Désolée pour ce retard monstre ! En plus, ce chapitre est assez court. Le prochain sera plus long, promis !Bonne lecture.

Chapitre IX : Humanité

« Que comptez-vous faire, aux États-Unis ? »

La question de Charles était innocente et assez logique à poser, mais Erik mit plus de temps que nécessaire à la saisir.

Cette simple question lui serra étrangement le cœur, parce qu'il savait que sa vie méritait d'être pleinement vécue, complétée de rêves et de projets, comme tout être normalement constitué, mais malheureusement, ce n'était pas son cas.

Sa vie n'était vécue que pour la vengeance, et il l'avait toujours su. Ce constat ne l'avait encore jamais dérangé.

Jusqu'à maintenant.

Étrangement, il se sentit vide. Aucun projet d'avenir ne fusait dans son esprit, comme s'il était déjà mort, comme si sa vie était déjà finie et n'avait plus aucun intérêt, alors qu'il avait seulement plus d'une vingtaine d'années.

« Et vous ? » Contourna-t-il habilement, sachant qu'avouer à Charles qu'il n'en avait aucune idée le trahirait son malaise, parce que sa voix tremblerait.

« Déduisez. » Trancha gentiment Charles avec un petit sourire espiègle, tandis qu'il déplaçait sa Dame Blanche au centre du plateau d'échec de son air constamment confiant.

Erik plissa les yeux sous la concentration, tandis qu'il jaugeait le télépathe avec une attention soutenue pour débusquer le moindre indice sur son visage de porcelaine.

Satisfait, Erik sourit quand les joues de son interlocuteur rougirent adorablement, sous son regard intense.

« Vous écrivez des ouvrages scientifiques, Réfléchit Erik, Alors j'en déduis que vous aimez lire en général, surtout les auteurs anciens. Romanciers, Essayistes, Poètes... c'est votre principale passion. Je paris que vous considérez l'écriture comme la plus grande réussite de l'Humanité. »

« Avec le thé. » Plaisanta Charles, même si, en parfait et fidèle Anglais qu'il était, il adorait évidemment cette boisson.

« Je suis certain que vous êtes le genre de personne à citer des auteurs pendant un dîner de famille. » Le charia-t-il, un sourire narquois naissant au coin de ses lèvres.

« C'est un mal ? » Ria Charles, sa voix montant plus dans les aiguës qu'à l'ordinaire, faussement offensé.

« Pourtant, Poursuivit Erik, en feignant de ne pas avoir entendu la question précédente, Ce que vous désirez le plus au monde, c'est aider les autres... Vous êtes 'L'altruiste de l'histoire'... Alors, je pense que vous fonderez sûrement une association pour les pauvres... Ai-je bon ? »

Charles était impressionné par cette déduction en grande partie juste, mais il réprima un sourire satisfait : il était heureux qu'Erik commence à le cerner, alors qu'ils ne se connaissaient que depuis une journée.

« Que pensez-vous de professeur ? » Demanda-t-il, en jetant un coup d'œil frustré au plateau d'échec quand Erik mangea tranquillement sa Tour.

Cette révélation laissa un moment de silence songeur, jusqu'à ce que Erik hoche la tête pour lui-même, comme pour se reprocher le fait de ne pas l'avoir deviné plus tôt :

« Je pense que vous ferez un excellent professeur... Tous les élèves vous aimeraient... Vous aurez un grand succès... »

Et surtout auprès des filles. Songea Erik, non sans humour. La combinaison cheveux noirs et yeux bleus faisait des ravages, auprès des demoiselles...

« Alors, professeur de sciences, ou de lettres ? »

« Je souhaite construire une école de surdoués, pour les aider à contrôler leurs capacités. » Révéla finalement Charles, mettant fin à la réflexion tortueuse de son interlocuteur.

La curiosité d'Erik fut piqué, et il s'efforça de ne pas le harceler violemment de question.

