Bonjour à vous !

Voici le troisième chapitre.

J'ai conscience que ce n'est peut-être pas le genre de fics que les gens recherchent, mais je fais comme je le sens :)

Les flashbacks sont toujours signalés par l'italique. J'espère ne pas avoir trop laissé de fautes ^^°

Bonne lecture et merci pour vos reviews.

Nightwyn ~ 17/09/2016.


Journal de terrain d'Hermione Granger, 23 novembre 2013, minuit passé.

"Ah, Merlin... Si Ethan n'avait pas été là, j'aurais transplané.

Aujourd'hui, nous sommes allés à Pré-au-Lard avec les élèves. Teddy et Victoire étaient là. Ils sont inséparables. Ils sont amoureux. Ça crève les yeux. C'est beau. J'ai eu envie de les prendre dans mes bras et de leur dire combien ma famille me manque, mais...

J'ai vraiment eu un gros coup de blues tout à l'heure. Il y a quelque chose de profondément enfoui en moi. Ce n'est pas juste cette difficulté à oublier. Regardons la vérité en face : je ne peux pas oublier.

Il m'a pervertie. J'ai détruit ma vie et celles d'autres gens, soyons francs, parce qu'il m'a pervertie. Bellatrix Lestrange m'a pervertie. Ils ont sali mon âme dans la forêt, au manoir, sous ce pont. Si j'avais eu le pouvoir de remonter le temps encore une fois, je serais allée trouver Tom Riddle dans son orphelinat et je l'aurais tué. Harry et ses parents seraient en vie, et moi... je serais saine d'esprit."

Bousculant les traditions, Hermione était assise en tailleur sur son divan, devant la cheminée. Le journal posé sur sa cuisse, elle avait arrêté d'écrire et s'était mise à tracer machinalement de petites spirales sous l'entrée du jour. Puis elle se mit à faire des huit, un bonhomme de neige bancal, puis un papillon.

Si elle était un papillon, elle se serait laissée brûler par le feu, hypnotisée par sa lumière. Elle était un papillon.

Elle se pencha pour reposer sa plume dans l'encrier posé par terre, puis ferma son journal. Elle prit sa tasse de thé et but une gorgée ; comme il était froid, elle fit la grimace. D'une pensée, elle lança un léger sort qui le réchauffa aussitôt. Prenant la tasse dans ses mains en coupe, elle s'appuya lourdement contre le dossier du divan et plongea son regard dans les flammes qui dansaient dans la cheminée.

Le matin, elle était allée voir Severus Snape pour lui demander de lui apprendre comment fermer son esprit aux rêves. La potion de Sommeil Tranquille ne faisait plus effet. Elle rêvait de plus en plus, et c'était de plus en plus précis. C'était comme vivre à nouveau des évènements au lieu de les rêver.

Il avait refusé. Elle en était restée muette de stupeur. Elle avait formulé sa requête et lui, sans se départir de son détachement froid, il avait refusé. Il n'y avait même pas mis les formes.

"C'est hors de question, Granger."

Comme au bon vieux temps. Elle s'était presque attendue à ce qu'il retire cinq points à Gryffondor pour son insolence.

Toutefois, il lui avait conseillé d'aller voir le professeur Drake, elle était occlumens, elle aussi, et elle serait certainement mieux placée que lui pour lui apprendre son art.

Glacée, se demandant pourquoi ce refus si c'était pour l'envoyer voir un autre occlumens, Hermione l'avait remercié du bout des lèvres et était repartie en salle des professeurs. Elle devait voir avec Neville quelle serait l'équipe d'encadrement pour la sortie à Pré-au-Lard de l'après-midi. Il lui annonça que ce serait elle, lui, Ethan, le professeur Hawthorne et Alice Drake. Quelle aubaine.

Ainsi fut fait, et sur le chemin, elle demanda à Alice s'il était possible qu'elles discutent un peu, au calme. La jeune femme avait accepté avec chaleur. Elle était d'un naturel enjoué assez communicatif, et bien que Hermione ait toujours du mal à faire abstraction de son ascendance, elle se laissait toucher par sa bonne humeur dès qu'elles parlaient ensemble, même si ce n'était que de cours.

Alors que les élèves étaient à l'auberge des Trois Balais ou en train de faire les magasins, elles se rendirent chez madame Puddifoot, où elles seraient plus tranquilles, et tant pis si c'était le point de rendez-vous de tous les couples et que la décoration faisait peur.

Hermione avait toujours aimé le village sorcier. Elle le connaissait par cœur.

Un peu plus haut, il y avait la Cabane Hurlante. Un peu plus haut, il y avait des souvenirs de toutes sortes. Il y avait Harry découvrant que son parrain était innocent, il y avait la mort de Severus Snape orchestrée par Voldemort, il y avait Hermione sauvant la vie de Severus Snape, et il y avait Hermione décidant de disparaitre avec un rafleur.

Justement, à ce propos...

Alice et Hermione étaient assises face à face à une table un peu en retrait, buvant toutes les deux un thé. De temps en temps, elles recevaient une pluie rose et blanche de confetti en forme de coeur, et ça les faisait pouffer comme deux gamines qui chuchotent sur leur dernier crush.

