Hey hey ! Comment ça va ? Okay, d'accord, j'ai posté le prologue (inutile n'est-ce pas -.-') il y a pas longtemps. Mais bon, rentrons dans le vif du sujet avec le premier chapitre. Juste un petit truc avant de commencer : on est dans l'exposition, donc pour l'instant, l'action est un peu limitée. Il faut poser tout le cadre. J'espère que ça ne dérange personne :(

Bon, allons-y !

Harry Potter appartient toujours à JKR et à Warner Bros, Torn à Natalie Imbruglia, Dream On à DreamStreet et les lieux mentionnés (hormis le Nortmai) existent tous.


Torn

Nothing's fine, I'm torn


I - Ma Bohème


Je voyais ses yeux. Ses yeux immenses, bleus, innocents, pleins de reproches et de terreur. Je voyais ses yeux qui me fixaient. Je voyais ses yeux vides. Ses yeux prives de toute once de vie. Des yeux de cadavre. Des yeux d'enfant.

- Allez Han ! Debout !

J'ouvris brusquement les yeux, arrachée à ma vision d'horreur par la voix la plus chère que j'avais au monde. Je bâillai et m'étirai. C'était une fraîche et lumineuse matinée de début de printemps. On sentait quand même encore la température légèrement hivernale qui ne tenait pas à partir.

Je ramassai ma couverture et me levai. J'avais mal à la colonne vertébrale à force de passer mes nuits sur le sol. Mais avec l'habitude, j'avais appris à ignorer la douleur.

J'essuyai la poussière sur mon pantalon avec mains et soupirai. J'étais couverte de terre sèche et empestais, du fait que je ne m'étais pas lavée depuis... Quoi ? Une semaine ? Dégueulasse... Je détestais la crasse dans mes cheveux plus que tout au monde. Ernie et Justin n'avaient pas l'air de se préoccuper de leur hygiène plus que ça. Nous vivions ainsi depuis un an et demi et jamais une fois ils n'avaient réclamé une douche. Je devais les forcer pour ne pas avoir à subir l'odeur écœurante de leur transpiration, toute la journée.

- Qu'est-ce qu'on mange ? maugréai-je

Notre dernier campement se situait en plein milieu de la campagne à l'ouest du Shropshire. Nous y étions depuis quasiment dix jours et je commençais un peu à ne plus en pouvoir. Nous n'avions quasiment rien à manger à part de la bouillie de haricots rouges, et l'eau avait un goût affreux. Mes cauchemars s'étaient multipliés et je n'avais qu'une envie, c'était changer d'air.

- Haricot, répondit Ernie en avalant une bouchée de la bouillie en question

Je retins un gémissement de dégoût et attrapai le bol en céramique sale que me tendait Justin.

- Depuis combien de temps tu n'as pas fait la vaisselle ? demandai-je à Ernie

- C'est toi qui est en charge de la vaisselle, Han. Pas moi.

Je soupirai. C'était faux. Mais je n'allais sûrement pas commencer à chercher la petite bête. Ce n'était pas la peine de faire subir à tout le monde ma mauvaise humeur. Je pris une première bouchée de bouillie. Mon estomac protesta mais j'avalai, malgré ma répugnance. Je détestais les haricots. Je détestais ça plus que tout au monde. Mais je préférais cette torture à l'idée de m'embrouiller avec Justin.

Il était mon meilleur ami et ma raison de vivre. Il avait un sourire qui réussissait toujours à me faire oublier mes réticences. Je l'admirais. Il était fort, autonome, chaleureux, rebelle, aventureux... Il n'avait peur de rien. Il arrivait toujours à m'impressionner ou à m'embarquer dans ces idées folles. Je me voyais comme le cliché de la fille timide alors l'attention qu'il me portait n'avait pas de prix.

- Tu ne manges pas ? me demanda-t-il avec son sourire magnifique

Je déglutis. Ça ne devait pas être permis de sourire comme ça...

- Je n'ai pas spécialement faim... mentis-je en lui tendant mon bol

Il attrapa mon repas avec satisfaction. La seule chose que je ne comprenais chez lui c'était son amour pour les haricots. Comment pouvait-il aimer cette bouillie dégueulasse ? Il devait avoir quelque pouvoir... Ehm Hannah. Les sorciers ont tous des pouvoirs.

