Salut à tous/toutes.

Je suis désolée, c'est la pire semaine de toute ma vie alors je serai assez brève. Je sais que j'ai posté un OS mais ce n'est pas celui que je vous ai promis. Ce sera le 30 mai.

RGR :

Suna : Hey ! Oui c'est vrai que l'histoire de Marcus et Mélissa est tragique. Quant à Hannah, on va voir ça tout de suite. Merci beaucoup et à bientôt. Pour Hommage: c'est Marcus (personnalisation ici d'un ami à moi). Et CC c'est une signature, pas un personnage. Pour ce qui est de ne pas les faire mourir à nouveau, j'espère bien que non.

LeLynxBlanc : Hey ! Et bien ça me fait vraiment plaisir que tu adores. La suite tant attendue est là, j'espère qu'elle sera à la hauteur de ton attente. Pour Marcus/Hannah... Encore un peu de patience. Merci beaucoup en tout cas et à bientôt.

Hommage : o: merci beaucoup.

Harry Potter appartient toujours à JKR et à Warner Bros, Torn à Natalie Imbruglia et les lieux mentionnés (hormis le Nortmai) existent tous.

Bonne lecture !


Torn

Nothing's fine, I'm torn

XI - Reconstruction


.

And you throw your head back laughing

Like a little kid

I think it's strange that you think I'm funny cause

He never did

I've been spending the last 8 months

Thinking all love ever does

Is break and burn and end

But on a Wednesday in a cafe

I watched it begin again

Begin Again - Taylor Swift - Red

.


Le Nortmai était plutôt populaire comme bar de plage. Il était rempli à un tel point que les garçons devaient rajouter des tables à l'extérieur pour faire rentrer tout le monde. Néanmoins, le mardi et le jeudi il n'y avait quasiment personne. Être de partout à la fois n'était pas requis. Par contre, j'avais découvert qu'en réalité les pauses qu'ils prenaient n'existaient pas en temps normal. Ils les avaient instaurées pour moi, pour pouvoir me tenir un peu compagnie dans ma marée d'idées noires.

Chacun avait choisi son rôle dans le local. Aley était au comptoir constamment, les garçons servaient et Lyou allait à l'un ou à l'autre selon le besoin. Puis comme je m'étais portée volontaire pour aider Aley, l'aînée avait définitivement pris la place de serveuse -au grand bonheur de Brin qui venait tous les après-midis à la même heure.

Repérer les clients récurrents était assez facile même sur une seule semaine. Je revoyais tous les jours plusieurs fois les mêmes têtes et Aley me dressait l'inventaire entier de ce qui se savait sur les gens en question. Elle en savait plus que les services secrets apparemment... La réalité sur les gens à double visage me confortait encore plus dans mon opinion sur la confiance.

J'avais été repérée également par les clients. J'étais le nouveau visage du local. On avait demandé à Lyou si j'étais de la famille, une cousine ou quelque chose comme ça. Elle avait éclaté de rire avant de répondre. Effectivement, il fallait frapper fort pour voir une ressemblance minime entre nous. Surtout que j'avais une tête détruite, due à l'an et demi passé en cavale.

- Ils veulent deux bières à la table du fond, m'informa Marcus en s'affalant sur le comptoir devant moi avec son plateau

Je souris et lui ébouriffai les cheveux. Il s'endormait beaucoup plus ces jours-ci. Redécouvrir les nuits de sommeils -au nombre de trois en une semaine- avait eu un effet secondaire : son corps en réclamait toujours plus, pour rattraper tout ce qui lui avait manqué depuis la mort de Mélissa.

Je pris deux chopes et les mis sous la machine qui stockait la bière. Après avoir enclenché le système et tout rempli, je posai les deux verres devant Marcus. Je lui donnai une petite tape sur la tête :

- Les bières sont prêtes, ne les fait pas attendre.

Il se redressant en bâillant et s'étirant :

- Attendre ne fait pas partie de mes fonctionnalités, grogna-t-il

- Tu devrais sérieusement rester au lit demain.

- Non. Trop de travail.

- Pas le jeudi, Marcus. Prend un jour de pause.

Il soupira :

- Seulement à une condition.