"Je vais vous paraitre directe, mais j'ai besoin de vos talents d'occlumens," annonça Hermione comme ça.

Alice parut surprise.

"- Comment savez-vous que je suis occlumens ? dit-elle sans animosité.

- Le directeur me l'a dit, je suis allée le voir en premier lieu, il est le seul que je connais, répondit Hermione.

- Oh, bien sûr."

Sa façon de répondre intrigua Hermione, mais elle n'en fit pas cas sur l'instant. La jeune femme paraissait déçue mais peut-être se faisait-elle des idées.

"Permettez-moi de vous expliquer pourquoi," reprit Hermione, histoire de changer de sujet.

Alice hocha la tête et Hermione lui expliqua simplement qu'elle voulait bloquer ses rêves.

"- Apprendre à cloisonner son esprit prend du temps, professeur Granger, il...

- Hermione."

Alice afficha tour à tour une expression tellement surprise et ravie que la dite Hermione ne put s'empêcher de sourire. C'était peut-être ce dont elle avait besoin pour définitivement mettre de côté l'affaire Drake, et le fait qu'elle aurait pu faire partie du groupe qui les avait détruits. La jeune femme n'y était pour rien, elle n'était pas responsable de ce qu'avaient fait ses parents.

"- Quoi ? s'étonna Hermione malgré tout.

- Vous êtes une héroïne, pour moi, vous avoir en tant que collègue est déjà énorme, alors vous appeler par votre prénom, imaginez !

- Je ne suis pas une héroïne."

Elle avait prononcé ces mots comme on jette une pierre dans le but de faire mal. Elle s'en voulut aussitôt mais elle n'avait pu se retenir. Elle n'était vraiment pas une héroïne. Loin de là.

Malheureusement, Alice n'en savait rien. D'ailleurs, sa mine déconfite la mettait très mal à l'aise, maintenant.

"- Excusez-moi, je ne voulais pas vous paraitre brusque, dit-elle précipitamment, tout en repêchant quelques confetti dans son thé.

- Ce n'est pas grave, j'ai l'habitude."

Hermione ne comprit pas l'allusion, puisqu'elle ignorait tout de la vie privée d'Alice, mais comme son interlocutrice ne paraissait pas lui en vouloir outre mesure, elle reprit le fil initial de la conversation.

Alice accepta de l'aider. Elle lui proposa de venir dans ses appartements le soir même, après le diner. Elle ne lui garantissait pas le succès de ces cours particuliers, mais elle essaierait de faire de son mieux.

Elles se quittèrent sur une note de bonne humeur. Alice partit rejoindre son groupe, qu'elle surveillait avec Neville, et Hermione se dirigea tout naturellement vers la Cabane Hurlante, peu encline à se mêler aux autres pour le moment.

Il s'était mis à neiger depuis longtemps lorsque Ethan la trouva, plantée près de la clôture, les bras croisés contre elle comme si elle cherchait à contenir quelque chose qui cherchait désespérément à sortir d'elle. Elle l'entendit venir vers elle, aussi tourna-t-elle vers lui un visage désemparé, et ses yeux étaient baignés de larmes qu'elle essayait de ravaler. Soulagée que ce soit lui, elle poussa un soupir tremblant.

"- Qu'est-ce qu'il y a dans cette baraque, pour que tu te mettes dans un tel état dès qu'on est à côté ? commença-t-il en s'arrêtant près d'elle.

- De quoi parles-tu ?

- Ce n'est pas notre première sortie à Pré-au-Lard, Hermione, tu crois que personne ne fait attention, mais moi, je vois bien qu'il y a un truc."

Elle fronça les sourcils et sa bouche se pinça. Elle était contrariée.

"Il n'y a rien," fit-elle après avoir pris une grande inspiration.

Histoire de bien appuyer sur le fait qu'il n'y avait rien, une larme s'échappa et coula sur sa joue, pour se perdre dans l'écharpe en laine de Ginny.

Ce fut au tour d'Ethan de froncer les sourcils.

"Oui, clairement, il n'y a rien, dit-il en enfonçant les mains dans ses poches. T'es là à pleurer devant cette vieille bicoque, mais il n'y a rien. Comme quand on était en cours ensemble, on venait ici et tu disparaissais des heures entières. C'était pour rien, là aussi ?"

Hermione lui tourna le dos et s'éloigna. Elle ne voulait pas en discuter avec lui. Elle ne voulait pas qu'il sache. Qu'il se mette à la trouver répugnante. Elle voulait qu'il continue à la considérer comme son amie. Elle refusait de le perdre.

Il la rattrapa en quelques pas, la saisit par le bras et l'obligea à lui faire face.

"Mais pourquoi tu t'enfuis ? Je ne suis pas ton ennemi."

Il était triste. Elle le voyait dans son regard. Il voulait juste comprendre, il souhaitait simplement l'aider. Il n'y avait pas que dans l'occlumencie qu'elle trouverait du soutien, elle devait se reposer sur quelqu'un.

