Hey ! J'ai décidé de poster en avance, plutôt qu'en retard. Donc voilà, chapitre 14 ! Je n'en suis pas très fière mais c'est aussi parce que c'est un chapitre de transition. Vous comprendrez bientôt pourquoi... C'est aussi pour ça qu'il n'est pas très long. Promis, la semaine prochaine se sera bien mieux ! Enfin, j'espère...
Et en plus c'est les vacances ^^ !
RGR :
LeLynxBlanc : Hey ! Merci beaucoup pour ta review et aussi celle pour Au bon moment :) En tout cas, la suite est là et ça me fait plaisir que tu aimes toujours autant :) J'espère que tu aimeras ce chapitre aussi même si c'est sûrement le moins bon de ceux de Torn... À bientôt donc :)
Harry Potter appartient toujours à JKR et à Warner Bros, Torn à Natalie Imbruglia et les lieux mentionnés (hormis le Nortmai) existent tous.
Bonne lecture !
Torn
Nothing's fine, I'm torn
XIV - Tension
Dear agony, just let go of me
Suffer slowly, is this the way it's got to be?
Don't bury me, faceless enemy
I'm so sorry, is this the way it's got to be, dear agony?
Breaking Benjamin - Dear Agony (Dear Agony)
Il était tout entier assis par terre, jouant avec des petits cubes de bois. Pour la première fois, il y avait un décor dans mon rêve, même si ce n'était qu'un immense océan d'un blanc aveuglant. J'étais debout paralysée, contemplant la scène de cet enfant mort qui jouait tranquillement. Tout à coup, il leva ses yeux verts vers moi, me faisant trembler de terreur.
- Tu veux jouer ? demanda-t-il de sa voix qui me parut trop familière
Je m'assis lentement devant lui, tremblante comme jamais. Il ne me quitta pas une seconde des yeux, m'effrayant encore plus.
- Ça va ? demanda-t-il
- Qui es-tu ? demandai-je d'une voix déséquilibrée
Il resta immobile un très long moment, comme le cadavre qu'il était, yeux vides plongés dans mon âme. Puis ses lèvres bleues bougèrent :
- Je t'attendais...
- Ça... Ça ne répond pas à ma question.
- Je suis là...
- Je... Je vois ça mais... Qui es-tu ?
- Un enfant.
- Un enfant mort.
- Plus maintenant.
Plus maintenant ? On ne revenait pas à la vie :
- Ce n'est pas possible. Si tu es mort, tu ne peux pas être vivant à nouveau.
- Sauf si je n'étais pas mort.
- Mais...
- Je suis vivant, Hannah.
Je plongeai dans ses immenses yeux vides et tout à coup, le resta s'éclipsa. L'enfant lui-même disparut, à l'exception de ses yeux. Et quand tout redevint normal, je n'avais plus mon cauchemar récurrent devant moi. J'avais Marcus.
.
Je me redressai brusquement sur le lit en étouffant un cri. La chambre était plongée dans un noir profond, et le seul son qui régnait était le murmure de tous les souffles en déphasage. Je haletais, transpirante et tremblante, encore ébranlée par mon rêve. Qu'est-ce que ça voulait dire "je suis vivant" ? Qui était ce garçon ?
Je me levai, dégageant les couvertures qui couvraient mes jambes, et me dirigeai vers la fenêtre d'où on voyait la rue principale de Marloes, encore vide et simplement illuminée par les lumières urbaines. Le réveil à côté de la tête de Vasco affichait "6:30" en caractères rouges brillants. Nous étions tous dans la même chambre, malgré l'incompréhension de Neil, le responsable.
Le Lobster était notre abri provisoire depuis la nuit dernière. Rien ne garantissait que les Aurors finissent par venir mais même ces maigres probabilités ne suffisaient pas à rassurer Lyou. Elle avait plus peur que tous nous. Elle était convaincue qu'ils approchaient. Nous ne savions toujours pas. Nous attendions. Nous nous cachions. Et nous avions peur.
- Hannah ?
