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Monica resta éveillée toute la nuit à veiller sur le sommeil de son amie. Elle était passée parce que cela devenait trop dur de ne pas savoir comment se portait Dana, de ne plus lui parler, de ne pas la voir. Elle avait voulu lui donner le temps de se retrouver, ne pas la déranger dans sa douleur. Mais elle se rendait compte qu'elle avait sans doute eu tort. Dana avait terriblement besoin de quelqu'un. La solitude était en train de la tuer, littéralement. Elle avait perdu un poids inquiétant et ses yeux n'avaient plus cette étincelle toujours présente, que ceux qui la prenait pour une femme froide et distante ne remarquaient pas. Monica avait senti ce soir qu'elle était à bout, à bout de souffle, d'énergie, de vie presque. Sans doute même était-ce même ce qui, de loin, l'avait fait se décider à lui rendre visite ce soir.
Et, quand elle l'avait prise dans ses bras, elle avait tenté de lui transmettre tout ce qu'elle pouvait de paix, de réassurance, de bien-être. Parce que les énergies qui entourent les êtres ne sont pas que de belles enveloppes, elles peuvent échanger, se transmettre, fusionner. Il y a plus qui passent entre deux êtres que les mots ou les gestes. Et depuis ce tout premier jour, là-haut, en plein vent, elle avait senti qu'un lien se nouait entre elle et Dana Scully. Que quelque chose de leur essence à toutes les deux se reconnaissait, se retrouvait.
Et plus le temps avait passé, plus Monica avait su qu'elle ne pourrait se détacher de Dana, qu'elles étaient irrémédiablement liées mais également que la jolie rousse, aussi têtue qu'elle, ne se rendrait sans doute jamais compte de cela tant elle se refusait parfois, souvent, à envisager la plausibilité de manifestations échappant au domaine du réel, à ce que la science pouvait prouver et expliquer. Monica avait donc fait seule le deuil d'un amour qui ne serait assez sûrement jamais payé de retour et pris la voie de l'amitié. Car même si, sur celle-ci, ce ne pourrait sans doute pas être aussi parfait, même s'il manquait une dimension, à tout le moins elle restait près d'elle et cela suffisait à son âme.
Mais durant cette nuit-là, à la tenir ainsi contre elle, elle réalisa à quel point la différence entre vivre et survivre pouvait être grande. A quel point l'immensité de ce qui nous manque nous échappe avant que de l'avoir connu. Dios, elle aurait voulu ne plus jamais bouger, ne plus jamais avoir à ouvrir les bras pour qu'elle en parte, ne plus jamais passer un instant sans sentir leurs deux cœurs battre avec une telle unicité qu'ils en devenaient indissociables. Elle avait enfin l'impression d'être complète, comme s'il y avait eu un espace en elle, un vide jamais comblé au plus profond et qui enfin se remplissait et formait un tout parfait avec le reste.
Elle se surprit à rire doucement et à serrer un peu plus la jeune femme contre elle, affectueusement. Si seulement Dana l'entendait penser, elle lui jetterait sûrement le même regard que quand elle avait imité le chant des baleines avant la naissance de William et n'aurait plus aucun doute sur une certaine limitation de ses aptitudes mentales…
