Ce n'était pas elle.
Son cœur rata un battement, et l'amertume envahit sa bouche.
Ce n'était pas elle. Ladybug était morte, et ce depuis dix ans, il devait se rendre à l'évidence.
Il secoua lentement la tête, pour revenir à la réalité. Il n'avait pas le droit de céder à la faiblesse de ces sentiments pour une revenante.
Et pourtant, alors que le café s'infiltrait dans ces pompes bien cirées, et qu'il affichait un air gêné sur son charmant minois, il se décida enfin à croiser les yeux qui l'avaient tant fait espéré.
- M.. Marinette ?!
Il retint un hoquet de stupeur, tandis qu'il dévisageait son amie d'enfance, dont il n'avait plus eu de nouvelles depuis une dizaine d'année. La stupeur passée, il se rendit compte de la gravité dans la situation.
Marinette. Aussi blanche que sa blouse de médecin fraichement sortie du pressing. Assise sans force dans un fauteuil qu'on poussait avec ménagement. Un pâle sourire sur ses lèvres gercées.
- Mais … Qu'est-ce que tu fais ici ?
Sa question n'était pas bien pertinente, mais il avait besoin de savoir. Son amie, ici … Cela lui déchirait le cœur, et l'espace d'un instant, il oublia même sa tristesse quant à la mort de sa bien-aimée.
Le visage de la malade se déforma, et se corps se contracta presque entièrement. Secouée d'immenses quintes de toux, elle ne réussit à reprendre contrôle sur elle-même seulement après quelques minutes. La main ensanglantée, un air navré sur son visage blanchâtre, et la voilà qui baissait les yeux.
- Ce n'est pas évident ? plaisanta-t-elle, la voix rauque. Je sors de mon rendez-vous là, je vais retourner dans ma chambre.
Adrien se mordit les lèvres, ne sachant pas vraiment quoi ajouter. Heureusement, sauvé par le gong, la demoiselle qui accompagnait Marinette – il ne s'était même pas rendu compte qu'elle s'était absenté – revint avec des serviettes, et épongea le café qui s'éparpillait lentement. Le jeune médecin l'aida, mal à l'aise, sous le regard ennuyé de Marinette.
- Peut-être que nous nous recroiserons, bégaya le chirurgien, tandis qu'il finissait d'éponger le sol et que l'infirmière s'apprêtait à repartir.
Il lui adressa un petit signe de main, auquel elle ne répondit qu'à peine, et il resta planté béatement en regardant le fauteuil roulant s'éloigner, puis bifurquer au bout du couloir.
Dans ses mains tremblantes les chiffons souillés de café qu'il s'empressa de jeter dans la poubelle la plus propre. Soupirant lentement, tentant de reprendre contrôle sur corps, Adrien déserta le couloir, jetant des regards anxieux en arrière.
Bon sang. Il avait besoin de bien plus que d'un repas ou d'un café pour se remettre de ses émotions.
Plusieurs mètres plus loin, alors que son fauteuil roulant passait sous l'arche délimitant les salles d'interventions et divers cabinets des résidences, Marinette poussa un long soupir, qui lui arracha un grimage de douleur.
Elle ferma un court instant les yeux, essayant de se rappeler la douceur et la stupeur dessinée sur les traits d'Adrien. Cela faisait si longtemps qu'elle ne l'avait plus vu … Elle le voyait parfois encore sur les vieux magazines, où il posait avec son sourire des plus charmeurs, et elle comprenait pourquoi elle était tombée amoureuse bien des années plus tôt.
Mais les choses n'étaient plus les mêmes, et Marinette se souvint des raisons qu'il l'avait poussée à faire passer son alter-ego pour morte.
Elle avait appris l'identité de son compagnon, Chat Noir. Alors qu'ils arrivaient au dénouement de cette aventure, que le Papillon était enfin à leur portée, il avait fallu qu'il tombe à court d'énergie et qu'il perdre son costume.
La belle n'avait rien dit – au fond, elle savait bien que c'était lui.
Mais ce n'était pas l'évènement qui avait précipité le trépas de Ladybug, loin de là.
Quelques jours plus tard, elle apprenait son cancer des poumons et des bronches, à un niveau tellement avancé que les médecins se demandaient comment elle ne l'avait jamais remarqué.
Alors elle avait pris sa décision. Elle tomberait face au Papillon. Et Ladybug était tombée. Elle n'avait juste pas réfléchi, elle n'avait pas réalisé qu'elle entrainerait Adrien dans sa chute.
Bien des années plus tard, cloitrée dans cette prison aux barreaux dorés, elle tentait de vivre ses derniers instants de vies. Loin de tout. Loin de lui. Mais c'était raté, apparemment.
Pourquoi fallait-il qu'il soit là, comme un fantôme de son passé oublié, ravivant de vieilles blessures endormis ? N'avait-elle pas déjà assez souffert ?
- Adrien, t'es où encore, putain ?
Soupir.
- J'arrive, j'me sentais juste pas bien, j'étais aux toilettes.
Il entendit un reniflement agacé de l'autre côté du fil. Il prit sa tête entre ses mains.
- Qu'est ce qui n'va pas, mon pote ?
Soupir.
- Tu savais que Marinette était en phase terminal d'un cancer incurable ? Je l'ai croisé au détour d'un couloir, ça fait bizarre.
Une main appuyant le téléphone sur son oreille, l'autre feuilletant le dossier de la jeune femme qu'il avait demandé à la réception.
- Merde … T'es sérieux ?
Silence.
- Mais tu sais, reprit Nino, n'y pense pas trop. Je te connais et tu es en train de te torturer l'esprit. Rejoins-moi en salle d'op, et ce soir on ira se prendre un bon café ! D'acc ?
- Dis-moi … Tu ne trouves pas que Marinette ressemble à Ladybug ? Comme des sœurs …
Pourquoi fallait-il qu'elle soit là, comme un fantôme de son passé oublié, ravivant de vieilles blessures pas encore endormies ? N'avait-il pas déjà assez souffert ?
Bien des années après hahahaha, désolée du retard ! Chapitre court pour ne pas changer. De toute façon j'ai pas prévu de faire des trucs trop long, je veux pas me prendre trop la tête !
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Des bisous, et à bientôt !
