Bonjour !

En introduction, voici mes réponses aux reviews :

Merci à Mey, Artemis et Mary Eileen Prince :) (et ma p'tite salade magique bien sûr)

Alors pour vous rassurer : j'ai bien l'intention de finir cette fanfiction :) Comme vous le dites, les fics sur Scabior sont rares (le peu que j'ai lu m'a bien plu, mais... c'est trop peu). Je vais essayer d'être à la hauteur !

En revanche, pour le moment, je ne sais pas combien il y aura de chapitres en tout, ça dépendra de mon imagination et de comment je vais organiser tout ça. Concernant les publications, comme je disais dans le p'tit résumé au début du chapitre 1, j'essaierai de publier chaque week-end (sinon un week-end sur deux) :)

Pour ne pas trop vous perdre dans votre lecture, les flashbacks seront indiqués par l'utilisation de l'italique (je me doutais que ce ne serait pas forcément évident, mais je n'ai pas vraiment cherché à faire en sorte que ça tranche, donc merci beaucoup Eileen).

Voilà !

Bonne lecture pour ce deuxième chapitre :)

Nightwyn ~ 10/09/2016


Journal de terrain d'Hermione Granger, 12 octobre 2013, le soir.

"Je continue à perdre pied.

Toutes les nuits, je rêve. Toutes les nuits, ce ne sont pas mes enfants que je vois, ni mon mari. Ce n'est pas Harry qui me répète que tout ira bien. Ce n'est pas Ginny qui m'avoue qu'elle est amoureuse de lui et qui pense qu'il ressent quelque chose, lui aussi. Ce ne sont pas les jumeaux qui ont encore une fois fait une sale blague à leur mère. Ce n'est pas Malfoy qui me conseille d'aller déclarer ma baguette. Ce n'est pas Ethan qui m'explique qu'il partira en Roumanie une fois ses ASPIC obtenues. Ce n'est pas Ron qui me dit qu'il veut m'épouser.

Toutes les nuits, depuis que je suis revenue à Poudlard, je revis chaque moment passé avec... lui.

Je n'en peux plus.

Je n'y arriverai pas toute seule. Je suis venue ici pour oublier, mais je n'y arriverai pas toute seule."

Hermione ferma l'entrée du jour par un point qu'elle plaqua un peu trop fort, du bout de sa plume. Elle était fatiguée, agacée. Elle ne savait pas du tout quelle heure il pouvait bien être et elle n'avait pas sommeil.

Au lieu de se joindre à la discussion au coin du feu avec les autres professeurs, après le diner, elle avait préféré s'isoler. Elle avait donc passé la plus grande partie de la soirée à corriger des parchemins de traduction de ses classes de troisième année, se permettant une pause des plus salvatrices dans ses ruminations. Une fois chose faite, après avoir ri des quelques perles assez amusantes trouvées dans certaines interprétations, elle avait essayé d'écrire un peu dans son journal. Elle n'avait pas su quoi y mettre. En temps normal, écrire lui apportait du réconfort, un peu comme si elle vidait le trop-plein de son esprit dans ses mots, mais plus le temps passait, et moins elle y parvenait.

Elle avait essayé la pensine, sans succès. C'était trop ancré en elle.

La nuit dernière, elle avait été plongée dans un souvenir qu'elle détestait et n'avait pas pu se rendormir.

Le matin au petit déjeuner, Ethan s'était moqué de sa mine fatiguée, elle lui avait répondu avec un grand sourire mais il n'avait pas été dupe. Elle savait très bien qu'elle aurait toujours du mal à se jouer de lui. Il ne la connaissait que trop bien, pour avoir passé un an avec elle lorsqu'elle avait repiqué sa septième année après la deuxième guerre, en même temps que Draco Malfoy.

