait pas, c'est que moi aussi, je suis sauvage.
- Je trouve ça drôle.
Et que je suis tout sauf une proie.
- Et pourquoi tu trouves ça drôle ?
Je sentais qu'il devinait ce que j'allais répondre. Je savais pour qui il me prenait. Que dans son discours, il ne faisait aucune différence entre moi et les autres. Que j'en faisais intégralement partie. Qu'il me prenait pour une simple petite fouteuse de merde qui se croyait au-dessus du monde. Et que sa réponse était déjà prête, aiguisée. Sauf que moi aussi, j'avais affûté mes armes.
- Je n'y connais rien en cinéma.
Silence.
Je n'entendais même plus le vent au-dehors. Nous ignorions les autres de manière si intense qu'ils auraient très bien pu faire partie du mobilier.
Il n'avait même pas cligné des yeux, toujours penché vers moi, mais l'éclat dans son regard avait changé, s'était transformé. Je soutenais son regard sans broncher. C'était la vérité pure et simple, et je n'avais pas à en avoir honte.
Il se redressa tout à coup, toujours sans prêter attention au reste de la classe.
- Rien du tout ? me demanda-t-il d'un ton neutre.
- Rien.
Un sourire se dessinait progressivement sur son visage.
- Pourquoi tu es là, alors ?
Je haussai les épaules.
- Parce que je n'aime pas la musique.
En espérant très fort qu'il ne me demande pas pourquoi.
Le sourire du professeur s'élargit. Un sourire dénué de joie ou de bonheur, un sourire farouche, presque satisfait. Proche de celui que j'avais eu après mon fou rire.
Il porta à nouveau sa cigarette à sa bouche, sans me quitter des yeux, et me demanda :
- Comment tu t'appelles ?
- Liv.
Il hocha la tête, et écrasa son mégot par terre.
- Eh bien, Liv, on va peut-être pouvoir t'apprendre quelque chose.
Puis son regard engloba l'ensemble de la classe, qui se ratatina sous l'emprise de ces yeux.
- Sortez tous une feuille et prenez des notes, avec un peu de chance il en reste encore quelques-uns à sauver ici. Personne ne m'interrompt pendant le cours, ensuite vous pourrez poser des questions. Et le premier qui proteste ou qui veut faire son malin... il se barre maintenant, et je lui conseille de ne plus jamais croiser mon chemin.
Personne ne se leva, et ils se mirent tous à sortir feuilles et stylos avec des gestes lents et précis, comme si le simple fait de bouger allait leur attirer les foudres du professeur.
Je les imitai, curieuse de voir ce que ce « prof » (ce n'était pas vraiment un prof pour moi) allait nous réserver. Ce dernier sortit plusieurs affiches de films dont apparemment personne n'avait entendu parler, au vu des regards déconcertés qui s'échangeaient, ainsi que quelques feuilles, et commença à parler très rapidement, sur ton très rythmé, un peu comme un exposé en accéléré qu'il aurait appris par cœur. Apparemment, son trip, c'était les films inconnus, les « Unknown Movies » comme ils les appelait, et aujourd'hui on allait parler de « Feebles » de Peter Jackson.
Ma foi, pourquoi pas. Et pour moi qui n'y connaissais rien, film connus ou non, ça ne faisait aucune différence. Et, chose étrange, tout cela avait presque l'air intéressant.
Le plus amusant dans tout ça étaient les visages des autres élèves. Tous semblaient terrifiés, osant à peine respirer, écoutant avec le plus d'attention possible le cours. Comme si le prof avait le don de savoir s'ils écoutaient ou non, comme si le sort que subirait l'élève non concentré serait terrible.
Je me rendais compte petit à petit que je n'avais pas peur. Que pas un seul instant passé dans cette pièce, je n'avais eu réellement peur.
Plus personne ne se sentait cinéphile désormais.
Je me mis à prendre des notes.
