Hey ! Comment ça va ? Nous voilà donc avec le chapitre 8...
Je vais donc commencer vite fait par remercier tous mes lecteurs et lectrices pour le soutien, j'aime beaucoup écrire cette histoire alors si elle vous plait aussi, soyez sûrs que je ne m'arrêterai pas en chemin. Voilà.
Malheureusement (ou pas) je n'ai pas beaucoup de blabla cette semaine... Alors on va passer tout de suite aux Guest Reviews :)
RGR :
LeLynxBlanc : Heey ! Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir d'entendre que tu adores, merci vraiment :) Je suis contente que tu aimes bien Marcus parce c'est un personnage assez (très très) secondaire et mal exploré. En tous cas, voici la suite que tu attends si impatiemment et merci encore infiniment !
Suna : Hey ! Oui fatiguée mais j'avais une promesse à tenir donc :) E? tout cas s'il y a une phrase qui résume bien la situation c'est "méfie-toi de l'eau qui dort" : Hannah est très occupée avec le bouleversement de sa situation. Le personnage a des pensées prioritaires. L'auetur, lui, n'a pas oublié tous les autres aspects de l'histoire. Donc les parents Flint et Leila ne sont pas oubliés ;) Anyway, vois le chapitre, merci beaucoup et à bientôt ^^
Harry Potter appartient toujours à JKR et à Warner Bros, Torn à Natalie Imbruglia et les lieux mentionnés (hormis le Nortmai) existent tous.
L'oxymore est une figure de style qui consiste à associer deux termes opposés.
Torn
Nothing's fine, I'm torn
VIII - Oxymore
Une semaine passa. Une très longue semaine...
Je restai enfermée dans la même chambre pendant huit longues journées, soit recroquevillée dans un coin de la pièce soit affalée sur le lit, la tête dans le coussin. Les rideaux étaient fermés, me plongeant dans une obscurité constante. Je n'allumais la lumière que pour éventuellement relire les lettres que Justin m'avait cachées.
J'essayais de comprendre pourquoi. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Pourquoi ? Ces lettres... Quel danger représentaient-elles ? Pourquoi les avoir gardées pour lui ? Mais aussi... Pourquoi me les avoir laissées maintenant ? Il savait bien que je ne pouvais plus rien faire avec. Je ne pouvais pas répondre parce que ça voudrait dire me mettre à découvert. J'avais coupé tous les ponts avec ma famille et mes amis, refaire surface maintenant alors qu'ils devaient avoir baissé les bras relancerait la traque. Oui... Ça devait être pour ça. Une fois de plus, Justin me mettait face à face avec mon impuissance.
On m'avait coupé toutes les occasions d'agir et quand j'en avais eu une, qu'est-ce que j'avais fait ? Je m'étais embarquée dans la Bohème. J'avais fait l'erreur de ma vie. J'étais si influençable...
Mais je voulais simplement un peu d'affection...
Mon cœur déchiré était tout froid, vidé des illusions qui lui faisaient encore croire en l'amour ou en l'amitié. Je n'avais toujours cherché qu'à me faire aimer. Mais je n'avais réussi qu'à laisser la porte ouverte aux hommes, pour qu'ils finissent par me détruire.
Que me restait-il d'amour propre hormis des miettes ? Qu'est-ce qui avait survécu au fond de moi à part des cendres ?
Déchirée jusque dans mon âme, il n'y avait plus aucune voie pour moi. J'étais condamnée à embrasser l'obscurité pour l'éternité. Ou à mettre fin à toute la souffrance, à ma culpabilité et à rejoindre le petit enfant aux yeux verts vides de vie.
Je n'allais plus jamais revoir ma sœur pour lui dire combien j'étais désolée, ni mes parents pour les mettre face à toute la souffrance qu'ils m'avaient inconsciemment causée, ni mes anciens camarades de maison. Je n'allais jamais retrouver Justin et Ernie, ni même le monde duquel je venais en réalité.
Mais malgré tout je ne pouvais pas me résoudre à abréger ma souffrance. J'avais beau avoir si mal que je n'en voyais plus les lendemains, je n'étais pas assez enfoncée sous l'eau pour ne pas remonter à surface. Je ne voulais pas mais autour de moi on s'y efforçait et pour cette raison la mort n'était pas une solution envisageable. Je n'en avais qu'une seule restante : me laisser dévorer par les ténèbres dans lesquelles je m'abîmais jusqu'à ce que la Hannah Abbott que j'étais ne fasse place à quelqu'un d'autre. Un être insensible à la souffrance, à l'aise dans sa solitude.