Je levai un sourcil :

- Qui serait ?

- Tu prends la journée aussi.

Je sursautai de surprise :

- Mais... Pourquoi ?

- Je veux t'emmener quelque part.

- Où ?

- C'est une surprise. Alors ? On est d'accord ou pas ?

- Je verrai avec Lyou... Je ne sais pas si elle sera d'accord.

Il opina, prit les deux bières, me lança un petit sourire et repartit vers les tables. Je lui avais menti sur Lyou. Je savais qu'elle serait parfaitement d'accord et que si elle pouvait elle nous obligerait même à partir tout de suite. Depuis une semaine, elle nous regardait avec un sourire immense. Lyou n'était pas très joyeuse d'habitude mais elle s'était rendue compte que quelque chose était en train de changer.

Marcus était en train de changer. Et moi aussi. De ce fait, on embarquait tout sur notre chemin. Aley riait tout le temps, Lyou s'ouvrait et se rapprochait de Brin, Vasco redevenait celui que j'avais connu... Ce changement un peu soudain n'était dû qu'à une chose : un espoir. Un espoir que tout enfin s'arrange. Il aurait juste fallu qu'on soit donnés pour morts dans le monde sorcier et tout serait parfait. Nous pourrions enfin vivre tranquilles ici, à Marloes, tous les cinq dans la région hantée.

Oui, tous les cinq. Je n'avais pas l'intention de repartir de cette famille un jour. Mes préjugés d'avant avaient été balayés très vite. Serpentard n'était pas synonyme de mal absolu en réalité. Qui pouvait voir le diable dans les yeux de Vasco ? Dans la fragilité de Marcus ? Dans l'amour de Lyou ? Sur le visage d'enfant grandi trop vite d'Aley ? Le mal et le bien étaient des notions dures à cerner. Qui était le plus mauvais ? Les aurors du Ministère, gentils de l'histoire, gagnants de la guerre, assassins de Mélissa, d'Athena et d'autres ? Ou bien ces soi-disant Mangemorts qui n'avaient pas de sang sur les mains autre que celui qu'ils croyaient avoir à cause de la culpabilité, qui fuyaient pour survivre à la Purge, qui ne désiraient rien d'autre que la vie ? Non, ici la notion était inversée : les bons étaient les assassins et les mauvais étaient innocents. Ma place avait vite été choisie.

- Marcus est un peu plus bavard ces temps-ci, lâcha Lyou en s'adossant au comptoir

- Il m'a demandé si je voulais prendre un jour de pause avec lui demain pour me montrer quelque chose.

Elle sourit :

- Il n'a pas voulu te dire quoi ?

- Il a dit que c'était une surprise...

- Oulà ça promet. Marcus fait des surprises un peu particulières, quand il en fait. Généralement il demande plutôt ce que tu veux.

- Mais ça va si vous perdez deux personnes au bar ?

- Un jeudi ? On se débrouillera. Promenez-vous tranquilles.

- Merci Lyou...

- Si ça te fait plaisir, je suis contente.

La porte du local s'ouvrit sur Brin, qui se dirigea immédiatement vers le comptoir pour nous saluer. Il ferma les yeux en embrassant Lyou sur la joue, un sourire de joie démesuré sur les lèvres. C'est alors que je réalisai qu'il devait l'aimer pour plus que sa beauté indéniable. Lyou était une fille extraordinaire, toujours prête à faire le bien, disposée à tout pour maintenir le bonheur dans sa famille, sympathique, même souriante en réalité mais effectivement elle était surtout magnifique. Au point que déjà arrivés, Justin voulait déjà l'ajouter à son tableau de chasse -malgré leurs sept ans de différence.

Penser à Justin créa une violente boule dans ma gorge. Deux larmes brûlantes strièrent mes joues et finirent leur course sur les doigts qu'Aley avait mis sous mes yeux. Elle me lança un regard inquiet :

- C'est encore les deux imbéciles ?

J'opinai en essuyant mes joues. Elle leva les yeux au ciel :

- Je vais les étriper.

Lyou rit :

- Les autorités s'en chargeront avant toi si tu veux mon avis.

Brin la regarda étrangement :

- Ils sont recherchés ?

