Chers(ères) lecteurs(trices), bonsoir !

Je manque à tous mes devoirs, et je m'en excuse pleinement. A défaut d'un chapitre tous les vendredis, je vous ai fait attendre près de 5 mois déjà (un comble, je suis vraiment navrée). J'y réfléchirais à deux fois la prochaine fois que je me fixe un calendrier de publication. Eh oui, la vie est imprévisible, les fics aussi, les feuilles blanches aussi…

Pour ceux et celles qui me suivent encore, ne désespérez pas (encore), je vous offre un chapitre fraîchement écrit, en espérant qu'il sera rapidement complété et merci pour votre soutien !

Bonne lecture.

Les personnages sont d'Oda Eiichiro l'incommensurable.


CHAPITRE XII. La parole d'un homme

Quelques rayons perçaient au travers du toit de feuilles qui les surplombaient. Devant eux, un long et interminable tracé ouvrait la voie vers une destination encore méconnue. Cinq jours qu'ils avaient quitté Aokiji, cinq jours qu'ils évoluaient dans cette végétation. Aussi dense qu'hostile, elle grouillait d'animaux sauvages et imprévisibles. Robin et Zoro restaient sur leur garde. Ces bestioles pouvaient apparaître sans crier gare. Et pour ne rien arranger, elles étaient pourvues d'une force monstrueuse.

Pour l'instant, elles se faisaient discrètes et ne semblaient plus en état d'attaquer. Il faut dire que l'épéiste n'y était pas allé de main morte. A peine avaient-elles foncé sur lui, que leur sort était déjà scellé, un vrai carnage. N'en déplaisent aux estomacs des deux pirates qui en avaient fait un copieux festin.

Ils apprécièrent cet instant de répit tout en poursuivant leur route. Ils avançaient, sans même savoir ce qui les attendait. « Le nord du continent », c'était la seule indication que leur avait donné Aokiji. Pas très précise comme information, mais c'était mieux que rien.

Robin songea aux paroles de l'homme, à ce qu'il disait sur leur identité. Son hypothèse concernant cette autre dimension était finalement fondée. Et cela risquait d'empirer si l'on en croyait les dires du vagabond.

- Il va falloir être discret. On devra sûrement se déguiser ou se séparer, dit-elle en se retournant vers son nakama… qui n'était plus là.

L'archéologue souffla d'impuissance. Le bougre s'était encore perdu. Elle fit pousser plusieurs yeux dans les alentours jusqu'à le localiser, puis le rejoignit.

- C'est de l'autre côté, lança-t-elle sournoisement en pointant le bon chemin du doigt.

Zoro se renfrogna en silence en voyant la jeune femme se moquer de lui. Pour la énième fois depuis leur entrée dans la forêt, sons sens de l'orientation lui valait de se faire ridiculiser. Mais c'était toujours avec la même patience que Robin le retrouvait. Et malgré ces petits ricanements qu'elle émettait à chaque fois, il se rassurait de la revoir saine et sauve.

Ils reprirent leur route de bon pied. Les ombres rougeoyantes des arbres dansaient autour d'eux à mesure que le crépuscule s'installait. La scène les auraient presque fait oublier leur situation. Mais rien ne pouvait combler le vide laissé par leurs compagnons, pas même ce tableau féerique.

- Il doit sûrement y avoir un moyen de retourner dans notre monde, lâcha soudainement Zoro.

- Je n'en doute pas. Mais tu as quelque chose à régler avant ça non ?

Le sous-entendu ne pouvait pas être plus explicite. L'archéologue s'arrêta de marcher et d'une expression compatissante, le questionna.

- Tu ne comptes pas la revoir ?

Elle ne connaissait rien de Kuina, ni du passé de Zoro d'ailleurs. Mais le comportement qu'il avait eu en entendant son prénom en disait long sur ce qu'il pouvait ressentir.

L'épéiste ne répondit pas. La question ne le laissait pas indifférent. Mais il persista dans son silence, et poursuivit son chemin. Robin n'insista pas et fit de même.

