Hey ! Me revoilà avec le chapitre 4.
J'ai été plutôt rassurée d'entendre hier que vous n'aviez pas envie que j'arrête. Je croyais que dans le chapitre 3, vous aviez trouvé quelque chose qui vous avait fait arrêter... ^^ Sorry
Bon, pour ce qui est du chapitre 4... Le titre n'est pas une référence à Taylor Swift, parce qu'il n'y aucun rapport avec la chanson Haunted ici. Le sens viendra plus vers la fin.
Pour rappel : on a laissé Hannah, à peine arrivée au Pembrokeshire avec ses deux amis. C'est la nuit, elle s'est réveillée après un rêve et croit avoir été attaquée par des fantômes. C'est là que près de la mer, elle voit...
Réponse au Guest Review :
Mylene : Hey ! Merci pour ta review :) Je suis désolée d'avoir pris du retard du coup, mais bon... Merci beaucoup vraiment et bonne lecture :)
LeLynxBlanc : Hey ! Deux reviews ^^? Merci vraiment, ce que tu dis me fais vraiment plaisir :) Et oui, Marcus l'entrée officielle que tu attendais ^^ On va voir ce que ça donne... Et puis, par définition, les personnages plus que secondaires sont très souvent ignorés (remarque j'ai trouvé quelque part une fic Calamar Géant/Hermione O.O). En tout cas, merci beaucoup et bonne lecture :)
Harry Potter appartient toujours à JKR et à Warner Bros, Torn à Natalie Imbruglia et les lieux mentionnés (hormis le Nortmai) existent tous.
Torn
Nothing's fine, I'm torn
IV - Haunted
Grand, svelte, droit, félin. Des cheveux blonds tirant vers le châtain foncé en bataille. Je le voyais de dos encore une fois, et bien des années avaient passé depuis la dernière fois que je l'avais vu à l'école, mais j'avais encore des images de son visage. Je ne me rappelais pas de la couleur de ses yeux, mais je me représentais bien leur éclat froid, presque inexpressif, qui brillait de colère quand on le cherchait trop. Je me souvenais de la concentration qui y brillait lors des matchs de Quidditch. Malgré le fait qu'il soit un tricheur, il aimait ce jeu.
Il avait souvent été plutôt solitaire. Je l'avais vu avec son frère et sa sœur de nombreuses fois, mais quand il était en compagnie de ses camarades de maison, on sentait qu'aucun d'eux n'était un ami pour lui. Surtout que les Serpentard n'étaient pas très enclins à utiliser ce mot pour désigner leur entourage. Ils n'avaient pas d'amis et s'en vantaient. Leila aurait pu être l'une d'eux...
Marcus Flint m'avait toujours paru presque trop froid et nonchalant pour être véritablement réel. Il avait l'air d'une statue animée par quelque sort. Il était rare de déceler des émotions, des réactions sur son visage. Ses lèvres ne se déformaient que dans un éventuel rictus narquois de Serpentard, jamais en une grimace ni en un sourire. Ses yeux étaient indéchiffrables, impénétrables, comme si il voulait empêcher l'accès à son âme.
Là, accroupi devant l'eau, complètement seul, il ne m'étonnait pas. Rarement je l'avais vu isolé mais ça paraissait normal qu'il le soit. Il n'avait jamais l'air d'être vraiment lui-même quand il avait de la compagnie.
J'hésitais à le rejoindre. Il était peut être mieux seul, et n'avait pas envie que quelqu'un comme moi vienne le déranger. Mais il m'intriguait et je voulais cerner cette aura qui l'entourait.
Je m'approchai de lui discrètement mais m'arrêtai avant d'être sur les rochers. Il ne m'avait pas entendue apparemment. Il était dans une immobilité presque trop parfaite pour être naturelle. C'était comme s'il était revenu à l'état de statue...
Est-ce que j'ouvrais la bouche ou pas ? Il allait sans doute me répondre sèchement, ou m'ordonner de disparaître. Je menais une bataille interne avec moi-même pour savoir si je lui parlais ou non finalement.
- Attention à ne pas glisser, lâcha une voix complètement plate
Je sursautai en réalisant que c'était Marcus qui avait parlé :
- Euh... Je... Je ne comptais pas m'approcher autant.
- Les pierres sont mouillées, il y a un risque de se faire mal.
Sa voix était si neutre qu'elle me faisait peur. C'était comme s'il n'avait aucune émotion en lui, comme s'il ne pouvait rien ressentir...