Brin connaissait un peu mon histoire. Mais il ne savait rien de l'existence des sorciers dans le monde.

- Vol de voiture, de drogue et disparition, dit Lyou

Pas faux. Mais seulement chez les Moldus.

- Sacré dossier, soupira Brin. C'est dégueulasse de gâcher sa vie avec ces saletés.

- Tu veux quelque chose à boire ? lui demandai-je gentiment

Il sourit :

- Non merci, je venais juste vous voir.

- Je t'offre, lança Lyou. Demande ce que tu veux.

Il eut l'air très surpris l'espace d'un instant mais afficha vite un immense sourire aux anges. Il s'accouda au comptoir et regarda autour de nous :

- Si c'est offert je veux bien une bière...

Je pris une chope à la volée et la remplis de bière avant de la lui mettre devant avec un grand sourire. Il rit et la porta à ses lèvres.

- Vous prendrez des vacances cette année ? demanda-t-il entre deux gorgées

Lyou haussa les épaules :

- Avant le début de la saison haute peut être si tu proposes quelque chose sinon on restera ici comme chaque année.

- Tu voudrais venir en Italie avec moi ? demanda-t-il d'une voix mal assurée

Lyou nous lança un regard hésitant. Elle en avait envie mais son devoir envers nous la retenait. Aley et moi opinâmes en même temps. L'aînée des Flint sourit et se retourna vers Brin :

- D'accord. Tu me tiens au courant ?

Le regard de Brin n'avait pas de prix. Il brûlait si fort que je crus qu'il allait tomber dans les pommes. Il avait un sourire presque inhumainement grand et heureux. Dans un geste incontrôlé, il embrassa Lyou sur la joue, la laissant rougissante et pas sûre de ce qu'elle devait faire. Elle finit par enrouler ses bras -avec le plateau- autour du cou du jeune serveur du Lobster, qui allait finir par exploser de joie.

Je ne savais pas vraiment si je devais me sentir contente ou envieuse. L'homme que j'avais aimé m'avait dégoûtée au plus haut point, détruite de l'intérieur comme si mon cœur avait implosé. Je ne me sentais même plus capable d'aimer. Je voulais oublier et ne plus vivre la douleur d'aimer quelqu'un alors que jamais cette personne ne vous aimera. Justin n'aimait pas les filles comme moi. Il voulait Lyou mais ne savait pas du tout qu'elle n'était pas ce qu'il croyait. Je ne pouvais pas me jurer de ne plus laisser entrer un homme dans mon cœur parce que Vasco et Marcus y étaient déjà entrés malgré que j'en sois effrayée. Et si eux aussi me brisaient ? Et si j'étais encore bercée d'illusions ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir : passer la journée en privé avec Marcus et aborder les sujets sensibles. C'était risqué et je n'aurais jamais tenté le coup pendant la Bohème. Mais cette vie était finie et je n'avais plus rien à perdre.

.

Je m'étirai, laissant le petit vent du soir me caresser le visage. Vasco rit en s'asseyant devant le Nortmai. Il croqua dans un morceau de pain qu'il avait emmené avec lui tandis que je m'asseyais à sa gauche.

- Marcus m'a dit que vous faisiez une sortie tous les deux demain.

Je lui adressai un sourire maladroit.

- Je pense que c'est une bonne idée. Mais s'il te plaît, si tu as l'occasion de lui tirer quelques vers du nez, n'hésite pas une seconde. Il est un peu temps qu'il dise certaines choses à quelqu'un d'autre que moi. Je l'aime de toute mon âme et c'est pour ça que je veux qu'il aille mieux.

- J'y penserai. Dis... Qu'est-ce que tu penses de Brin et Lyou ?

Il haussa les épaules :

- Que du bien. Brin est un gars bien et il temps que ma sœur se donne le droit d'aimer quelqu'un d'autre hors de sa famille. Je préfère que ce soit Brin que ses autres "prétendants". Au moins, il est gentil, intelligent et il l'aime.

- Tu n'aimes personne, toi ?

- Non... J'ai aimé Athena mais Draco Malfoy m'est passé devant. Il y a eu Daphné aussi mais elle aimait Zabini.