"Quand nous étions élèves et que nous descendions en ville, je transplanais loin d'ici..."

Elle avait parlé doucement et fixait le bout des chaussures de son ami, incapable de le regarder en face. Elle avait l'impression d'être bouillante de honte. Elle se sentait comme dans la peau d'une adolescente empotée qui n'ose rien dire.

"Tu allais voir Ron ?"

Elle releva la tête, surprise. Effectivement, elle aurait très bien pu aller voir Ron.

"Non."

Ethan arqua les sourcils. S'il n'avait pas arrêté de fumer à la rentrée, il aurait bien volontiers grillé une petite cigarette, là.

"Je n'allais pas voir Ron. C'était... quelqu'un d'autre."

Deux petites cigarettes ?

"- Je ne te dirai pas qui, Ethan. Je ne peux pas te le dire.

- Pourquoi ?"

Elle soupira profondément et fit mine d'ajuster sa grosse écharpe autour de son cou.

"Je ne veux pas que tu me tournes le dos..."

Ethan la prit alors dans ses bras et la serra si fort qu'elle en perdit le souffle. Lorsqu'il se mit à se balancer de droite et de gauche, il la fit rire et lui redonna un peu de courage. Elle était sûre que malgré ses craintes, il ne la laisserait jamais tomber. Il n'était pas comme elle. Il ne laissait pas tomber les gens auxquels il tenait.

"Si tu n'étais pas arrivé, j'y serais allée, tu sais..."

Il hocha la tête au dessus de la sienne mais ne dit rien.

"Je ne sais pas ce que j'aurais trouvé, mais..."

Avant qu'elle ne continue à parler, il desserra son étreinte et glissa son bras sous le sien, l'entrainant vers le village pour chercher un endroit chaud où s'asseoir.

Curieusement émue, elle se rappela leur septième année, encore. Il ne manquait que Draco pour que ce soit parfait. Elle sourit. Parfait et Draco dans la même phrase, impensable. Elle n'aurait jamais admis une chose pareille, avant. Elle l'avait détesté. Ce n'était qu'un petit fils à papa pleurnichard qui se faisait les griffes sur ce qu'il estimait avoir moins de valeur que lui, à savoir tout et tous. C'était quelqu'un de méprisable. Mais il avait changé. Elle avait changé. Sa façon de voir les choses aussi. Draco était une personne difficile à cerner pour qui ne faisait que le survoler, mais elle, comme Ethan, le connaissait bien. Là, elle aurait apprécié qu'il soit là, comme quand ils étaient encore élèves, ils seraient tous les trois allés boire une Bièraubeurre et ils auraient passé des heures à rigoler et à tracer des plans sur la comète.

"- Draco me manque, dit-elle alors qu'ils arrivaient près des Trois Balais.

- Ben voyons, se moqua Ethan en poussant la porte.

- Et voilà, il se moque.

- Tu vas encore essayer de me tirer les vers du nez, oui !"

Elle s'esclaffa et l'entraina vers le fond de l'auberge, non loin de leur groupe d'élèves, dans lequel se fondait le couple formé par Teddy et Victoire. Elle leur tourna le dos en s'asseyant, incapable de les regarder en face. Sa bonne humeur s'était envolée à leur vue, mais lorsque Ethan revint avec deux chopes, elle remit son sourire en marche.

Il s'assit en face d'elle après avoir posé les chopes entre eux, et prit tout simplement ses mains dans les siennes.

"- Oh, comme ça tu peux être sûr que personne ne croira que tu as un faible pour ton meilleur ami, tiens," le taquina Hermione.

Ethan laissa tomber lourdement sa tête sur son avant-bras, accablé. Elle ne le laisserait pas en paix avec ses suppositions, n'est-ce pas ?

"Tu vas briser le cœur de tout ton fan-club, aussi."

Il la regarda de biais, puis se redressa.

"Ce serait un problème, si c'était le cas ? Pas pour mon fan-club, hein."

Hermione haussa les épaules.

"- Bien sûr que non, répondit-elle. Tu le sais bien.

- Alors passons à autre chose, s'il te plait.

- Pardonne-moi, je ne voulais pas te blesser.

- Je ne suis pas... blessé. Je n'ai pas envie de parler de ça pour le moment. Ces quatre dernières années ont été un peu compliquées, pour moi, et franchement...

- Ça va, j'ai compris, plus de sous-entendus douteux."

Le reste de l'après-midi se passa dans la bonne humeur, ils discutèrent de tout autre chose que ce qui les minait. Ethan ne revint pas sur le sujet de la Cabane Hurlante et Hermione ne mentionna plus Draco. Son ami le fit pour elle, mais uniquement pour lui proposer de peut-être passer les vacances de Noël ensemble, si elle le souhaitait, histoire de se changer les idées, ce à quoi elle répondit que ce serait vraiment formidable, si elle n'était pas de garde pendant les vacances, et lui non plus, d'ailleurs.