Elle en avait bavé, avec Ethan, il ne lui avait rien laissé passer, bien qu'ils ne soient pas dans la même maison, dès qu'il pouvait, il la retrouvait et il lui en faisait voir des vertes et des pas mûres. Il avait même osé inviter Malfoy dans leur duo, puisqu'ils avaient combattu ensemble pendant la bataille de Poudlard. Au fil du temps, à force d'invitations, le duo s'était transformé en trio. Ils étaient devenus inséparables, ce qui provoqua la colère de Ginny et l'éloigna d'Hermione. Ethan ne remplacerait jamais Harry, mais Hermione l'adorait. Il avait une personnalité si intéressante, il était intelligent, cultivé, et puis, c'était un très bon sorcier. D'un caractère doux, il tempérait Draco, qui présentait des signes de violence depuis la mort de son père, comme s'il laissait enfin sortir de lui tout ce qu'il avait contenu durant des années. Ethan savait aussi être très drôle et faisait montre d'une finesse d'esprit qui la ravissait. Hermione l'adorait et tolérait Draco, qui lui avait offert ses excuses les plus plates en guise de cadeau de Noël, cette année-là. Elle avait consenti à les accepter mais restait réticente quant à une véritable amitié. Elle n'oubliait pas comment il l'avait traitée, méprisée, rabrouée, durant six ans. Elle ne pardonnait pas l'insulte, que la tante du blond s'était amusée à graver sur son bras. Elle comprenait ce qu'il vivait, mais elle n'arrivait pas à oublier, bien qu'il ait trahi son maitre et tué son propre père pour permettre à Harry de vaincre. Elle savait qu'il en souffrait, mais elle n'y pouvait rien et ne parvenait pas à le prendre en pitié.

A côté de ça, leur entourage proche était persuadé qu'elle et Ethan étaient en couple, mais elle était avec Ron et lui... Et bien, elle se demandait s'il n'y avait pas un petit quelque chose entre Draco et lui.

Elle sourit à cette idée. Il faudrait qu'elle lui en parle, un de ces jours. Lui qui ne faisait que la taquiner dès qu'il la voyait en perdrait de sa superbe, si jamais elle avait raison. Elle avait remarqué qu'il faisait de l'œil à Aversa Hannigan, cette délicieuse et intéressante sorcière soit-disant là pour remplacer Filch, mais... ça sonnait faux.

Laissant échapper un petit rire amusé, elle se leva. Elle consulta sa petite pendule et s'aperçut qu'il n'était pas si tard, finalement. Une petite promenade de minuit lui ferait le plus grand bien. Ce serait tellement amusant de pouvoir se balader dans l'école sans craindre une retenue cinglante jetée par le bâtard des cachots.

Elle enfila ses chaussures et passa un gros pull, son manteau, ses gants et son écharpe - un cadeau de Ginny, datant du Noël précédent. Il s'était mis à neiger assez tôt, cette année, il faisait froid et elle n'aimait pas avoir froid.

Une fois dehors, elle descendit directement jusqu'au lac et s'assit sur un petit banc, non loin de la rive, au milieu des galets.

Le quart de lune se reflétait sur l'eau noire presque immobile, à peine troublée par la vie aquatique qui évoluait dessous. Une légère brise faisait bruire les branches nues des arbres derrière elle, apportant avec elle l'odeur humide des sapins et de la terre. De temps en temps, un oiseau nocturne hululait, plus ou moins proche, répondant à un autre. On pouvait même entendre le cri des sombrals, au loin, dans la forêt interdite. Ce cri étrange, triste et si touchant, la rendrait toujours nostalgique.

Elle frissonna et croisa les bras contre sa poitrine. Renversant la tête en arrière, elle se mit à exhaler des bouffées de buée dans l'air froid et se surprit à sourire, encore une fois.

Un bruit de pas dans les galets, derrière elle, brisa le calme qui l'avait envahie et elle se leva d'un bond, baguette en main, prête à se défendre.

Elle ne fit que provoquer un rire amusé chez son visiteur.

"Tu ne pouvais pas t'annoncer, imbécile ?" lança-t-elle à Ethan, répondant toutefois à son rire en lui souriant.

Il vint s'asseoir sur le banc et elle l'imita, sa baguette toujours en main. Il la lui prit avant qu'elle ne la range et l'inspecta avec circonspection.

"C'est une baguette de fille, ça ?" fit-il avec comme une envie de rire encore, coincée sur un coin de bouche.

Elle récupéra sa baguette et la rangea dans la poche intérieure de son manteau.

"- C'est une baguette que j'ai empruntée il y a des années parce que j'avais perdu la mienne, tu te souviens ? Tu n'as jamais fait attention à ce détail pendant toute cette année passée à me traumatiser avec tes sales blagues ?

- Mmmmh, laisse-moi réfléchir... Non ! Je ne fais jamais attention à ce genre de détails, Hermine.

