Chapitre I

La naissance de l'autre

À peine Marinette eut-elle eu terminé d'enfiler les boucles d'oreilles qu'une mystérieuse lumière chaleureuse l'enveloppa. Celle-ci s'enroula comme un nuage autour de son corps, et tendrement, alors que la demoiselle fermait les yeux pour profiter de cette agréable douceur, la recouvra. Quelques secondes plus tard, comme si rien ne s'était passé, la lumière disparut pour laisser place au sombre de la nuit.

Marinette regarda dans un premier temps ses mains. Celles-ci, d'habitude nues et décharnés, étaient recouvertes d'un étrange tissu rouge à poids. Elle tenta de deviner la matière en frottant ses doigts dessus, sans grand résultat. Ensuite, son regard remonta jusqu'à ses bras. Il étaient d'habitude recouverts d'un haut très large et fin permettant à ses fils de passer sous les manches. Cette fois, ils étaient recouverts, moulés avec les mêmes motifs que ses mains.

Mais comment est-ce que une telle chose était elle possible ?

Marinette poussa sa couverture jusqu'à ses pieds à l'aide de ses mains. Elle remarque dès lors que son corps entier était drappé dans une combinaison moulante.

Ébahie, elle tenta de chercher Tikki du regard, mais elle avait disparu.

« Mais comment c'est possible ? »

Elle détaillait chaque couture de sa tenue, et mis ses mains face à son visage comme s'il s'agissait d'un miracle. Son visage relevé, elle dévia légèrement ses yeux vers la fenêtre.

Celle-ci reflétait Marinette.

La jeune fille se tourna entièrement vers son reflet, étonnée de voir un masque sur son visage. Elle ne le sentait pas.

Un instant plus tard, Tikki réapparut, sous les yeux ébahit de Marinette. Elle semblait plus fatiguée, mais la demoiselle ne le releva pas.

« Pourquoi est-ce que je porte cette tenue ? » demanda-elle à Tikki.

« Une héroïne doit pouvoir garder son identité secrète. Ce serait difficile de vive normalement dans le cas contraire, tu ne crois pas ?

- Une héroïne ? »

Tikki vint se poser sur les genoux de Marinette. La jeune fille la suivait du regard, avide.

« Ces pouvoirs, ils vont te servir à sauver Paris. »

- Marinette prit une mine dubitative. Elle, sauver Paris ?

« Je ne sais pas comment je pourrais sauver qui que ce soit depuis une chambre d'hôpital. Je ne peux même pas me lever.

- Tu peux, essaie. »

Marinette hésita un instant, puis obtempéra. Elle saisit une première jambe, puis une autre pour les mettre sur le bord du lit. Elle resta quelques secondes sans rien faire, les pieds dans le vide, assise sur le coté. Et si l'esprit de trompait ? Et si elle n'arrivait pas à tenir debout ?

Il ne fallait pas qu'elle se pose tant de questions. Elle pouvait bien au moins tenter le coup.

Doucement, elle posa un premier pied au sol avant de poser l'autre. Elle prit appui sur le lit, et fébrilement, elle se leva.

« Que... »

Elle tenait debout, elle, Marinette, elle arrivait à tenir sur ses jambes !

Un sourire radieux se dessina sur son visage.

« Je tiens debout !

- Et si tu essayais de marcher ? »

Marinette avala sa salive.

Déterminée, elle fit un pas un avant. Puis un autre, et encore un autre.

Elle marchait.

« Je... Mais je marche ! »

Sa voix manqua de se briser dans un sanglot de joie. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas réussi à avancer seule ! Son corps tenait droit, elle n'avait pas mal, et mieux encore, elle pouvoir se mouvoir à sa guise !

Elle se mit à faire quelques pas sautillants, et à trancher l'air avec ses mains. Son corps ressentait pour la première fois depuis longtemps la sensation de gravité, de contact avec une matière concrète au sol, mais aussi le plaisir de bouger sans éprouver de douleur quelconque au corps.

« Doucement Marinette, on risquerait de t'entendre !

- Oh, répondit-elle un peu gênée, pardon, c'est la joie. »

Tikki s'approcha d'elle en souriant.

« C'est normal d'être heureuse, mais tu dois faire attention. Assied-toi. »

Marinette s'assit.