Je tournai la tête. Madame Flint s'était levée du lit que Brin et Neil avaient installé en plus et se dirigeait vers moi. Elle portait la même robe noire qu'hier, et son visage me surprenait toujours autant. C'était une belle femme, mais forte comme personne. Je lui avais très très peu parlé mais elle m'inspirait beaucoup de respect. Elle posa une main sur mon épaule et s'arrêta à ma hauteur :
- Quelque chose ne va pas ? chuchota-t-elle avec inquiétude
Je secouai tristement la tête :
- Ça va... J'ai fait un mauvais rêve.
- Ça arrive souvent quand on a peur.
- Je suis désolée si je vous ai réveillée.
- Non, ce n'est pas toi. Mais Andreas ronfle plus fort que n'importe qui et parfois ça m'empêche de dormir.
- Vous aimez beaucoup votre mari.
Elle hocha la tête avant de sourire tristement :
- Ceux qui sont dans cette pièce sont tout ce qui me reste. J'ai perdu toutes les autres personnes importantes de ma vie. Je n'ai plus de parents, plus de frères ou de sœurs, plus mes neveux. Mon mari et mes enfants sont ce que j'ai de plus cher de monde, et je ferai tout ce que je peux pour ne pas les perdre non plus.
- Comment c'était avant ? Je veux dire... Quand tous ces problèmes n'existaient pas ?
- Ça me parait si lointain et flou... Comme dans un rêve. C'était quand chaque jour était plus beau que celui d'avant. Je n'arrive pas à imaginer si un jour je pourrai à nouveau vivre cette vie.
- Je ne pense pas que je pourrai m'endormir. Est-ce que vous pourriez me raconter votre histoire ?
Elle sourit :
- C'est une drôle de demande, mais oui bien sûr.
Nous nous assîmes par terre, face à face, en tailleur. Madame Flint commença son récit après avoir prit une grande inspiration :
- Je ne vais pas commencer par mon enfance parce que ça n'aurait aucun intérêt. Ce qui est à savoir c'est que j'étais très proche de mes différents frères et sœurs et que j'étais tout au milieu de la fratrie. J'ai rencontré Andreas à Poudlard. Il faisait partie d'une clique de Serpentard assez soudée. Ils étaient toujours fourrés ensemble et ne laissaient personne entrer dans leur cercle. Moi j'étais à Pouffsouffle et j'étais relativement autonome pour mon âge. Je n'avais pas énormément d'amis mais je restais avec mes frères et leurs amis. Je crois que la première fois que j'ai parlé à Andreas c'était... En sixième année. On avait été mis ensemble par notre Professeur de Potions pour un travail. Il n'a pas arrêté de parler de toute la leçon, me racontant tout ce qui lui passait par la tête. Et moi je travaillais en l'écoutant. Quand la leçon s'est terminée, il m'a dit "Je crois que j'ai trouvé quelqu'un an qui je peux parler". Après, à chaque leçon de Potions, il a fait en sorte de se mettre avec moi. Il ne travaillait pas mais il parlait, il parlait. Il racontait tous ses problèmes refoulés, ses frustrations, ses secrets. Et moi j'écoutais. Je le conseillais. Je l'aidais. Et je travaillais en même temps.
Je ris :
- Très équitable.
Elle sourit :
- C'est vrai, oui. Ça a duré toute l'année. Hors des cours, quand on se croisait, il venait me saluer. Il laissait ses amis quelques instants pour me parler vite fait. Et il repartait après m'avoir embrassée sur la joue. C'était une sorte de rituel. En septième année, c'est reparti de la même façon et je me suis surprise à me lever en pensant à Andreas, à avoir hâte de le voir, à rêver de notre "rituel". Pendant nos cours en commun, je suppliais le Professeur de nous installer à côté. Réaction en chaîne, on se voyait tout le temps. Pendant la sortie à Pré-Au-Lard avant Noël, il m'a invitée à me promener avec lui. Et là il n'a pas arrêté de me faire parler de moi. Et il m'a offert un cadeau.
- C'est vrai ?