Ils rentrèrent à l'école bras dessus, bras dessous, Neville accroché avec eux et Alice à peine derrière. L'aimable Violette Hawthorne leur avait même dit qu'elle était contente d'avoir passé du temps avec toute cette jeunesse, étant donné qu'elle seule était restée avec son groupe d'élèves. La remarque n'était pas du tout méchante, mais ils s'excusèrent tous pendant des heures.

Leur retour résonnant de rires se fit remarquer.

Hermione ne regrettait pas l'absence de Filch. Aversa n'avait rien à voir avec lui, de toute façon, elle n'était pas là pour faire la police. L'ambiance était vraiment différente. Les élèves un peu plus libres. Le directeur n'était certes pas le plus joyeux du monde, mais il était juste, tant qu'on respectait le règlement de l'école, il n'émettait aucune remarque désobligeante et les punitions ne fusaient plus comme à l'époque où Hermione était élève. Il avait l'air d'en avoir enfin fini avec les brimades sur les élèves, et c'était une très bonne chose.

Le repas se passa dans la bonne humeur, puis vint l'heure où Alice devait retrouver Hermione chez elle.

Histoire d'entrer dans le vif du sujet, Alice lui expliqua qu'il y avait des risques d'échec, le premier soir, elle-même avait mis un an à apprendre en Italie, et elle avait été formée tous les jours par un maitre en la matière. Elle se considérait comme novice, elle savait fermer son propre esprit mais n'était pas certaine de pouvoir apprendre à quelqu'un d'autre. Hermione lui répondit qu'elle souhaitait simplement ne plus rêver, quitte à ne plus jamais pouvoir le faire, et que cela prendrait le temps qu'il faudrait pour qu'elle y parvienne.

Tout en grommelant de vagues choses peu sympathiques à l'encontre du seul qui maitrisait vraiment l'art de l'occlumencie ici, Alice invita son hôtesse à prendre sa baguette et à s'asseoir par terre devant la cheminée, puis en fit de même.

"Je vais essayer d'entrer, repoussez-moi du mieux que vous pouvez. Lorsque vous aurez réussi à me repousser, nous essaierons de poser les barrières dont vous avez besoin. C'est d'accord ?"

Hermione acquiesça en silence.

Alice tendit sa baguette vers elle, avec une légère appréhension. La seule fois où elle était entrée dans l'esprit de quelqu'un, on l'y avait invitée. Cette fois, c'était différent, et elle ignorait si sa façon de faire était la bonne. Encore une fois, elle eut une pensée noire envers son amant. Elle ferma les yeux et expira doucement, pour le chasser de son esprit.

"Legilimens !"

En face, Hermione répondit en lançant un "Protego", sûre d'elle.

Ce fut pour se retrouver devant la tente.

Elle ne savait pas pourquoi elle avait décidé de revenir, alors que les autres étaient à Pré-au-Lard.

Elle avait menti à Ethan en prétextant qu'elle avait une tonne de devoirs et qu'elle voulait surtout bûcher le dernier cours de potions.

Une conversation avec Ginny à propos des méfaits de ses jumeaux de frères lui avait rappelé quelque chose de très important, de très intéressant. Elle les avait remerciés intérieurement, ainsi que Harry, qui s'était énormément confié à Ron et elle.

Elle se glissa hors de la maison Gryffondor et atteignit la statue de la sorcière borgne, devant laquelle elle prononça le mot qui permettait de l'ouvrir, puis s'engouffra dans le tunnel, marchant aussi vite qu'elle pouvait, puis sortit aussi discrètement que possible de la boutique et s'éloigna du village pour transplaner en toute sécurité.

La rentrée avait eu lieu quelques semaines avant. Elle n'était pas revenue de tout l'été. Elle ne savait pas du tout ce qu'elle allait trouver. Est-ce qu'il s'était enfui, comme il l'avait annoncé en mai dernier, jetant son plan de vengeance au feu ?

Elle fit quelques pas, incertaine. D'un rapide coup d'œil, elle s'aperçut que la tente était en bon état et ne semblait pas du tout à l'abandon. Tremblante, elle commença à en faire le tour.

Beaucoup de temps s'était écoulé depuis la dernière fois. Elle ignorait tout de la réaction qu'elle aurait, une fois face à lui. Elle avait passé plus de trois mois dans sa famille, entre ses parents et les Weasley, sa vie avait repris un cours normal, si l'on pouvait dire, elle avait plus ou moins repris goût à la vie grâce à ses proches.

Les premiers jours avaient été les plus difficiles, empreints de beaucoup de tristesse ; ils avaient enterré Percy, les Lupin, puis Harry près de ses parents, à Godric's Hollow. Ce jours-là, même Severus Snape était présent, amaigri, le regard éteint, drapé dans un lourd silence. Il paraissait plus terne qu'à l'accoutumée, il devait avoir du mal à se remettre de son empoisonnement, c'était d'ailleurs surprenant qu'il soit là, voire inconscient. A la fin de la cérémonie, Hermione avait lancé un sort connu d'elle seule, et depuis, une flamme brûlait sur la tombe de son meilleur ami tombé au combat. Ce jour-là, elle était rentrée chez les Weasley et avait passé la nuit avec Ron. Leur première nuit.