La nuit ne tarda pas à tomber. La lueur généreuse de la lune les préserva de la pénombre des lieux. Animée en journée, la forêt était à présent plongée dans le plus grand des calmes. Les deux pirates se posèrent sur un plateau dépourvu d'arbres et donnant vue sur une étendue d'océan. Robin s'installa près de la falaise, tandis que Zoro tenta vainement d'allumer un feu. Il dû s'y reprendre plusieurs fois avant d'y parvenir enfin. L'animal qu'il débusqua en un quart de tour, rôtissait à présent au-dessus des flammes. L'historienne le regardait faire. Le mal qu'il se donnait pour ne rien cramer lui fit sourire. Une main apparut près de la broche faisant signe au bretteur de passer le relais. Chose qu'il lui laissa volontiers. La cuisine c'était pas son affaire. Les petits plats de Sanji lui manqueraient presque, mais pour rien au monde il ne se l'avouerait.

Ce repas englouti, ils se réchauffèrent près du feu, attendant que le sommeil s'empare d'eux. Assis en tailleur, son œil valide fermé, Zoro s'assurait qu'aucune présence ne les guettait aux alentours. Ceci fait, il observa Robin comme pour vérifier là aussi qu'elle ne risquait rien. Ses longs cheveux d'ébène tombaient en mèches sur son visage, son regard se perdait au loin par-delà la mer qui lui faisait face. Bien qu'il la sache forte et capable de se défendre, elle lui semblait vulnérable sous cet air apaisé. Sûrement parce qu'il ne lui restait qu'elle. Il referma aussitôt son œil et songea à la question qu'elle lui avait posée plus tôt. Un silence s'écoula avant qu'il ne s'engage à parler.

- Je ne compte pas la revoir, dit-il enfin.

Robin s'extirpa de sa rêverie sans montrer son étonnement, puis ajouta sereinement.

- Pourquoi ? J'ai cru comprendre qu'elle était importante pour toi.

- Cette personne dont tu parles est morte depuis longtemps.

- Sauf que nous ne sommes pas dans le même monde, lui rappela la brune.

- Quand bien même, ce n'est pas elle. Ce n'est pas possible, lâcha-t-il à moitié convaincu.

Robin se tût. L'air troublé que le bretteur affichait, l'intrigua davantage. Qu'avait bien-t-il pu vivre ? Qui était Kuina ? Où avait-il grandi ? En dehors de ce qu'ils avaient vécu ensemble à bord du Sunny, elle ignorait presque tout de lui, de son histoire. Un comble pour une archéologue. Bien entendu, on parlait de Zoro. Sous son physique imposant, il se révélait aussi renfermé qu'une huître. Mais quitte à se faire remballer, elle lui posa la question franchement.

- Qui est-elle exactement ?, finit-elle par lâcher en jaugeant la réaction du vert.

Aucune réponse ne suivit. L'épéiste fixa les flammes qui crépitaient devant lui, elles s'attisaient au gré du vent marin. Quelques étincelles s'en détachaient parfois, venant s'éteindre sur le sol ou s'envoler un peu plus haut. Zoro ne dit rien pendant un moment. Il resta dans cette position, pensif. Parler de son amie d'enfance revenait à faire preuve de faiblesse pour lui. Or c'était justement cette faiblesse qu'il s'était donné de repousser durant toutes ces années. N'était-ce pas là son erreur au final ? Il souffla de dépit. Ces questions, ces pensées, il détestait se les poser.

- C'est la première personne à qui j'ai fait la promesse de devenir le plus grand sabreur au monde, confia-t-il difficilement après quelques minutes.

- Une promesse que tu tiens encore aujourd'hui, s'étonna l'historienne.

- A quoi bon devenir plus fort si on ne peut pas tenir sa parole. Un tel homme n'a rien d'honorable.

- Tu es dur envers toi-même.

- Je lui dois bien ça, répliqua le bretteur.