Un de mes plus grands défauts était ma façon d'idolâtrer Justin. Je savais que je ne devais pas mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Quand il me souriait, c'était juste la plus belle chose du monde...

Mon ventre gargouilla. Justin éclata de son rire d'ange :

- T'es sûre de ne pas avoir faim ?

- C'est gentil de t'inquiéter mais non... balbutiai-je en rougissant comme une idiote

- Tu devrais manger. Le petit déjeuner sert à rattraper l'absence de nourriture dans ton estomac des dernières dix heures.

- Je t'assure que ça va.

J'entendis Ernie grogner. Je tournai la tête vers lui. Il avait fini de manger et regardai fixement la carte de la Grande-Bretagne que Justin avait volée à sa tante (moldue). Je sentis que c'était le bon moment et sautai sur l'occasion :

- Vous n'auriez pas envie de changer de coin ?

- On est bien ici, grogna Ernie

- Oui mais on va finir par se faire repérer...

Les garçons se raidirent instantanément. Je retins un sourire satisfait. Je savais quels étaient les points sensibles. J'enchainai immédiatement :

- On devrait sortir de l'Angleterre. Je sais pas... Aller beaucoup plus loin que la zone dans laquelle on nous cherche.

Justin se leva brusquement et se précipita sur la carte. Il l'ouvrit et l'observa attentivement.

- Mmm... fit-il. Il y a une zone inhabitée par la communauté sorcière sur cette île.

- Où ? demanda Ernie nerveusement

- Sur la côte ouest du Pays de Galles.

Il indiqua une pointe sur la carte :

- J'ai entendu dire que là-bas, les sorciers n'allaient pas.

- Pourquoi ? Il doit y avoir un truc.

- Bah oui. Il y a un champ de bataille maudit. Ils ont peur de la malédiction des perdants. Mais ce n'est qu'une légende débile.

- C'est parce que tu es Né-Moldu que tu prends tout ça à la légère ! S'il y a une malédiction, on ne doit pas y aller.

- T'as peur, Ninie ? le provoqua Justin

- Non ! Je suis juste... Prudent.

- Peureux, oui !

Justin éclata de rire et je souris timidement. C'était sa façon de manipuler Ernie, qui se sentait toujours écrasé par le courage de Justin. En vérité, moi aussi je n'étais pas rassurée par cette histoire de champ de bataille maudit. Mais je faisais confiance à Justin. Il ne nous mettrait jamais en danger.

- Je ne suis pas peureux, siffla Ernie. Bon, quand est-ce qu'on part ?

- C'est comme ça que je t'aime, Ninie !

- Ne m'appelle pas comme ça, Justin.

- On part tout de suite, tranchai-je

Je ramassai toutes mes affaires et les fourrai dans le sac à dos Moldu que Justin m'avait donné. Je lançai le sac dans la voiture et attendis en silence que les garçons fassent de même.

Nous avions dû abandonner la magie. Nous ne fonctionnions plus qu'avec des moyens moldus, heureusement pour nous Justin s'y connaissait. Il avait l'envie secrète de laisser le monde sorcier dans son dos depuis la deuxième année à Poudlard. Moi j'étais en violente réaction contre ma famille et Ernie avait tout perdu pendant la guerre. Nous étions un parfait trio. Et tandis que Potter, Granger et Weasley découvraient les honneurs de la célébrité, nous cavalions à travers l'île.

Justin appelait notre vie "Ma Bohème". Il m'avait expliqué que ça avait un rapport avec la culture moldue. Il n'était pas pour autant entré dans les détails.

Si je devais être honnête, la magie me manquait. Elle rendait les choses tellement plus faciles... Mais elle risquait de nous faire repérer. On s'était fait rattraper la première fois, puis nous avions appris la leçon. Mais je n'étais pas née pour une vie moldue...

Justin s'installa au volant et déclara :

- Hannah, tu viens devant.

Je souris, immensément contente qu'il me veuille à côté de lui. Ernie grogna quelque chose sur du favoritisme mais s'installa quand même sur les sièges arrières.

