Assise en tailleur sur son lit, le regard plongé sur la ville endormie, indécise, Marinette poussa un long soupir qui lui arracha une grimace. Elle porta immédiatement une main squelettique à sa poitrine, pressant sa peau en espérant vainement y faire disparaitre la douleur. Mais sa souffrance ne s'atténua pas, et elle se résigna sombrement. Elle vivait avec ça depuis tellement de temps maintenant.
Lentement, ses gestes ankylosés par l'angoisse sournoise qui s'infiltrait insidieusement dans ses veines, elle fléchit les jambes, et vint poser son front sur ses genoux, les entourant de ses deux bras, avant de laisser quelques larmes couler sur sa joue livide.
Tandis que la nuit trépassait, et qu'elle fixait d'un air vide les rues de Paris inanimés, elle méditait. Et plus les minutes passaient, plus elle se remémorait les paroles déjouées de son médecin spécialisé.
Et elle soupirait, elle pleurait. Elle pleurait à s'en étouffer, la respiration saccadée, la douleur lui arrachant des cris hachurés.
.
« Sincèrement, Marinette. » avait dit le Docteur Soufflecourt lors de leur rendez-vous hebdomadaire. « Bientôt dix ans que je vous suis, et je suis toujours autant perdu. Vous débarquez, au plein milieu de la nuit, et on vous diagnostique un cancer incurable, avec seulement quelques mois à vivre, et vous voilà, dix ans plus tard, le sourire dans les yeux, le souffle au bout des lèvres. »
La jeune malade avait relevé le coin de sa bouche, en une grimace distincte. Soufflecourt avait enlevé ses petites lunettes, les avait nettoyées du coin de sa blouse blanche, avant de les replanter sur son nez crochu.
« Votre cancer n'a jamais évolué ! Il n'a pas non plus régressé ! Il reste logé dans vos poumons, un peu comme un ami qui vous surveille de loin, et vous laisse vivre sans danger. Un bien mauvais ami, certes, mais au moins, il vous laisse tranquille ! »
La plume du docteur grattait nerveusement au coin de son petit carnet. Son visage joufflu était tendu, et il réfléchissait à toute vitesse.
« C'est la première fois que je vois ça de toute ma vie, et je suis pneumologue depuis plus de 35 ans ! C'est miraculeux ! »
Marinette avait esquissé un léger sourire. Miraculeux, oui, c'était sûrement le mot. Le mot qui définissait le mieux sa chute.
« Est-ce que ça veut dire que je peux quitter l'hôpital ? Je n'ai pas foulé les pavés de Paris depuis des lustres … » demanda-t-elle doucement, le cœur battant à tout rompre.
Elle espérait sincèrement qu'il la laisserait s'en aller. Elle n'était plus jamais sortie de l'hôpital depuis ce jour où sa maladie avait surgi de n'importe où. Comme dans une énorme prison dorée qui l'empêchait de rejoindre l'autre bout du tunnel. Une énorme cage qui ne lui permettrait jamais d'ouvrir entièrement ses ailes.
Avant même que Soufflecourt prenne la parole, elle sut qu'elle avait perdu. Son regard s'était assombri, et ses traits s'étaient resserrés. Elle sentit son cœur s'arrêter, et son estomac se tordre et se retorde. Perdu.
« Je suis désolée, Marinette, vous savez bien que nous devons constamment garder un œil sur vous. Même si le cancer n'a pas encore daigné vous embêter, qui sait ce qu'il se passera demain ? Peut-être qu'en sortant d'ici, vous sentirez un peu d'eau de cologne, de cigarette écrasée, de café taché, et peut-être que tout repartira comme si dix ans ne s'était jamais écoulé. Un peu comme un déclic. »
Avec un brin d'amertume, Soufflecourt se promit mentalement que dès qu'il aurait l'âge de prendre sa retraire, il se lancerai dans la carrière de poète qu'il s'était interdit lorsqu'il avait commencé ses études. Il fit un petit sourire à Marinette, se leva de son siège rembourré pour aller lui serrer affectueusement la main, et pousser son fauteuil hors de la pièce.
« Je vous apprécie beaucoup, Marinette, vous savez ? Vous êtes un peu mon rayon de soleil, ici ! » avait alors dit Soufflecourt, en souriant.