Enfin, Ils abordaient le sujet tant attendu des surdoués, des personnes comme eux, alors Erik n'allait pas le laisser filer :

« Pour les cacher ? Pour les séparer de l'Humanité comme s'ils étaient des erreurs, des monstres ?» Demanda-t-il sombrement, en lui lançant un coup d'œil presque accusateur.

« Pour les intégrer. » Rectifia fermement Charles, mais sans aucune froideur.

Cette réplique déclencha un bruit dubitatif, voire dégoûté de la part d'Erik, mais le télépathe ne sembla pas surpris outre mesure devant cette réaction méprisante.

Sans même se concerter, ils avaient tous les deux commencé à débattre sur la manière de se faire accepter auprès des êtres humains, et chacun avait compris la position de l'autre automatiquement.

Erik poursuivit sur cette voie avec hargne :

« Bien sur... Cracha-t-il, en injectant de la moquerie dans sa voix rauque, Vous pensez vivre dans un monde de paix et d'amour, avec des licornes et des arcs-en-ciels... »

Il n'était même pas étonné par les idéaux pacifistes et optimistes de son interlocuteur. Depuis le début, il avait directement senti que Charles avait une vision horriblement méliorative du monde qui l'entourait, alors croire dur comme fer que l'Humanité accueillerait leur différence à bras ouverts n'était pas une véritable surprise, venant de lui.

« Sans les licornes. » Corrigea le télépathe d'une voix amusée, même si ses yeux restaient sérieux, voire glaciaux, le défiant presque de s'aventurer sur ce terrain là, qui s'avérait glissant.

« Vous êtes tellement naïf... » Siffla-t-il en secouant la tête d'agacement devant le déni total dont faisait preuve le télépathe.

La bonne ambiance qui régnait jadis fut aspirée par une horrible tension, rendant l'air lourd, pratiquement irrespirable, et le temps bien plus lent, si bien qu'Erik regrettait presque d'avoir développé le sujet.

Charles planta vivement ses yeux brillant d'agacement dans ceux d'aciers du russe, et il se pencha en avant, rapprochant leurs deux visages, une certaine animosité déformant ses traits pourtant si doux :

« Je suis beaucoup de choses, mon ami, Siffla-t-il d'une voix si glaciale qu'Erik tressaillit, Mais je ne suis pas naïf. J'ai vu le pire visage de l'Humanité, que même vous, n'avez jamais entraperçu. »

Lehnsherr crut le télépathe sur parole quand il croisa ses yeux bleus brûlants de douleur.

Ce fut à cet instant qu'il comprit que Charles n'était pas l'homme pourri gâté et choyé comme il l'avait cru, à la seconde où il avait été dans son champ de vision. Cette ivresse de tristesse et de tourments qui se disputait à présent dans ses prunelles bleues fut la preuve que le télépathe avait, lui aussi, traversé des épreuves dans sa jeunesse, alors il était familier avec la cruauté du monde.

Charles n'était définitivement pas naïf. Il était juste désespérément optimiste. Ce qui était autant agaçant qu'admirable.

Vous avez vos secrets, j'ai les miens.

Erik se demanda lequel d'entre eux deux avait le plus à cacher. Lequel détenait le plus de démons antérieurs, soigneusement rangés au fin-fond de sa mémoire.

Il se serait sans aucun doute choisi, lui même, mais il constatait, à présent, qu'il ne savait absolument rien de Charles,non plus. Ce dernier aussi restait secret.

« L'humanité est capable du pire. » Argumenta Erik froidement.

« Mais aussi du meilleur. » S'entêta Charles dans un sifflement presque colérique.

« Vraiment ? » Demanda-t-il, avec une pointe de fausse incrédulité dans son ton.

Les épaules de Charles s'affaissèrent, tandis qu'il soupirait de fatigue. Toute hostilité fut effacée de son visage, laissant place à une lassitude si intense qu'Erik eut l'impression que ses cernes s'agrandirent, sous ses yeux bleus.