- Avec toutes tes soupirantes, tu aurais pu trouver ton bonheur.

- Je n'en avais pas tant que ça, tu sais ? La plupart m'aimaient au début pour mon physique puis elles apprenaient que j'étais à Serpentard et laissaient tomber parce que dans leur réflexion j'allais forcément leur briser le cœur. Elles cherchaient un prince charmant, elles me croyaient le genre de garçon qui les prend pour des objets jetables.

- Tu crois que Susan... Non rien.

- Susan Bones m'aimait vraiment. Tu m'as dit qu'en onze ans elle n'était pas passée à autre chose.

- Tu dois avoir raison...

- Allez ne déprime pas. Ça viendra quand tu en auras besoin et pareil pour moi. D'ici là, juste profite.

- De quoi ?

- De la vie. Vois les choses en couleur, ne te laisse pas abattre au moindre obstacle et surtout, surtout, relève la tête.

Je le regardai en souriant faiblement. Je murmurai un remerciement inaudible, une fraction de seconde avant qu'il ne me prenne dans ses bras. Il me serra très fort, me faisant respirer à plein nez son odeur que j'aimais toujours autant après ces deux semaines. Je fermai les yeux un instant, me détendant dans son étreinte magique. Non, quoi que je fasse je ne pouvais pas ne pas laisser entrer cet homme dans mon cœur. Il était trop adorable.

Je me redressai lentement, quittant un peu à regret les bras de Vasco. Mes yeux tombèrent sur l'enseigne en lettres majuscules rouges du bar : NORTMAI. La question me frappa alors :

- Qu'est-ce que ça veut dire Nortmai ?

Vasco suivit mon regard et haussa les épaules :

- Aucune idée. Il s'appelait déjà comme ça quand on l'a repris. Le propriétaire d'avant était un type un peu malchanceux. Ses deux enfants étaient partis de la maison à seize ans parce qu'ils n'en pouvaient plus et maintenant ce sont des débauchés abonnés au garde à vue. Sa femme est partie alors qu'elle était enceinte du troisième pour aller vivre avec son amant. Il s'est donc retrouvé seul avec le bar. Il l'a vendu, est parti à Londres et puis... On a appris un an après qu'il s'était suicidé.

- Un peu malchanceux ?

- Oui bon c'était un euphémisme. Je ne me suis jamais penché sur la signification du nom.

- Je vois...

- Tu penses un jour revenir dans la lumière du monde sorcier, revoir ta famille et tout ce qui suit ?

- Non. Je pense pas.

- Tu as lu toutes les lettres ?

- Oui... Mais pourquoi Justin les a cachées ? Merlin ça m'énerve de ne plus être capable de le cerner ! Pourquoi cacher ces lettres ? Ce n'est pas comme si elles risquaient de me faire changer d'avis !

- Arrête de t'en faire. Certaines questions sont mieux sans réponse.

J'entendis la porte se refermer derrière nous. Je me retournai brusquement et vis que Marcus était rentré de Marloes où il était allé acheter à manger.

- Va le voir, sourit Vasco

- Est-ce que tu lis dans mes pensées ?

Je lui plaquai une bise sur la joue et me précipitai dans le bar. Marcus était à côté du comptoir. Je me jetai à son cou, manquant de nous renverser au passage. Il éclata de rire et posa tous les sacs au sol. Il entoura ma taille de ses bras et me souleva du sol en me serrant contre son torse.

- T'es pas radine d'affection ces derniers jours, remarqua-t-il en riant

Je fermai les yeux et inhalai son parfum de menthe sans répondre. Jamais je n'aurais cru me sentir autant à l'aise dans les bras de Marcus Flint. Marcus Flint. Pourtant il dégageait de la chaleur très intensément. Je l'entendis bâiller :

- Oh Merlin il faut que je dorme... grogna-t-il comme si c'était une mauvaise nouvelle

- Tu... Tu veux...tu veux faire comme l'autre jour ?

Il fronça les sourcils l'espace d'un court instant. Puis ses lèvres s'étirèrent en un de ses rares sourires doux et tendres :

- Oui... dit-il dans un souffle. Oui, je veux bien.