Maintenant, elle marchait sous la pluie fine et elle se demandait vraiment ce qu'elle faisait là. Jour après jour, à force de passer du temps avec d'autres gens, à force de ne plus penser aux jours noirs de la deuxième guerre des sorciers, elle avait laissé sa haine s'effilocher. Elle s'en voulait. Elle s'en voulait même terriblement. Elle avait l'impression d'avoir oublié pourquoi elle s'était abaissée à sauver la vie d'un meurtrier, elle avait l'impression de trahir la mémoire de Harry et des autres victimes de cette guerre stupide. Elle se trahissait elle-même.

Une branche craqua sous le pas de quelqu'un, derrière elle, en contrebas.

Elle se retourna lentement et se retrouva face à lui, qui remontait du ruisseau, une pile de ce qui semblait être des vêtements sous le bras. Elle remarqua qu'il boitait toujours. Elle remarqua aussi qu'elle était complètement figée.

Comme s'il le sentait, il s'arrêta à quelques mètres d'elle. Il paraissait surpris. Et par la capuche de Mélusine, il avait toujours son écharpe autour du cou, passée de cette même façon désinvolte que le jour où sa bande les avait attrapés.

"Voyez-vous ça," fit-il en guise d'introduction.

Le ton était neutre, mais son regard parlait pour lui. De surpris, il était passé à acéré.

Elle sentit un frisson glacé descendre le long de sa colonne vertébrale. Elle fit un geste pour prendre sa baguette, qu'elle avait coincée sous sa ceinture, dans son dos, puis laissa retomber sa main au moment où il reprit son avancée vers elle.

Il passa à côté d'elle sans la regarder et entra dans la tente, par une ouverture qu'elle ne lui connaissait pas. Elle ferma les yeux et ne bougea pas. Elle n'osait pas.

"Tu comptes rester plantée dehors longtemps ?" l'entendit-elle dire de l'intérieur.

Cette fois, elle prit sa baguette, puis elle entra.

Dans un coin, il avait mis ses vêtements à sécher sur une corde fine tendue entre deux montants de la tente. Sur le dossier d'une chaise, sa veste en cuir, sur laquelle elle eut envie de laisser courir ses doigts. Sur la table, le livre moldu qu'elle avait laissé, posé près d'une pile de livres qu'elle ne connaissait pas, des journaux moldus et sorciers et un nécessaire à potions assez chiche.

Elle se demanda s'il avait volé tout ça. Il n'avait rien, quand elle était partie, c'était donc fort probable.

"Il me semblait que tu avais prévu de déserter," dit-elle enfin, brisant un silence à couper au couteau.

Il ricana derrière elle.

Elle lui fit de nouveau face. Il s'était assis en haut des trois marches menant à ce qui avait été sa chambre, lors de la chasse aux horcruxes. L'avait-il fait exprès ? L'avait-il sentie, comme dans la forêt, lorsqu'elle était cachée par le sortilège, juste sous son nez ?

A cause de sa façon de se tenir, elle comprit que sa jambe droite n'avait pas guéri correctement. C'était donc pour cela qu'il boitait encore. Il garderait probablement des séquelles de sa chute. Oh et puis, elle s'en fichait pas mal, hein.

"- J'ai déserté, comme tu dis, dit-il en glissant une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Et pourquoi tu es encore là, alors ?"

Elle avait posé la question de cette manière précieuse et hautaine signifiant "vous voyez bien que j'ai raison" qui irritait tant Draco, tout en croisant les bras sur sa poitrine et en relevant fièrement le menton, un pied en avant, défiant ouvertement son interlocuteur.

La réaction en face la déstabilisa un peu.

Il s'était mis à rire, cachant le bas de son visage derrière sa main, sans la quitter des yeux.

"- T'es impayable, tu le sais, ça ?

- Ça ne répond pas à ma question."

Le rire se tut dans un soupir.

Le rafleur était amusé. La gamine qui se tenait devant lui n'avait plus grand chose à voir avec la fille assoiffée de vengeance qui lui aurait volontiers arraché les yeux, quelques mois plus tôt. Il n'oubliait pas avec quel plaisir elle l'avait laissé hurler sa douleur sur son lit, ni comment elle l'avait abandonné à son triste sort, sans aucune ressource, au milieu de nulle part. Où était passée cette version diabolique de la fille ?

"Non, ça n'y répond pas, Penelope Clearwater, sang-mêlée."

Elle fronça les sourcils. Pourquoi ressortait-il ça maintenant ?

"Ce n'est pas mon nom, et tu le sais très bien," fit-elle sèchement.

Elle n'aima pas son sourire en coin.

"- C'est la première chose que tu m'as balancée à la gueule quand on vous a chopés, tes copains et toi.

- Et alors ?

- Ça t'a pas sauvée, de mentir.

- Ah oui ? Et qui est obligé de se planquer dans une tente en plein milieu de la forêt ? Moi, peut-être ?"

Il se leva, une ombre dans le regard.

Hermione affirma la prise sur sa baguette.