« C'est tellement simpliste de voir l'humanité comme étant la réincarnation du vice, comme étant pourrie jusqu'à la moelle. Elle est bien plus complexe. Nous voyons uniquement ce qui est tristement mémorable, comme les massacres, les guerres, les viols, la corruption, les injustices sociales, la discrimination... »

« Ce qui se passe tous les jours... » Marmonna sèchement Erik en levant un sourcil moqueur, mais Charles poursuivit comme s'il n'avait jamais été interrompu :

« Mais pourquoi ne parlons-nous pas de l'amour ? De l'amitié ? De la solidarité ? Tous les jours, des hommes se sacrifient pour ceux qu'ils aiment. Tous les jours, des hommes embrassent leurs femmes, et leurs enfants. Tous les jours, des hommes sauvent des vies grâce à la médecine. Tous les jours, des hommes sont solidaires généreux, et peuvent avoir un comportement héroïque. Mais nous ignorons tout cela, parce que c'est plus facile de voir seulement le Mal. »

Erik était bien obligé d'admettre que son point de vue se tenait, mais il repartit à l'attaque, ignorant la petite voix sage dans sa tête qui lui murmurait de ne pas contrarier le télépathe sur ce sujet :

« Mais, nous parlons de nos dons. Nous sommes différents, et l'humanité a toujours été terrifiée par la différence. Surtout de quelque chose qui est plus puissant qu'elle. Si nous nous révélons, ils auront peur de nous ! Et cette peur se transformera en haine. »

« Que proposez vous, dans ce cas ? »

« Attaquer avant d'être attaqué. Ce n'est qu'une question de temps avant que l'on soit découvert. Ils nous décimerons tous. Ils nous enfermeront comme des bêtes incontrôlables. Ils feront des expériences sur nous, pour la médecine. Il faut leur faire comprendre qu'ils n'ont pas intérêt à nous détruire, leur faire redouter les conséquences d'une possible rébellion. Ils ne nous accepterons jamais, alors autant les forcer à le faire ! » S'emporta Erik, en faisant attention à garder sa voix basse, pour ne pas que quelques oreilles indiscrètes n'entendent leur conversation.

« Avec cette idée, c'est certain qu'ils ne nous accepteront pas, Répliqua calmement Charles en fronçant ses sourcils de mécontentement, Instaurer la tyrannie n'est pas la solution, Erik. Toute tyrannie déclenche la haine, et la haine entraîne la révolte. En montrant notre puissance, vous les conforterez dans l'idée que nous sommes dangereux, et ils nous extermineront jusqu'au dernier. Nous n'avons pas besoin de leur crainte. »

« Alors, nous avons besoin de quoi ? » Demanda Erik, chaque mot imprégné d'ironie.

« De leur confiance. » Répondit sagement le télépathe, en lui souriant gentiment.

« Que nous n'obtiendrons jamais. » Termina Erik, d'une voix plus triste qu'agacée.

Charles le regarda pendant un long moment, sans que le russe ne puisse décrypter son visage neutre, ou comprendre le sens de cette observation poussée. Puis, il parla à nouveau, d'un ton presque réservé :

« Je suis plus puissant que vous, Erik. Mais, vous n'avez pas peur de moi, comme vous me l'avez révélé, plus tôt. Vous me faites confiance. Pourquoi ? »

Cette riposte le rendit muet de stupeur, mais Erik parvint à croasser, soudainement mal à l'aise :

« Ce n'est pas la même chose... »

« Vraiment ? C'est exactement la même chose. Vous m'avez dit que, si vous me faites confiance, c'est parce que je vous ai donné des raisons de le faire. C'est ce que nous devons effectuer, avec l'Humanité. Leur donner des raisons de ne pas nous craindre. »

« En construisant une école de surdoués ? »

« En aidant les surdoués à contrôler leurs pouvoirs. En montrant à l'Humanité que nous ne leur voulons aucun mal, que nous voulons vivre en paix. En réclamant des droits, et des lois. » Proposa rapidement Charles, d'un ton toujours aussi calme.

Le télépathe aurait pu être irrité de devoir justifier ses idées, et de se heurter à des idéaux différentes des siennes, mais ce n'était pas le cas. La patience, et l'ouverture d'esprit étaient deux autres qualités à lui attribuer...

