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Elles décidèrent de se revoir ainsi fréquemment. Monica passait manger après le travail. Elles s'installaient ensuite devant la télévision pour le dessert, avec du pop-corn ou une glace, Dana allongée entre les jambes de Monica ou toutes les deux assises l'une contre l'autre. Ce contact se faisait naturellement, sans gêne aucune, sans tension sous-jacente non plus. Dana se guérissait petit à petit d'un manque qui remontait à aussi loin qu'elle s'en souvienne et Monica se réjouissait juste de la sentir ainsi contre elle tout simplement. Elles se regardaient un film, le plus souvent comique ou romantique et passaient la soirée à rire et bavarder comme des adolescentes. Monica avait toujours son humour terrible qui faisait rire Dana aux larmes. Et, même si Dana savait qu'il lui faudrait encore beaucoup de temps pour aller vraiment mieux, que rien ne serait de toute façon jamais comme avant, on ne se remet pas de la perte d'un enfant, même si elle y avait renoncée d'elle-même pour le bien de William, Monica apportait une certaine légèreté dans sa vie, une lumière au bout du tunnel. Souvent, le week-end surtout mais également en semaine, elle restait dormir chez Dana, l'une contre l'autre, comme ce premier soir. C'étaient les seules nuits où Dana dormait vraiment d'un sommeil profond, réparateur et Monica le savait et ne se faisait donc jamais prier.
Un soir, cependant, au lieu de passer, Monica téléphona à Dana pour lui dire qu'elle avait été envoyée en urgence à l'autre bout du pays pour une affaire qui requerrait sûrement plusieurs jours voire plusieurs semaines. Sur la côte ouest, il y avait plusieurs morts mystérieuses de jeunes femmes retrouvées avec des symboles rituels gravés dans leur chair. Au vu de sa formation, le Bureau l'estimait la plus apte à prêter main forte aux forces de l'ordre sur le terrain. Elle lui promit de l'appeler régulièrement pour prendre des nouvelles ou juste discuter.
Au bout de quelques soirées sans voir Monica, Dana se rendit compte qu'elle lui manquait terriblement, plus même que de raison pour une amie. Leurs discussions lui manquaient alors même qu'elles s'appelaient souvent. C'est sa présence surtout, son contact quand elle la prenait dans les bras pour la réconforter les soirs où l'absence de William se faisait plus cruellement sentir, ses caresses inconscientes durant les films, ses baisers d'au-revoir… Tous ces petits gestes amicaux que l'on fait sans y penser mais dont Dana réalisait qu'elle était devenue dépendante. Elle les attendait sans le savoir et leur manque la faisait physiquement souffrir. La nuit plus particulièrement. Sans Monica à côté d'elle, les cauchemars étaient revenus en force et, l'épuisement la gagnant, elle avait plus de mal à lutter contre la tristesse.
Elle n'avait jamais ressenti cela, même avec Mulder. Elle prenait conscience aujourd'hui qu'il n'avait, de toute façon, jamais été vraiment tout entier avec elle. Quoiqu'il arrive, une parcelle de lui restait toujours à s'interroger sur sa « vérité ». Elle sentait bien que, même dans les moments les plus intimes, il n'était pas complètement là et cela l'avait toujours empêchée de s'offrir totalement à lui, corps et âme. C'est aussi sans doute pour cela qu'elle avait eu tellement mal quand il était parti, parce qu'il ne lui serait plus jamais possible de savoir s'il pouvait vraiment l'aimer, au-delà de tout. Si le temps aurait permis qu'il lui accorde la première place dans sa vie et ses pensées. Ceci dit, si neuf ans n'y avaient déjà pas suffi… Elle ne savait même pas où il se trouvait à l'heure actuelle alors qu'il avait toujours soutenu qu'elle était la seule en laquelle il croyait…
C'est à ce moment-là qu'elle réalisa que ce n'était pas du tout ce qu'elle ressentait avec Monica. Quand celle-ci était chez elle, Dana ne l'avait jamais perçue autrement que pleinement avec elle. Mais elle n'était pas amoureuse de Monica. Non ? Elles étaient amies, c'est tout. Elle n'avait jamais vraiment eu d'amis proches, elle avait du mal à appréhender ce qui pouvait appartenir au domaine de l'amitié ou à celui de l'amour. Elle passa en revue tout ce qu'était Monica, tout ce qu'elle avait fait pour elle, tous leurs moments partagés... Ce qu'elle ressentait pour Monica était très fort et le manque qui l'habitait depuis quelques jours également. Et même si elle n'était pas une spécialiste des relations amicales, un tel besoin physique ne lui semblait pas trop en relever. Que les relations humaines étaient complexes et compliquées. Prendre conscience de ses sentiments, s'interroger sur eux, n'était vraiment pas son point fort.
Elle se ressouvint de cette première nuit partagée, celle où Monica l'avait serrée contre elle sans un mot. Elle avait sombrée dans le sommeil comme elle n'avait pu le faire depuis des semaines. Elle avait pris le manque du matin pour le besoin d'une personne à ses côtés mais elle réalisait maintenant que c'était Monica qui lui avait manqué, émotionnellement et physiquement. Serait-ce possible qu'elle soit en train de tomber amoureuse ? Le fait que ce soit une femme ne la perturbait pas. Elle avait tant de mal à se lier, à s'ouvrir aux autres, à aimer. Si c'était réellement ce qui se passait, elle avait devant elle une chance infinie de pouvoir vivre quelque chose de magnifique, il ne pouvait en être autrement avec Monica.
Et pourtant, une fois que cette pensée eut émergé, elle fut suivie d'une peur quasi panique. Aimer à nouveau ? Si totalement ? Peut-être plus encore, car Monica se donnait sans limitation, elle était ainsi faite. Et si elle devait la perdre elle aussi ? Après Mélissa, Emily, Mulder et William, pourrait-elle y survivre ? Avait-elle seulement envie de courir ce risque ? Pour n'importe qui d'autre, elle aurait répondu non sans hésitation. Mais Monica n'était pas n'importe qui. La force des émotions qu'elle ressentait aussi bien en sa présence qu'en son absence en était la preuve. Mais c'était aussi ce qui la terrifiait.