"Tu imagines que je suis incapable de te faire du mal ? Sérieux, Hermione Granger, sang-de-bourbe ? Tu m'as volé ma baguette et tu t'en es servi contre moi, maintenant tu reviens te pavaner avec devant moi et tu penses que je vais te remercier, parce que tu m'as empêché de crever ?"

Il avait fait quelques pas.

Hermione tendit le bras dans sa direction.

"Je ne suis pas un agneau, si j'ai envie de te faire du mal, je le ferai."

Elle le savait.

Elle redressa encore plus le menton.

"Et si j'ai envie de me servir de nouveau de ta baguette contre toi, je le ferai," répliqua-t-elle froidement.

L'autre en face se pencha alors dans une légère révérence, une main dans le dos et l'autre sur le cœur, comme s'il l'invitait à mettre ses paroles en pratique.

Il se moquait d'elle ouvertement, en plus.

"Pourquoi tu es encore là ?" répéta-t-elle avant qu'il ne se lance dans un nouveau numéro de charme à la Cormac McLaggen.

Il alla s'asseoir sur le banc de l'autre côté de la table, en face d'elle. Comme elle avait pivoté pour pouvoir le garder dans son champ de vision, il tapota simplement la pile de Gazette du Sorcier du bout du doigt pour les lui montrer. Curieuse, elle se pencha dessus et attrapa le premier.

Elle se mit à parcourir les pages jusqu'à tomber sur ce qui l'intéressait. Elle comprit. Sur la troisième page s'étalaient les photos de tous les rafleurs, morts ou vifs, dont lui. La gestuelle sur la photo animée collait tellement au personnage qu'elle ne put retenir un éclat de rire. Quel vantard, vraiment.

Toutefois, et de façon nettement moins drôle, une légende en lettres capitales s'affichait sous les photos : TOUTE PERSONNE AYANT VU CES FUGITIFS EST PRIÉE DE BIEN VOULOIR LE SIGNALER. TOUTE PERSONNE CACHANT UN OU PLUSIEURS DE CES FUGITIFS EST PRIÉE DE LE SIGNALER (FAMILLE COMPRISE). TOUTE PERSONNE...

Elle n'alla pas plus loin dans sa lecture. D'un coup, c'était comme si ses veines charriaient une eau glacée. Elle sentit ses jambes se mettre à trembler et elle dut s'asseoir.

"Tu fais moins la maligne, hein ?"

Elle lui balança un regard meurtrier. Il y répondit en souriant.

"J'espère pour toi que personne ne sait ce que tu as fait..."

Elle pensa répliquer, mais elle n'en fit rien. Mentalement, elle se répétait que personne ne savait. Et si quelqu'un savait... Par les rouflaquettes de Merlin, elle était fichue.

"Vois-tu, comme tu l'as dit, j'ai déserté, continua-t-il en lui prenant le journal des mains. Je suis sorti des limites de protection que tu as si brillamment dressées tout autour de mon nouveau chez-moi, et j'ai transplané chez mes parents."

Comme elle eut un mouvement de surprise, il se tut. Elle devait s'imaginer qu'il sortait de nulle part, ou d'un trou sombre et crasseux dans la terre qui l'aurait mis au monde un beau matin, sûrement.

"Ça te choque qu'un réprouvé comme moi ait des parents, ou quoi ?"

Elle secoua la tête. Il se méprenait.

"Non, ce n'est pas ça, dit-elle sans une once d'agressivité. C'est pour qu'ils n'aient pas de problèmes que tu es revenu ici."

Elle se reprit aussitôt. Elle n'allait tout de même pas le plaindre ! Il avait lui-même choisi sa voie, non ? C'était normal qu'il continue à laisser ses parents tranquilles.

"En fait... fit-il avec légèreté, ses sourcils si arqués qu'il lui donnait l'impression d'avoir du mal à trouver ses mots. En fait, c'est plus parce que mon père a menacé de me casser la gueule avant de me dénoncer."

Voilà qui lui seyait mieux. Elle se sentit ridicule, à lui prêter des intentions qu'il n'avait manifestement pas. De plus, elle lui montrait de l'intérêt en l'écoutant. Elle n'était pas là pour jouer les confidentes. Et puis, puisqu'il paraissait aller si bien, elle pouvait très bien le saucissonner et le livrer au ministère, maintenant. C'était pour ça qu'elle l'avait sorti des décombres du pont. Elle rangea la baguette dans son dos. N'importe quoi, Hermione, vraiment. Continue comme ça.

"- Je suis peut-être une racaille, mais me battre contre mon père devant ma mère... C'est pas mon truc.

- Rien de bien glorieux, non... Tout à fait dans le personnage, lâcha Hermione innocemment, tout en prenant un autre journal.

- T'as déjà transplané en étant blessée, poupée ?"

Elle leva les yeux vers lui un instant, et reprit sa lecture - il était question des derniers Mangemorts encore vivants emprisonnés à Azkaban et de la volonté du ministère d'y maintenir les détraqueurs, malgré les demandes successives de Dumbledore au sujet de leur mise en veille. Elle ne s'était pas vraiment occupée des actualités durant l'été, elle s'était volontairement éloignée de tout ça.

"- Non, répondit-elle. C'est très déconseillé.

