XIV. Délivrance
Lorsqu'un événement se produit, laissant au plus profond de nous un sentiment très fort, nous avons beau le cacher, faire bonne figure, il y a toujours un moment où il ressurgit, un moment de libération pendant lequel on laisse échapper ce qui nous pèse sur le cœur. Après avoir assassiné Carmen, c'est exactement le sentiment qui a parcouru Emma. Non pas d'avoir tué Carmen. Mais d'avoir été celle qui n'était pas la gentille Emma, celle qui n'était pas faible, celle qui ne disait pas oui par politesse, celle qui n'attendait pas de se prendre des coups pour aider ses amis. Non, elle était celle qui donnait les coups, celle qui refusait d'ignorer ses ennemis, celle qui détestait ces lâches et traîtres qui la laissent tomber après avoir reçu son aide.
C'est pourquoi la couleur rougeâtre, l'odeur de sang et les bruits visqueux qui emplissaient le bar ne la dérangeait pas. La dizaine de cadavre qui jonchaient le sol ne lui laissait aucun regret. Qui qu'ils soient, ils n'étaient pas bons. Et ils avaient fait une erreur en laissant un fusil d'assaut derrière la porte d'entrée. Une erreur qui leur à tous coûté la vie.
- Oh mon dieu... murmura l'homme apeuré toujours derrière le comptoir.
Il se pencha et vomi tout son corps par-terre, dégoûté par l'image qui resterai gravé dans son esprit à jamais. Emma resta sur place quelques instants, ne sachant si elle devait le laisser là, au milieu de ceux qui ont été ses "amis", où si elle devait lui proposer de la suivre, au risque de gagner en faiblesse. Elle soupira puis fit part de sa décision :
- Je suis désolé pour eux, ils étaient barbares et lâches, je ne veux même pas imaginer ce qu'ils m'auraient fait s'ils m'avaient eu vivante. Surtout eux -Elle désigna les trois corps d'hommes qui avaient l'air particulièrement fous lorsqu'ils avaient débarqués affolés dans l'épicerie. Je sais que ce n'est pas facile pour toi, ça ne l'ai pas pour moi, et ça ne le sera plus jamais pour personne. Tout ce que je peux dire, c'est que tu as l'air légèrement plus malin que ces types. Alors si tu veux, je recrute.
Puis, décidée à ne pas perdre de temps, Emma ramassa la M16 qui avait servi au massacre, trouva quelques chargeurs pleins puis elle quitta le bâtiment, ses Rangers piétinant le corps de deux personnes au passage. En passant la porte, elle cru entendre des pleurs. "Quelle importance", se dit-elle, pensant tout de même à cet homme qui venait de perdre le peu de chose qui lui restait. Même si elle jouait à la personne forte, le quart d'heure qui venait de s'écouler lentement avait été un véritable enfer. Du sang partout, des cris, des lames qui volaient à travers le bâtiment… Emma ne se sentait pas bien. Elle avait elle aussi une légère envie de vomir qui tiraillait son corps. Elle garda la tête droite, le regard fixé devant elle, préférant ne pas regarder au sol, de peur de ne pas tenir le choque, de s'écrouler, de montrer un instant de faiblesse. Elle ne pouvais pas se permettre de faire ça.
- C'est bon ! Cria-t-il dans le dos de Emma. Ne me laissez pas seul...
Emma s'arrêta puis, sans se retourner elle lui lança :
- Alors trouvons un abri avant la nuit, histoire de se poser un peu. D'un point de vue extérieur, Emma était une tueuse sans âme et sans cœur. Du point de vue de Emma elle-même, elle était la même chose. Une personne sans âme et sans cœur, qui ne laissait pas vivre ce genre de personnes.
L'autre ne répondit rien, peut-être inquiet malgré tout de la décision qu'il venait de prendre. Emma l'entendait traverser le champ de bataille avec des sons de dégoût. Et s'il tentait quelque chose pour la tuer ? Il avait toutes les raisons de vouloir le faire après tout, après ce qu'il venait de se passer. Ou peut-être qu'il deviendrait un allié de confiance, quelqu'un sur qui elle pourrait compter en toute circonstance. Elle ne savait pas, pas encore. Elle le saurait forcément à un moment. Il restait à espérer qu'elle le sache assez tôt…