- Pitié, tu ne vas pas recommencer à m'appeler comme ça.

- Ah mais si. Si, si.

- Je te déteste."

Profitant de l'instant, il entoura les épaules d'Hermione de son bras et la ramena contre lui.

D'abord surprise, elle se laissa aller et posa la tête sur son épaule. Il l'entoura de son autre bras et posa un baiser sur ses cheveux bruns.

"Excuse-moi pour ce matin," dit-il en resserrant un peu son étreinte.

Curieusement, ces simples mots lui firent beaucoup de bien, mettant un peu de chaleur dans le nid de glace de son âme.

"- Ça va, j'avais vraiment une sale tête, je ne suis pas fâchée, répondit-elle en refermant sa main gantée sur celle de son ami.

- Tu as des soucis ?

- Je ne dors pas très bien... Des mauvais rêves."

Il frotta sa joue contre ses cheveux, un peu comme un chat. Un chat qui aurait une barbe de trois jours.

"Raconte."

Elle secoua la tête. C'était hors de question.

"- Alors va voir le directeur, peut-être qu'il peut faire quelque chose pour toi.

- Genre quoi ?

- Genre t'apprendre à fermer ton esprit. Je sais que tu ne voudras pas de potion parce que tu n'aimes pas l'idée de dépendance. Mais ça, peut-être...

- Je n'ai aucune envie qu'il s'amuse à lire dans ma tête.

- Il ne lira pas dans ta tête, il te dira juste comment faire.

- Ça implique de lire dans ma tête."

Ethan s'écarta un peu d'elle et se mit à la regarder comme il avait regardé sa baguette, un peu plus tôt, un peu plus inquisiteur, peut-être.

"On a des choses à cacher, mademoiselle Hermine Gronjer ?"

La dénommée éclata de rire. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas prononcé son nom de cette horrible façon ! Il n'avait cessé de le faire dès qu'il avait entendu cet élève français l'écorcher de la sorte, quand ils étaient en septième année. Elle l'avait maudit pour ça.

Qu'elle était heureuse qu'il soit là, Merlin, vraiment.

"Pas plus que toi, pirate."

Elle pencha la tête sur le côté et sourit, le regard pétillant.

"D'ailleurs, à ce propos..." commença-t-elle d'un ton chantant.

Ethan fit les gros yeux, comprenant très bien où elle voulait en venir.

"- Non, dit-il.

- Non quoi ?

- Tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi.

- Définition ?

- Il n'y a rien entre Draco et moi, nom d'un elfe farci."

Hermione prit un air faussement scandalisé.

"- Pourquoi tu penses directement à ça, toi, d'abord ? dit-elle en se retenant de rire.

- J'y pense parce qu'Aversa m'a déjà fait la remarque, bouffonne.

- C'est toi la bouffonne."

Ethan se mit à rire, vaincu par l'absurdité de cette répartie.

"Je suis content de te voir rire et sourire, miss Gronjer, déclara-t-il en posant la main sur la tête de la jeune femme. Je suis content, même si je suis sûr que tu caches quelque chose."

Elle lui offrit un dernier sourire et prit cette main réconfortante entre les siennes pour la ramener entre eux.

"Peut-être, mais je n'ai pas envie d'en parler pour le moment."

Il acquiesça en silence, d'un hochement de tête.

Il n'était pas idiot. Il n'avait pas oublié leur septième année commune. Il n'avait pas oublié qu'elle disparaissait systématiquement, dès que les classes se rendaient à Pré-au-Lard, et qu'elle revenait juste au moment du retour vers l'école. Il n'avait jamais cherché à savoir ce qu'elle faisait, qui elle allait voir, il respectait ça, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était forcément quelque chose de... louche. Si elle trainait encore ce fardeau des années plus tard, peut-être était-ce parce que c'était plus lourd à porter qu'il le pensait. Il n'imaginait pas une femme comme Hermione trimballer de telles casseroles, mais, après tout...

"Écoute, je sais qu'on s'est perdus de vue pendant longtemps et que par la suite, on ne s'est croisés qu'au boulot, mais si tu as besoin de parler, je suis là," dit-il doucement.

Elle hocha la tête.

"D'accord ?"

Il avait approché son visage du sien.

"- D'accord, répondit-elle en appuyant son front contre le sien.

- Parfait, ma blanche hermine ! Je vais aller faire mon petit tour, maintenant.