- Merci pour l'information, déglutis-je
Il n'avait pas bougé pour me parler. Il était toujours accroupi, face à l'eau, immobile. À croire que ce n'était même pas de lui que sortait la voix. Comme un fantôme.
Le silence qui enveloppait la nuit était à la fois lourd et embarrassant mais aussi naturel, comme si Marcus Flint n'était pas fait pour parler.
Je fis un pas en arrière et posai mon pied sur l'appui le plus dur que je sentis derrière moi. Malheureusement, c'était une pierre et je glissai dessus, terminant ma chute sur les genoux.
- Je te l'avais dit... murmura-t-il en se levant finalement
Je fis pour me redresser, en mettant les mains au sol comme appui, mais le contact avec la surface gluante des rochers me fit frissonner. Je réussis tout de même à me lever, malgré le fait que désormais j'avais les mains poisseuses et sales. Après tout, avec la vie que je menais, c'était un moindre souci : en comparaison avec l'impossibilité de se laver toutes les semaines, notamment.
Je levai la tête et vis que Marcus Flint était de trois-quarts de face. Son visage était toujours rivé vers la mer mais son corps était tourné un peu plus vers moi. Ses mains étaient dans les poches de son pantalon moldu et je distinguais mal les couleurs de ses vêtements. J'entendis un soupir dans la relative obscurité et il finit par tourner la tête pour poser son regard sur moi.
Je ne voyais pas nettement ses traits à cause de la nuit mais je devinais le contour de son visage, ses yeux vides de toute joie, qui ne brillaient même pas, et ses lèvres en position neutre. Il n'y avait aucune vie dans ce que je pouvais distinguer.
- Tu t'es fait mal ? demanda-t-il sans manifester un réel intérêt
- Non, répondis-je nerveusement. Non...
Il regarda le ciel et ce ne fit que me confirmer qu'il s'était juste machinalement inquiété par convenance uniquement. Étrangement, je ne lui en voulais pas. Je n'étais pas blessée par cette attitude peu amicale qu'il avait à mon égard. Il avait l'air vide... Privé de sentiments. Et en réalité, j'avais plus pitié pour lui qu'autre chose. Peine, Hannah, pas pitié. Mais je ne lui aurais pas dit, pour préserver l'amour propre qu'il cachait en lui.
Il se remit à marcher et passa à côté de moi sans me regarder, puis me dépassa et avança à pas lents dans la nuit. Alors qu'il disparaissait, je ne pus m'empêcher de me demander qu'est-ce qu'il fabriquait seul à cette heure-ci, à regarder la mer. Et pourquoi il partait dans la direction opposée de sa maison.
Je soupirai. C'était la première fois que je parlais à Marcus Flint et il ne savait même pas qui j'étais. Ou si ? Et si il le savait ? Et si Vasco ou Lyou lui avaient dit ? Je n'avais même pas la preuve qu'ils sachent vraiment qui j'étais, si j'y pensais bien. À part Vasco, je doutais même que mon nom puisse leur être familier. Je n'étais pas vraiment le genre de personne qu'ils pouvaient avoir en tête.
Le vent froid me frappa en plein et me fis frissonner. Il allait sans doute falloir que je rentre là où étaient mes deux amis. J'avais envie de connaître l'heure, savoir si j'allais devoir rester debout dans la nuit très longtemps.
Je me tournai vers la mer. La lune qui se reflétait dans l'eau créait une ambiance mystérieuse, presque effrayante, qui contrastait trop avec ce paysage qui était mon nouveau chez moi. J'étais encore ébranlée par les ombres, les probables fantômes. J'étais effrayée, sérieusement. Merlin, qu'était vraiment cette malédiction des perdants ? Est-ce que c'était juste une fiction comme l'avait assuré Justin ?
Je sentis mes genoux faiblir et je sus que j'étais au bord d'un accès de panique. Pas deux dans la même journée ! Surtout que personne n'allait venir me prêter main forte et je pourrais tout aussi bien être retrouvée morte, m'étant étranglée toute seule. Je me mis à marcher rapidement en direction du coin de plage d'où je m'étais réveillée. Malheureusement, le noir cachait les imperfections du terrain et je mis le pied au mauvais endroit. Sans comprendre comment, je me retrouvai au sol, mes mains plaquées dans le sable pour éviter de tomber tête la première. Ma tête tournait un peu et la chute avait été assez brusque par conséquent je mis plusieurs minutes à reprendre possession de mes capacités mentales.