Il approcha ses doigts de ma joue et la caressa lentement sans me quitter des yeux. Le contact me fit violemment frissonner, causant un sourire sur les lèvres de Marcus.

- Je ne savais pas ce que ça faisait d'être ami avec quelqu'un... murmura-t-il tristement

Je pris sa réplique comme un coup de poing dans l'estomac. Marcus Flint était un garçon que seulement une poignée de personnes ne détestaient pas. Il était insulté à tout bout de champ, à la moindre occasion et il ne s'était jamais gêné pour faire de même avec ces personnes. Il avait choisi d'entretenir cette image négative de lui, on pensait qu'il ne voulait de personne... En réalité, il souffrait. Ne pas connaître l'amitié l'avait beaucoup brisé et personne ne l'avait jamais soupçonné hors de la famille Flint, et Mélissa sans doute.

Je passai ma main dans ses cheveux et la descendis le long de sa mâchoire pour venir ensuite la mettre sur son cœur. Je sentis la pulsation rapide sous mes doigts qui devenaient peu à peu plus chauds, comme une preuve de la vie qui habitait Marcus. Une vie qui se ranimait peu à peu de son long sommeil de glace. Marcus était un homme à mes yeux désormais, pas une statue.

- Allez, sourit-il doucement. On va manger puis on monte dans ta chambre.

Je lui rendis son petit sourire et acceptai la main qu'il me tendait pour aller dîner avec les autres.

.

Allongée sur mon lit, la tête contre le torse de Marcus et les yeux à demi fermés, je bâillai. Je laissai ensuite ma main retomber sur l'estomac de l'ex-Serpentard et fermai entièrement les yeux. Je me sentais dans une drôle de dimension, entre la lumière et les ténèbres. Comme si Marcus était la charnière qui m'équilibrait entre les deux.

- Hannah ? fit-il soudainement

- Mmmm...?

J'ouvris les yeux pour trouver les siens rivés sur moi.

- Est-ce que tu crois en l'amour ?

Je sursautai, grimaçai et passai ma main sur mon front :

- Je ne sais pas, gémis-je. C'est si compliqué... Je... Vu ce qui est arrivé avec la dernière personne que j'aie aimée, j'ai peur que je ne sois plus capable de supporter ça.

- C'était qui ?

Je me redressai brusquement, lui lançant un regard incrédule. Il se moquait de moi, pas vrai ? D'accord on n'abordait jamais le sujet mais il devait absolument savoir de qui je parlais, non ?

- Justin, lâchai-je comme si c'était une évidence

Il fronça les sourcils, une grimace de dégoût déformant ses lèvres :

- Celui qui est parti en pleine nuit sans raisons ?

- C'est ça... Mais tu sais, Vasco pense que je n'ai pas à m'en faire. Il a dit que ça finirai par revenir un jour.

- C'est plus dur que ça en a l'air, Hannah... On ne peut pas passer facilement outre des sentiments très forts qui ont duré trop longtemps.

Il y avait un fort double sens dans ses mots que je n'aurais pas pu capter si Lyou ne m'avait pas raconté la tragique histoire de Mélissa Aidenberg, seul et unique amour de Marcus Flint, ensemble depuis dix ans et séparés éternellement depuis cinq ou six. Presque vingt ans d'amour infaillible. C'était ça son double sens : il ne pouvait pas retomber amoureux d'une autre femme que celle que la mort lui avait arrachée.

- Hannah... Aimer c'est magnifique mais ça fait plus mal qu'un couteau dans le flanc ou un sort de torture. Je sais que tu connais au moins une partie des deux, et je ne doute pas de laquelle, mais n'oublie jamais, jamais, qu'aimer c'est incroyablement beau.

- Tu as l'air si triste en disant ça...

Je plaquai ma main sur ma bouche. Je n'étais pas censée dire ça. C'était comme aborder indirectement un sujet très très très très sensible, que je n'avais pas à amener sur le tapis. Marcus ne broncha pas vraiment, se contentant de s'étirer brièvement avant de répondre :

- Je sais...

- Tu crois en l'amour, toi ?

