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Ce soir-là, quand elle arriva à l'appartement de Dana, Monica fut accueillie par les bras de Dana autour de sa taille et sa tête contre sa poitrine. Son contact avait trop manqué, la jolie rousse avait besoin de s'y abreuver de suite. Elles restèrent tranquillement enlacées un temps certain. Enfin, Dana releva la tête, fit un sourire éblouissant à Monica et lui murmura à quel point cela lui faisait du bien qu'elle soit enfin de retour. Monica ne put que hocher la tête pour acquiescer. La jeune femme ne l'avait pas habituée à des démonstrations d'affection aussi spontanées et elle avait quelque difficulté à calmer les réactions intenses déclenchées dans son corps au contact imprévu et rapproché de celui de Dana. Celle-ci finit par se détacher et s'excusa en rougissant, la tête baissée, les yeux cachés par ses cheveux de cuivre, d'ainsi envahir son espace personnel. Monica posa ses doigts sous son menton pour lui relever doucement le visage et s'empressa de la rassurer. Enfin, elle la connaissait bien, elle savait que ce genre de démonstrations ne la gênait pas du tout. Bien au contraire d'ailleurs, venant d'elle, ajouta-t-elle avec son fameux petit clin d'œil charmeur. Dana rit et la légèreté qu'elles aimaient tant partager ensemble revint.
Elles s'installèrent comme à leur habitude sur le canapé avec un petit film romantique sans prétention à la télévision et une bonne réserve de pop-corn sur les genoux. Dana se cala entre les jambes de Monica, la tête sur sa poitrine et elles se remirent à bavarder comme si elles s'étaient vues la veille. C'était agréable, comme d'enfiler des vêtements confortables et de se poser après une longue journée de travail. Pourtant, quelque chose avait changé, entre elles et en elles. Leurs corps réagissaient plus intensément à la présence de l'autre. Monica avait envie d'embrasser les cheveux de Dana, elle avait plus de mal à se retenir de la toucher tout le temps. Elle lui caressait à l'instant l'avant-bras sans s'en rendre compte. Quant à Dana, le contact de la belle brune ne se contentait plus désormais d'apaiser ses tensions mais en créait une nouvelle, excitante et effrayante à la foi, qui se répercutait à travers tout son être pour se concentrer en certaines zones bien précises qui lui amenaient le rouge aux joues. Il y a avait désormais non pas une tension mais plutôt un non-dit, qu'il faudrait exprimer tôt ou tard. Mais pas tout de suite. Pour l'instant, elles se retrouvaient.
Comme elle se l'était promis, Dana décidé de s'enquérir un peu plus de la vie de Monica :
« Mais, dites-moi, Monica, vous êtes ici tous les week-ends et vous passez souvent en semaine, après le travail. Non pas que je ne l'apprécie pas, bien au contraire ! Mais vous n'avez pas d'amis en dehors de moi ? Cela m'étonnerait beaucoup avec votre tempérament si ouvert.
- C'est gentil, Dana. Non, en fait, pas ici. Les affaires dont nous nous occupons me prennent trop de temps. Mes amis de la Nouvelle-Orléans me manquent parfois. Je sais que je devrais y prendre quelques vacances pour aller les voir mais quand ?
- Faites attention, Monica, ne prenez pas le même chemin que moi avec les dossiers X sinon, bientôt, vous verrez que vous ne connaitrez plus personne en dehors de John et moi.
- Mais cela me convient tout à fait de n'avoir que vous.
- Vous me flattez, dit Dana en riant. Faites attention quand même.
- Je vous promets d'y être attentive, Dana. Et vous-même ? Je pourrais vous retourner la même inquiétude.
- C'est encore trop dur pour moi de sortir en dehors du travail, de voir du monde et tous ses parents avec leurs enfants... C'est aussi pour cela que je suis aussi contente que vous soyez là. Vous êtes toute ma vie sociale du moment. Non pas que j'en ai eu beaucoup avant, remarquez. Et votre vie amoureuse ? Je suppose, peut-être à tort, que vous n'avez personne étant donné que vous passez vos journées au travail et vos soirées avec moi. N'avez-vous pas envie de faire des rencontres, de tomber amoureuse, d'avoir des enfants ? Je vous ai vue avec William, l'amour et l'attention que vous lui portiez. Vous feriez une maman formidable. Mais je suis indiscrète.
- Non, non, pas du tout, c'est normal, entre amies de parler de ces choses-là, lui répondit Monica avec un petit sourire et un clin d'œil. Je ne sais pas. Sans doute n'ai-je jamais rencontrée la personne qui me donnerait cette envie.
- Mais, et l'agent Doggett ? Vous me paraissez très proches l'un de l'autre. J'ai même eu l'impression parfois que vous étiez déjà un couple.
- John ? Non, rit Monica, John n'est qu'un ami. Un très bon ami, un des meilleurs. Mais un ami, c'est tout. Je l'aime profondément. J'étais l'enquêtrice principale sur la mort de son fils, vous savez ? Il a eu besoin de soutien, je l'ai senti, je lui en ai offert avec plaisir. Nous sommes très proches depuis mais rien de plus. Il y a bien quelqu'un qui me donnerait l'envie de tout cela, ajouta Monica en rougissant, mais elle n'est…
- Elle ? la coupa Dana, à la fois curieuse et avide d'avoir enfin la réponse à son interrogation la plus pressante concernant la jolie brune.
- Oui, elle. Le genre de la personne que j'aime m'importe aussi peu que sa couleur, ses origines ou sa religion. C'est l'être humain que j'aime avant tout, ses valeurs, son intelligence, sa beauté.
- Cela vous ressemble. Excusez-moi, je vous ai encore interrompue. Alors, elle n'est… ?
- Je ne sais pas ce qu'il en est pour elle. Je sais qu'elle a aimé désespérément au moins un homme dans sa vie, qu'il l'a quittée et que cela l'a profondément affectée. Je ne veux pas la bousculer, courir le risque de la blesser à nouveau. »
C'était tout Monica ça, de faire attention à l'autre au point de s'effacer, d'en oublier ses propres besoins, ses envies, ses désirs se fit remarquer Dana, sans même réaliser que ce dont parlait Monica s'appliquait terriblement à sa propre vie.
- Vous devriez lui dire, énonça Dana avec véhémence. Si elle ne partage pas votre ouverture amoureuse au moins vous serez fixée. Mais si oui, vous risquez de passer à côté d'une belle histoire en vous taisant. Vous méritez d'être heureuse, Monica, et je ne vois pas trop qui pourrait ne pas se sentir ravi de vous avoir dans sa vie.
- C'est une amie. Une très bonne amie. Je ne voudrais pas la perdre comme telle.
- Mais alors vous êtes prête à souffrir de ne jamais savoir ? A la voir toute votre vie en vous demandant perpétuellement et si jamais ? Ce n'est pas bon, Monica, vous devez aussi penser à vous et à votre bonheur de temps en temps !
Monica ne répondit rien, elle avait baissé la tête et Dana ne voyait pas ses yeux derrière le rideau de ses cheveux. Après un long moment, elle l'entendit soupirer doucement. Monica releva la tête et prit les mains de Dana entre les siennes. Elle contempla longuement leurs mains enlacées. Dana ne fit rien pour les séparer. Elle aimait trop ce contact et elle sentait aussi que Monica avait besoin de ce temps de réflexion pour se décider à parler.