- Besoin d'aide ? murmura une voix près de mon oreille
Je relevai la tête. J'avais beaucoup de mal à identifier qui avait parlé mais quand je sentis deux mains me soulever du sol et me remettre sur mes pieds, je sus que c'était Vasco.
- Je n'avais même pas répondu, soupirai-je
- Ma question était parfaitement rhétorique, rit-il
- Est-ce que c'est une habitude dans votre famille de sortir la nuit comme ça ?
- Tu anticipes la question que je voulais te poser. J'allais demander si tu avais vu mon frère mais j'en déduis que oui.
Je hochai nerveusement la tête, pas certaine qu'il puisse le voir.
- Il... soupira Vasco. Il a un peu trop tendance à ne pas dormir la nuit et plutôt le jour. Alors Lyou m'a chargé de le ramener au lit.
- Est-ce que... Est-ce que j'ai le droit de savoir ce qu'il a ?
Vasco resta silencieux un long moment avant de dire :
- Il est juste... Comme ça. Ça dure depuis le début de la guerre. Mais je pense qu'il se sentirait trahi si je racontais sa vie sans son accord. Je ne veux pas le blesser.
- C'est... C'est gentil, j'imagine.
- C'est mon frère. Mon frère c'est tout ce qui compte pour moi.
Je baissai la tête. Ma sœur aussi comptait énormément pour moi. Pourtant, je n'avais pas fait ce qu'il y avait de mieux à faire à son égard. Elle n'aimait pas Justin et Ernie, je le savais, malgré tout je m'étais enfuie avec eux.
- Je vais peut être aller à sa recherche.
- Euh je peux venir ?
- Je... Oui, bien sûr.
- Je ne voulais pas rester seule.
- Où sont tes amis ?
- Ils dorment là-bas.
Vasco étouffa un rire :
- La nuit n'est pas censée être notre monde mais pourtant c'est celui qui nous fascine le plus. Mon frère doit être complètement nyctalope depuis le temps. Tu vois quelque chose dans le noir ?
- Pas beaucoup, non...
- Ça tombe bien, moi non plus. Je te propose de rejoindre la route alors.
Je hochai la tête et le suivis quand il prit la direction des falaises. Nous marchâmes plusieurs minutes avant de trouver enfin la route. Les voitures passaient occasionnellement et éclairaient un peu mieux le chemin, qui était déjà alimenté par des réverbères.
- La magie est tellement plus facile que le monde Moldu, soupirai-je
Vasco éclata de ce rire dont Susan blatérait tout le temps :
- Je n'ai pas utilisé la magie depuis six ans. Je ne sais même pas si je serai capable de l'utiliser encore.
- Ce sont des choses qu'on oublie pas normalement.
- Peut être que si. Personne n'en a jamais témoigné à ce que je sache. La magie est au centre de la vie de tous les sorciers : ils l'utilisent tous les jours naturellement et ne se posent jamais de questions. Je n'ai pas encore lu l'histoire d'un d'entre eux qui aurait abandonné cette vie et en témoignerait les effets.
- Vous pourriez le faire.
Il rit encore une fois :
- Éventuellement. Bon, par où est parti Marcus ?
- Nord, dis-je en pointant la direction en question
- Évidemment. C'est là où il a son coin.
- Son coin ?
- Oui. Ça n'a rien de spécial vu comme ça mais c'est là où on se cache tous les deux quand on a besoin de se parler... Autrefois on faisait ça dans sa chambre à Poudlard.
- Je ne pensais pas que Marcus Flint puisse être un type très enclin à se confier.
Vasco se tut un instant. Quand il reprit à parler, sa voix était plus amère, mélancolique, presque même calmement énervée :
- La réputation de mon frère est une chose. Notre amour mutuel en est une autre. Je ne pensais pas que c'était si difficile à voir. Apparemment si.
- Ce n'était pas ce que je voulais dire.
- Je sais. Je ne disais pas ça pour toi. Je pensais à... Tous ceux qui ont posé le regard sur mon frère dans sa vie.
- Est-ce que... Est-ce qu'il est comme toi ?
- C'est à dire ?
- Est-ce qu'il se comporte de la même façon ?
- Pourquoi tu n'essaies pas de le connaître par toi-même ?
- Je...
- Il ne va pas te manger.
- Je pense que c'est une mauvaise idée.