Malheureusement je n'étais qu'un tas de loques déchirées, qu'un amas de verre brisé, qu'un corps sans cœur, qu'une fille sans futur.
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Durant toute la semaine, chaque jour, je reçus la visite des Flint. Au Nortmai, il y avait une pause toutes les deux heures et les frères et sœurs se relayaient pour la prendre.
Lyou venait généralement m'apporter à manger. Elle entrait et n'allumait pas lumière, puis venait s'assoir à côté de moi, me donnait ce qu'elle m'apportait et attendait une dizaine de minutes avant de prendre la parole.
Me parler servait à ne pas me laisser m'abîmer dans le silence, m'obliger à me débarrasser du poids que j'avais sur le cœur, à concrétiser les espoirs que je ne pouvais pas voir moi-même.
Avec Lyou, je parlais de famille. Elle me racontait ses responsabilités d'aînée et moi je lui faisais part du conflit familial que je vivais depuis très très longtemps. Elle m'écoutait insulter mes parents, les blâmer, les condamner, se contenant de hocher la tête régulièrement. Puis quand j'avais fini de lui raconter des épisodes de ma vie, elle analysait.
Quand je lui décrivis le regard de mon père quand il avait su que j'étais officiellement à Pouffsouffle ainsi que le comportement qu'il adopta à mon égard ensuite, Lyou dit :
- Tu sais... Il y a beaucoup de personnes qui sont tellement axées dans leurs préjugés qu'elles finissent par se retrouver face à une situation de mise à l'épreuve pour ouvrir leur esprit. Tes parents devaient, par ton assignation à Pouffsouffle, apprendre à se défaire des étiquettes négatives qu'ils collaient à certaines maisons. S'ils n'ont pas appris la leçon, tant pis.
Sur le fait que je les accuse de m'avoir empêché d'être heureuse :
- Tu juges mal tes parents parce qu'ils t'ont mal jugée. Tu commets leur même erreur pour laquelle tu es fâchée contre eux. Tu n'es pas consciente que tu répètes leurs mêmes actes.
Quand je lui racontai leur lettre :
- Hannah... Il faudrait que tu prennes un peu de recul par rapport à tes propres sentiments sur l'histoire, regarder en spectateur et pas en acteur.
- Et qu'est-ce que je devrais voir ?
- Que tes parents t'aiment. Tu les condamnes trop vite. Est-ce que tu leur as déjà parlé ? Est-ce que tu leur as dit comment tu te sentais ?
- Ils ne sont jamais venus engager une conversation non plus.
- Alors c'était à toi de faire le premier pas ! Hannah, il faut savoir prendre des initiatives pour débloquer une situation. Tes parents t'aiment mais à cause de leurs préjugés, ils refusent de se l'admettre et par extension de te le montrer. Évidemment que tu ne peux pas être heureuse si tu attends que ce soient eux qui t'apportent le bonheur, leurs excuses et leurs explications sur un plateau d'argent.
- Donc c'est moi la coupable ?
- Non ! Ne raisonne pas par coupable et innocent, ces distinctions n'existent pas. Tu n'es ni l'un ni l'autre. Ça s'appelle la responsabilité. Tes parents t'ont mal traitée mais en retour tu n'as rien fait pour changer les choses entre vous. Égalité des erreurs. Hannah, tu m'as bien dit que dans la lettre de Madame Chourave il y a écrit que tes parents te cherchent partout désespérément ?
- Oui...
- Ils ne savent pas s'exprimer avec des mots mais leurs actes parlent d'eux mêmes. La panique s'est emparée d'eux et leurs préjugés sont passés après la peur de ne plus jamais revoir leur fille. Tes parents t'aiment. Ne les condamne pas... Et ose me dire que tu ne les aimes pas.
- ...
- Alors ?
- Je... Je...
- Les liens du sang sont toujours plus forts que la souffrance. Est-ce que tu aimes ou détestes tes parents ?
- Je... Je les aime... De tout mon cœur.
Et j'avais éclaté en pleurs à ce moment-là.
Après cette discussion-là, Lyou et moi parlâmes essentiellement de pardon et de comment passer outre ce que j'avais ressenti envers mes parents.