- Oui ! J'ai été tellement surprise que je n'arrivais plus à parler ! rit-elle. Et en plus je n'avais rien pour lui. Je le lui ai dit et il m'a répondu que ce n'était pas grave. Alors je lui ai quand même offert une bise sur la joue. Normalement c'était lui qui en faisait. À partir de là, tout à changé. On a continué à se voir, on ne restait plus avec nos amis respectifs. Le jour de la St-Valentin, on était à Pré-Au-Lard, et ça peut paraître classique mais c'est là que je lui ai dit que je rêvais d'autre chose la nuit que nous deux en sortie entre amis.
Je ris :
- C'est comme ça que vous l'avez dit ?
- Plus ou moins oui. Il a rit et il a dit que la nuit d'avant il avait rêvé du jour de son mariage et qu'il n'avait vu le visage de sa femme qu'à la fin.
- C'était vous j'imagine ?
- Oui. C'est prévisible mais ça a été sa façon de me dire qu'il m'aimait. Je ne sais pas s'il avait vraiment rêvé de ça mais peu importe. À partir de ce moment, nous n'étions plus amis. On s'est mariés à vingt-quatre ans. À vingt-cinq on a eu Lyou. Ça a été l'expérience la plus éprouvante et incroyable de ma vie, parce que c'est magnifique de devenir mère pour la première fois.
- Ce n'était pas fait exprès d'avoir un enfant tous les deux ans ?
- Non ! dit-elle en éclatant de rire. Absolument pas... Quand Marcus est né, Lyou voulait toujours l'avoir avec elle. Elle me suppliait pour pouvoir le prendre dans ses bras, le porter, lui donner à manger... À la naissance de Vasco, ils étaient très proches. Vasco à une époque était le portrait craché de son frère. C'était impressionnant. C'était comme si l'histoire se répétait. Au contraire, Aley n'était pas comme Lyou. Quatre enfants c'est dur à gérer. Et encore à l'époque je ne mesurais pas que ça pouvait empirer. Surtout qu'à l'époque de la naissance d'Aley, on était en pleine guerre. Je vivais dans la peur constante. Mon frère le plus grand avait été tué par Frank Londubat et Andreas devait s'absenter très souvent. Pour protéger les enfants, je les ai envoyés chez une de leurs tantes pour qu'ils soient un peu loin. Mais ça a mal tourné. Andreas est revenu à la maison un jour avec les quatre enfants dans ses bras. Il m'a appris la mort de leur tante. La guerre a été dure à vivre. Quand elle s'est terminée, ça a été un immense soulagement. On a connu une période stable jusqu'à l'adolescence des enfants. Là c'est parti dans tous les sens. Et à force de pression, je suis tombée malade. On a tous crû que j'allais y passer mais ça s'est bien terminé. Ça a dérapé entretemps. Marcus a craqué, Vasco et Aley n'avaient plus de repères... J'étais dans un état trop instable pour faire quoi que ce soit. Je ne sais plus trop comment la situation s'est stabilisée mais ça a pris un moment.
- Et la blessure de votre mari ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Elle soupira tristement :
- Il a fait une guerre entière et a refusé de faire la deuxième. Après la mort du Seigneur des Ténèbres pour qui il avait travaillé, les anciens Mangemorts ont fait pression sur lui pour continuer le combat. Andreas les a dénoncés et a révélé de nombreuses informations, obtenant en retour sa libération. Il a fait un an et demi de prison. Mais sa trahison est restée vive dans l'esprit de ses anciens camarades. Quand Tu-Sais-Qui est revenu, Andreas a refusé de se joindre à nouveau à lui, même si personne ne croyais au retour du Seigneur des Ténèbres à ce moment/là. Ses camarades ont voulu le tuer. Mais ils se sont rappelés que s'ils le gardaient en vie, ils pourraient menacer Marcus et de Lyou de le tuer s'ils ne les rejoignaient pas. Alors ils se sont contentés de lui lancer un sort qui lui rappelle toute sa vie qu'il était condamné. Sa blessure n'en est pas vraiment une. C'est une malédiction, qui s'infecte très régulièrement.
- Mais la magie qu'elle dégage ne devrait pas..?