- Oui, va donc travailler.

- Et toi, va te coucher, et n'oublie d'aller voir Sev' pour ton problème de sommeil."

Hermione pouffa.

"- Ne me dis pas que tu l'appelles comme ça.

- Jamais devant lui, je tiens trop à la vie. Bonne nuit, bouffonne.

- Bonne nuit, imbécile."

Elle leva la main pour lui dire au revoir, et il repartit vers l'enceinte de l'école. Elle le regarda s'éloigner et disparaitre dans l'obscurité, se sentant soudain bien seule et laissant le froid s'emparer de nouveau de son corps.

Cette fois, elle n'eut pas besoin de glisser dans un rêve pour se rappeler l'été 1998. Transie de froid, elle revint encore une fois des années en arrière, de son plein gré, cette fois.

Pourquoi elle avait décidé de disparaitre de Poudlard avec le rat sans prévenir personne, au risque de créer un mouvement de panique au sein de la famille Weasley et de l'équipe de professeurs, elle n'aurait su le dire, sur le moment.

Toutefois, elle comprit qu'il était trop tard pour faire machine arrière lorsqu'elle transplana dans l'endroit le plus incongru possible, le plus impensable : la tente dans laquelle le trio avait vécu pendant leur chasse aux horcruxes.

Une fois sur place, histoire de faire le vide dans sa tête, elle avait passé du temps à réaménager l'endroit, incapable de le laisser tel qu'elle le connaissait, parce que ça lui rappelait trop Harry et Ron. Elle avait même détruit la petite radio. Elle était tombée sur les affaires des garçons et avait pleuré, pendant qu'elle les brûlait dehors, après avoir dressé de nouvelles barrières de protection autour du lieu. Personne ne devait les trouver. Personne ne devait savoir.

Murée dans le silence depuis leur arrivée, elle était revenue vers le rat. Elle avait repéré le ruisseau, en contrebas, alors qu'elle l'avait complètement oublié, et y était descendue pour chercher de l'eau. Après avoir posé un récipient non loin du lit de fortune de son otage, elle prit une grande inspiration avant de pointer sa baguette sur lui, qui semblait apparemment être retombé dans la léthargie.

Elle lança le sort.

A chaque craquement léger qu'elle entendait dès qu'elle redressait un os brisé, elle ressentait une sorte de plaisir malsain. L'intensité de la douleur avait sorti le rat du coma et le sortilège tirait de lui des hurlements qu'il ne cherchait même plus à contenir, d'abord entre ses dents serrées, ensuite, à pleins poumons. Il avait mal ? Tant mieux. De toute façon, il n'aurait jamais aussi mal qu'elle, jamais. Ce sale profiteur l'avait livrée aux Mangemorts pour son propre plaisir, alors ça lui était égal qu'il hurle à la mort pendant qu'elle le remettait plus ou moins en état.

Le souffle court, elle le regardait droit dans les yeux, maintenant qu'elle avait fini, et elle soutenait son regard fiévreux sans faillir. S'il l'imaginait faible et incapable de faire du mal, il se trompait. Le court séjour au manoir Malfoy avait définitivement rompu quelque chose en elle. Elle était sûre de pouvoir faire bien pire, s'il l'y poussait.

D'un mouvement de tête, elle désigna le récipient rempli d'eau posé près du lit et dans lequel elle avait jeté une petite serviette de toilette.

"Lave-toi."

Elle eut terriblement envie de le cogner en plein visage en le voyant esquisser son détestable sourire en coin.

Pour toute réponse, elle lui tourna le dos et sortit de la tente.

Elle avait autre chose à faire que l'observer pendant qu'il nettoyait le sang qui lui couvrait probablement tout le corps. Elle ne ferait rien d'autre pour lui que remettre ses os en place. Pour le reste, qu'il se débrouille. Et sans baguette. Elle n'était pas sa mère.

Elle baissa les yeux vers son poing serré. Elle n'avait jamais lâché cette baguette, depuis qu'elle la lui avait prise. Elle s'en était bien accommodée, en fait. Cette baguette assez courte et nerveuse semblait l'avoir acceptée sans trop rechigner, elle pourrait faire une très bonne baguette de remplacement. A l'idée qu'elle avait dû tuer bon nombre de gens, elle faillit la jeter au loin, mais elle ne le put. Elle parvenait à trouver du bon dans ce ramassis de noirceur, car cette baguette était meilleure que celle qu'elle avait récupéré avant, tant pis si c'était celle d'un pauvre type.