Bon, tant qu'à aborder indirectement le sujet, suivons les indications de Vasco. S'il arrivait à cracher le morceau, alors on avait pris la bonne pente. Marcus opina :

- J'y crois. J'y crois... Parce que je... Parce que je sais ce que c'est.

Merlin, un pas de franchi ! Je n'affichais pas un faux air surpris, juste un faible sourire qui se voulait rassurant. Marcus ne sembla pas relever ma réaction maladroite car il enchaîna tout de suite :

- Mais c'était il y a bien longtemps. Toujours d'accord pour demain ?

Il avait voulu changer de sujet. Malgré mon agacement, je choisis de ne pas relever et de le suivre dans sa conversation :

- Oui ! Je dois m'attendre au pire pour ta surprise ou pas ?

Je lui lançai un petit sourire taquin pour lui signifier que je plaisantais simplement. Son traditionnel rictus narquois reprit place sur son visage alors que je me retournais pour lui faire face. Il colla son front au mien :

- Au pire et même plus, ma belle...

Je fis semblant de frissonner exagérément, ayant pour résultat de le faire éclater de rire comme jamais. Ce son rare et étonnamment mélodieux résonna si puissamment dans la pièce qu'il traversa les murs, ébranla mon estomac et causa un spasme involontaire de mon corps. Marcus se détendit et me regarda avec un sourire extrêmement doux :

- C'est moi ou tu réussis à me faire rire ?

- Non c'est toi, fis-je en levant les yeux au ciel avec un agacement feint

Il rit et m'ébouriffa les cheveux. Ses bras s'enroulèrent autour de moi, me collant contre son torse alors qu'il murmurait à mon oreille :

- Allez, c'est l'heure de dormir maintenant...

Je tendis la main vers le mur et éteignis la lumière. Ensuite, je me blottis contre Marcus du mieux que je pouvais, son odeur de menthe directement dans mon nez et sa peau sur la mienne. C'était une position qui aurait dû paraître très étrange à tout le monde mais après tout à qui ça importait ? C'était un moment seulement entre nous.

- Hannah... chuchota-t-il après un très long moment de silence

Ses mains caressèrent mon dos frénétiquement comme s'il essayait de me réchauffer. Il me serra encore plus fort contre lui, sa respiration hachée et son cœur battant nerveusement contre ma poitrine.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? lui demandai-je

- J'ai...

Il eut un violent spasme qui eut pour effet d'écraser nos corps si près que j'eus l'impression que nous étions sur le point de fusionner. Quelle sensation étrange... Et même pas désagréable, étonnamment.

- J'ai peur... dit-il d'une voix si brisée et inaudible que je crus ne pas avoir compris

- De quoi ?

- De... De... De dormir...

- Tu n'as rien à craindre. Tu as déjà dormi avant et il ne t'est rien arrivé de mal, non ?

- C'est que... Si je dors... Je...

- Marcus... Dis ce qui ne va pas.

- Les cauchemars. Ils vont revenir.

- Tu en as fait cette semaine quand tu as dormi ?

Je le sentis opiner contre moi :

- À chaque fois...

Je restai immobile un instant à réfléchir à une solution. Les cauchemars de Marcus et sa peur du sommeil, par extension de la mort, étaient une conséquence de sa trop forte culpabilité pour la mort de Mélissa.

Je gigotai et rampai pour rallumer la lumière au-dessus de ma tête. Je m'assis sur le coussin et lui fis signe de s'assoir en tailleur en face de moi. Il me regarda, intrigué, tout en s'exécutant.

- Raconte-moi tes cauchemars, lui ordonnai-je

Je le vis hésiter. C'était le moment ou jamais de franchir le pont entre lien physique proche et véritable amitié. Marcus s'en rendait bien compte et c'était pour ça qu'il ne savait pas vraiment s'il avait à se lancer ou pas. Mais après tout, il s'agissait juste de raconter ses cauchemars, non ?

- C'est quasiment toujours le même... Je cours dans une forêt, c'est la nuit et je suis poursuivi par je ne sais quoi d'invisible... Puis j'arrive vers un petit pont qui traversait une rivière avant que la source ne gèle. Là, je m'approche du vide et je saute. Tout devient noir pendant un moment et je crois que c'est fini, que je vais me réveiller et... Je me retrouve dans le noir complet mais avec des personnages découpés clairement. Il y a ma... Un cadavre de jeune femme allongé sur le sol. Il mue comme... Comme en clignotant. Il passe de l'apparence de... Cette femme... À la tienne.

