On continue Together Alone avec le chapitre 5, j'espère que cette fic vous plait pour l'instant ! Je vais essayer de poster environ un chapitre par mois, ça ne devrait pas être trop difficile. Celui-ci est un peu court, comme le précédent, je m'en excuse d'avance ^^
N'oubliez pas que je met régulièrement à jour mon profil avec l'avancée des chapitres et les projets en cours. N'hésitez pas à aller le consulter =)
Gros bisous à vous et n'hésitez pas à poster une petite review, ça fait toujours plaisir !
Minuit
Chapitre 5 : Transitions
Noir, tout est noir, tout est sombre, silencieux. J'ai fermé les portes, ouvert les fenêtres, on n'entend plus que le léger bruissement du vent dans les feuilles au-dehors. Tout est secret.
Un soupir, et je me concentre sur l'unique petite source de lumière. La flamme est d'abord minuscule, fragile, comme prête à s'éteindre. À mourir.
Elle chancelle sous un coup de vent, tressaillit, menace de s'éteindre...
Puis se stabilise. Et elle grandit. D'abord lentement, puis de plus en plus vite, jusqu'à ce que la lumière au creux de mes mains illumine mes paumes. Lumière concentrée, pas assez forte pour éclairer toute la pièce, mais vive et brillante devant mes yeux.
Doucement, j'approche mes doigts près de la flamme, jusqu'à sentir la chaleur caresser ma peau. Peur de me brûler ? Non. Indifférence.
Mes doigts se mettent à bouger, lentement, pour tracer des arabesques autour de l'éclat écarlate. Je dessine dans l'air, je m'approche de plus en plus de la chaleur, je m'éloigne, je trace des courbes autour. La flamme se met à danser, et je suis plusieurs fois proche de me brûler.
Je continue longtemps mon tracé, jouant avec le petit éclat de braise qui s'enroule autour de moi. Avec le feu.
Petit à petit, je prends de plus en plus de risques, et la danse de la flamme s'accélère à mesure que presse celle de mes doigts. Je tourne autour, je passe à travers, jusqu'à l'en étourdir. Mes mouvements se pressent, encore et encore, et je vois la flamme se balancer de plus en plus irrégulièrement, osciller, hésiter...
Je continue ce jeu, de qui craquera en premier, un sourire en coin. La flamme était de plus en plus tourmentée et semblait étouffer, et je la faisais mienne, jusqu'à ce qu'elle plie sous mes gestes, au gré de ma volonté.
Mon sourire s'élargit, se fit presque dur.
Je repasse vivement ma paume à travers la flamme.
Trop vite.
Le mouvement généré dans l'air est trop violent, et elle s'éteint d'un coup.
Je reste là un moment, à contempler l'étincelle morte dans mes mains. Je me rends compte à quel point elle avait été légère, frêle. Et pourtant, elle avait été si vive. Mais durant un si court instant...
Je reste là un bon moment.
Et puis, d'un coup, je la jette au fond de la pièce.
Le cours de littérature du lendemain matin m'accueillit avec deux nouvelles.
La première était que deux élèves se trouvaient absents sans que l'on sache trop pourquoi. À vrai dire, je ne prêtai guère intérêt à cette information : il s'agissait de deux filles qui m'avaient déjà cherché des noises et dont l'état de santé m'indifférait royalement. J'avais du mal à comprendre, en revanche, pourquoi le professeur, M. Sun, semblait accorder tant d'importance à cette nouvelle. Il avait littéralement mené un interrogatoire aux élèves qui lui avaient annoncé les absences, comme si l'absentéisme était quelque chose d'incroyable et de complètement saugrenu. Lui non plus n'avait pas dû être nommé prof depuis longtemps.
La deuxième, c'était que Cilia ne me paraissait plus fâchée. Nous avions évité de nous adresser la parole suite à la dispute de la veille, chacune agacée par le comportement de l'autre, chose plutôt rare entre nous. Mais elle m'avait accueillie devant les grilles du lycée, un sourire timide sur les lèvres, en marmonnant un « Désolée » que je savais sincère. J'avais moi aussi bredouillé quelques excuses – je n'aimais pas particulièrement ça, et Cilia le savait – qu'elle avait acceptées, et nous nous étions rendues en cours comme d'habitude.
- Pas étonnant qu'elles soient restées chez elles, ces deux-là... marmonnai-je d'un ton bourru, à propos des absentes. Elles ne sont pas habituées à écouter des cours ou n'importe quoi d'un tant soit peu intelligent. L'excès de travail a dû les tuer.