"Un meurtrier, Hermione, un meur-tri-er," murmura une voix dans sa tête.

Elle lâcha la baguette et se mit à courir jusqu'à arriver devant une rangée d'arbres où elle se laissa tomber. Elle se mit à pleurer bruyamment, meurtrissant son front et ses poings contre l'écorce de l'un d'eux. Elle lâcha prise et hurla jusqu'à en tomber de fatigue.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle était allongée sur le dos et il faisait presque nuit.

Elle avait dormi ? Comment avait-elle pu s'endormir dans un endroit pareil ? Et dans un moment pareil ? Elle devait être plus épuisée qu'elle ne le croyait. Elle s'assit et regarda ses mains en piteux état, tout en s'invectivant car elle n'avait plus rien pour se soigner. Il devait lui rester de quoi préparer quelques potions, au fond de son sac, entre les livres et quelques vêtements. Elle avait un peu faim. Comment pouvait-elle avoir faim ? Elle était en train de craquer, et elle avait faim ?

Elle se releva et retourna sur ses pas. Un peu avant d'arriver à la tente, elle retrouva la baguette tombée sur l'herbe fraiche, alors elle se pencha pour la ramasser et entra dans la tente, sur ses gardes.

"Qu'est-ce qui t'est arrivé ?"

Elle sursauta violemment et tendit immédiatement la baguette en direction de la voix.

Le rat était assis au bord du lit, les mains sagement posées sur ses cuisses. Il avait posé ses vêtements dans un coin et en avait revêtu d'autres ; ils devaient appartenir à Harry et Hermione avait oublié de les brûler. Elle avait mal ratissé les lieux. Comment osait-il porter les habits de son ami ? Et comment osait-il garder son écharpe, encore ? Elle la voyait très bien, roulée en boule près de lui. Elle serra le poing sur la baguette, prête à frapper, mais il était tellement ridicule, dans ce pantalon de survêtement et ce vieux t-shirt de l'équipe d'Angleterre de quidditch, qu'elle se détendit un peu.

"Qu'est-ce qui t'est arrivé ?" répéta-t-il.

Qu'est-ce que ça pouvait lui faire ? Une Mangemorte l'avait torturée presque sous ses yeux, sans qu'il ne sourcille, et maintenant, il osait lui demander ce qui lui était arrivé ? Et puis, de quoi parlait-il, à la fin ?

Oh, oui, ses mains. Et cette douleur diffuse au niveau de son front, comme une légère brûlure. Pourquoi ? Elle porta la main vers son visage et s'aperçut qu'elle s'était blessée, vraisemblablement lorsqu'elle s'était effondrée au pied du gros arbre, plus loin. Elle sentait sa peau abimée sous ses doigts, et la lymphe coagulée qui collait un peu.

"Je... suis tombée."

Il voulut hausser les épaules mais la douleur le fit grimacer. Forcément, si elle avait remis les os en place, il fallait encore qu'ils se ressoudent et guérissent. Elle n'avait d'ailleurs pas soigné ses blessures, et même s'il avait nettoyé le sang, il gardait toujours les traces de sa chute, notamment la coupure de son visage. Et s'il avait une hémorragie interne ? Elle n'avait aucun moyen de le savoir. Il mourrait peut-être avant qu'elle ait pu le trainer devant le Magenmagot.

"Tu peux marcher ?"

Elle lui avait posé la question avec une sorte d'indifférence froide.

Elle n'était pas une personne foncièrement méchante, mais elle se comportait naturellement comme ça, avec lui. C'était déjà bien qu'elle arrive à le regarder en face, même si elle crevait d'envie de le défigurer ou de lui jeter un maléfice.

Il la regarda sans comprendre. Il ne savait pas ce qu'elle attendait de lui. Il ne savait même pas pourquoi elle l'avait sorti du goulet sous le pont, et encore moins pourquoi elle perdait son temps avec lui.

"Qu'est-ce qu'il y a de compliqué dans ma question ?"

Elle se mit à penser à Snape. Si elle endossait son costume en présence du rat, ce serait peut-être plus simple pour elle. Elle était déjà très froide depuis la veille, elle avait fait preuve de cruauté envers son prisonnier, elle pouvait bien un peu jouer les Snape, non ?