- Non. Parce que depuis, on en a perdu la trace. On s'est enfuis en prenant toutes les précautions possibles pour ne pas se faire rattraper. Et tu vois... En six ans, même les nouveaux systèmes mis en place par le ministère ne nous ont pas retrouvés.
- Mais est-ce que c'est la fin ?
Elle jeta un coup d'œil derrière elle et regarda fixement son mari qui dormait en ronflant très fort :
- Hannah... On donnerait tous notre vie pour quelqu'un tu sais. Pour moi ce n'est pas la fin tant que je n'aurais pas versé la dernière goutte de mon sang pour ceux que j'aime. Pour moi ce n'est pas fini tant que la bataille n'est pas gagnée. Pour moi il n'y a pas de fin si les gens savent la vérité.
- La vérité... Mais personne ne veut l'écouter.
- Personne n'a eu le choix. Donnons-le leur.
- Vous voulez qu'on se batte, c'est ça ?
- Un jour on se retrouvera face à un dilemme : prendre la fuite et mourir à coup sûr ou se battre et avoir une chance de gagner. Que choisiras-tu ? Tu ne peux pas encore répondre.
- Je peux.
- Non. Parce que peut être qu'à ce moment-là, ton choix pourra condamner une personne que tu ne peux pas vivre sans. Et ton choix sera influencé par tes sentiments.
- Mais se sacrifier...
- Ce n'est pas un sacrifice. C'est un sacrifice si tu abandonnes quelqu'un à son sort, pas si tu le sauves. L'amour est une fleur, Hannah, il se décline en milliers de pétales tous différents. Il y a celui que tu ressens pour un frère, une sœur, un parent, un ami, pour la vie... L'oublier c'est se condamner.
- Madame...
- Tu peux m'appeler Eva.
- Je... Je ne sais pas si... Enfin je... J'ai déjà eu affaire... À...
- Chut... Ne t'en fais pas. Il y a réalité et illusion. Le meilleur moyen de savoir si tu vis dans l'un ou dans l'autre, c'est la confiance. Tu comprendras ça bientôt.
Elle me sourit et se leva pour aller s'assoir aux côtés d'Andreas Flint. Je me levai à mon tour et la rejoignit. Elle regardait son mari avec tellement d'amour que je ne pus m'empêcher de penser que c'était comme ça que Marcus devait regarder Mélissa.
N'oublie jamais, jamais, qu'aimer c'est incroyablement beau. Combien de temps me restait-il pour en avoir la preuve ? Sûrement pas assez.
.
Lyou sortit de la pièce après avoir pris soin de réveiller Aley et Vasco. Marcus était encore assis dans son lit, tentant sans doute de remettre de l'ordre dans sa tête. Il grogna en se levant. Ses cheveux partaient dans tous les sens, désordonnés comme jamais. Il se frotta les yeux et vint immédiatement vers moi.
- Bonjour, dis-je avec un petit sourire
Il grogna et enroula ses bras autour de mes épaules, enfouissant sa tête dans mon cou. Je souris et passai une main dans ses cheveux. Il avait l'air d'un enfant comme ça... Un enfant vulnérable, tendre, vivant. Un enfant aux yeux verts comme un chat. Non, ça ne pouvait pas avoir un rapport.
Je fis pour me reculer mais Marcus m'agrippa et m'immobilisa avant que je n'aie pu bouger :
- Non... grogna-t-il. Reste comme ça.
Je vis que Vasco nous observait avec un sourire un coin collé aux lèvres. Je lui lançai un regard qui voulait lui signifier de ne pas faire de commentaire. Il leva les yeux au ciel en étouffant un rire. Marcus l'entendit, se détacha de moi et se jeta sur lui. Ils s'écrasèrent tous les deux sur un lit en riant. Aley s'assit sur le rebord de la fenêtre à côté :
- Quand tu les vois, tu ne te dis pas qu'on est condamnés à mort.
- C'est vrai, admis-je avec un sourire mélancolique
- Tu ne sais pas combien j'aimerais que la vie soit comme ça, simple et sûre. Ne pas être en danger à chaque seconde.
- Je suis désolée... C'est de ma faute.