Un jour, j'avais fini par lui demander :
- Mais comment tu as pu prendre aussi vite la place de mère ? Je veux dire... Tu comprends tout et tout le monde.
- On ne peut pas tout comprendre. Tu sais, j'ai endossé cette responsabilité alors que j'avais plus ou moins ton âge. J'avais vécu des choses dures déjà et je voulais préserver l'équilibre de la famille. J'ai toujours été quelqu'un d'un peu trop mature. Je pense que c'est un rôle que je pouvais occuper.
- Est-ce que Marcus t'aide ?
- Oui même s'il a ses propres problèmes.
- Et... Tu ne penses pas t'accorder du temps pour toi ?
- Pour faire quoi ?
- Euh... Avec tous les hommes que tu pourrais avoir... Il y en a bien un avec qui tu pourrais faire ta vie. Je veux dire... Tu as trente ans. Tu ne vas pas passer le restant de ta vie à t'occuper de tes frères et tes parents.
- Hannah... J'y ai bien réfléchi. Mais pour ça j'ai besoin que Marcus se remette définitivement de tout ce qui lui est arrivé et que ma mère se reprenne en main. D'ici là tout est sur mes épaules et même si je trouvais l'homme de ma vie, je le repousserais.
- Lyou... J'ai une dernière question. Est-ce que c'est vrai que tu as la marque noire ?
À cette question elle avait soupiré tristement et avait dévoilé son bras à la faible lumière qui traversait l'encadrement de la porte.
- De force. J'étais seule à la maison ce jour-là. Mon père était déjà invalide et ma mère inutile aux Mangemorts. Je suis sortie chercher Marcus chez sa copine pour une raison que j'ai oubliée. Deux Mangemorts m'ont enlevée. Après, c'était soit la marque soit la violence libre. J'ai accepté d'être tatouée pour préserver mon corps.
- Mais... Ils ne pouvaient pas te retrouver ?
- Non. Marcus était furieux quand il l'a appris. Je ne sais pas trop comment il s'y est pris mais il a rompu le sort de lien. Il ne reste que la Marque...
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Vasco venait très souvent aussi. Il n'apportait rien de spécial mais entrait en fermant la porte. Par contre, il allumait la lumière. Il n'appartenait pas à l'obscurité.
Avec lui je parlais de Poudlard, des amis qu'on y avait chacun, des cours qu'on aimait ou pas, des souvenirs qui nous revenaient plus particulièrement. Vasco, malgré les apparences, n'avait aucune confiance en lui. Il ne voyait ce qui sautait aux yeux de tous : par exemple, il ne se trouvait pas beau alors qu'il éblouissait tout le monde. Il avait l'impression qu'il n'était pas très apprécié et ne se rendait compte que même ses rivaux n'arrivaient pas à le détester. Il refusait d'être qualifié de presque parfait.
À Serpentard, contrairement à ce que je pensais, il s'était bien intégré. Il avait eu beaucoup d'amis et amies, comprenant aussi ceux de mon âge comme Nott, Zabini, Crabbe, Goyle, Malfoy, Parkinson ou Greengrass. La plupart de ceux qui lui étaient chers n'étaient plus là. Il me cita tous ceux qui avaient péri pendant les cinq ans de guerre. Il partagea également tous ses souvenirs d'Athena, sa défunte meilleure amie. Leur lien était immensément fort, et allait au-delà d'une amitié traditionnelle. Ils étaient apparemment littéralement accrochés dans un rapport fusionnel qui dépassait l'entendement. Sa mort avait laissé en Vasco un vide impossible à combler.
De mon côté, je lui racontais mes difficultés d'intégration du début de ma scolarité, mes incertitudes sur tout, puis l'amitié avec Ernie, Susan et en dernier Justin. Les heures passées avec Susan qui ne faisait que déblatérer à propos de Vasco le prince charmant, de son sourire d'ange... Ou bien les tentatives plus ou moins réussies de me rapprocher de Justin.
J'évoquai un jour le Bal de Noël de la quatrième année. À la mention de l'événement, le blondinet hocha vigoureusement la tête :
- Je me souviens de ça... C'était avant qu'Athena ne meure.
- Je voulais y aller avec Justin et Susan avec toi. Mais ça n'a pas marché. Justin avait trouvé mieux tout de suite et toi aussi.
- J'y suis allé avec qui déjà ? Ah oui... Daphné.