Justin avait passé son permis à la sortie de Poudlard. Il avait pris la voiture de son frère aîné pour s'enfuir. Il ne la rendrait pas avant longtemps...

.

Je m'assis sur le siège gauche et serrai mon sac contre moi. C'était ça la Bohème : on pouvait arriver quelque part et être sur un autre chemin en moins de deux secondes. Nous avions nos baguettes cachées sous un siège, une série de sacs dans le coffre, et des faux papiers. Très innocent. J'aimais et détestais cette vie.

C'était dur, contraignant, sale et illégal mais la liberté n'avait aucun prix. On se sentait pousser des ailes. Il n'y avait pas de famille, pas de règles à suivre, pas de pression... Plus ou moins. Mais je n'avais jamais été plus heureuse dans ma vie.

Justin alluma le moteur, le regard rivé vers l'horizon :

- Plus ou moins quatre heures... marmonna-t-il

- Quoi ? fis-je

- Non je disais qu'il nous faudrait environ quatre heures pour arriver à destination.

- On a tout le temps qu'on veut.

Il rit :

- J'aime bien quand tu dis ça.

J'esquissai un sourire timide :

- Je le dirai plus souvent alors.

Il rit à nouveau et appuya sur la pédale d'accélérateur. La voiture trembla l'espace d'une seconde puis se mit en route sur le chemin de campagne escarpé et étroit. Je lâchai discrètement un soupir soulagé. Nous partions. Nous quittions l'Angleterre.

Peut être que si nous disparaissions assez longtemps, nous nous ferions oublier par les unités de recherche. Peut être abandonneraient-ils la poursuite ? J'avais envie d'être effacée, que les gens ne se souviennent plus de la deuxième fille des Abbott. Je voulais faire disparaître mon nom.

Je tournai la tête vers la vitre. Nous traversions les champs moldus de la région. Il existait une poignée de villages sorciers dans les environs, dont nous avions pris soin de nous éloigner le plus possible.

- Quand on sera arrivés, dit doucement Justin, il faudra trouver un endroit où dormir.

- Et prendre un bain, murmurai-je

J'entendis le rire chaleureux de Justin et mon cœur s'accéléra à l'instant. Je posai mon regard sur lui. Il était concentré sur la route mais il avait son habituel et mystérieux sourire en coin plaqué aux lèvres. Ses yeux brillaient de satisfaction, ce qui me laissait perplexe à chaque fois. Il y avait quelque chose chez lui que ne devais pas savoir. Que je ne cernais pas. C'était dans ses pensées. Que pensait-il ? À part lui, personne ne savait.

Il avait physiquement changé depuis Poudlard. Il était très grand désormais, quelque chose comme un mètre quatre-vingt-dix. Son visage s'était émincé et ses traits étaient plus carrés, dans sa mâchoire notamment. Ses cheveux étaient toujours aussi sombres et n'avaient vraiment changé de longueur, mais il avait pris l'habitude de leur donner un air plus rebelle qu'avant.

Il était de nos tous celui qui avait le moins changé. Ernie avait fait teindre ses cheveux en brun foncé et avait laissé un peu pousser sa barbe. Il avait l'air d'être le frère jumeau de Justin... Et moi j'avais coupé ma longue cascade blonde aux épaules.

- J'ai l'impression de transporter des statues, plaisanta Justin. Vous pourriez parler un peu plus.

Je souris et fis pour répondre mais Ernie me devança :

- Pourquoi parler si on a rien à dire ?

- Pour ne pas s'endormir.

J'étouffai un rire, ce qui me valut un regard réprobateur de la part d'Ernie :

- Tu n'es pas obligée de rire à toutes ses idioties. Ça ne fait que l'encourager.

Je baissai la tête et fis pour m'excuser mais encore une fois, quelqu'un parla avant moi.

- Elle me trouve drôle, me défendit Justin. Laisse-la tranquille.

J'esquissai un immense sourire et l'approchai de mon ami pour lui coller un baiser sur la joue. Ernie fit semblant de vomir, ce qui ne fit que faire rire Justin encore plus.

.

Nous voyageâmes sans nous arrêter pendant une bonne heure. Justin décida de s'arrêter après la frontière galloise pour acheter de quoi me nourrir. Il avait de l'argent Moldu en réserve et il m'étonnait à l'économiser si bien.