"Je pense que je peux marcher, j'ai pu récupérer ces vêtements là-bas."

Il répondit simplement et désigna un coin de la tente du doigt, ce simple geste lui tirant une nouvelle grimace.

"Parfait, tu vas pouvoir te passer de mes services, alors."

Il fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'elle lui chantait là ? Pour qui pensait-elle se prendre ?

"- Comment je vais faire, sans baguette, à me trainer comme un...

- Ce n'est pas mon problème, le coupa Hermione en levant la main. Tu te débrouilles. Si tu as survécu à ta chute, tu devrais pouvoir t'en sortir, non ? Ou alors tu en es incapable, sans tes petits camarades de jeu ?

- Me cherche pas, poupée."

Elle laissa échapper un rire nerveux.

"Sinon quoi ? J'ai ta baguette, tu couines dès que tu bouges et tu n'as rien pour me faire peur, ni me blesser."

Elle savait qu'elle avait de l'emprise sur lui, à l'instant. Pour combien de temps, elle l'ignorait, mais elle était au dessus de lui. Il était à sa merci.

"Redescends sur terre, la railla-t-il. Tu sais que je peux transplaner ? Et que si je le fais, tu ne remettras jamais la main sur moi ?"

Son regard clair s'était fait glacial et la transperçait comme une lame.

" C'est ce qu'on verra," répondit Hermione, aussi glaciale.

Sans attendre de réponse, le cœur battant trop fort à son goût, elle se détourna et alla s'asseoir à la table, cherchant dans son sac de quoi soigner ses mains et son front, puis s'enferma dans le silence, le temps de nettoyer ses plaies. Elle n'avait qu'un peu d'huile d'amande mais ça ferait l'affaire, si elle la mélangeait avec ce qui restait d'essence de dictame, à savoir une micro-goutte. Pendant ce laps de temps, elle se demanda quoi faire. Devait-elle repartir ? Oui, bien sûr. Il fallait qu'elle retourne parmi les siens. Elle devait faire son deuil avec ses proches.

Elle se retourna, cherchant le rat des yeux. Le lit était vide. Le récipient avait disparu. Un élan de colère la fit trembler. Où était passé ce sale type ? Il n'avait pas pu aller bien loin, surtout dans la pénombre.

Elle sortit. La lune presque pleine s'était levée et elle le vit qui descendait vers le ruisseau, un peu plus bas. Il marchait si lentement qu'elle se demanda comment il avait déjà pu aller si loin. Elle avait peut-être passé plus de temps à nettoyer ses plaies que prévu. En forçant sur sa vue, elle s'aperçut qu'il se servait d'une branche comme d'une canne et qu'il boitait salement.

Il lui paraissait si vulnérable qu'elle ne pouvait croire qu'un déchet comme lui ait pu faire autant de mal. Comment un homme pouvait-il retourner sa veste au point de se mettre à chasser ses semblables, pour de l'argent ? Elle le méprisa d'autant plus.

Elle retourna dans la tente une fois qu'elle eut compris qu'il ne s'enfuirait pas. S'il le faisait, il mourrait à coup sûr. Il n'était pas idiot à ce point. Il savait qu'il avait besoin d'elle. Il n'y avait plus de rafleur, plus de victime. Les rôles s'étaient inversés.

Elle s'en alla sans dire mot, avant qu'il ne revienne, ne laissant derrière elle qu'un livre moldu sur toutes les façons de survivre dans la nature - ironie de sa part. Elle ne savait absolument pas quand elle reviendrait. Elle ne savait absolument pas si elle reviendrait. Il ne s'enfuirait pas, elle en était convaincue. Il ne chercherait pas à rejoindre les siens. Il bluffait. Il avait survécu, mais ce n'était sûrement pas pour recommencer ses méfaits. Voldemort était tombé, son soldat serait massacré s'il osait se montrer à nouveau dans le monde sorcier. Et si, au lieu de le trainer devant un tribunal qui ne ferait que l'enfermer, elle le laissait seul, ici, sans défense, jusqu'à la fin de ses jours ?