- T'as tout compris. Soit je me fritais avec mon père, soit je me fritais avec les autorités sorcières... Je n'allais pas gâcher toute cette belle énergie dépensée à me rafistoler dans un combat... inégal."

Elle haussa les épaules, ça lui était égal.

"Ça t'aurait plu, j'ai bien morflé à l'aller comme au retour."

L'ironie gouttait grossièrement de ses paroles et cette fois, la jeune fille rougit jusqu'aux oreilles.

"Tu es donc revenu te terrer ici en attendant que ça passe."

Hermione s'était appuyée au dossier de la chaise. L'odeur particulière du cuir de la veste du rafleur flottait autour d'elle. Elle s'y abandonna sans résister. Elle ne releva pas l'allusion faite directement sur sa façon de le rafistoler, comme il avait dit. Elle sentait son regard sur elle, alors elle se força à faire comme si elle ne l'avait pas remarqué, continuant à lire cet article stupide sur un sorcier stupide qui venait d'inventer une sorte de machine stupide à détecter les taupes.

"Que je revienne ici pour me terrer, normal, mais toi, tu fous quoi ici, exactement ?"

Elle était revenue sur une page qui diffusait encore l'avis de recherche des rafleurs, et trois photos étaient barrées d'une croix noire, dont celle de Fenrir Greyback. Elle aurait adoré pouvoir pousser un cri de joie. A la place, elle se mit à contempler la photo de son prisonnier qui relevait la tête fièrement, alors que la même sempiternelle mèche de cheveux retombait devant son visage, en continu. Elle s'aperçut qu'elle découvrait son nom. Elle ne l'avait jamais entendu, elle ne le lui avait jamais demandé, elle n'en avait rien eu à faire. Du bout des doigts, elle l'effleura. Ça ne lui allait pas du tout. C'était presque trop... noble.

"Ne va pas t'imaginer je ne sais quoi, dit-elle sur un ton léger. Je suis venue vérifier dans quel état tu étais, c'est tout."

Elle se tira de sa contemplation en l'entendant bouger. Il s'était accoudé et appuyait lourdement sa joue contre son poing. Il avait allongé son autre bras dans sa direction et sa main reposait à plat sur la table, près de la sienne, qu'elle laissa en place.

"- Tu crois vraiment que tu vas pouvoir me livrer ?

- Oui.

- Tu ne peux pas m'empêcher de partir d'ici.

- Tu irais où ?

- Je..."

Il se tut. Fronça les sourcils. Esquissa une petite moue. Où aller, il n'en savait strictement rien.

"Chez les Malfoy."

Hermione imita son sourire en coin moqueur à la perfection. Elle tapota du doigt la pile de journaux, comme lui plus tôt.

"Tu l'as lu là-dedans, Lucius Malfoy est mort, Tom Riddle est mort, Bellatrix Black est morte, même ton grand copain Greyback est mort."

Prononcer le nom de sa tortionnaire et de celui qui voulait clairement en faire son casse-croûte lui fut difficile. Sa voix trembla. Il l'avait forcément perçu, mais il n'en fit pas cas.

"- Tu es agaçante, Hermione Granger, sang-de...

- Appelle-moi encore une fois comme ça et je te jure que tu le regretteras."

Il laissa tomber sa tête sur son bras étendu, pris d'un début de fou rire. Lorsqu'il la releva, des larmes perlant au coin des yeux, Hermione se tenait debout devant lui, de l'autre côté de la table, visiblement très en colère.

"- T'en es pas capable, dit-il avec évidence. Tu t'es toute radoucie, t'as plus une miette de haine en toi.

- Essaie, pour voir ?"

Elle le provoquait. Elle devait être devenue folle. Ou alors... Était-elle en train de se tester ? Était-ce pour ça, qu'elle était là ?

Elle le suivit du regard alors qu'il contournait lentement la table pour venir près d'elle, se plantant à quelques centimètres à peine. Il leva la main et saisit délicatement une grosse mèche de ses cheveux bruns entre ses doigts, pour la flairer, les yeux fermés.

Exactement la même scène que dans les bois, les mots en moins, les entraves en moins, son odeur sauvage en moins.

Elle ne pouvait plus bouger. Son cœur battait trop fort, trop vite. Sa respiration s'était accélérée. Ses sens aiguisés devaient le percevoir, elle était un livre ouvert devant lui.

D'un coup, il ouvrit les yeux et les planta droit dans les siens, comme lorsqu'elle était cachée derrière la barrière de protection et qu'elle était seule à pouvoir le voir.

"Sang-de-bourbe."

Hermione se dégagea d'un coup et recula d'un pas.

"Endoloris !"

Le sort avait à peine claqué dans l'air que le rafleur se retrouvait par terre, pris de spasmes, des cris s'échappant de lui.

Hermione savait que ce sort impardonnable ne pouvait fonctionner que si le lanceur voulait vraiment la souffrance de l'autre. A le voir ainsi se tordre de douleur à ses pieds, elle ne doutait plus de sa capacité à le briser, si elle le voulait. Elle ne s'était pas radoucie, non. Elle s'était reposée.