Tandis qu'il allait acheter à manger, je me tournai vers Ernie :

- Tu veux aller devant ?

- Non Justin veut sa petite chérie avec lui.

- Va devant, Ernie. Je préfère le siège arrière. C'est mieux pour jouer...

Il soupira mais je savais qu'il était content du changement de place. Il n'aimait pas quand quelqu'un d'autre lui passait devant. Il vivait mal la position supérieure de Justin dans le groupe, la façon dont je l'idolâtrais et plus que tout, le fait d'être souvent recalé en dernière position. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Pour un élitiste comme lui, c'était dur à avaler.

Je sortis de la voiture pour passer à l'arrière. Au pied du siège qu'occupait mon ami, était couchée la guitare de Justin. Il en jouait occasionnellement mais depuis qu'il m'avait appris à jouer d'instruments moldus, c'était moi qui la monopolisait.

L'intéressé revint avec un sachet en papier. Il ouvrit la portière et fronça les sourcils en voyant que les places avaient été échangées mais il ne fit aucun commentaire. Il s'assit sur le siège droit, au volant, et se tourna pour me passer les brioches chaudes.

- Elles sont toutes pour toi, Hannie.

Je souris et le remerciai timidement avant d'ouvrir le sachet. Entre temps, Justin ralluma le moteur et reprit la route. Je mangeai deux des trois brioches et offris la dernière à Ernie, qui fut très content que j'aie pensé à lui.

Je m'étirai et pris la guitare. Je la mis en travers de mes genoux et fis quelques accords au hasard. J'entendis le rire de Justin mais ne relevai pas la tête vers lui.

Je réfléchis à une chanson en particulier, de celles que J m'avait apprises. C'était toutes des moldues, que pour la plupart je n'avais même pas entendues en originales. Je ne connaissais que ma voix et celle de mon meilleur ami.

Je fis quelques accords d'introduction avant de murmurer :

Well, we've come a long long way

And there's no turning back

The road ahead is clear at last

We can search our whole life through

Never knowing what we'll find

But we can make it if we try

'Cause every cloud has a silver lining

Just believe that the sun will shine*

- Tu peux pas chanter moins déprimant ? soupira Ernie

- Laisse-la faire ce qu'elle veut, Ninie.

- Ne m'appelle pas Ninie !

Je soupirai et remis la guitare à sa place. Je n'avais pas envie de me battre contre la mauvaise foi d'Ernie. Il digèrerait mal beaucoup de choses et déchargeait sa frustration sur moi la plupart du temps.

Je me couchai en travers des trois sièges à l'arrière et fermai les yeux. Je n'allais pas pouvoir dormir mais si ça pouvait me donner l'illusion que le temps passait plus vite, je serais contente.

Et effectivement, contre toute attente, je m'assoupis. Je m'en rendis compte au moment où Justin héla mon nom pour me signaler qu'on s'arrêtait. Je regardai par la vitre et lus sur un panneau que nous approchions de la ville de Aberaeron, sur la côte ouest du Pays de Galles.

- On est bientôt arrivés, non ? demandai-je

- Il nous reste plus ou moins deux heures, oui. Mais je vais être à court d'essence dans pas longtemps. On s'arrête dans quelques mètres pour faire le plein.

J'opinai, même en sachant pertinemment qu'il ne me voyait pas.

Il tourna sur la gauche et s'engouffra vers une station service. Encore une chose sur le monde Moldu : leurs véhicules étaient tout sauf autonomes.

Justin descendit de la voiture pour faire le plein. À nouveau, je restai seule avec Ernie.

- Tu crois que c'est quoi la malédiction des perdants ? demanda-t-il

- Je ne sais pas... Sans doute une légende inventée de toutes pièces.

- Han, il ne faut jamais prendre ça à la légère.

- Justin la connait et ne s'en inquiète pas plus que ça. Je pense qu'on peut lui faire confiance. Et l'avantage c'est que personne ne viendra nous chercher là-bas, peut être qu'on pourra même recommencer une vie.

- Avec une fausse identité ?

- Il y a un problème ? C'est juste changer un nom et s'inventer quelques détails de vie.