- Si Susan t'avait demandé avant, tu lui aurais dit oui ?
- Mmm... Excellente question... J'imagine que j'aurais dit oui. Mais pas si elle se comportait en gamine éperdue. Je n'aurais pas supporté ça toute la nuit.
- Susan t'aimait vraiment je pense. Mais à sa façon.
- Tu sais, moi je ne suis pas quelqu'un qui n'aime pas les gens. Je ne connaissais pas bien ton amie mais si l'occasion s'était vraiment présentée je l'aurais fait. Elle n'aurait pas dû attendre trois cent ans pour me demander pour le Bal. Avec qui elle y est allée du coup ?
- Zacharias Smith. Pouffsouffle comme elle. Ou moi en réalité. Apparemment il ne lui a pas laissé un excellent souvenir de la nuit, parce qu'elle l'a évité systématiquement depuis.
Vasco me laissait assez souvent parler d'autres personnes. Je lui mentionnais Susan sans vraiment savoir si ça lui allait ou s'il avait envie de passer à autre chose. Mais malgré la part de ténèbres qui s'était installée en lui à la mort de sa meilleure amie, Vasco Flint brillait encore de cette aura qui aveuglait même dans le noir le plus profond.
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Aley se faufilait dans ma chambre tout aussi régulièrement que les autres. Elle refermait la porte derrière elle aussitôt et me rejoignait sans allumer la lumière. Elle s'affalait sur le sol ou sur le lit et faisait un commentaire sur le travail au bar.
Puis elle enchaînait immédiatement sur la vie qu'elle menait depuis six ans. Et la Bohème revenait aussi toujours dans nos conversations. Elle m'expliqua qu'effectivement elle ne m'avait pas tout dit pour ne pas m'effrayer et qu'il restait encore des choses à propos d'eux que si je voulais connaître, il allait falloir que je sois psychologiquement solide.
Elle était très sarcastique voire parfois cynique dans ses commentaires sur la vie que j'avais choisie un an et demi auparavant.
Aley était celle qui laissait le moins paraître sa souffrance passée. Pour Lyou et Vasco, je savais. Pour Marcus, il était tacite que quelque chose n'allait pas. Mais je n'arrivais pas à cerner qui qu'Aley avait pu perdre. Vasco m'avait bien dit que tous les quatre étaient passés par la mort de quelqu'un.
Du coup, un jour j'avais abordé le sujet avec Aley :
- Est-ce que... Est-ce que tu as déjà perdu quelqu'un qui t'était très très cher ?
Et elle avait gardé le silence pendant une minute.
- C'est Vasco ou Lyou qui t'a dit ? avait-elle fini par demander
- Vasco.
- Ça ne m'étonne pas. J'ai perdu... J'ai perdu ma tante.
À ses mots, je m'étais redressée du lit :
- Ta tante ?
- Quand j'étais petite, ma mère et mon père avait de sérieux ennuis avec la première Guerre. Du coup, ils devaient souvent s'absenter pour se battre ou je ne sais quoi, je n'en ai jamais parlé avec eux. Donc on restait chez notre tante, la soeur de ma mère. Elle était très malade, veuve et sans enfants mais elle donnait tout ce qu'elle avait pour nous. C'était la personne dont j'étais le plus proche. Quand j'avais peur la nuit des bruits horribles de la guerre au loin, je courais dans sa chambre. Elle allumait la lumière, me prenait dans ses bras et me chantais des berceuses jusqu'à ce que j'oublie tout et m'endorme. Je l'aimais beaucoup... Malheureusement, un jour la guerre est arrivée à nos portes. Il a fallu s'enfuir parce qu'on était trop jeunes pour nous livrer à la mort. Pense, Lyou n'avait pas tout à fait huit ans. Pendant la fuite, un sort a frappé ma tante dans le dos. J'étais dans ses bras, on s'est effondrées toutes les deux au sol. Lyou m'a aidée à me relever. Ma tante est restée au sol, n'ayant plus jamais ouvert les yeux. On était trop jeunes pour faire quoi que ce soit.
Et après s'être mise à pleurer, sans pouvoir de retenir, elle avait lâché une phrase qui restait très vive dans ma mémoire :
- Tu n'entendras jamais parlé de cette histoire, parce que la culpabilité nous oblige à étouffer ce qui fait mal.