« Ces pouvoirs sont grands Marinette, commença Tikki, et il y a plusieurs choses que tu dois savoir. »

Tikki se posa au creux des mains de Marinette.

« Normalement, lorsque tu te transformes je disparais car j'entre dans le Miraculous pour te confier mes pouvoirs. Mais puisqu'il s'agit de ta première transformation, je suis autorisée à laisser un peu de mes pouvoirs dans le Miraculous afin de pouvoir t'expliquer en face comment cela fonctionne.

- Un Miraculous ?

- Un Miraculous, répondit Tikki, c'est un artefact qui sert de catalyseur. Lorsque mes pouvoirs sont confiés à un humain, je dois entrer dans son Miraculous afin de lui permettre de les utiliser. C'est ce que j'ai fait à l'instant pour y déposer un peu de mes pouvoir, mais j'en suis ressortie. C'est pourquoi ta tenue devrais très vite disparaître. »

Marinette pencha sa tête sur sa droite. Elle regarda à nouveau ses mains, et effectivement, la tenue commençait à devenir transparente.

« Et ces pouvoirs, c'est quoi exactement ? demanda-elle

- Comme je te l'ai dit, j'ai le pouvoir de la chance. C'est pour ça que ta tenue ressemble à une coccinelle.

- Original ! »

Tikki rit discrètement.

« Tu apprendras tout ce que tu dois savoir sur ton pouvoir en temps voulus. En attendant, tu devrais te reposer. »

Marinette, à contre-cœur, concéda à Tikki qu'elle avait raison.

Sa tenue disparut, Tikki s'envola.

Ses jambes redevinrent des bouts de bois qu'elle du bouger à l'aide de ses mains.


Le réveil ne fut pas aussi horrible que ceux qui avaient précédés. La douleur la tiraillait encore, et elle doutait qu'un jour elle puisse ne rien ressentir lorsqu'elle se tirerait du sommeil. Néanmoins, cette lancinante sensation, cette étouffante crispation, n'émoustillait en rien sa joie elle éprouvait au fond de son cœur un délicatesse qu'elle ne ressentait que très rarement, lorsqu'elle prenait des nouvelles d'Adrien. Non, mieux encore elle ressentait au creux de son estomac une embrasure d'adrénaline qui lui était jusqu'à lors méconnue.

Lorsque l'infirmière du matin vint prendre de ses nouvelles, elle fut étonnée de la voir aussi perdue dans ses pensées. Elle hésitait, ne savait pas s'il fallait être effrayé par la vision de ce corps chétif et malade souriant, ou s'il fallait qu'elle s'en réjouisse. Un instant, même, elle se demanda s'il ne valait pas mieux appeler un médecin.

« Marinette, vous allez bien ? »

La jeune demoiselle leva les yeux vers elle, et son sourire s'estompa. Elle venait de la tirer de ses rêveries.

« Bien..? Oh, je vais très bien. »

Elle ponctua sa phrase d'un sourire nouveau, factice cette fois.

L'infirmière jugea plus prudent de ne rien dire de plus, et s'en alla sans rien ajouter.

Marinette n'en tint pas rigueur. Ses pensées étaient déjà tirées vers bien des questionnements plus existentiels.

De quels pouvoirs pouvait bien parler Tikki ? Que voulait-elle dire par « sauver Paris ? »

Marinette n'en savait trop rien.

À l'heure du déjeuné, elle demanda à être installée sur un fauteuil roulant afin de faire un tour dans les couloirs du secteur. Personne ne trouva rien à redire à cette adolescente pour laquelle ils éprouvaient une empathie proche de la pitié, et ainsi, Marinette se retrouvait à rouler un peu partout, de ça de là, sans grand but.

Elle arriva, après une heure de balade, dans la salle d'activité dédiée aux enfants. Une télé y était disposée, sans doute pour leur permettre de regarder quelque film qu'ils voulaient, et entourant une table parsemée de jeux divers et variés, quelques chaises vides remplissaient la salle. Ses yeux furent attirés, après ce rapide coup d'œil, par la nature du programme diffusé à la télévision. C'était un journal télévisé, sans doute mis par un parent afin de s'occuper pendant que son enfant s'amusait un peu. Elle ne regardait quasiment pas la télé, et se demandait même pourquoi est-ce qu'il y avait une ici. Elle préférait les bouquins. Les magazines, surtout.