- Non, ce n'est pas la tienne.
Elle passa un bras autour de mes épaules en regardant tristement ses frères et ses parents. Lyou entre à ce moment-là, suivie de Brin. Je me rappelai alors l'excuse qu'on avait servie à Awen et Neil en débarquant au milieu de la soirée : des fuites de gaz. Ne mettions-nous pas les habitants de Marloes en danger par notre simple présence ? Les aurors s'en prendraient-ils à la population ?
- Ça va ? demanda Brin en laissant à manger sur un lit. Vous êtes sûrs de ne pas vouloir manger avec nous en bas ?
- Pas ce matin, dit Lyou visiblement se répétant. On verra plus tard.
- Je pourrai te parler après alors ?
- Si tu veux...
Il s'en alla. Quand la porte fut fermée, Lyou s'effondra sur le lit le plus près et prit sa tête entre ses mains. Le silence tomba alors, lourd comme jamais auparavant. On n'entendait même pas nos propres respirations. Aley se leva, et rejoignit sa sœur pour la prendre dans ses bras. Je fis de même, automatiquement suivie par Vasco puis Marcus. Nous l'entourions tous de nos corps désormais.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda doucement Vasco
- Je n'y arrive pas... lâcha Lyou d'une voix imperceptible
- À faire quoi ? fit Aley
- C'est Brin... Il ne sait pas... Je ne peux pas lui dire que...
Quand Lyou perdait son sang-froid, son armure invisible d'aînée de la famille, elle montrait toute sa vulnérabilité. Elle n'était pas un roc, et elle avait encore la capacité de ressentir autre chose que sa raison implacable. Mais elle avait peur.
Marcus me surprit alors. Il s'agenouilla face à sa sœur, prit ses mains entre les siennes et plongea son regard dans le sien avec insistance. Comme elle refusait de lever la tête, il prit son menton et l'obligea à regarder droit dans ses yeux verts :
- Tu n'es pas obligée à lui mentir. Tu peux lui dire la vérité.
- Mais bien sûr ! maugréa Lyou dont les yeux se remplissaient de larmes. Et je vais lui dire quoi à ton avis ? Au fait, on est des sorciers -tu sais on fait de la magie- et on est recherchés. Au passage, on va bientôt mourir donc j'en profite pour dire au revoir et bonnes vacances en Italie. Réfléchis deux secondes !
- Calme-toi ! Tu peux lui dire tout ça, oui. S'il te prend pour une folle, tant pis. Mais s'il te croit, il comprendra.
- Je ne veux pas qu'il sache ! Il risque de se faire tuer !
- Non. Mais raison de plus pour le lui dire. Il ne se torturera pas toute sa vie. Tu veux lui infliger ça ?
Elle ne répondit pas, évitant scrupuleusement son regard. Alors Marcus attrapa le visage de sa sœur à deux mains et plaqua son front contre le sien, les yeux brillants de détermination :
- J'ai passé six ans à me torturer de questions, Lyou. Tu veux infliger ça à Brin, oui ou non ?
Elle éclata en sanglots, enfouissant sa tête dans l'épaule de son frère. Je regardai Vasco, qui avait un air triste sur le visage. Il se leva et Aley aussi, se dirigeant vers la porte. Je voulus leur demander où ils allaient mais au moment où ma bouche s'ouvrit, je compris.
Les Flint avaient plus à perdre qu'il n'y paraissait de prime abord. Ils avaient tout à perdre sauf ce qui leur avait déjà été arraché. Je ne savais pas quel sort devait être le mien au départ mais je ne voulais pas qu'il soit différent du leur. Ma vie avait pris un sens, un but au Nortmai.
- Hannah... chuchota Marcus en me regardant
Il me tendit sa main. Je n'hésitai pas un instant avant d'y mettre la mienne. Je m'en étonnai l'espace d'une seconde avant de comprendre : la confiance que j'avais perdue en moi et en mon cœur s'était reconstruite. Lentement. En presque un mois. Mais elle était là. Marcus me l'avait rendue.
Il m'attira contre lui et sa sœur. Je sentais leurs battements cardiaques non synchronisés, leurs souffles chauds, les sanglots sonores de Lyou et la peur croissante qui s'emparait de nous. Nous étions condamnés.
- On ne baissera pas les bras, chuchota Marcus. Toi non plus Lyou. Tu t'es battue toute ta vie pour protéger ceux que tu aimes, n'abandonne pas maintenant.
Puis il tourna son regard vers moi :
- On ne sait pas combien de temps on a encore devant nous. Alors tant qu'à ne rien regretter...
Je souris tristement. La porte s'ouvrit sur Vasco, Aley et un Brin désemparé. Ils entrèrent tous les trois dans la chambre et Brin se précipita vers Lyou, qu'il n'avait sans doute jamais vu pleurer. Marcus se détacha et se recula pour les laisser un peu seuls. Il attrapa ma main et m'attira à l'écart :
- La chose la plus triste c'est de voir l'espoir s'écraser au sol alors qu'il venait juste de prendre son envol.
Il posa ses mains sur mes hanches et me colla contre lui. Il me serra si fort qu'il en retint sa respiration. J'enroulai mes bras autour de son cou et cachai mon visage contre le creux de ses épaules. Je sentis l'étreinte de Marcus se resserrer et mes pieds quitter le sol. Il me fit tourner doucement pendant quelques instants avant de me reposer au sol.
Ses yeux verts se plantèrent dans les miens comme d'innombrables fois :
- Merci.
- Pour-pourquoi ? balbutiai-je
- Peu importe. Merci. Je ne sais pas si je l'avais clairement dit avant et vu qu'apparemment on n'a plus beaucoup de temps devant nous... Voilà je voulais que tu saches que grâce à toi, j'ai ressenti une nouvelle fois le bonheur. Et je voulais te donner quelque chose...
Il plongea sa main dans sa poche et en ressortit une manière terriblement familière, noire avec seulement deux lettres en ornement : MF. C'était le bracelet de Mélissa.
- Non... soufflai-je. Non, tu ne peux pas me le donner...
- Et à qui sinon ? Tu lui as rendu la mémoire qu'elle méritait vraiment. Aucune femme qui ne soit pas une de mes sœurs n'a compté autant pour moi depuis la mort de Mélissa jusqu'à ce que tu arrives. Et ce n'est pas parce que je n'en ai pas rencontré.
- Marcus, je suis désolée. Je ne peux pas.
Il prit mon poignet de force et me le passa :
- C'est moi qui te le demande. C'est la dernière chose que je te demande...
- Marcus... Ça a appartient à la personne que tu aimes.
- À celle qui a mon âme. C'est toi qui l'a.
- Marcus...
- Chhh... Ne me pose pas de questions.
Je relevai une chose tout à coup : il m'avait appelée "femme". C'était la première fois que je ressentais ça. J'avais toujours été traitée comme une enfant et lui, non, il voyait ce que personne n'avait vu avant. La dernière personne à qui j'avais demandé de me traiter comme une femme de vingt-trois ans m'avait embrassée horriblement juste avant de me droguer et de s'enfuir.
Ç'aura été mon seul baiser...
.
- Elle est à toi ? me demanda Marcus
La chambre était désormais vide. Vasco, Aley et Lyou étaient allés aider les serveurs du Lobster Pot au rez-de-chaussée et les conjoints Flint étaient en bas aussi, faisant profiter Andreas de l'air frais du matin. Marcus et moi étions restés volontairement seuls. Il avait la guitare entre ses mains.
- Non, dis-je tristement. Elle était à Justin. Il m'avait appris à m'en servir. Je ne sais pas pourquoi il me l'a laissée.
- Tu sais en jouer, c'est vrai ?
- Un peu...
Il s'assit et la mit en travers de ses genoux. Il fit courir ses doigts avec agilité le long des cordes, faisant résonner les premiers accords d'une chanson que je ne connaissais pas.
- You thought you saw a man brought to life... fredonna-t-il. He was warm, he came around like he was dignified. He showed you what it was to cry...
- Marcus...
- Well he couldn't be that man you adored. You don't seem to know or seem to care what your heart is for. And you don't know you anymore...
Il leva ses yeux verts vers moi sans arrêter de jouer :
- There's nothing where he used to lie, my conversation has run dry. That's what's going on... Nothing's fine I'm torn !
Je plaquai ma main sur ma bouche alors qu'il continuait :
- I'm all out of faith, this is how I feel. I'm cold and I am 'shamed, lying naked on the floor. Illusions never changed into something real. I'm wide awake and I can see the perfect sky is torn. You're a little late : I'm already torn.
Son regard revint sur ses doigts alors qu'il enchaînait les accords, laissant les paroles résonner dans mon crâne en boucle :
- So I guess the fortune teller's right. You should have seen just what was there and not some holy light, to crawl beneath my veins and now... I don't care, I have no luck. Do you miss it all that much ? There're just so many things that I can't touch, I'm torn !
Je tombai à genoux devant lui, hypnotisée par le son de sa voix :
- We're all out of faith, this is how we feel. You're cold and I'm ashamed, bounded broken on the floor. Illusions never changed into something real. We're wide awake and I can see the perfect sky is torn. You're a little late, I'm already torn... Oh torn...
Il laissa un dernier accord résonner. Il sourit et reposa la guitare :
- Je ne suis pas doué.
- Je n'arrive pas à y croire...
- Awen m'a appris cette chanson. C'est tout ce que je connais. Et je ne suis pas vraiment doué.
- C'est ça que tu chantais hier ?
- Possible. Mais j'ai changé les paroles pour toi.
Je souris autant que possible.
- Je suis désolé pour ta mère... chuchota-t-il comme s'il avait besoin de lâcher un poids qui lui oppressait la poitrine
Je hochai la tête :
- Pas autant que moi...
Il s'agenouilla par terre et me serra très fort dans ses bras. Je m'autorisai à fermer les yeux et cessai de retenir les larmes que je contenais. Je me laissai aller contre le torse de Marcus, pleurant le plus doucement possible.
- Je ne peux... pas prétendre que la Terre s'arrête de tourner pour... Pour moi, hoquetai-je entre deux sanglots
- Tu as le droit d'être en deuil, Hannah, personne ne t'en voudra.
- On... On a des ennuis... Plus graves et...
- Chhh... Ça a été sans doute le mois le plus difficile de ta vie et...
- Mais le meilleur.
Il sourit :
- Comme quoi le bonheur n'est pas dans la facilité.
Je ris entre deux sanglots. Pourquoi avec Marcus même la peine la plus profonde ne semblait pas insurmontable ? Pourquoi lui, qui connaissait bien la souffrance, arrivait-il à alléger la mienne si facilement ? Qu'est-ce qu'il y avait entre nous qui n'était sûrement pas une œuvre du hasard ?
J'essuyai mes larmes et lançai un immense sourire à Marcus. Ça me paraissait encore incroyable que ce soit lui qui m'ait tirée de là. Mais il n'y avait aucun hasard si quand j'étais en pleine crise, abandonnée par ce en quoi j'avais placé toute mon âme, c'était lui qui avait débarqué, alors qu'il ne me cherchait pas. Aucun hasard si ça avait la dernière personne de leur fratrie de laquelle je me sois rapprochée. Aucun hasard si il avait réussi à dormir avec moi. Aucun hasard si en sa présence j'avais l'impression de renaître de mes cendres.
Deux âmes déchirées peuvent en créer une seule.
Jamais de ma vie je n'abandonnerai les Flint et Marcus. Jamais je ne laisserai qui que ce soit me les arracher. Jamais. Non jamais. C'était ça la vie que je voulais, c'était ça le monde auquel je voulais appartenir. Je n'en avais rien à faire que ce ne soit pas un monde de lumière. Ce que je voulais c'était ça, juste ça.
La vie n'avait plus de sens sans Marcus et sa famille.
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.
.
Et voilà... Verdict ? C'était quand même passable ? C'était un chapitre de transition, donc attendez-vous à un changement dans le chapitre 15 :)
Laissez-moi savoir ce que vous en pensez...
Merci infiniment et à la semaine prochaine !
ACSD