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Marcus, contrairement aux autres, ne venait qu'une fois par jour. Il venait s'assoir sur le lit si j'étais par terre ou sur le fauteuil si j'étais sur le lit. Et il gardait le silence tout le long. Cette absence de dialogue remplissait l'espace encore plus que de mots. Je ne pensais plus à rien, hormis soutenir son regard dans le noir, quand il était là. Mes divagations passaient en arrière plan, tout se vidait, et on communiquait à travers le silence.
Un jour, il réussit tout de même à s'endormir. Il était entré, l'air plus épuisé que jamais et s'était effondré sur le lit. Au bout de plusieurs minutes, je m'étais levée pour vérifier son état et avait constaté qu'il était endormi. Je m'étais alors assise à côté de lui, caressant machinalement ses cheveux désormais blonds, et ça jusqu'à ce que Lyou vienne le chercher pour reprendre le travail.
J'avais de la compassion pour Marcus. Il gardait secrètement en lui une grande blessure qui s'était alimentée d'elle-même pendant sa scolarité. Mais fidèle à lui-même, il avait tout fait pour ne rien laisser paraître. Et j'avais l'impression qu'il l'avait fait pour Vasco. Je ne savais pas ce qui motivait ce soupçon mais il s'accentuait chaque jour.
Les deux frères Flint avaient eu la réputation d'être radicalement à l'opposé : l'un odieux, froid, mauvais et l'autre amical, chaleureux, souriant, parfait. J'étais de ceux qui pensaient ainsi. Pourtant... Pourtant dans le regard éteint de Marcus, je voyais quelque chose qui me disait que ces préjugés n'étaient qu'un ramassis d'idioties. J'avais envie de cerner le mystère qui entourait le deuxième de la fratrie Flint.
Par exemple : ses sorties nocturnes... Je guettais toutes les nuits, à la fenêtre, le moment où il sortirait. Et à chaque fois, ça arrivait. Les bras découverts, dans le froid du début incertain de printemps, avec la démarche nonchalante d'un fantôme. Il partait sans de retourner. Et comme mes hallucinations me torturaient, m'empêchant de m'endormir, j'attendais aussi son retour. Généralement, entre trois et cinq heures du matin, je voyais Vasco sortir du Nortmai. Il revenait ensuite trois heures plus tard avec son frère.
Pourquoi ? Pourquoi Marcus partait la nuit ? Je me souvenais de mots que Vasco m'avait adressés : J'ai très peur de la mort. Marcus en est terrifié, et du sommeil aussi. Est-ce que l'explication tenait simplement là ? Non... Non, ça ne pouvait pas être la seule raison. Qu'est-ce qui avait provoqué cette peur chez Marcus ? Qu'est-ce qui venait le hanter toutes les nuits ?
Malheureusement je n'avais aucune réponse à mes questions.
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La lune brillait si fort que son éclat suffisait à éclairer la chambre. Je la contemplais, fascinée par la perfection de sa forme. Elle était pleine, pâle et nette, étrangement elle me faisait penser à Leila. Le visage de ma sœur était comme la lune... Et moi qu'est-ce que j'étais ?
Subitement, la silhouette familière de Marcus se découpa dans la nuit. Normalement, il ne revenait jamais de son propre chef. Mue par un élan assez inexpliqué, j'ouvris la fenêtre et le hélai :
- Marcus !
Il se retourna vivement et à la lueur de la lune, je distinguai l'ombre d'un sourire sur ses lèvres :
- Tu m'attendais ou quoi ?
- Je... En quelque sorte... Mais habille-toi ! Il fait encore froid...
- Je n'ai pas froid.
- Mais si tu tombes malade, tu ne pourras pas travailler.
Il fit un bruit qui ressemblait fortement à un rire étranglé avant de demander :
- Tu n'as pas l'intention de dormir, pas vrai ?
Je secouai la tête, sans vraiment chercher à savoir s'il me voyait clairement. Mais apparemment oui :
- Tu veux que je monte ?
Sa question resta en suspens dans ma tête pendant ce qui me sembla être une éternité. Il me proposait de me tenir compagnie. M'offrir son silence apaisant et si loquace. Pourquoi ? Lui qui avait l'air si peu enclin à me tenir compagnie le jour... Est-ce qu'en réalité il aimait autant que moi les longs moments où nous ne faisions que nous fixer ? Se pourrait-il que comme moi pour lui il cherche à cerner qu'est-ce qui s'était passé dans mon passé ? Est-ce qu'il essayait désespérément de me faire lire un message dans son regard aussi ?