- Non Han... C'est s'inventer une vie. C'est renier son identité.

- Tu peux toujours dire que tu es Ernest MacMillian, si des sorciers trouvent ton nom ils viendront voir tout de suite.

- Je n'ai pas envie de sacrifier qui je suis, Han.

- Écoute, pour l'instant on a rien décidé. On y pensera plus tard.

Justin ouvrit la portière et nous informa qu'il allait payer et qu'il revenait.

- C'est ton héros, non? soupira amèrement Ernie quand il fut parti

Je ne répondis pas.

- Il n'est pas si exceptionnel, Han. Pourquoi tu le vois comme ton héros ?

- Parce que sans lui je ne suis rien.

- Tu vivais sans lui avant d'entrer à Poudlard.

- Ne me parle pas de ça.

- Oh... C'est vrai, désolé.

Je rabattis les jambes contre moi et cachai mon menton entre mes genoux. Le sujet sensible avec moi c'était la famille. J'étais loin d'avoir vécu un conte de fée, contrairement à Ernie et Justin.

En parlant de Justin... L'intéressé avait fini de payer et était rentré dans la voiture :

- C'est reparti ! La route nous attend !

- On est sur la route depuis deux heures... grogna Ernie

Je ris. Mais l'enthousiasme de Justin était trop solide pour être entaché et c'était une autre chose que j'adorais chez lui. Il voyait tous les bons côtés.

Je soupirai et laissai mon regard se perdre dans le paysage qui défilait rapidement par la vitre. Le Pays de Galles...

Je connaissais mal le pays. Mes maigres informations venaient de la culture de base, que j'avais pu forger dans la salle commune de Pouffsouffle. Donc à part les châteaux hantés, les légendes et le celte, je n'étais pas familière avec le territoire.

.

Je collai mon front contre la vitre et portai ma main à mon cou. Je caressai tristement l'emplacement de ma marque de naissance. Elle me rappelait ma sœur.

Je secouai la tête pour ne pas y penser et fermai les yeux. Puis lentement, je basculai à l'arrière pour me coucher en travers des trois sièges. Je réussis à m'assoupir à nouveau, extrêmement fatiguée sans aucune raison apparente.

Il devait avoir une douzaine d'années pas plus. J'avais eu le temps de voir ses yeux s'éteindre avant que ne s'envole son âme. C'était un enfant, rien qu'un enfant. Un enfant aux yeux verts. Aux beaux yeux verts, immenses et rayonnants d'innocence. Des yeux verts et purs, vides de toute vie.

- Hannah ! Hannah !

Je grognai et ouvris les yeux :

- On est arrivés ?

- Dans moins de cinq minutes. Regarde le paysage.

Je me redressai et regardai par la fenêtre. Je hoquetai.

C'était magnifique. La mer étincelait sous le soleil, la campagne autour était simplement incroyable, le temps était presque irréprochable et surtout, les falaises étaient impressionnantes.

- On est où exactement ? demandai-je

- Dans la péninsule de Marloes, tout à l'Ouest du Pays de Galles. Pembrokeshire, si ça te dit quelque chose.

- Absolument rien.

- Il y a une réserve naturelle très connue chez les moldus.

- J'ai une culture moldue un peu réduite.

Justin rit. Mon cœur loupa un battement. Il avait cet effet inexplicable sur moi. Il avait l'air si hors d'atteinte et à la fois près de moi. J'étais près de lui mais pas assez.

- J'ai faim, soupira Ernie. Vous croyez qu'on trouvera à manger ?

- On trouvera, dis-je. Mais c'est moins sûr qu'on ait de quoi payer.

Justin sourit :

- C'est le patron qui gère, les gars.

- Tu comptes aussi Hannah dans «les gars»?

Je souris :

- Ne cherche pas les embrouilles, Ernie. Je n'ai pas été vexée.

Il marmonna quelque chose qui ressemblait à "mais oui, si c'est Justin alors tout va bien" puis se tut complètement.

