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Au matin, quand Dana se réveilla, Monica n'était plus là. Elle ressentit son absence comme un vide terrible dont la profondeur la surprit. Mais pas autant que la force du soulagement qui la balaya quand des bruits provenant de la cuisine lui firent comprendre que la brune était encore là.

Elle n'avait jamais été du type dépendant, de ces personnes qui ne supportent pas la solitude et cherchent par tous les moyens à y échapper. La nature de son travail avec Mulder avait encore accentué l'écart déjà existant entre elle et le reste du monde. Leurs collègues la considérait comme froide, voire glaciale, et aucun, homme comme femme, n'avait jamais manifesté l'envie de voir ce qu'il y avait sous cette carapace qu'elle avait forgée, au fur et à mesure des années, pour se protéger.

Aucun, avant l'agent Reyes. Extérieurement, Reyes était tout ce que Dana n'était pas : chaleureuse, souriante, ouverte. Après quelques mois en sa compagnie, Dana avait dû convenir qu'elle était en effet ainsi. Pourtant, elle se souvenait bien de ce que Monica lui avait avoué quand elles cherchaient un lieu décent pour la naissance de William, de sa capacité à sentir les ondes dégagées par certains lieux ou personnes. Et elle voyait bien, lors de certaines affaires, Monica avoir ce froncement du front entre les deux sourcils et ce pincement des lèvres qui trahissaient comme une douleur en elle, presque une souffrance. Il y avait plus en la jolie brune qu'un sourire charmeur et de beaux yeux.

Mettant de côtés ses réflexions, Dana décida d'aller rejoindre la dite brune dans la cuisine. Elle mourait de faim, ce qui était en soi un bon signe, et elle avait envie de retrouver la sensation de paix diffusée en elle hier par la simple présence de Monica. Elle s'habilla rapidement et se dirigea vers les bonnes odeurs qui émergeaient du fond de la pièce à vivre.

Monica ne l'avait pas entendue arriver. Elle s'activait sur l'îlot central qui séparait l'espace dédié à la cuisine du reste de la pièce. Le soleil du matin la baignait d'une aura de lumière. Elle était magnifique. Dana s'arrêta un instant pour l'observer, son côté scientifique cherchant sans doute à percer le mystère de ce que cette femme déclenchait en elle. Pourquoi était-elle la seule qu'elle laissait s'approcher autant ? La seule qui semblait la comprendra ainsi sans même qu'elles échangent un seul mot ? Pourquoi lui procurait-elle aussi facilement un tel bien-être ? Comment faisait-elle pour toujours savoir ce dont elle avait besoin au moment opportun ? Pourquoi continuait-elle à passer la voir alors que tous lui avaient tourné le dos ? Que trouvait-elle en elle qui lui donne l'envie de venir ? Et comment faisait-elle pour être à ce point magnifique ?

Elle semblait chez elle au milieu de sa cuisine et Dana apprécia cette impression de tranquillité presque familiale. Avoir quelqu'un à ses côtés le matin au réveil, prendre le petit-déjeuner ensemble, discuter de tout et de rien ou juste profiter de ce silence confortable qu'elle ressentait à l'instant-même. Etait-ce d'une présence dont elle avait besoin ou était-ce Monica qui provoquait cette envie ?

Depuis les premières affaires où elles avaient travaillé ensemble, la brune déclenchait en elle un besoin quasi insatiable de sa présence, de sa chaleur, de son naturel enjoué, de son penchant à voir toujours le bon côté de tous et de tout qui rendaient plus supportables les atrocités côtoyées. Elle la faisait rire avec un humour parfois décapant et une maladresse touchante. Mais, ce qu'elle appréciait par-dessus tout, c'était de ne pas avoir, avec elle, à mettre son masque de femme froide et lointaine. Parce que Monica n'en portait jamais et qu'il y avait cette gentillesse en elle qui faisait comprendre que, quoiqu'elle découvre, elle ne s'en servirait jamais pour blesser. Oui, Monica lui avait manqué.

Monica leva alors la tête, sans surprise aucune, et sourit tendrement à Dana comme si elle savait depuis le début qu'elle était entrée dans la pièce et lui avait laissé le temps de l'observer et de réfléchir, d'aller à son rythme, comme elle le faisait si souvent l'air de rien.

« Ça va, Dana, vous avez bien dormi ? Vous avez faim ? »

Dana resta sans voix. Qu'avait-elle fait pour mériter une amie pareille ? Non seulement elle passait sa soirée du samedi, et sa nuit, avec elle mais, au lieu de rentrer chez elle au matin, elle prenait le temps de lui préparer le petit-déjeuner au réveil. Et pas n'importe lequel, du bacon, des œufs brouillés, des pancakes et une multitude de fruits frais. Dana se sentit un peu coupable de prendre autant sans rien donner en retour mais elle entendit alors son estomac gronder, de même que Monica, ce qui les fit rire toutes les deux.

«Monica, c'est adorable ! Il ne fallait pas ! C'est dimanche, vous devez avoir des milliers de choses à faire chez vous ou des amis à retrouver. »

Elle se rendit d'ailleurs compte en prononçant ces mots qu'elle en savait fort peu de Monica en dehors du travail. Une lacune indigne d'une amie comme elle, Dans se promit de veiller à y remédier rapidement.

« Mais non, Dana, ne vous inquiétez pas, tout va bien. Je suis ravie d'être ici et de passer un peu de temps avec vous. Vous me manquiez et je m'inquiétais pour vous. A raison d'ailleurs, vous avez l'air épuisée et vous avez perdu du poids. Allez vous mettre à table et laissez-moi prendre un peu soin de vous. » Et c'est ce qu'elle fit le reste du dimanche pour la plus grande joie de Dana qui se délecta de toutes ces attentions si généreusement offertes. Elle se sentait en paix et entourée de chaleur, comme durant une sieste d'été, et décida, au moins pour quelques heures, d'arrêter de se poser de questions et de se laisser porter.