Sans être capable de voir son expression, je savais quel effet mes mots avaient eu sur lui et j'avais très envie de les ravaler. Mais au lieu d'une explosion de colère, je n'entendis qu'un soupir :
- Je suis un type bizarre, je sais. Je sais aussi que l'étiquette qu'on colle à ma famille est d'autant plus marquée sur Marcus. Mais je pense que tu le juges trop vite.
- Je suis désolée.
- C'est pas grave. Après tout, je ne peux pas t'en vouloir : ils font tous ça.
L'amertume dans la voix de Vasco m'indiquait clairement qu'il voyait quelque chose de différent chez son frère. Un minuscule détail qui nous était caché. Je ne pouvais pas imaginer un Marcus Flint autre que l'image que j'en avais mais ça, je ne pouvais pas le dire à Vasco.
- Je suis désolé, lâcha-t-il tout à coup avec un rire nerveux. Je ne voulais pas paraître aussi inamical et blessant...
- Tu ne l'étais pas.
- Désolé, vraiment désolé. C'est juste un sujet sensible.
Je hochai la tête. Quelque chose avait changé chez le prince charmant de Susan. Il avait l'air d'avoir vécu une expérience qui avait réveillé de la mélancolie chez lui. Il n'avait pas cette joie de vivre inébranlable d'avant.
Il se cala sous un réverbère et je pus enfin le voir clairement. Il souriait, étonnamment, et son visage ne trahissait aucunement la tristesse que j'avais cru déceler dans le noir.
- Marcus ! appela-t-il en direction du ciel. C'est Vasco, tu peux sortir de ton trou !
J'entendis un bruit indéfinissable, à mi-chemin entre un grognement et un sifflement. Vasco éclata de rire avant de me regarder :
- Je sais que tu ne peux pas être laissée seule sauf de ton propre gré. Je te raccompagnerai à tes amis, c'est promis. Juste... Attention avec Marcus.
Comme un fantôme, l'intéressé émergea de la zone d'obscurité et se plaça à côté de son frère. Son rictus sarcastique était de retour :
- Je te manquais déjà, Frangin ?
Vasco éclata de rire :
- Tu dis ça à chaque fois, change de réplique.
Je posai le regard sur l'aîné des deux frères et manquait de m'étrangler de surprise. Il y avait un sourire sur ses lèvres. Un vrai sourire tendre et sincère. Qui dura l'espace d'une demie-seconde donc j'avais dû le rêver. Son regard s'était déplacé dans ma direction. Il ne dit pas un mot ni ne démontra aucune animosité. Rien, le vide absolu.
Je déglutis, intimidée par l'absence de tout dans son regard.
Nous ne rentrâmes à la plage qu'aux premiers rayons du soleil. Vasco et Marcus discutèrent à voix basse tout le long du trajet, l'aîné des deux frères écoutait son cadet le soutenir, le rassurer. Ou du moins, je croyais. Je ne comprenais pas vraiment leur conversation. Surtout parce... Ils parlaient en gallois ? C'était comme ça qu'on appelait la langue originelle du Pays de Galles ? Du gallois ?
La main de Vasco s'agrippa autour de ma taille pour m'attirer plus près d'eux. Je sentis immédiatement mes muscles se contracter. Vasco Flint, le Serpentard. Susan aurait donné n'importe quoi pour être à ma place, mais moi non. J'étais gênée, raide comme un balai.
Vasco sembla remarquer mon malaise parce qu'il me regarda l'espace d'une seconde avant de me lâcher. Immédiatement, il passa son bras autour des épaules de son frère qui, contrairement à moi, se détendit et posa sa tête contre celle de son cadet. Alors je compris. Vasco était une de ces personnes comme moi, qui avaient besoin de sentir les gens, leur affection concrète. Un geste valait plus que des mots pour lui et apparemment, son frère n'avait pas l'air d'être bien différent.
Quand le soleil apparut enfin à l'Est, bien qu'il ne s'agisse que d'une très faible lumière rosée, je me rendis compte que j'avais trop peu dormi et que j'allais risquer d'être extrêmement fatiguée toute la journée. De toute façon, qu'avait prévu Justin ? Ce n'était pas comme si on avait une infinité de possibilités d'activités.
- Oh hé !
La voix de Vasco me tira de ma réflexion avec un sursaut. Je trouvai devant moi ses yeux verts qui me dévisageaient comme si j'étais un peu folle. Décidément, j'avais une fâcheuse tendance à ne pas écouter quand on me parlait.
- Tu veux peut être qu'on te ramène... répéta patiemment Vasco comme si de rien n'était
- Euh... Oui, oui, je veux bien.