- Oui ! répondis-je. Oui, monte.
Je n'eus à attendre que quelques vingtaines de secondes avant que ma porte ne s'ouvre sur lui. Je fermai la fenêtre sans tirer les rideaux. Nous restâmes à nous faire face pendant très longtemps jusqu'à ce que je m'asseye sur le lit et lui sur le fauteuil ensuite.
Le silence tomba. Mais pas un de ces vides lourds et gênants, qui avaient existé lors de la Bohème : ne rien dire voulait tout dire.
- Est-ce que ça te gêne que je ne parle pas ? demanda soudainement Marcus après dix minutes sans ouvrir la bouche
- Non, au contraire... répondis-je. J'aime ton silence.
- Et ça te dérange si je parle un peu aujourd'hui ?
- Non. Quelque chose ne va pas ?
- Si tout va bien, c'est juste que d'habitude Vasco vienne me parler.
- Et il n'est pas venu ?
- Il est très fatigué en ce moment.
- Je vois...
- Et puis je me suis dit que tu avais peut être envie d'être moins seule.
- Je te pensais beaucoup plus froid et taciturne...
- C'est l'image que je donne de moi.
- Je ne me plains pas de m'être trompée.
- Moi non plus je ne me plains pas de t'avoir jugée trop vite.
- Qu'est-ce que tu croyais avant ?
- Que tu étais trop fragile.
- Je le suis... Malheureusement.
- C'est faux.
Je l'entrevis faiblement secouer la tête. Il se leva et vint s'assoir à ma droite. Je sentis ses mains sur mes épaules :
- Tu es quelqu'un de solide. Tu te serais effondrée depuis très longtemps sinon.
Je ne répondis rien. Il enchaîna directement :
- Tu as dû sans doute te forger une armure solide avec le temps... Tu ne la vois pas parce que peut être tu as étouffé, minimisé toute la douleur que tu as vécue.
- Comment... Comment est-ce que tu peux dire ça ?
- Tu as des yeux qui parlent bien. Tu me racontes plein de choses en me regardant. Les mots ne servent à rien.
- Vasco a dit quelque chose comme ça à propos de toi... Il peut voir ce que tu penses rien qu'en regardant tes yeux.
- Ce n'est pas compliqué quand on est très fortement lié à quelqu'un.
Il enleva ses mains de mes épaules :
- Les moldus disent que les yeux sont le miroir de l'âme.
- Je peux t'avouer quelque chose ? Je n'aurais jamais pensé un jour que tu me parles de choses Moldues.
- Est-ce que tu pensais te retrouver un jour dans la maison de la famille Flint, au Pembrokeshire, loin du monde sorcier, trahie par tes meilleurs amis ?
- ... Non.
- Le destin est un drôle d'allié.
- Tu n'es pas bavard mais quand tu t'y mets, rien ne t'arrête.
- Et encore, fit-il avec un rictus narquois. Tu ne m'as pas vu à l'action. Vasco n'en place pas une d'habitude.
Je souris. Oui, je souris. Marcus Flint m'avait fait sourire. L'espace d'une fraction de seconde, par contre. Il prit ma main dans la sienne et je me rappelai soudainement de la constatation que j'avais faite la nuit où je l'avais trouvé sur la plage : c'était un malade de contact. Je serrai sa main plus fort, dans l'espoir de lui faire comprendre que j'avais reçu son message.
Je ne me retins plus et posai ma tête sur son épaule. Je m'attendais à ce qu'il me repousse mais non, il se contenta de coller sa joue contre mes cheveux. Sans dire un mot, nous basculâmes à l'arrière et je fermai les yeux.
Effectivement, nous ne parlions pas beaucoup, préférant se regarder dans le blanc des yeux, mais nous n'avions pas besoin de plus.
Parce que Marcus Flint parlait dans son silence.
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Tadam ! L'oxymore était donc la dernière phrase :)
Verdict ? Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Les Flint restent-ils crédibles et cohérents ?
Je suis en panne d'inspiration pour les blabla donc je vais me contenter de ça :(
En tout cas merci beaucoup, n'hésitez pas pas à me dire ce que vous pensez du chapitre ou de l'histoire en général :)
Bonne semaine !
ACSD