Justin tourna sur la gauche et après un moment, nous nous retrouvâmes sur une petite route au milieu de la campagne galloise. Je n'arrivais pas à détacher mon regard du paysage, j'étais littéralement fascinée. Ça n'aurait pas semblé si particulier de prime abord, c'était une campagne. Mais il y avait quelque chose que je n'arrivais pas à nommer. On sentait une immense puissance magique dans les environs. Mais cette aura avait quelque chose d'amer, de mélancolique, que je n'arrivais pas à comprendre. Sans doute était-ce dû à la malédiction du perdant...

- On va traverser le village, dit Justin. On va s'arrêter si on voit quelque bar.

Le village en question était principalement organisé autour d'un pan de la route de campagne sur laquelle nous roulions déjà. Et par chance, nous n'eûmes qu'à attendre plusieurs mètres avant de tomber sur le pub local. Justin gara la voiture et nous descendîmes. Je ne pus m'empêcher d'étirer tous mes muscles. J'étais assise depuis quatre heures, sans avoir pu le dégourdir les jambes une seule fois. J'avais les jambes engourdies et endolories.

Ernie et Justin entrèrent dans le local et je les suivis immédiatement. Un serveur nous accueillit chaleureusement :

- Bonjour messieurs, dame. Vous... Oh vous êtes nouveaux ! Je m'appelle Brin, enchanté, bienvenus au Lobster Pot Inn.

- Merci, répondit Justin avec son habituel sourire charmeur. Nous voudrions prendre notre déjeuner.

- Mais bien sûr ! Je vous en prie, suivez-moi je vais vous trouver une place. Vous avez un endroit pour dormir ? Parce que vous savez, on fait aussi B&B.

Je fronçai les sourcils. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

- Oh ça ira ! Nous saurons nous débrouiller.

- Excellent. Voilà, cette table est libre. Les menus sont là, appelez-moi quand vous aurez choisi.

- Merci.

Je m'assis, un peu gênée d'être dans un lieu public ouvertement. Nous n'avions pas grand chose à craindre, certes, mais j'étais quand même très nerveuse.

Justin me donna un menu. Je fis vite mon choix : je regardai le prix et pris au hasard le moins cher sans vraiment chercher à savoir ce que j'allais manger. Au moins, ce n'étaient pas des haricots.

J appela Brin et commanda rapidement. Le serveur prit tout en note et disparut en direction de la cuisine.

- Comment ça s'appelle ? demandai-je timidement. Je veux dire, ce village.

- Marloes, répondit Justin. C'est pas grand mais c'est sympa.

- Je croyais que tu ne connaissais pas.

- Je ne suis jamais venu mais j'en ai entendu parler. Mes cousins y sont venus il y a quelques années. Ils m'ont raconté un peu.

J'opinai et renonçai à poser plus de questions. Brin arriva avec une corbeille de pain et la posa sur la table :

- Vous venez d'où ? demanda-t-il avec un grand sourire

Je consultai Justin du regard. Qu'allait-il dire ?

- Oswestry dans Shropshire. À l'Ouest de l'Angleterre. Quatre heures de route d'ici.

- Pas mal. Vous êtes en vacances ?

- Euh... Oui on va dire ça.

- C'est super ! Vous ne pouviez pas tomber mieux, c'est un bon coin ici.

- Merci...

La porte du local s'ouvrit sur une jeune femme aux longs cheveux brun foncé, enfoncés sous un bonnet sombre. Elle regarda rapidement autour d'elle puis vit Brin et se dirigea vers nous. Notre serveur se retourna, la vit et sourit :

- Hey Lyou ! Ça va ?

- Où est Awen ? demanda-t-elle sans répondre à sa question

- Euh... Il est allé chercher du pain chez Izzy il me semble. Il ne va pas tarder, tu peux attendre ici.

Elle hocha la tête. Elle avait un air très sérieux, très fermé, en tout cas pas très enclin à s'amuser. Mais je ne pouvais pas mentir sur le fait qu'elle était incroyablement belle. Et j'en étais presque un peu jalouse, surtout parce que Justin l'observait très attentivement. Elle avait l'air plus âgée que nous pourtant.

Brin se tourna vers nous et reprit sa conversation, avec Ernie cette fois. Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit sur un homme d'une cinquantaine d'années qui transportait un gros paquet de pain. La jeune femme se redressa et le héla. Il se tourna vers elle et sourit :

- Qu'est-ce qui t'amène, Lyou ? Tu ne viens pas très souvent ces temps-ci...