Marinette lui avait rendu son sourire, et son cœur s'était un peu réchauffé. Elle lui avait adressé un petit signe de main tandis que l'infirmière s'éloignait en poussant la chaise, heureuse. Et puis, au coin du couloir suivant, elle l'avait revu. Adrien.
Et le déclic fut.
.
« Tout va bien, Marinette ? » demanda Tikki, alarmée, tandis que la brunette se réveillait en sursaut pour la quatrième fois cette nuit, crachant ses poumons.
Quelques quintes de toux plus tard, et un verre d'eau froide lentement avalé, elle reprit son souffle.
« C'est bon, Tikki. Rendors-toi. » lui répondit-elle, la voix rauque, sèche.
Elle n'allait pas bien. Tikki le savait bien. Elle voulait lui dire qu'elle s'inquiétait pour son amie. Qu'elle était là pour elle. Et qu'elle resterait toujours à ses côtés. Mais elle-même n'avait pas toujours été honnête. Maintenant que le passé les rattrapait toutes les deux, il était peut-être temps d'arrêter de se voiler la face. Et d'avouer la vérité.
Ce soir, au « Requin Chagrin », on ricanait volontiers entre étudiants fauchés, hommes d'affaires dépravés, maris dépravés. « Vieille prostituée », nom louphoque de ce bar en créole réunionnais, recueillait en son sein les orphelins de la vie, les rejetés de la mort, les éternels insatisfaits, leur offrant deuxièmes chances, alcools, oublis, et remords.
Nino avait trainé le pauvre Adrien dès la fin de son service. Et s'étaient entassés choppes sur choppes, pintes et pintes, pleurs et retords.
« A nos amours perdus ! » hurla le basané, en levant haut son verre sous les hurlements du bar en délire.
« A nos amours perdus ! » répéta doucement Adrien, trempant ses lèvres dans le liquide ambré au goût divinement sucré.
D'abord, le nectar lui avait embrasé la bouche, puis, quand il l'avait avalé, lui avait anesthésié l'œsophage. Avec une grimace, il s'était resservi, jusqu'à ce que la brulure désagréable ne soit plus qu'un souvenir. Lorsque ses mains se mirent à trembler, il saisit fébrilement une clope du paquet que Nino lui tendait, et l'alluma sans plus attendre.
En plus du breuvage alcoolisé, voilà que la fumée venait lui brûler les poumons. Et tandis que le petit cylindre de tabac se consumait sur lui-même, Adrien le regardait fixement et pensait tristement à elle.
Comme si la cigarette venait de le brûler, il la jeta vivement au loin, avant de l'écraser sous ses talons et de se renfrogner. Puis de se resservir un verre, comme si rien ne s'était passé.
« Euh … Mec ? » tenta tout de même Nino. « Tout va bien ? »
Adrien tourna un regard vide vers lui.
« Tout va bien Nino. Les oiseaux chantent. Le soleil se lève. La pollution détruit nos océans. Marinette va mourir. Et je suis désespérément amoureux d'une fille qui est morte il y a dix ans. »
Il se tourna vers son ami qui le faisait avec une moue accablée. Il lui fit un sourire forcé, avant de siroter un peu de sa boisson alcoolisée.
« Tout va bien. » répéta-t-il, pour se convaincre.
Désolééééééée ;_;
Replonger dans Miraculous pour la saison 2 m'a fait me souvenir de mes vieilles fictions qui sont encore en attente depuis milles ans au moins. J'ai relu mes premiers chapitrs, et mon dieu, mon style a changé depuis le temps haha ! Je vais sûrement les réécrire un peu, les étoffer, mais j'avais envie de l'avancer un peu aussi ! Donc voici le 3ème chapitre, où on en apprend un peu plus sur la mystérieuse maladie de Mari et la détresse d'Adrien.
Je tiens à préciser, je me suis d'abord renseignée sur tout ce qui touche aux maladies des poumons, puisque je travaille dans la santé, mais j'ai décidé de "romaniser" un peu la chance, rendre la maladie un peu plus particulière que normalement. Tout sera expliqué dans la suite de l'histoire ! Ne vous en faites pas !
J'espère que ça vous a plu ! Et que depuis le temps, haha, vous êtes pas enfuis devant mes absences ! Prochain chapitre bientôt puisque je suis assez inspirée !
Je répondrai aux reviews dans le prochain chapitre ! Désolée !
Bisous à bientôt !