- Liv, me réprima discrètement mon amie, les lèvres pincées. Ne parle pas comme ça.
Ses paroles me firent l'effet d'un violent choc électrique. Je me tournai lentement pour planter mes yeux dans ceux de la rouquine.
- Tu plaisantes, j'espère ? Tu ne pas quand même pas défendre ces filles, Cilia ? Elles ?
- Elles ne sont pas resp...
- Ce n'est pas une raison, coupai-je. Tu sais très bien qui elles sont, Cilia. Tu le sais aussi bien que moi.
Elle me fixa quelques instants, confuse, puis se radoucit et me lança un regard empli de compassion, un de ces regards de Cilia, ceux qui me faisait tellement de bien.
- ...Non, murmura-t-elle. Pas aussi bien que toi.
Je soutins son regard un moment, puis hochai finalement la tête. Je passai quelques secondes à extirper toutes les pensées dangereuses qui remontaient dans ma mémoire, puis reportai mon attention sur M. Sun. Le cours parlait des adaptations cinématographiques de personnages de comics, et je laissai mon esprit vagabonder en me demandant vaguement si ce genre de cours était bien au programme. Le professeur de français passait dans les rangs en dictant son cours et en posant des questions aux élèves apparemment ravis de son sujet. Il fit plusieurs passages à côté de moi sans que cela me gêne, pour une fois. Plongée dans mes pensées, je ne prêtais pas vraiment attention à ses paroles.
Un mouvement devant moi attira soudain mon attention. Kevin, le nouveau au t-shirt rouge -avait-il un seul t-shirt dans sa garde-robe ou possédait-il plusieurs exemplaires du même ?- assis sur ma gauche au rang devant moi, s'était retourné et avait lancé un regard à Cilia assise juste à côté de moi, puis lui avait adressé un sourire. Je vis avec étonnement les joues de cette dernière rosir, et elle lui répondit par un petit sourire gêné.
Puis elle se tourna vers moi, ses yeux croisèrent les miens, et son sourire s'affaissa.
- Cilia, mais qu'est-ce que tu fais ? soufflai-je en regardant le jeune garçon du coin de l'œil, qui semblait à présent totalement absorbé par le cours.
La rouquine se mordit la lèvre et elle rougit de plus belle. Voyant mon expression choquée, elle décala légèrement sa chaise pour se rapprocher de moi et chuchota :
- Hier soir, à la fin des cours, quand on s'évitait un peu... Tu es directement rentrée chez toi lorsque la cloche a sonné. Moi je suis restée un peu, je me doutais que tu n'avais pas vraiment envie de discuter après notre dispute... Et puis Kevin est venu me parler. Il m'a dit qu'il avait toujours eu envie de me parler mais que j'étais toujours avec toi et... Enfin, il n'a pas vraiment expliqué ça. Mais en rentrant chez moi on a beaucoup parlé et...
- Il t'a raccompagnée chez toi ? coupai-je en sentant quelque chose se tordre dans mon ventre.
- Oui, il a dit que c'était l'occasion de se parler. Et il est vraiment très gentil, tu sais. J'étais un peu gênée au début, et lui aussi, mais on s'entend bien, je crois.
Je serrai les dents. Quelque chose de me plaisait pas. Depuis des années, cela avait toujours été Cilia et moi, moi et Cilia. Nous avions pris l'habitude de rester seules ensemble et, depuis tout ce temps, personne n'avait trouvé quoi que ce soit à y redire. Les autres personnes présentes dans ce lycée n'avait pas envie de nous parler, nous n'avions pas envie de parler à d'autres personnes, fin de l'histoire.
Tout ça ne pouvait pas changer maintenant...
Elle sembla remarquer mon regard noir.
- Ça ne va pas ?
- Il ne me plaît pas.
Elle me regarda l'air surprise.
- Il ne te plaît pas ? Liv, c'est la personne la plus gentille de ce lycée. Personne ne nous adresse la parole, les gens ne pensent qu'à parler dans notre dos, alors que lui est venu discuter et prendre le temps de me connaître... C'est une bonne chose, tu ne penses pas ?
Je restai silencieuse. Oui, objectivement, c'était peut-être une bonne chose, que quelqu'un mette de côté les rumeurs pour lui-même venir nous parler.
Enfin, venir parler à Cilia.
Quand je ne suis pas là.