Robin songea aux entraînements surhumains qu'il s'affligeait chaque jour. Elle l'avait vu suivre cette conviction sans relâche, avec le même acharnement, comme s'il en allait de sa propre vie. Devenir le plus grand bretteur au monde. Jusque-là, elle n'avait vu qu'en cette phrase son seul aspect arrogant qui n'était pas sans rappeler Zoro lui-même. Mais cela impliquait bien plus. Cette image intrangisante qu'il s'efforçait d'afficher n'était qu'une simple façade.

L'archéologue se souvint de Thriller Bark et du sacrifice qu'il avait fait au nom de Luffy. Son regard s'attendrit à cette pensée. Elle considéra son camarade d'un sourire compatissant. Il semblait traîner tout le poids du monde derrière lui en gardant ses souffrances pour lui-même.

Maintenant qu'elle en avait l'occasion elle voulut l'aider ne serait-ce qu'un instant à se décharger de ce fardeau, de ce silence.

Pendant que l'historienne réfléchissait à une façon (passable) d'aborder le sujet, Zoro la regardait du coin de l'œil. Il comprit par son air pensif que son histoire suscitait l'intérêt et la curiosité de la brune. L'épéiste fronça des sourcils tout en songeant à ce qu'il disait plus tôt. Avait-il bien fait d'en parler ? Il savait que la question n'avait pas lieu d'être, Robin et lui avaient passé assez de temps ensemble pour s'accorder pleinement leur confiance. Mais l'idée de se confier à elle ne l'emballait pas pour autant. Et tout ça commençait sérieusement à l'enquiquiner.

Il poussa un rictus avant de s'écraser mollement sur le sol, les bras derrière la tête et l'air grognon. La voûte nocturne s'ouvrait au-dessus de lui, parsemant son voile noir d'étoiles. Le ciel était dégagé, le vent frais et doux. Le visage de Kuina lui apparut dans ce paysage immobile. Il le balaya d'un clignement de paupière, puis s'adressa à l'archéologue.

- Aussi insensé que ça puisse paraître, c'est sa mort, qui m'a tenu en vie. Je n'aurais jamais cru dire ça avant, mais sans ça, je ne serais pas le même aujourd'hui, souffla-t-il.

Robin acquiesça, faisant comprendre au bretteur qu'elle partageait cette impression. Il reprit en faisant allusion à son enfance, au dojo dans lequel il avait grandi, en passant par sa rencontre avec Kuina, leurs 2001 combats, la promesse, et les circonstances du drame…

- C'est comme ça que je me suis retrouvé à chasser des primes, et que j'ai croisé Luffy, finit-il.

- Notre capitaine a beau être imprévisible, il a le don de rendre meilleur tous ceux qu'il rencontre, sourit-elle. Zoro l'approuva du regard.

- Mais je ne comprends pas, reprit-elle. Tu semblais déterminer à rejoindre ce dojo.

- Comment tu aurais réagi à ma place ?

La question n'en était pas une tant la réponse était évidente. Si elle pouvait revoir ne serait-ce qu'un instant Sauro, sa mère ou le professeur Clover, Robin n'y réfléchirait pas à deux fois.

- J'accourais sans hésitation, avoua-t-elle avant de reprendre. Dans ce cas, pourquoi avoir changé d'avis ?

- Je te l'ai déjà dit. Ce n'est pas la Kuina que je connais. A quoi bon faire revivre des fantômes.

- Ce n'est pas seulement ça, répliqua-t-elle.

- Hmpf, on ne peut rien te cacher, s'exaspéra Zoro. L'épéiste s'avoua vaincu face à l'insistance de sa camarade qui s'amusa d'ailleurs à le dévisager.

- Notre imbattable bretteur aurait peur ?, le taquina-t-elle.

Le bretteur en question ne répondit que par un simple sourire avant de fermer sa paupière et faire mine de dormir.

Robin n'en dit pas plus. Elle resta un moment éveillée, repensant au récit improbable qu'elle venait d'entendre. Les yeux perdus vers l'océan, elle s'imaginait les prochains jours à venir, persuadée qu'ils n'étaient pas au bout de leurs surprises.


A suivre. Nos deux pirates quittent enfin cette forêt (c'était pas trop tôt), pour se retrouver à découvert. Mais où ?