Lorsqu'elle réapparut à Poudlard, les Weasley étaient partis, mais elle fut accueillie par le professeur McGonagall, qui lui passa un savon mémorable quant à sa conduite inqualifiable. Pendant dix minutes, elle écouta McGonagall vitupérer : comment avait-elle pu se permettre de disparaitre comme ça, sans prévenir personne, mettant tout le monde dans un embarras impossible, tout de même, une élève si intelligente, quelle déception, quelle honte, c'était intolérable, vraiment, tout le monde avait eu peur, l'imaginant morte dans un coin, enfin, miss Granger, voyons.

Hermione n'avait pu que dire qu'elle était désolée et qu'elle avait juste ressenti le besoin de rester seule. Elle n'arrivait pas à croire à la mort de tous ces gens, encore moins celle de Harry, Remus, Tonks... Elle fut d'ailleurs incroyablement étonnée en apprenant que le professeur Snape avait survécu et qu'il avait été transféré à Sainte Mangouste avec les cas les plus graves. Elle allait finir par se demander si elle ne recevrait pas un prix, pour son interprétation de la personne la plus surprise du monde.

"Les Weasley ont laissé un Portoloin, pour vous," avait dit McGonagall.

Hermione l'avait remerciée et avait demandé comment allait Dumbledore. Il allait assez bien pour quelqu'un ayant subi les derniers évènements, et avait rejoint le ministère pour établir un plan d'urgence post-guerre avec le ministre provisoire, Kingsley Shacklebolt, il ne serait pas joignable avant longtemps. Toutefois, elle pouvait compter sur sa lettre de convocation pour la prochaine rentrée, si elle souhaitait passer ses ASPIC. Cela l'avait curieusement rassérénée. Les études étaient un domaine dans lequel elle excellait et qui lui permettrait de s'évader mentalement. Maintenant, l'heure était aux retrouvailles avec les Weasley. Plus tard, elle rejoindrait ses parents et leur rendrait la part de mémoire qu'elle leur avait volée, et la vie reprendrait son cours, pour eux, comme avant.

Frigorifiée sur son banc, elle se secoua et se leva pour rentrer. L'introspection avait assez duré pour aujourd'hui. Elle ne dormirait probablement pas très bien, mais elle n'avait aucune envie d'aller voir le directeur dans l'immédiat, surtout pas pour lui demander de l'aider à fermer son esprit.

Elle avait trop peur qu'il y voit son passé. Certains moments en particulier. Qu'il la voit en train d'embrasser Ron ou de réviser ses cours comme une forcenée, et même en train d'accoucher de ses enfants, elle n'en avait rien à faire. Qu'il la voit en train d'effacer des mémoires à tour de bras, ou s'efforçant d'aider un proscrit, c'était une autre histoire. Incapable de faire la part des choses, elle ne pouvait se résoudre à lui demander son aide. A la place, elle pouvait très bien fabriquer une petite potion de Sommeil sans rêve, c'était facile à faire et normalement, elle ne devrait pas devenir dépendante, il lui suffisait de changer un ingrédient. Et si jamais ça ne marchait pas, et bien elle irait voir le professeur Drake.

Alice Drake.

Elle avait eu beaucoup de mal avec elle, au début. Ce n'était pas la faute de la jeune femme, mais elle ne pouvait se résoudre à mettre de côté certaines choses qui la concernait directement, alors qu'elle l'avait souhaité dès le départ.

Au cours de l'année 1999, en mars précisément, Hermione avait été choisie parmi une multitude pour faire partie d'un groupe de sorciers anonymes, chargés de détruire le couple des vampires fanatiques, William et Lucy Drake. Elle avait refusé directement, sans attendre la fin du délai de réflexion. D'une part, elle ne comprenait pas qu'elle ait été choisie, elle, et d'autre part, elle s'estimait trop jeune et refusait de toucher à une autre magie que celle qu'elle connaissait. Un autre prit sa place : Corey Scourgeous, un sorcier plus vieux qu'elle. Elle le croisa une fois au ministère, alors qu'elle était accompagnée d'un des secrétaires du ministre, et elle n'aima pas du tout le personnage. Quelque chose en lui la dérangeait, et pas seulement son faciès sinistre.

Intriguée par l'histoire des Drake, elle tâcha de s'informer autrement que par le biais de la Gazette du Sorcier, et ce qu'elle apprit lui fit froid dans le dos. Ces gens, ces sorciers, avaient sacrifié des vies humaines pour devenir des monstres buveurs de sang. C'était impossible à admettre, pour elle. Quelle magie permettait ce genre de... déviance ? C'était comparable à la manière de créer des horcruxes, l'âme était irrémédiablement détruite. De fil en aiguille, elle apprit l'existence de la guilde des sorciers, nom sous lequel officiait ce groupe obscur dont elle avait failli faire partie. Elle ne trouva pas grand chose sur sa création et resta sur sa faim, car aucun livre n'y faisait référence autrement que par de simples commentaires sans intérêt.