Quelque chose n'allait pas. Et je sentais ce quelque chose gronder au fond de moi, m'avertir, comme si un danger se préparait. Non, je n'aimais pas du tout ça, surtout lorsque ce danger tournait autour de mon amie.
- Justement, tu ne trouves pas ça étrange ? répondis-je, les sourcils froncés. Tout le monde nous évite, personne ne s'intéresse à nous, et tout à coup ce type, nouveau qui plus est, vient te raccompagner chez toi ?
Les yeux de Cilia s'agrandirent encore de surprise.
- Liv, chuchota-t-elle en haussant un peu le ton, c'est toi-même qui m'as reproché hier de prendre part aux commérages et d'inventer des théories sur nos professeurs parce qu'ils sont nouveaux !
- ...
- En plus, c'est peut-être pour ça qu'il peut nous parler, non ? Parce qu'il est nouveau, et qu'il n'a aucune information sur toi ni moi autre que celles qu'on peut lui donner. Et il...
- Oh, vous écoutez, un peu, là ?
M. Sun nous avait interpellées de l'autre bout de la pièce et toute la classe se retourna vers nous. Cilia devint écarlate et je me contentai de lancer deux regards, l'un tranchant envers tous les élèves, l'autre, acide, envers le prof.
Je croisai celui de Kevin et il baissa aussitôt les yeux. Le prof, en revanche, semblait mécontent.
- Est-ce que quelqu'un aurait la gentillesse de répéter ce que je viens de dire pour nos deux amies ?
- « Le Joker est l'un des personnages de comics les plus difficiles à adapter au cinéma de par la complexité et la multiplicité des facettes du personnage, mais c'est quand même Nicholson le meilleur et allez bien vous faire foutre avec Heath Ledger », dit timidement un élève du premier rang.
- Merci, un point pour le suce-boules. Donc on la ferme maintenant. Donc je disais que...
Cilia avait remis sa chaise à sa place et était toujours très rouge, fixant sa feuille. Mais elle me lança un regard du coin de l'œil et murmura entre ses lèvres.
- Il est très sympa, beaucoup plus qu'on ne pourrait le croire. Il est comme nous, Liv, tout seul, et personne ne semble vouloir de lui à cause de son look. Il n'est pas différent de nous deux.
- Pas différent de toi, peut-être, répliquai-je à voix basse en gardant mes yeux fixés sur le tableau. Mais je ne suis pas sûre qu'on se ressemble tant que ça, lui et moi.
- Liv, écoute...
Je secouai la tête. J'avais décidé de me calmer, bon sang, et de laisser un peu Cilia respirer. Je n'étais pas sa mère, après tout.
- Laisse tomber, on ne va pas se disputer pour ça. Tu parles à qui tu veux, quand tu veux, et c'est comme ça Seulement...
Je tournai la tête dans sa direction et lui lançai un regard légèrement inquiet.
- ...fais attention à toi, d'accord ?
Je pesais mes mots. Les seules personnes à s'être intéressées à Cilia étaient celles qui voulaient lui attirer des ennuis. Je ne permettrai pas que ça se reproduise, surtout de la part d'un morveux pareil. Et elle qui était si douce, si innocente, semblait profondément croire en lui. Elle semblait encore plus timide que d'habitude, presque perdue face à cette attention soudaine. Charmante Cilia, si légère, si fragile... Quoi qu'elle ait pu me dire, je ne pouvais pas m'empêcher de trouver tout cela louche.
Si calmer la rage que j'éprouvais à cet instant n'était pas un combat facile, calmer mon inquiétude pour elle l'était encore moins. Néanmoins, je gardai tout cela pour moi.
En espérant très fort qu'elle vienne m'en parler si jamais on lui faisait du mal. En espérant que rien ne change.
Elle hocha la tête en silence, soutenant mon regard.
- Ne t'inquiète pas pour moi, je serai prudente. Et je serai toujours avec toi. Merci, Liv.
Je lui adressai un petit sourire et reportai mon attention sur le tableau. M. Sun continuait son cours sans rien dire de particulier, mais il avait les yeux rivés sur moi, et une lueur étrange dansait dans leur fond. Je les fixai, me demandant ce qui lui passait par la tête. Nous avait-il entendues ? S'il nous avait vues bavarder, pourquoi ne nous sermonnait-il pas ?
Finalement, il arracha ses yeux des miens et fit comme si de rien n'était.
Encore une journée pour le moins étrange.