Il opina et tourna la tête vers son frère pour lui demander s'il venait avec nous ou s'il rentrait directement au Nortmai.
- Je crois que je vais rentrer, soupira-t-il en se frottant les yeux
Vasco éclata de rire et nous nous séparâmes. Je suivis le plus jeune le long du chemin qui menait à la côte alors que Marcus continua tout droit.
- Hé frangin ! s'écria quand même le cadet. Aujourd'hui tu travailles quand même !
- Je travaille toujours !
Vasco rit et emprunta enfin le chemin :
- Il a juste intérêt à ne pas s'endormir sur place...
- C'est pour ça alors qu'il était assoupi sur le comptoir hier.
- Ah oui. On avait pas de clients alors après l'intervention d'Awen, je suis sorti prendre un peu l'air.
- Je... Je t'ai vu.
- Moi aussi. Lyou m'a rejoint un peu après, on a discuté puis je lui ai demandé de m'accompagner à Marloes pour se promener. Entre temps, Marcus s'est complètement endormi et Aley est restée seule. On a pas beaucoup de monde au bar ce jour-là. Tout le monde était collé à la télévision pour regarder le dernier match.
- La télévision ?
- Oui, c'est un appareil Moldu qu'ils utilisent pour retransmettre des événements animés. En gros.
- Je n'aurais jamais imaginé qu'un Serpentard m'apprenne la vie moldue.
Il éclata de son rire habituel :
- C'est sûr qu'à ta place je n'y aurais jamais réfléchi non plus. Mais bon... Les choses sont ce qu'elles sont. Les événements auxquels on peut être confrontés nous amènent souvent à prendre des solutions désespérées.
- Je sais...
- J'imagine.
- Je pense que c'est la première fois que je te parle autant.
- On s'est déjà parlé avant ?
- Euh... Oui bien sûr.
Il me dévisagea tout en descendant le chemin étroit qui passait de la falaise à la plage. Puis un sourire en coin étira ses lèvres et il esquissa un haussement de sourcils amusé :
- Toi et ta sœur avez les mêmes yeux. Je n'avais jamais remarqué.
- Tu... Tu te souviens de ma sœur ?
- J'ai passé beaucoup de temps avec elle à la bibliothèque.
- Elle... Je ne savais pas.
- On ne connait pas toujours les gens de qui on est le plus proches. Et puis vu qu'elle n'était pas vraiment accompagnée, je voulais lui tenir un peu compagnie.
- C'est aussi froid dans ta famille ?
- Absolument pas.
Il m'offrit son immense sourire qui faisait baver Susan :
- J'ai la meilleure famille dont je pourrais rêver.
- Ah bon ? C'est... C'est pas ce qu'on dirait.
Il éclata de rire une énième fois. Décidément, il restait la joie de vivre incarnée :
- Je suis très très proche de Marcus, à un point que tu n'imagines même pas. Je peux savoir ce qu'il pense rien qu'en regardant ses yeux.
- Je... Je ne vois jamais rien dans ses yeux. Il est... froid.
- Tu devais passer plus de temps au Nortmai.
- Si seulement je pouvais...
- Pourquoi ?
Je soupirai. Je n'allais pas lui dire que c'était...
-... à cause de mes amis. Il vaut mieux qu'ils ne sachent pas qu'il y a des sorciers dans la région. Et puis... Ils ont tendance à préférer des activités plus dangereuses.
Il eut un ricanement amer et méprisant :
- La liberté c'est aussi décider de ne pas suivre nos amis pour leur faire plaisir.
.
- Bonjour, dis-je à Justin
Il m'envoya son sourire magnifique mais ne répondit pas. Il avait un seul et unique but en tête : manger.
Je soupirai discrètement. Je ne savais pas quoi penser du temps que j'avais passé avec les frères Flint. Depuis un an et demi je n'avais jamais autant discuté, parlé. Généralement, c'était Ernie et Justin qui menaient la parole et je n'ouvrais que très rarement la bouche, pour poser une question ou pour répondre à une autre. J'avais choisi l'option silence pour préserver mon amitié avec les garçons. Je ne risquais jamais de provoquer de conflit, donc de me faire abandonner, et je préférais ça à ma liberté de parole.
- Bon, alors qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? lançai-je en feignant mon meilleur ton enjoué
Ernie grogna :
- On va déjà peut être manger...
Je rougis et baissai la tête. J'avais oublié. Pourquoi est-ce que je devais parler sans réfléchir ?