Au cours de ses recherches, elle avait découvert que le nom de famille d'Ethan était cité plusieurs fois. Son père était auror, et son père avant lui, et cela concernait des dizaines de générations. Les racines de sa famille remontaient si loin et plongeaient si profondément dans la magie de la terre, qu'elle en ressentit un immense respect pour son ami, bien plus encore. Il n'en avait jamais parlé. Il faisait l'imbécile constamment et n'évoquait jamais ce précieux héritage. Savait-il, au moins, de qui il descendait ? Était-ce pour cette raison qu'il souhaitait continuer ses études en Roumanie, pour apprendre à chasser et détruire les démons peuplant le monde ? Il obtiendrait ses ASPIC haut la main, il n'aurait que des Optimal, elle n'en doutait pas, et il mettrait son savoir au service d'autrui parce qu'il voulait aider les gens. Il n'avait pu sauver sa fiancée, mais il sauverait les autres.

Avait-il été contacté par le représentant de la guilde, lui aussi ? Elle avait eu pour consigne de ne jamais en parler à personne, elle avait signé un parchemin enchanté qui la contraignait au silence, elle imaginait donc aisément qu'il devait être dans le même cas. Pour elle, il était évident que si elle avait été contacté, il l'avait été aussi.

Il n'avait jamais abordé le sujet de la mort de sa fiancée. Hermione ne la connaissait pas très bien. Lorsqu'elle était en sixième année, ils étaient tous deux en cinquième année, ils appartenaient à la maison Poufsouffle, elle les avait déjà aperçus mais ne s'était jamais intéressée à eux, elle le trouvait un peu trop joli garçon pour être honnête - à son grand tort, d'ailleurs. Mais Aisling Carnahan était un mystère pour elle. Une jeune fille modeste, pas spécialement jolie, assez effacée, mais souriante. Elle était morte dans d'affreuses conditions, certains disaient que c'était un vampire, d'autres un loup-garou, personne n'était d'accord sur la question, mais Ethan ne parlait jamais de sa disparition. A bien y réfléchir, il n'évoquait jamais la jeune fille du tout. Un peu comme si... quelqu'un la lui avait faite oublier.

Il y avait de vastes zones de flou autour des Drake. Cela pouvait s'expliquer. Qu'il y en ait autour d'Ethan, c'était moins évident à appréhender.

La curiosité d'Hermione s'en était trouvée grandement attisée. Cependant, elle n'eut jamais le fin mot de l'histoire, même quand l'affaire Sheller éclata au grand jour, onze ans plus tard. Au ministère, elle eut l'occasion de lire quelques rapports, mais certaines parties étaient caviardées, on n'apercevait que des noms, des actions, mais c'était trop imprécis, elle en était frustrée. Elle aurait aimé aller trouver Malfoy pour lui demander l'autorisation de lire les rapports non censurés, mais elle ne pouvait s'y résoudre. Il était le chef de la division qui employait Ethan, il n'aurait jamais accédé à sa requête parce qu'il n'avait pas le droit et surtout, parce qu'elle lui avait battu froid des années durant, dès son arrivée au ministère, sauf une seule et unique fois.

Une fois de retour dans ses appartements, elle se défit de ses vêtements devant la cheminée et s'assit un moment pour se réchauffer un peu. Quelle brillante idée elle avait eue, de rester comme ça dehors par un froid pareil, aussi. Elle cherchait peut-être inconsciemment à s'anesthésier. A cette idée, elle leva les yeux au ciel et s'allongea sur son petit divan, le sommeil commençant à prendre le dessus. Elle retira ses chaussures en s'aidant uniquement de ses pieds, maintenant trop engourdie pour bouger, et tourna le dos à la cheminée.

Elle rêva, comme toujours depuis des nuits, mais cette fois, elle n'en sortit pas comme d'un cauchemar.

La tente était devenue une maison en bois et son appel silencieux ne se tairait jamais.


Fond sonore :

Within Temptation / Edge of the world