- Je viens te demander de l'aide. La jambe de Papa s'est encore infectée et la crème que tu avais donné à Maman ne fait plus effet.

Le vieil homme posa le pain sur la table :

- Tu t'occupes de donner ça à Neil, Brin ? Je vais voir ce que je peux faire pour ce bon vieil Andreas.

Ensuite, lui et la jeune femme sortirent du local.

- C'était qui ? demanda Justin avec un intérêt qui me fit mal au cœur

Brin esquissa un immense sourire qui en disait long sur ce qu'il pensait de la jeune fille :

- Lyou Flint. La plus belle fille que je n'aie jamais vue de ma vie... Elle habite un peu plus vers la côte avec le reste de sa famille. Son père a des blessures irréparables et ne peut plus bouger. Elles s'infectent assez souvent malheureusement et du coup Lyou vient chercher de l'aide ici.

Justin hocha la tête, pensif. Je savais quand il était intéressé par une fille : il prenait cet air concentré, comme s'il réfléchissait à un plan. Et ça m'attristait énormément.

- Elle a quel âge ? voulus-je savoir

Je savais pertinemment qu'elle était plus âgée que lui. Et c'était pour le lui montrer que je posais la question à Brin.

- Mmm... Je crois qu'elle est à trente.

Justin tiqua :

- Trente ans et elle vit toujours chez sa famille ?

- Pas mariée, pas fiancée, rien. Elle a un bar près de la côte, le Nortmai. Elle travaille avec ses frères et sœur.

- Brin ! appela un homme dans la cuisine. Tu viens chercher la commande ?

- Tout de suite !

Ernie attrapa ma main sous la table et me lança un regard désolé. Je haussai les épaules mais il ne fut pas dupe.

Brin déposa à manger sur la table et partir accueillir les nouveaux clients. Mais je n'avais plus faim. Voir Justin s'intéresser à une fille qui avait sept ans de plus que lui m'avait complètement coupé l'appétit. Malgré tout, je me forçai à tout avaler.

Quand nous eûmes fini de manger et payé, nous saluâmes Brin et repartîmes vers la voiture. En sortant, nous croisâmes Awen et Lyou qui rentraient. Justin suivit la galloise des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le local. J'espérai pour elle qu'elle était consciente du pouvoir qu'elle avait sur certains hommes.

- Bon. On va chercher un endroit où dormir, annonça J. La plage ça devrait aller.

Ernie haussa les sourcils dans ma direction mais ne fit aucun commentaire. J'étouffai un rire. Effectivement, la perspective de dormir sur la plage était... Surprenante. Après la boue, la neige, les champs et les bois, c'était assez changeant.

Et ce que je ne savais pas, c'était que tout le paysage que j'avais vu jusqu'alors n'était rien en comparaison avec la plage de Marloes.

Une immense étendue de sable, bordée de rochers et de falaises. Bête décrit comme mais fascinant à mes yeux.

Je ne pouvais pas m'arrêter d'arpenter la plage en long, en large et en travers, sans jamais me laisser d'explorer tous les recoins. Je continuai ainsi jusqu'à remarquer un minuscule et étrange détail.

Il y avait quelqu'un sur une falaise. Ça avait l'air d'être un homme assez jeune mais il sait trop loin pour que je distingue bien sa physionomie. Il regardait vers la mer, sans bouger, les cheveux secoués par le vent. Il y avait quelque chose de triste dans le tableau qu'il offrait.

Tout à coup, une deuxième silhouette se matérialisa à ses côtés, beaucoup plus familière. Lyou. Soit cette fille était partout soit elle avait quelque pouvoir magique. Mais non... Il n'y avait pas de sorciers dans la région.

N'est-ce pas ?

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.


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Et voilà ^^!

Bon... Verdict ? Est-ce que l'histoire est intéressante ? Est-ce que c'est un bon début ? Dites-le moi s'il vous plaît :)

Anyway, le chapitre 2 est déjà écrit mais je ne le publierai pas avant la fin de la semaine prochaine, sorry :(

À la semaine prochaine !

ACSD