Mes deux amis finirent de dévorer leur premier repas de la journée puis Justin prit enfin la parole :
- On est enfin libres ! Alors on peut profiter de ça, et s'amuser un peu.
Ernie fronça les sourcils :
- S'amuser ? C'est à dire ?
- Quoi, tu ne sais plus ce que ça veut dire ?
- Si ! C'est juste que... Comment tu veux t'amuser ?
- Facile ! En faisant tout ce qu'on a envie de faire.
- C'est assez... Restrictif, non ?
- Bien sûr que non... Écoute Ninie, ça fait un an et demi qu'on échappe à tout le monde et qu'on ne peut pas s'arrêter un instant pour prendre un verre ou rencontrer des gens.
J'aurais dû le sentir venir. Il n'avait qu'une envie en tête : trouver Lyou et lui parler. Mais j'avais promis à Aley que je ne lui donnerais pas d'occasions supplémentaires de lui faire des avances, alors je n'allais certainement pas le laisser faire. Il n'avait pas à s'approcher du Nortmai quand l'aînée des Flint y était.
Il fallait admettre qu'après l'incident d'hier, j'étais un peu moins jalouse. Je n'avais jamais connu Lyou avant mon arrivée au Pembrokeshire. Elle venait à peine de sortir de Pouldard quand j'y entrais, puis venaient Marcus en sixième année, Vasco en quatrième et Aley en deuxième. Il avait fallu attendre douze ans pour que je me les retrouve tous en face et que je leur parle. À l'exception de Vasco, je les avais tous mis dans le même panier.
Apparemment, il y avait de fortes chances que je les aie jugés trop tôt.
- Et exactement, qu'est-ce que tu as en tête ? demanda Ernie à Justin
L'intéressé haussa les épaules. Je décidai de me lever et essuyai le sable qui était collé à mes vêtements. Je regardai mon accoutrement et soupirai. Déchiré, sale, vieux. J'avais sérieusement besoin de me changer. Je fis pour le proposer aux garçons quand un mouvement attira mon regard. Croyant avoir affaire à un nouveau fantôme, je fis volteface brusquement. Mais il n'y avait rien d'autre qu'un oiseau.
- Tu te sens bien ?
- Je... Rien j'ai cru voir quelque chose.
- Hier aussi. Tu commences sérieusement à devenir folle.
Justin éclata de rire à sa plaisanterie mais je me contentais de feindre un sourire pour ne pas l'alarmer. Mais en réalité, je commençais surtout à m'inquiéter pour moi. Pendant la nuit, j'aurais dû demander à Vasco ou Marcus si il y avait vraiment des fantômes ou si je perdais la tête. Si cette région n'était pas hantée, alors j'avais sérieusement à m'interroger.
Justin et Ernie se levèrent à leur tout. Je ne pus m'empêcher de remarquer qu'ils n'en avaient rien à faire de leur hygiène. Si on s'installait définitivement, ils allaient devoir y remédier parce qu'être aussi négligés était handicapant dans la vie sociale. Pourquoi les habitants du coin ne nous avaient pas déjà dévisagés ? On empestait à des kilomètres ! Mentalité galloise d'accord, mais quand même : on était un cas grave...
J'avais sérieusement à me défaire de mon esprit très anglais, très sorcier. Je devais me faire à l'idée qu'on avait désormais officiellement disparu de la circulation.
Mais quelque chose au fond de moi remuait. C'était comme si un mauvais, funeste pressentiment faisait surface dans mon âme.
.
Je m'avançai dans l'allée qui menait au Nortmai. Visiblement, c'était un jour où ils avaient plus de clients. Je voyais pas mal de monde à l'intérieur.
J'étais seule, mais de mon propre gré ce qui avait l'avantage d'éviter ma névrose de se manifester. Justin était encore allé faire ses drôles de courses qui lui passaient par la tête brusquement. J'avais dû rester avec Ernie encore une fois mais en me parlant de Justin il s'était endormi. Alors j'avais décidé de m'échapper un peu. C'était risqué parce que si les garçons remarquaient mon absence avant que je ne sois revenue, ça allait poser problème.
Je poussai la porte du local et me retrouvai dans une ambiance bien différente d'hier. La plupart des tables étaient occupées et les frères Flint s'affairaient dans la pièce avec enthousiasme. Aley se précipita vers moi :
- Alors ? plaisanta-t-elle avec un sourire malicieux. Encore perdue ?
Je souris faiblement :
- Non, apparemment pas.