- La mienne ?

- Le cadavre est tantôt celui de cette femme tantôt le tien... Je ne... Je...

- Et tu sais pourquoi il y a ces cadavres ?

- Non, mentit-il assurément

- Et le rêve se termine là ?

- Non... Une voix se met à m'appeler et encore une fois elle mue entre celle de la femme et la tienne...

- Comment tu sais que c'est celle de la femme ?

- Par... déduction. Les voix répètent chaque fois deux fois la même phrase mais prononcée par une personne différente. Les phrases changent à chaque fois. Et le cadavre clignotant se lève. Il essaye de me prendre dans ses bras mais traverse du vide. Il me regarde, ses yeux qui changent toujours de personne. C'est là que d'autres fantômes arrivent et se jettent sur moi. Avant le noir et le réveil, la dernière chose que je vois c'est ton visage, toi qui hurle mon nom. Alors j'essaye de t'appeler aussi mais c'est trop tard. Je sais c'est un rêve qui n'a aucun sens.

- Tu aimes raconter les histoires qui font peur.

- Parce que tu as eu peur ? me taquina-t-il avec son sourire en coin si typique

- Non mais toi oui, répondis-je sur le même ton

- C'est le but des cauchemars en même temps. Je n'en avais jamais fait des récurrents avant. À vrai dire la dernière fois que j'ai fait un cauchemar avant cette semaine c'était... Il y a plusieurs années.

Cauchemars récurrents... J'en faisais un aussi depuis très longtemps qui revenait occasionnellement. Le petit enfant aux immenses yeux verts qui me regardait, mort. Je n'arrivais pas à me souvenir de si j'avais vraiment vu le cadavre de cet enfant dans la réalité. Mais une chose était certaine : dans la chambre de Marcus, il y avait une photo d'un enfant quasiment identique. Si ce n'était parfaitement identique.

Pourtant j'étais convaincue que jusqu'à l'autre jour je savais de quoi il s'agissait. Je savais mais... Le jour où Justin m'avait donné la drogue hallucinogène... J'étais sûre et certaine qu'avant je savais pourquoi cet enfant venait hanter mes nuits. Certaines choses semblaient avoir été effacées de ma mémoire. Notamment... Une scène vague, floue, que pourtant je savais récente mais qui paraissait appartenir à un très lointain passé. Je distinguais dans une étrange brume des visages. Celui de mes parents, celui de Leila et un autre que j'étais incapable de reconnaître. Je connaissais cet homme mais je ne pouvais pas m'en rappeler.

- Hannah ?

Je sursautai. Les yeux verts de Marcus étaient plantés dans les miens, si puissants, si félins, si profonds, si beaux. Des yeux identiques à cet enfant dans mes propres cauchemars. Ils devaient être liés... Mais comment, pourquoi et qui était ce petit cadavre ?

Le fait que je sois maintenant connectée irréversiblement à Marcus n'était sûrement pas un hasard. Il y avait entre nous une charnière entre nos passés respectifs, notre présent et un futur ou des futurs. Nos chemins s'étaient croisés de nouveau pour une raison encore à découvrir mais la question qui me taraudait le plus était une autre : allaient-il se séparer un jour ?

Quoi qu'il en soit j'avais une nuit et une journée entière à passer avec Marcus et pour une fois j'allais apprendre la leçon. Il était temps que je profite pleinement de chaque moment qui m'était donné, ne sachant pas combien de temps encore nous allions pouvoir vivre sans s'enfuir.

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Verdict ? Positif ou Négatif ? Qu'est-ce que vous avez pensé du chapitre et de ce qui va venir ?

En tout cas merci beaucoup à tous et à toutes.

RDV le 30/5 pour les 1 ans.

Je vous annonce aussi que la bande annonce de Torn peut être visionnée maintenant (pas l'AMV d'avant) sur YouTube : www. youtube watch?v=YFhub7juz_g (enlevez les espaces).

À la semaine prochaine !

ACSD