Le journal qu'elle lisait serré dans sa main libre, elle regardait son prisonnier recroquevillé sur lui-même, qui luttait pour retrouver son souffle, prête à lancer le sort encore une fois si jamais il osait dire ne serait-ce qu'un mot de travers. Elle éprouvait quelque chose d'indéfinissable. Elle avait envie de pleurer et se sentait fière d'elle. Elle était persuadée d'avoir agi sur un coup de tête, en mai dernier, mais non, elle venait de prouver qu'elle était déterminée à mener son plan à bien. S'il la provoquait encore, elle le punirait encore.

"C'est Hermione, sale rat, Hermione Granger, née-moldue, retiens-le bien, lâcha-t-elle entre ses dents. Ton complexe de supériorité du sang, tu peux te le mettre où je pense. Si tu recommences à m'appeler comme tu l'as fait, tu baigneras dans ton fichu sang pur."

Elle posa un genou à terre et se pencha sur lui, repoussant du bout de la baguette une mèche de cheveux qui retombait sur son visage, où la sueur avait fait poindre de grosses gouttes. Il bougea à peine la tête mais son regard était rivé au sien.

"C'est compris ?"

Au lieu de lui répondre, il leva la main et attrapa celle qui tenait la baguette, pressant les doigts d'Hermione dans les siens.

"T'as oublié ce que je t'ai dit, tout à l'heure ? dit-il, la voix brisée. Si j'ai envie de te faire du mal, je le ferai."

Elle tira en arrière pour se dégager mais il tint bon. Il s'était redressé et dans le mouvement, la baguette pointait vers lui.

Il était donc stupide à ce point ? Elle sauta sur l'occasion.

"Endoloris !" cria-t-elle en se levant dès qu'il l'eut lâchée.

Elle le laissa essoufflé sur le sol, blême.

"Je suis la sorcière la plus brillante de ma génération ! s'exclama-t-elle, les larmes aux yeux. Si tu ne réfléchis pas, moi, oui !"

Elle fit volte-face, quitta la tente et s'éloigna sous la pluie battante afin de passer les barrières. Une fois là, elle transplana non loin de chez Honeydukes. Lorsqu'elle mit le nez dehors au niveau de la statue de la sorcière borgne, elle se retrouva nez à nez avec Draco. Elle fit comme si elle ne l'avait pas vu et passa à côté de lui d'un pas vif. Elle ne voulait plus qu'une chose, et c'était rejoindre sa chambre et s'y enfermer jusqu'à l'année prochaine pour pleurer tout ce qu'elle voulait.

Draco se lança à sa poursuite et, la rattrapant facilement, tendit la main pour lui prendre le bras, dans le but de lui demander d'où elle venait et pourquoi elle était dans cet état. Elle se retourna vivement, prête à mordre, le visage exprimant toute la colère qu'elle contenait.

"Ne me touche pas, putain de sang-pur !" lui cria-t-elle au visage.

Sous le coup de la surprise, il la lâcha. Hermione se rendit compte de ce qu'elle venait de dire, mais ne le reprit pas. Elle repartit, en larmes, éperdue.

Elle ne sut pas si c'était elle ou Alice qui avait choisi d'interrompre l'introspection. Quoi qu'il en soit, elle était maintenant en train de pleurer à chaudes larmes, le souffle court, la tête dans le creux de l'épaule de l'occlumens qui venait de tout vivre avec elle.

"Je suis désolée..." ne cessait de répéter Hermione, incapable de savoir quoi dire d'autre, incapable d'arrêter ses pleurs.

Elle avait échoué, cette première leçon était un fiasco total. Elle n'avait même pas cherché à lutter, elle n'avait pas pu repousser l'intrusion. Et pire : Alice savait, maintenant.

Celle-ci referma son autre bras autour de ses épaules secouées de sanglots et lui murmura simplement que ce n'était pas grave, qu'elle comprenait et qu'elle pouvait lui faire confiance. Elles recommenceraient une autre fois, si elle le souhaitait.

Hermione ne répondit pas, elle bougea un peu la tête pour signifier qu'elle avait entendu, mais ce fut tout.

Lorsque l'occlumens quitta ses appartements, Hermione resta un long moment à essayer de reprendre ses esprits, assise par terre en face de la cheminée, les bras entourant ses genoux, les cheveux retombant devant ses yeux. Elle avait mal à la tête. Elle était complètement embrouillée. Avoir eu recours à cette tentative d'occlumencie était une erreur. Se replonger de la sorte dans les souvenirs était une erreur.

Elle jeta un coup d'œil à la baguette posée par terre à côté d'elle. Elle songea une seconde à la balancer au feu.

Elle savait très bien qu'elle ne le pourrait pas.

Il fallait avancer. Elle ne savait pas comment. La seule certitude qu'elle avait, qu'elle se répétait depuis son arrivée à Poudlard, était qu'elle s'était trompée sur sa façon de faire les choses. Elle n'était pas assez forte.

C'était sur elle-même qu'elle aurait dû jeter un Oubliettes.


Fond sonore :

Asja / Fear not this night