- Je vais te trouver une table. Tu es seule ?
- Euh oui.
- Suis-moi.
Elle se dirigea à pas rapides vers une petite table sur la droite, contre la baie vitrée du local :
- C'est libre ici. Tu veux quelque chose en particulier ?
- Euh en fait je suis venue pour... Pour parler.
- Aucun problème. Mais tu veux que je t'offre quelque chose quand même ?
Je fis pour répondre mais elle anticipa et sortit une des bouteilles de liquide ambré :
- C'est ça ?
Je ne mis me retenir d'éclater de rire. Et cette fois, je n'avais pas Ernie pour me lancer des regards mauvais. Aley posa la bouteille sur ma table et brailla à Vasco qu'elle prenait une pause.
- Alors ? fit-elle en s'asseyant en face de moi. De quoi es-tu venue parler ?
Marcus passa à côté de nous. Il me vit et me salua d'un hochement de tête neutre puis s'adressa à sa sœur :
- On va bientôt manquer d'eau. On a encore des réserves ou je vais en racheter ?
- Tu as regardé sous le comptoir.
- Oui.
- Alors il n'y a plus rien.
Il hocha la tête. Aley se retourna vers moi et haussa les sourcils, en attente de ma réponse. Je me mordis la lèvre et hésitai un instant. J'avais besoin de savoir si j'étais complètement folle ou pas :
- C'est quoi la malédiction des perdants ?
Marcus et sa sœur se raidirent violemment. L'aîné se tourna vers moi puis vers Aley :
- C'est une sorc- ?
- Tu es venue ici en sachant qu'il y avait une malédiction mais sans la connaître ? le coupa Aley
- Justin a refusé de dire plus que "c'est une légende stupide" ou quelque chose comme ça.
Aley soupira et son frère secoua la tête :
- Il ne faut jamais sous-estimer les légendes. Si on décide de ne pas y croire, il faut s'attendre à de mauvaises surprises.
Il s'approcha de notre table pour s'assoir sur une des chaises libres :
- Il y a eu, au Pembrokeshire, un violent conflit entre deux grandes familles de sorciers. Elles étaient liées et opposées par une haine ancestrale qui dévorait les terres. C'était à l'époque où les moldus et les sorciers vivaient encore ensemble. La région était un enfer : tous les jours on annonçait de nouveaux assassinats, les vols entre les deux camps se multipliaient toujours plus et l'escalade de la violence a fini par atteindre un point où il n'y avait plus qu'à rendre le conflit concret.
- C'est à dire ? demandai-je d'une voix mal assurée
- Un combat. Un vrai, avec deux armées mi-moldues mi-sorcières qui s'affrontent.
- On les a laissé faire ?
- C'était dans la période Antiquité-Moyen-âge. Ces choses-là étaient parfaitement communes.
- Et comment ça a tourné ?
- Mal. À la fois pour un camp et pour l'autre. Le chef d'un des deux a décidé de faire tourner l'affrontement en sa faveur et a commencé à monter un sort.
- Monter un sort ?
- Oui. Un peu comme s'il invoquait plusieurs sorts pour ficeler une malédiction.
- C'est une forme de magie interdite ?
- Exactement. Mais pas à l'époque. Alors, donc... Il a jeté son sort contre le camp adverse mais par un concours de circonstances extérieures dues à la région, la malédiction s'est retournée et a décimé toute les sorciers du camp qui l'avait créée. Les gagnants, malgré leur surprise, se sont mis à fêter trop tôt. Les fantômes des perdants ont jailli du sol et ont attaqué leurs adversaires.
- Mais les fantômes ne passent à travers les corps physiques ?
- Normalement. Mais la haine est une forme de magie en soi et il y en avait tant dans la région qu'elle avait corrompu et envenimé la nature au point de permettre certaines étrangetés comme les fantômes... concrets.
- Et comme ça s'est terminé ?
- Les gagnants ont été submergés pas l'armée fantôme. De nombreux hommes se sont tués, victimes de leurs propre folie. Ils ont pris la fuite jusqu'à se trouver hors du Pembrokeshire, là où la corruption n'allait pas.
- La malédiction, continua Aley, dit qu'hormis le sang des perdants, les sorciers ne trouveront jamais la paix sur les terres corrompues. Les perdants reviennent les faire sombrer dans la folie et lentement les conduisent à leur propre mort.