Erik soupira en se passant une main fatiguée sur son visage, avant de dire :

« Et si, malgré tous vos efforts de paix, l'humanité ne vous écoute pas... Vous allez vous terrer dans votre école, avec vos élèves ? » Demanda-t-il, d'une voix qu'il espérait pas trop sarcastique, même si l'ironie mordante était clairement audible pour qui savait entendre.

« Ma sagesse a ses limites, Erik. » Répliqua sombrement Charles avec un sourire glacial.

Quand Erik leva un sourcil, un mouvement qui pouvait se traduire par un ' Ah bon ?' dubitatif, il poursuivit doucement, mais avec fermeté :

« Mon désir de pacifisme a, lui aussi, des limites. Si l'Humanité nous attaque, je répliquerais. Je défendrais ma vie, ainsi que celles de mes élèves. »

Devant le scepticisme qui clignotait dans les yeux gris d'Erik, Charles soupira, avant de poursuivre : « S'ils nous déclarent la guerre, alors je serais en guerre. Mais pourquoi directement choisir le chemin de la violence, si nous pouvons leur en montrer un autre ? »

« Et ils emprunteront ce chemin de paix, grâce au Professeur Charly ? » Plaisanta Erik, en luttant pour ne pas trop sourire.

Charles éclata d'un rire franc, balayant ainsi la tension restante dans l'atmosphère.

« Techniquement, je serais plus le Directeur. »

« Directeur Charly ? »

« Ce surnom est ridicule. » Ria Charles, en levant les yeux au ciel pour masquer sa gène.

Il déplaça son pion restant, avant de déclarer pensivement, non sans fierté :

« Mais peut être que j'écrirais quelques livres, aussi. »

« je serais votre premier lecteur... » Commença à plaisanter Erik, mais sa mine s'assombrit brusquement, ses doigts se raidissant sur la pièce qu'il tenait.

Charles lui jeta un coup d'œil étonné devant ce soudain changement d'attitude, mais une étincelle de compréhension grésilla dans ses iris bleues, parce qu'il lui sourit avec gentillesse :

« Cela fait combien de temps que vous n'avez plus lu, ou écrit ? » Son ton n'était pas compatissant, parce qu'il savait qu'Erik détesterait le sentiment de pitié, à son egard.

Erik sut instinctivement qu'il n'avait pas lu dans ses pensées. Le télépathe avait le don précieux de comprendre chaque être humain en face de lui, et de suivre le cours tortueux de leurs pensées, sans avoir besoin de visiter leur tête.

« Qu'est-ce qui vous dit que je sais lire et écrire ? » Cracha-t-il avec ressentiment, comme si Charles était responsable de sa pauvreté, qui avait été un obstacle pour apprendre correctement ses deux domaines.

« Ce n'est pas une réponse. » Répliqua doucement Charles, toujours avec son sourire attendri vissé sur ses lèvres rougies par le froid.

« Trop longtemps... » Admit doucement Erik, en baissant les yeux.

Le fait de penser qu'il était, à présent, incapable d'écrire le nom de sa mère le faisait grincer des dents. Devant son mal être, la douceur de Charles ne s'estompait pas :

« Ça vous manque, n'est-ce-pas ? »

Il n'avait pas besoin de réponse. La crispation des traits virils de son interlocuteur en était une, bien suffisante.

« Il faudrait encore que je sois capable d'écrire une lettre de l'alphabet... » Marmonna le russe avec rancœur, sans comprendre pourquoi il se confiait aussi librement au télépathe, sur un sujet aussi sensible.

La fatigue, sans doute...

Soudain, un sourire ravi illumina le visage de Charles, comme s'il venait de découvrir le secret de l'existence humaine :

« Je sais où je vais vous emmener. » Déclara-t-il mystérieusement.

« Vous n'avez pas encore gagné, Charles... »

« Échec et Mat. » Riposta-t-il simplement, en déplaçant son pion pour le mouvement final.

Erik essaya d'ignorer les battements de son cœur qui s'accélérèrent d'impatience, et de curiosité. Mais, il ne cacha pas son sourire.