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Pendant ce temps, sur la côte ouest, à San Francisco, Monica essayait de prendre un peu de repos. Elle avait parcouru des centaines de kilomètres en quelques jours tout en menant une enquête pour le moins complexe. Il s'était avéré qu'il n'y avait aucun culte quel qu'il soit derrière les morts sur lesquelles on l'avait appelée en renfort, juste un cinglé de plus. Mais ses connaissances avaient permis d'élucider certains indices dans les chairs scarifiées. Indices qui avaient menés à l'arrestation du coupable. Elle n'était donc pas venue pour rien. Cependant, le terrain de « chasse » du tueur avait été pour le moins étendu, entre Los Angeles, San Francisco et Berkeley, et Monica n'en pouvait plus. Elle ne rêvait que d'une douche bien fraîche et d'un bon lit, et pas forcément dans cet ordre-là vu son état de fatigue.
Pourtant, une fois couchée, le sommeil ne vint pas. Des pensées de Dana lui traversaient l'esprit sans fin. C'était comme si elle avait était allongée à côté d'elle, ainsi qu'elles en avaient pris l'habitude, et qu'elle la sentait éveillée, désirant lui parler mais sans y parvenir. Elle percevait son agitation, sa confusion, une tentative désespérée de l'atteindre à travers la distance. Dana pensait à elle, elle en était sure mais elle était également effrayée, terrifiée même. A cette sensation, Monica paniqua à son tour. Dana était-elle en danger ? Elle se saisit de son téléphone et appela immédiatement. Peu importait l'heure, Dana avait besoin d'elle, elle le sentait dans son ventre, au plus profond de son être, où toutes les énergies se nouent.
D'abord, le téléphone sonna dans le vide. Une fois… deux fois… trois fois… La gorge de Monica se noua, son ventre se tordit. Quel que soit l'esprit qui dirige là-haut, Dieu, Déesse, Nature, quoi que ce soit, faites qu'elle aille bien ! Quatre fois… cinq fois… Et quand Monica pensa envoyer le téléphone s'écraser contre le mur de frustration avant de sauter dans un taxi pour l'aéroport, Dana décrocha.
« Dana ? Dana, vous allez bien ?
- Monica ? Oui, oui. Pourquoi ? Vous avez l'air en pleine panique. Tout va bien pour vous ?
- Oui, ne vous inquiétez pas, c'est juste mon don qui me joue des tours. J'ai eu l'impression que vous m'appeliez, que vous aviez besoin de moi. Je vous ai crue en danger. Pardonnez-moi de vous avoir dérangée aussi tard, c'était stupide.
- Oh, non, Monica, ne dites pas cela. Vous ne me dérangez jamais. Et ce n'était pas stupide, loin de là, je trouve cela touchant. Je ne suis pas en danger, non, tout va bien, mais… c'est vrai… que je pensais à vous. Vous… Vous me manquez… Beaucoup. »
Il était toujours extrêmement difficile à Dana d'avouer ses sentiments, quels qu'ils soient. Monica se sentit émue qu'elle fasse cet effort pour elle. Elle mit toute la chaleur et la réassurance qu'elle put dans sa réponse.
« Alors, rassurez-vous, l'affaire est bouclée, je rentre demain. Vous aussi vous me manquez, terriblement. On se voit demain soir ? Chez vous ?
- Oui, avec plaisir. Bonsoir, Monica, dormez bien.
- Vous aussi, Dana, faites de beaux rêves.
- Oh, oui, ils devraient l'être maintenant, » crut-elle l'entendre murmurer avant de raccrocher.
Et les deux jeunes femmes s'endormirent en effet d'un profond sommeil, simultanément.