Ils permettaient de voir Adrien sous toutes les coutures, et de se renseigner sur les nouvelles créations de son père.

Marinette plissa les yeux afin de voir correctement les grands titres. Quitte à se renseigner un peu...

« Un homme akumatizé. »

Akumatizé, mais qu'est-ce que ça voulait dire ?

« Encore une victime de Papillon... »

Marinette sursauta.

« Tikki ?

- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur. »

Il lui faudra du temps avant de s'habituer aux apparitions de cette petite Tikki.

« D'où est-ce que tu sors ? Demanda Marinette, curieuse.

- De ton sac. J'ai dormis dedans, il est très confortable ! »

Marinette jeta un petit coup d'oeil à son sac. Effectivement, c'était une bonne cachette. Elle secoua sa tête pour revenir à elle. Tikki semblait comprendre ce qui se passait à la télé, mais pas elle.

« Tu sais ce que ça veut dire « akumatizé » ? » l'interrogea Marinette.

Tikki soupira longuement.

« Depuis un moment, répondit-elle, quelqu'un du nom de « Papillon » sévit sur Paris. Il libère des akumas, des sortes de papillons maléfiques, qui se nourrissent de la colère des habitants. Il akumatize les personnes dont le cœur est assombrit pour les contrôler et obtenir ce qu'il veut.

- Et qu'est-ce qu'il veut ? Demanda Marinette

- Les Miraculous. »

Le cœur de Marinette fit un bon.

« Les Miraculous... Comme les boucles d'oreilles ?

- C'est ça. Les Miraculous peuvent prendre plusieurs formes, ça peut être un collier, un bracelet, ou une bague. Mais quoi qu'il en soit, ce sont des objets très puissants, et Papillon est prêt à tout détruire pour les avoir. Il ne faut surtout pas qu'ils tombent entre ses mains... »

Donc, si elle comprenait ce que Tikki disait, elle n'était pas la seule en possession d'un Miraculous. Il y avait donc d'autres personnes, comme elle, en possession de pouvoir dans Paris ?

« Il doit bien y avoir quelqu'un pour l'arrêter, non ?

- Pour l'instant, il n'y a que Chat Noir.

- Chat Noir ? Connais pas, répondit-elle.

C'est un autre détenteur de Miraculous. Il fait de son mieux, mais Papillon continu de polluer le cœur des gens avec ses akumas. »

Tikki se posa à nouveau sur les genoux de Marinette. Elle lui adressa un regard plein d'espoir.

« C'est pour ça que Paris à besoin de toi.

- Je ne sais pas... comment faire pour quitter l'hôpital sans que personne ne s'en aperçoive ?

- Il suffit d'être rapide. »

Marinette secoua la tête.

« Plus facile à dire qu'à faire.

- Tu sais quand viennent les infirmières ? Demanda Tikki.

- Toutes les deux heures, pendant 5 minutes.

- On a donc encore une heure devant nous ! »

Marinette manqua de s'étouffer avec sa propre salive. Parce que Tikki avait en tête d'y aller maintenant ? Mais c'était bien trop risqué !

« Retourne donc dans ta chambre, transforme-toi, et passe par la fenêtre. Je t'assure qu'il n'y a aucun risque, je ne ferais rien qui te mette en danger. Chat Noir t'attend, Place de la Concorde.

- Hein, comment ça ? Parce que tu lui as donné rendez-vous !? S'exclama Marinette.

- Tu vas voir, c'est un garçon très gentil. »

Marinette hésita.

Pour la première fois de sa vie, la routine monocorde qui rythmait son quotidien était chamboulée. Elle ne savait pas si ce qu'elle sentait germer en elle était de la crainte ou de l'espoir...

Mais elle n'avait qu'un seul moyen de le savoir.

« Allons-y ! »

Et ainsi disparu le fauteuil roulant, à la vitesse de l'éclair.


Déjà un nouveau chapitre, que je suis rapide ! Ahah, en fait j'étais, pour une fois, assez inspirée.

Comme je vous l'ai dit dans le chapitre précédent, il y a eu un truc assez OOS avec Tikki, mais je tenais à la garder près de Marinette pour cette première fois. Mais ça n'arrivera plus, retour à la normale.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !