Chapitre VIII : Confiance.
« De toute façon, dès que je croise une fille dans la rue, tu penses automatiquement que j'ai déjà couché avec elle... » Se désola Alex en secouant la tête avec fatalité, mais sa voix était plus forte qu'à l'ordinaire, soit parce qu'il haussait le ton dans le but de couvrir le bruit de l'océan et des sifflements stridents du vent, soit pour montrer qu'il assumait pleinement le fait d'être un dragueur sans attache.
« Peut être parce que c'est le cas ! » Riposta Scott avec entêtement, qui n'était apparemment pas prêt à donner raison à son frère.
Les jumeaux souhaitaient toujours gagner leurs combats verbaux, si bien qu'une chamaillerie – qui démarrait sans que l'on en sache réellement la raison – pouvait durer des heures.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Ne sois pas jaloux de mon charme ravageur, frérot... » Le défia Alex, avec un sourire narquois si confiant que Scott faillit renoncer, mais il avait hérité de la même fierté écrasante que celle de son frère, alors il poursuivit avec férocité :
« Jaloux ?! S'indigna-t-il en levant frénétiquement ses deux bras en l'air, A chaque fois que l'on emménageait dans une ville, tu avais un surnom attribué par toutes les commères du village précisément parce que tu couchais avec toutes les filles ! »
Certes, sa voix était contrariée, mais pas du tout haineuse. Elle contenait même un certain amusement, malgré tout.
« Balances des exemples, Scott ! » Intervint Erik avec une curiosité qu'il espérait dissimulée, même si son sourire amusé était plus que visible.
« Le Dépuceleur, L'aimant à femmes... Récita méchamment le brun avec concentration, en appuyant sur l'un de ses doigts à chaque trouvaille avec son index, comme s'il les comptait.
« Ne les dis pas à voix haute... » Grogna Alex en passant une main sur son front pour tenter de cacher la rougeur cuisante de son visage, tandis que les épaules d'Erik étaient secouées par un rire silencieux.
« Le réconfort des veuves, L'attrape-Tout, et mon petit préféré : L'attrape-Culotte... » Continua Scott, imperturbable, une étincelle victorieuse pétillant dans ses yeux.
Il gardait le contact visuel avec son frère, pour rendre l'humiliation encore plus brûlante.
« Ta gueule... » Maugréa le blond, qui serrait les dents à s'en faire mal.
« Je continue ? »
« T'es tellement un rabat-joie... J'ai juste un charisme incroyable... » Se défendit Alex, en se recoiffant d'un geste théâtrale.
« Tu parles ! Le contredit une nouvelle fois Scott en levant les yeux au ciel, Tu as reçu plus de gifles que de '' oui''. »
« Des idiotes qui ne savent pas se qu'elles ratent. » Marmonna Alex avec une mauvaise foi évidente.
« Ou alors, des idiotes qui sont insensibles à ton charisme incroyable... » Le taquina Erik, imperturbable face à la fureur feinte du blond, qui souriait discrètement malgré tout.
« Alors comment t'expliques que j'ai plus de petites amies que toi ? » Demanda Alex à son jumeau.
« Elles ont pitié... » Susurra Scott, parfaitement sérieux.
Le blond lui jeta un regard venimeux, mais son jumeau resta de marbre.
« Ou elles sont désespérées... » Ajouta Erik en inclinant pensivement la tête sur le coté, soutenant Scott dans l'unique but de contrarier Alex.
« Je rêve ! Je reçois des leçons de moral de la part d'un adolescent qui offre des fleurs ! » Riposta le blond, qui n'avait pas encore abattu toutes ses cartes, en désignant son frère du doigt, un air presque vicieux gravé sur ses traits.
Vu la manière dont la mâchoire carrée de Scott se contracta, Erik sut que le blond avait visé juste.
« Offrir des fleurs à une fille est une bonne idée... » Dit le russe, en lançant un regard rassurant vers le brun, mais Alex éclata de rire :
« Ouais... Quand elles ne sont pas piquantes ! Il a fallu des heures à la dernière conquête – si ce n'est la seule – de Scott pour enlever les épines enfoncées dans son doigt. »
« C'est mieux que tes techniques de drague ! Tu baragouines toujours le même baratin : ' Votre beauté n'a d'égal que le goût merveilleux de la bière'. »
Il parodiait la voix de son frère, en effectuant d'amples mouvements fluides du bras pour injecter de la théâtralité à son imitation.
Alex lui tira puérilement la langue, mais ne démentit pas, et il détourna le regard, pour éviter d'avoir le triomphe qui tordait les traits si semblables aux siens de Scott dans son champ de vision.
En silence, le blond sortit nonchalamment une cigarette de la poche de sa veste marron trouée au niveau de l'épaule droite, la porta à ses lèvres gercées, et alluma son bout avec un briquet tellement usé qu'il marchait une fois sur deux.
« Tu sais que fumer ne sert à rien, à part détruire tes poumons, Alex ? »
La voix d'Erik était mi-mutine mi-réprobatrice, mais le tout mélangé donnait une nonchalance qui était tout de même à moitié feinte.
Après avoir tiré sur sa cigarette logée entre ses deux doigts, Alex lui jeta un regard profondément ennuyé, et il ne se donna même pas la peine de dire à Erik qu'ik n'était pas sa mère, ou même d'aller se faire foutre.
Cependant, cette insulte fut parfaitement transmise quand le blond souffla délibérément sa fumée restante sur le visage de Lehnsherr, sous le sourire complice de Scott qui leur tournait le dos, étant ainsi face à l'océan, ses deux avants-bras tranquillement appuyés sur la large barrière claire qui le protégeait du bord.
« Laisse tomber, Docteur, Ria le brun sans même se tourner vers Erik pour lui faire face, Le jour où tu convaincs mon frère d'arrêter de fumer, j'arrêterai moi-même. »
Avec un sourire mutin accroché à ses lèvres, Scott accepta naturellement la cigarette que son jumeau lui tendit, et il tira une longue latte à son tour.
Les jumeaux, accompagnés d'Erik, s'étaient dirigés à l'extérieur, au Pont C supérieur, juste après avoir pris leur petit déjeuner. L'air matinal était frais, presque piquant, et même si les passagers des Troisièmes Classes étaient habitués au froid mordant, le pont n'était pas fréquenté, à cette heure-ci.
De plus, l'air salé de leur environnement était si humide et lourd à respirer qu'ils tressaillaient de nombreuses fois, leurs os glacés, sans pour autant se décider à aller ailleurs.
« Arrête de regarder la mer comme ça, Ronchonna Alex en s'adressant à son frère, On dirait que tu vas l'inviter à danser... Ne lui offres pas de fleurs si tu veux une chance. »
« Passionné par l'océan, Scott ? » Demanda Erik en arquant son sourcil droit, mais sans aucune moquerie dans son ton, contrairement à celui d'Alex.
A vrai dire, Lehnsherr était assez impressionné de voir le brun détendu et imperturbable, fixant en toute quiétude les vagues qui ondulaient, et qui entraînaient le paquebot dans sa danse.
Scott était un véritable centre de paradoxes : Il avait hérité du caractère espiègle, impulsif et spontané de son jumeau, mais il détenait aussi une sérénité qui apparaissait sans prévenir, donnant ainsi l'impression qu'il y avait deux personnalités enfermées dans un seul corps d'adolescent.
L'irréfléchi et le sensé. L'ardent et le calme.
« C'est mon élément préféré » Révéla-t-il doucement, en lui lançant un bref sourire par dessus son épaule, tandis qu'Erik se levait du banc sur lequel il était assis dans un soupir résigné, pour le rejoindre en deux enjambées.
Quand le russe lui demanda la raison, le brun reposa son regard calme sur l'océan qui s'étendait à perte de vue, et il démarra son explication d'un ton monotone, mais fermement convaincu :
« L'eau est la source principale de vie. Si tranquille. Si limpide. Si... faussement innocent. On associe l'eau comme étant purificateur, comme étant faible. Ce n'est pas le cas. L'eau nous fait vivre, mais elle peut aussi nous anéantir. Aussi calme et vitale qu'elle puisse être, elle détient une puissance infinie. Une simple vague pourrait faire chavirer, et détruire, tous les paquebots qui flottent... »
« Sauf le RMS Titanic. » Objecta Alex avec humour, mais Scott garda son sérieux en soupirant tristement, un air grave se peignant d'un seul coup sur ses traits d'habitude si joviaux.
« Rien ne peut battre la Nature, Alex. On doit être humble, et accepter le fait qu'on soit totalement à sa merci. Nous pensons naïvement que nous la contrôlons, mais ce n'est qu'un leurre. Je peux t'assurer que malgré la solidité légendaire du Titanic, quelques heures suffiraient à l'océan pour l'engloutir tout entier. Des années de construction par la main de l'Homme, réduites à néant en un rien de temps, par un simple liquide. »
Devant le silence songeur et craintif que ses sombres constatations amenèrent, il résuma d'un air faussement détaché : « L'eau est vitale, mais destructrice. »
« C'est le cas de tous les éléments : Vital, mais destructeur. » Commenta Erik en haussant les épaules, comme si cette vulnérabilité humaine était sans importance à ses yeux, alors qu'elle lui glaçait le sang en secret.
Lehnsherr ne se sentait pas différent des êtres humains sur ce point là. Son don ne faisait pas le poids contre les éléments de la Nature, et il serait stupide de prétendre le contraire, juste pour se donner des illusions de sécurité.
Alex affichait une mine sérieuse, lui aussi. Le pétillement mutin et vif qui brillait dans ses iris était anormalement absent, et il fumait d'un air pensif qui ne lui ressemblait pas :
«Je préfère l'Air, Révéla-t-il après quelques instants de réflexion, Léger et immatériel. Il prend tout l'espace, omniprésent, mais il est invisible. On voit iniquement les traces et les conséquences de son passage. Les toits déchirés et les arbres arrachés du sol... L'Air est... libre. Indomptable. Et toi, Erik ? »
« Le Feu, Répondit-t-il sans aucune hésitation, Positivement, il nous apporte chaleur et lumière, nous protège des animaux et de l'obscurité. Il nous permet aussi de faire cuire des aliments immangeables s'ils étaient crus. Pourtant, aveugle, il devient incendie, et repend la mort sur son passage. »
Même si le sujet de conversation n'était pas joyeux, Erik appréciait avoir cette discussion sérieuse avec les jumeaux, et ce sentiment était visiblement réciproque parce qu'ils se sourirent simultanément, contemplant l'océan dans un silence qui n'était pas oppressant, bien au contraire. Il était agréablement paisible.
Soudain, Alex grogna avec sécheresse, brisant ainsi l'ambiance tranquille dans laquelle ils étaient plongés depuis plusieurs minutes :
« Frérot, tu es sûr qu'il y a uniquement du tabac dans ma cigarette ? »
Devant le regard interrogateur que lui lança Scott, il désigna d'un geste sec du menton un endroit opposé avec un mépris évident, alors les deux autres hommes se retournèrent dans un même mouvement pour jeter un coup d'œil vers la direction indiquée.
« Bonjour, Erik ! » Le salua fortement Charles au loin, toujours avec ce même sourire éclatant vissé sur son visage de porcelaine.
Dire qu'Erik avait été surpris de voir Charles Xavier se diriger tranquillement vers lui fut un bel euphémisme.
La première pensée qui traversa son esprit fut que tout ceci n'était qu'une hallucination, mais la voix aimable de Charles était trop unique pour être imitée par son subconscient.
Un timbre aiguë, limite enfantin, mais qui détenait une sagesse et une douceur incroyable, la rendant ainsi plus virile et mature que n'importe quelle voix grave.
De plus, croiser ses yeux saphirs – même à cette distance – si incroyablement bleus que le ciel lui-même paraissait fade, le sortit de sa torpeur, et la réalité le rattrapa.
Avec attention, il observa son interlocuteur qui se dirigeait vers lui d'une démarche lente, souple, et féline. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de la silhouette élégante et chic du télépathe, comme hypnotisé par la classe que ce dernier émanait.
Charles le jaugeait avec une telle sérénité qu'Erik était persuadé qu'il aurait les mains enfoncés dans ses poches si son rang social le lui permettait.
Comme s'il était tout à fait normal de venir en Troisième Classe – avec un costume sans doute plus cher que tout ce que possédaient les passagers de ce pont – il ne semblait pas mal à l'aise, et saluait même les quelques passants qu'il croisait pendant sa marche par quelques hochements de tête aussi polis qu'assurés.
D'ailleurs, les regards curieux, voire hostiles que lui jetèrent certains d'entre eux prouvèrent que le télépathe ne maintenait aucune illusion pour modifier ses vêtements luxueux, s'affichant ainsi sans aucune honte.
Charles savait que personne ne viendrait l'aborder ou le critiquer, parce que l'ambiance des Troisièmes Classes était beaucoup plus détendue que celle des Premières, alors personne, à part les stewards, le virerait.
Les deux autres pensées qui enchaînèrent la première furent de se demander quelle était la raison de sa venue, et comment avait-il su qu'il était sur ce pont.
Pourtant, à aucun moment le contrôleur de métaux ne regretta la présence surprenante de Charles, même en prenant en compte ses sages résolutions prises pendant la nuit.
Un silence effaré suivit leur vision, et ils étaient tous les trois figés sur place, comme s'ils craignaient que le mystérieux visiteur ne soit qu'une bête sanglotante qui les déchiquetterait en morceaux au moindre geste brusque.
« Je me ferais du soucis pour toi, si ta toute première hallucination causée par la drogue serait un Cul-Serré ! » Railla doucement Scott à l'oreille de son frère.
« Qu'est ce que vous faites ici ? » Demanda sèchement Erik quand Charles fut à sa hauteur.
Il perçut l'agitation des jumeaux à coté de lui, ces derniers ne s'étant manifestement pas attendus à ce que le russe le connaisse personnellement.
La rudesse de son ton ne parvint pas à effacer le sourire du télépathe, bien au contraire, car ce dernier se mit à rire discrètement, en plaçant l'une de ses mains devant sa bouche, par réflexe de politesse.
« Je me suis perdu... C'est adhérant comme les indications ne sont absolument pas claires... » Répliqua-t-il avec nonchalance, mais ses yeux pétillaient d'espièglerie.
Erik se mordit la lèvre inférieure pour ne pas sourire, mais ses yeux gris riaient à la place de sa bouche.
« Ou alors, vous avez un faible pour les rats. » Répondit-t-il, sans pour autant se départir de sa froideur, mais cette marque de méfiance de perturba pas Charles le moins du monde, qui l'accepta humblement sans broncher.
Le fait que le télépathe ignore les jumeaux ne plut pas à Alex, qui intervint d'un ton courtois horriblement forcé tant l'ironie était forte :
« Bonjour à vous aussi, enchanté de vous rencontrer ! Vous ne vous payez pas des cours de politesse, en Première Classe ? »
Erik était sur le point de défendre le passager de Première Classe – d'ailleurs, il en fut le premier étonné – mais il lut dans le regard assuré de Charles que ce dernier gérait la situation, alors il le laissa se débrouiller seul, sachant que le télépathe n'était en aucun cas, une demoiselle en détresse, et qu'il se défendait parfaitement bien seul.
Charles était, de toutes manières, plutôt le chevalier servant...
« Un problème avec votre briquet, jeune homme ? » Demanda-t-il soudainement, sans pour autant quitter Erik de son regard intense habituel qui donnait l'impression qu'il vous transperçait, et qu'il voyait à travers vous.
En effet, la cigarette d'Alex s'était éteinte sous le vent violent, et il peinait pour la rallumer avec ce foutu briquet cassé, mais il avait bien trop d'amour propre pour l'affirmer.
D'ailleurs, le russe ne manqua pas le coup d'œil curieux que lança Charles à la cigarette concernée. Sans doute avait-il une sensation étrange de voir quelqu'un fumer sans fume-cigarette, mais il n'y avait aucun dégoût dans ses prunelles douces.
« Quel sens de l'observation... » Railla le blond d'une voix grinçante, en fusillant le fortuné – et son briquet – du regard.
Charles rit sincèrement, et sans un mot, il plongea sa main dans la poche de son veston couleur crème, en sortit son propre briquet, avant de le lui lancer sans ménagement, qu'Alex réceptionna en plein vol avec agilité, sans un mot de reconnaissance, mais le rictus dégoûté qui tordait ses lèvres s'atténua légèrement.
« Comment avez-vous fait pour venir ici ? » Demanda précipitamment Erik.
Il ne savait pas s'il était agacé ou impressionné. Sans doute un mélange confus des deux...
« Je peux être persuasif... D'autres questions ? » Fut la seule réponse qu'Erik obtint, mais elle fut largement suffisante pour comprendre le message global.
Quand le russe ouvrit la bouche, la voix sèche de Scott se fit entendre à coté de lui :
« Je pense que 'Qu'est ce qu'un Cul-Serré fait sur un pont de Troisième Classe' est une bonne question, n'est-ce-pas Erik... ? » Demanda calmement le brun, mais avec une hostilité si puissante que le grondement désapprobateur d'Erik passa totalement inaperçu.
Cette fois-ci, l'impulsivité de Scott avait pris le dessus sur le garçon calme et sensé qu'il pouvait être...
Les yeux toujours aussi doux de Charles se posèrent calmement sur l'adolescent qui s'était dangereusement avancé, le dépassant ainsi de quelques centimètres, mais la différence de taille ne dérangea pas le télépathe.
Il sourit avec indulgence quand Scott croisa ses bras devant son torse avec entêtement.
« Vous vous moquez de moi ? » Demanda Charles d'un ton qui cherchait l'apaisement, ne semblant pas le moins du monde outré puisqu'il souriait, comme si se faire agresser verbalement était un passe-temps hilarant à prendre à la légère.
« Quand on se moquera réellement de vous, on le fera publiquement. C'est bien plus marrant. » Riposta Alex, avec moins de sécheresse qu'auparavant.
« Surtout quand les insultes sont bien imaginées... Je n'avais jamais entendu 'Cul-Serré' une seule fois... Vous avez une sacrée imagination ! » Rajouta calmement Charles, en souriant avec amusement.
Les jumeaux cherchèrent une quelconque trace d'ironie dans cette réplique, mais il n'y en avait aucune, ce qui les déstabilisèrent quelque peu.
Erik réprima un sourire amusé devant leur mine surprise teintée de méfiance. Lui aussi avait été effaré par l'attitude tranquille et gentille à toutes épreuves du télépathe, alors il comprenait leur perplexité.
D'ailleurs, Alex le fixa pendant un long moment, comme s'il s'attendait à ce que le masque d'amabilité de Charles ne tombe comme une pierre, pour révéler la vexation et la férocité du fortuné, mais il fut obligé de constater que ce dernier était horriblement sincère.
« T'entends ça, Alex ? Il dit que j'ai une imagination débordante ! Prends en de la graine ! » Railla le brun, et Erik se décida d'intervenir :
« Très mature, Scott... Excusez-les... Ils sont... » Il chercha le mot adéquat pour qualifier les deux têtes de mules qui lui servaient... d'amis, mais Charles la devança avec compassion :
« Jeunes. »
Erik opina avec timidité, tout en les fusillant du regard en se raclant la gorge pour chasser son embarra, mais Charles parla de nouveau, comme si cette joute verbale n'avait jamais existé :
« Puis-je m'entretenir en privé avec votre ami ? » Demanda-t-il poliment, et il ne cilla même pas quand il vit le dangereux éclat d'agacement assombrir les yeux d'Alex :
« Vous nous demandez de partir comme ça ? Vous êtes sur notre partie du paquebot, alors c'est à vous de dégager ! »
Il savait qu'il sur-réagissait avec impulsivité, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était plus fort que lui.
« Qui manque de cours de politesse, à présent ? » Attaqua Charles sans hostilité, mais sans bienveillance non plus.
Contre toute attente, cette riposte déclencha un sourire franc de la part du blond.
Son air rancunier fut totalement gommé de son visage, révélant un amusement qui illumina ses traits juvéniles, même s'il était encore loin d'être amical.
« Alex Summers. » Se présenta-t-il platement en lui tendant simplement la main, que Charles serra avec contentement dans un petit hochement de tête satisfait.
Le blond lui rendit aussi son briquet, en le lui lançant avec plus que brusquerie que nécessaire, mais le télépathe le rattrapa dans les airs avec une telle facilité qu'on aurait pu croire qu'il exerçait cela toute sa vie.
Erik ne put qu'être impressionné par la capacité de Charles à rendre n'importe qui aimable avec lui, même les jumeaux, qui lui tenaient pourtant une rancœur tenace à cause de sa fortune.
« Scott Summers Soupira le brun à contre cœur, en effectuant un simple hochement de tête en guise de salutations.
« Alex ne t'a encore une fois pas présenté... Il ne parlera jamais de toi. » Remarqua Erik avec un sourire mutin, et Scott haussa les épaules, tandis qu'Alex le traînait déjà son frère au loin.
« Normal... Il n'aime pas se vanter. » Murmura Scott près d'Erik, en lui adressant un clin d'œil sournois et complice, avant de laisser les deux surdoués seuls.
« Et bien, votre première soirée en cabine a dû être mouvementée. » Constata platement Charles, tandis qu'il suivait des yeux les silhouettes des jumeaux qui s'éloignaient.
« Comment savez-vous que l'on partage la même cabine ? » Demanda Erik, mais sans aucune suspicion ou méfiance dans son ton neutre.
Il savait intentionnellement que Charles n'avait pas lu leurs esprits, mais c'était assez agaçant de toujours questionner le savoir étendu du télépathe.
Le sens de déduction développé de Charles était impressionnant, mais pas étonnant. En effet, celui-ci savait mieux que quiconque comment fonctionnait un être humain, alors sa compréhension était logique.
« Parce que personne d'autre ne serait avec vous volontairement. » Répondit-il fermement, comme si c'était l'évidence.
« Je ne suis pas si horrible que ça ! » S'indigna Erik, un air sincèrement vexé tordant ses traits.
«Vous n'accepteriez jamais des jumeaux autour de vous, à moins d'avoir été forcé de les rencontrer... Donc, vous partagez la même cabine. » Répondit sagement Charles en lui souriant.
Puis, il ajouta en plissant les yeux sous la concentration : « Horrible ? Non, je vous l'accorde, vous ne l'êtes pas. Asocial, oui... »
Son ton était tellement attentionné qu'il pourrait lui énumérer toutes les insultes existantes et les faire passer pour un doux compliment aux oreilles du russe.
« Certes, Accorda Erik en lui rendant brièvement son sourire, Alors, que faites-vous ici ? »
« Faut-il une raison particulière pour rendre visite à un ami ? » Demanda innocemment le brun, en se tournant vers lui pour lui faire totalement face.
Erik faillit répliquer qu'il n'avait aucun ami, et qu'ils ne se connaissaient que depuis un jour, mais ces mots tranchants n'arrivèrent pas à sortir de sa bouche et restèrent prisonniers dans sa gorge, pour une raison inconnue.
« Pour la plupart des gens, oui. » Répondit-il sèchement.
Cette remarque fit illuminer le visage lisse de Charles, et son sourire s'élargit, si c'était encore possible.
« Je ne suis pas la plupart des gens, dans ce cas? » Releva-t-il avec un contentement évident.
« Non, Révéla Erik sans hésitation, Vous êtes bon. » Même s'il délivrait un compliment, sa voix était froide, et tellement désolée que le télépathe comprit que ce n'était pas une bonne chose, selon le contrôleur des métaux.
« Je sens un 'Mais'... » Pressa-t-il tranquillement, sans animosité.
« Mais vous êtes trop bon pour votre propre bien. Vous le payerez, tôt ou tard. »
Ce n'était pas une menace, mais juste une constatation délivrée sur un ton plat.
« Peut être, Admit tranquillement le télépathe, Mais tout le monde a besoin de quelqu'un de trop bon, un jour ou l'autre. »
Cette riposte rendit le russe muet pendant un temps, parce qu'il avait la très nette impression qu'il était explicitement visé.
Comme si, lui, Erik Lehnsherr, avait besoin d'aide. Ridicule.
« Ah oui, vous êtes l'altruiste de l'histoire... Le chevalier servant. » Railla Erik sans dégoût, l'ombre d'un sourire passant sur son visage indéchiffrable. Puis, il ajouta, quand Charles opina avec fierté : « Et je suis la demoiselle en détresse, selon vous? »
« A vous de me le dire. »
Erik se pinça nerveusement ses lèvres – un geste qui n'échappa pas aux yeux vigilants de Charles – mais il décida d'abandonner le sujet, sachant que cette conversation ne mènerait nulle part :
« Que faites-vous réellement ici ? »
« Me faites-vous confiance ? »
Erik détestait quand on répondait à une question par une autre question pour éviter la première.
Il était sur le point de montrer son irritation de façon claire et précise, mais Charles enchaîna assez précipitamment, ne lui laissant ainsi pas le temps de répondre : « Avez-vous peur en ma compagnie ? »
« Oui. » Acquiesça Erik, sans réfléchir.
Pour la première fois depuis qu'il avait rencontré Charles, Erik lut un lourd accablement inonder son visage délicat, et ses yeux bleus clignotèrent de déception.
Le télépathe avait toujours l'air confiant et maître de toute situation, mais quand ce dernier se pinça les lèvres en opinant tristement avec compréhension, ses épaules s'affaissant comme par honte, Erik regretta amèrement ses mots, alors il les rectifia avec franchise :
« J'ai peur parce que je n'ai pas peur. »
« Pourriez-vous être plus spécifique ? » Riposta Charles assez froidement, mais la légère lueur d'espoir qui brûla brièvement dans ses yeux n'échappa pas à Erik, qui retint un soupir résigné :
« Je devrais avoir peur de vous. Je devrais être effrayé par vos capacités, mais ce n'est pas le cas. Je vous fais confiance, parce que je sais avec certitude que vous n'abuserez jamais de votre pouvoir, et cette confiance me fait peur, parce que je n'en ai pas l'habitude. »
Si Erik devait nommer avec précision l'émotion qui s'afficha sur le visage de Charles, il choisirait le soulagement, mélangé à de la gratitude, car tous ses traits contractés se détendirent d'un coup.
« Vous êtes la deuxième personne à prôner sa confiance envers moi, Murmura le télépathe d'une voix si basse que le russe dut tendre l'oreille pour mieux l'entendre, Pourquoi ? »
Quand ses paupières s'affaissèrent, Erik se donna comme but de le soulager, parce qu'il haïssait cet abattement si inhabituel gravé sur ce visage si doux :
« Parce que vous m'avez donné des raisons de vous faire confiance. » Répondit naturellement Erik, en haussant les épaules, comme si c'était l'évidence.
Il était assez gêné d'avoir cette conversation sentimentale, mais il la jugeait nécessaire pour le bien être de son interlocuteur, alors il l'acceptait sans broncher.
« Alors, Se lança Charles en déglutissant péniblement pour se donner du courage, Si vous me faites confiance, vous devez savoir que je ne fouillerais pas dans votre passé, sans votre consentement. Hier, j'ai capté votre rage et votre peine, comme vous le savez sûrement déjà, mais je n'en chercherais pas la raison. Vous avez vos secrets, j'ai les miens, et je ne les découvrirais pas à ma manière. Vous avez ma parole. »
« Vous saviez que j'allais devenir distant... » L'accusa Erik, mais sans aucune hostilité.
Il avait maintenant l'habitude d'être aussi prévisible avec Charles, alors il autorisa même un petit sourire fier de naître sur ses lèvres.
« C'est pour cette raison que je suis venu ici. Pour vous convaincre de continuer nos parties d'échec et notre arrangement. »
Charles se sentait horriblement ridicule, mais Erik qualifia son attitude timide comme étant adorablement mignonne.
« Vous êtes une horrible tête de mule... »
« Déterminé. »
« Vous avez quand même traversé tout le Titanic et vous vous êtes infiltré illégalement dans la Troisième Classe, juste pour demander une autre partie d'échec avec... » Résuma Erik d'une voix incrédule, même s'il admettrait jamais à voix haute qu'il appréciait secrètement l'engouement du télépathe.
« Les ascenseurs électriques réduisent la distance. » Plaisanta Charles avec un sourire timide au coin de ses lèvres rouges.
« ...Avec un voleur de Troisième Classe... » Continua Erik avec une fausse nonchalance.
« Avec un ami. » Rectifia fermement le télépathe.
Erik l'observa pendant un long moment, et Charles resta parfaitement immobile, comprenant le combat interne qui faisait rage dans l'esprit du russe, alors il attendait sagement sa décision, sans jamais le quitter de ses yeux clairs presque suppliants, prêt à accepter noblement toutes les possibilités.
« Je prends les Noirs. » Décida Erik, avec un temps assez long de réflexion.
Quand Charles sourit, révélant ses dents blanches parfaitement alignées, Erik sut qu'il aurait vendu son âme, seulement pour contempler ce sourire éclatant éternellement.