- Je ne comprends pas... admis-je
- Les fantômes, expliqua Marcus, reviennent quand des sorciers qui n'appartiennent pas au sang des perdants foulent le sol du Pembrokeshire. Et ils les éliminent.
- Si vous êtes toujours là c'est que ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ?
- En réalité, le champ de bataille où œuvrent les fantômes selon la légende est un plusieurs kilomètres d'ici, sur une île.
Je me détendis l'espace d'un instant avant de me rappeler de l'étrange présence d'hier nuit :
- Je... Hier il y avait...
Marcus lança un regard alarmé à Aley qui recula brusquement sur son siège.
- Quoi ? fis-je
Aley se mordit la lèvre :
- Tu allais dire que tu penses avoir vu des fantômes ?
Je hochai la tête sans me demander comment elle savait.
- Ne t'inquiète pas, soupira-t-elle
- Mais... Ils pourraient... Revenir ?
- Non, m'assura-t-elle. Non, ne t'en fais pas.
- Marcus ! appela Lyou. Il n'y a plus d'eau !
- Je vais en acheter ! dit-il en sortant les clefs de la voiture de sa poche. Je te laisse, Aley.
La blondinette hocha la tête alors que son frère disparaissait à l'extérieur. Elle se retourna vers moi avec un sourire désolé :
- N'aie pas peur.
- C'est juste que... Si des fantômes peuvent tuer... C'est assez... Effrayant.
- Je sais. Je sais. Mais il ne faut pas t'en inquiéter.
- Le ministère n'a pas pris de mesures depuis qu'il est en place ?
- Si tu es ici j'en déduis que le Ministère n'est pas ton meilleur ami.
Je grimaçai : argument très valide.
- Le gouvernement de la communauté sorcière néglige de nombreux aspects de chaque question, soupira Aley. Regarde : quand le Seigneur des Ténèbres est revenu, le Ministre a nié tout le long. Le but d'un gouvernement est de servir des intérêts. Ceux du peuple par définition, mais après ce qu'il en est... Mais bon. Cette région est maudite. Il n'y a aucun intérêt à la réhabiliter. Donc on l'abandonne aux fantômes. En réalité, ça ne me dérange pas. Comme ça on peut se cacher.
- Aley... risquai-je. De quoi est-ce que vous vous cachez vraiment ?
Elle se tut et regarda par la fenêtre. Je lus sur son visage qu'elle ne comptait pas en faire un secret mais que quelque chose dans l'histoire l'empêchait de tout dire librement.
- Tu le sais, je crois... murmura-t-elle avec la voix brisée
- Je... Je n'aime pas me faire des idées non confirmées.
Elle reposa son regard sur moi et je vis que ses yeux bleus étaient embués de larmes. Elle porta son poing à sa bouche et fronça les sourcils. Quand elle parla, sa voix était si tremblante et cassée que j'eus du mal à comprendre du premier coup :
- Si ils nous trouvent... Si ils nous trouvent, ils nous tueront.
- Pourquoi ?
- Parce que... Parce que notre nom c'est "Flint".
- Mais... Vous avez quelque chose à vous reprocher ?
- S'appeler Flint.
Je cillai rapidement plusieurs fois. D'accord, c'était à peu près ce que j'imaginais. Mais dit comme ça c'était assez incroyable. Condamner des personnes pour leur nom n'avait rien de juste, mais là on parlait de la justice sorcière. Les Flint étaient une famille associée au côté obscur de la magie, au Seigneur des Ténèbres, aux Serpentard.
- C'est complètement insensé, lâchai-je
Aley eut un ricanement méprisant adressé à un système entier loin de nous désormais. Sa voix avait repris son assurance et elle avait essuyé les larmes sur ses joues :
- Non, c'est parfaitement normal... siffla-t-elle
Je n'arrivais pas à dire si elle était sérieuse ou si c'était du sarcasme :
- Il n'y a rien de normal, chuchotai-je
- Si.
- Et pourquoi ?
- On est des Mangemorts.
.
.
.
Aïe, ça fait mal ça...
Alors ? Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Est-ce que l'explication de la légende est plausible (Marcus aime raconter des histoires qui font peur...) ?
Alors, on a posé les bases de l'histoire. Les questions sont en l'air, certaines ont trouvé une réponse dans ce chapitre, les autres plus tard.
Le chapitre 5 sera un peu particulier mais ça, vous verrez la semaine prochaine :) (si tout va bien).
En tout cas, faites-moi savoir si ça vous plaît ou pas !
Joyeuse Pâques à tous et à toutes au passage :)
ACSD
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