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La jeune femme leva enfin les yeux vers elle et la regarda intensément, comme pour plonger au plus profond de son âme et lire en elle si elle pouvait lui avouer tout ce qu'elle avait dissimulé jusqu'alors. Et Dana ne put détacher son regard du sien, elle réalisa enfin ce qui se cachait derrière la tendresse des yeux de Monica posés sur elle. Elle vit un désir brut, affamé, sans retenue et une affection sans bornes. Elle réalisa surtout ce qui se dissimulait en elle, derrière toutes les excuses et les explications qu'elle s'était fabriquées au cours des mois qui venaient de s'écouler. Elle aimait Monica. Et elle la désirait avec autant de force qu'elle.
Et cela provoqua en elle une véritable attaque de panique. C'était terriblement fort, trop. Elle commençait à peine à se remettre de l'abandon de Mulder. Car, même si elle ne l'aimait plus, qu'il l'ait laissée se débrouiller seule avec William, malgré tous les risques qu'ils couraient eux aussi, l'avait profondément atteinte dans sa confiance en les autres. Elle savait, bien sûr, que Monica ne ferait jamais cela. N'était-ce pas elle qui avait été là à la naissance de William ? Et qui l'avait soutenue jusqu'au bout malgré la présence de tous ces monstres autour qui auraient pu les tuer n'importe quand si l'envie les en avait pris ? Elle encore qui lui avait apporté son soutien dans les premiers mois si difficiles avec un tout-petit ? Elle enfin qui était là, maintenant, avec elle pour l'aider à surmonter la douleur terrible d'avoir dû confier son enfant à d'autres ?
Oui, mais justement. Elle comprenait aujourd'hui que si Mulder n'avait jamais déclenché cette peur en elle, c'est qu'elle savait bien au fond qu'il ne pourrait jamais se donner totalement à elle et donc elle non plus. Elle pourrait se perdre en Monica. Oh oui, et si facilement, elle en avait tant envie. Monica ne lui avait-elle déjà pas tout donné et sans même réclamer ni attendre quoi que ce soit en retour ? Oh, ce serait si doux avec elle, si beau. Dana ferma les yeux en imaginant ce qu'elles pourraient vivre. Elle sentit alors les mains de Monica, qu'elle n'avait pas lâchées malgré toute son agitation intérieure, lui caresser doucement les siennes. Elle ouvrit les yeux et tomba dans ceux de la brune qui la regardait avec une intensité immuable.
- Chut, Dana, je n'exige rien de plus de vous. Votre amitié m'est déjà un cadeau merveilleux. Et ne vous reprochez pas de m'avoir poussée à vous l'avouer, vous aviez raison, il n'est jamais bon de garder ses émotions enfermées.
Bien sûr, Monica avait senti son bouleversement. Mais elle croyait que c'était parce qu'elle ne voulait pas d'elle ni la blesser en la rejetant. Oh, non, non, elle l'aimait elle aussi, totalement, absolument. Mais Dana n'arrivait pas à laisser sortir ces trois seuls mots, si petits mais si puissants, capables de modifier à jamais toute sa vie. Elle ferma à nouveau les yeux, baissa la tête et la secoua pour nier ce que venait d'énoncer Monica.
- Dana ? Dana, regardez-moi. Ce n'est pas ça ? Vous devez me parler, Dana. Je sens votre confusion mais je ne peux deviner à quoi elle est due exactement si vous ne m'aidez pas un peu.
Mais sa gorge restait nouée et les mots bloqués. Alors Dana fit la seule chose qu'elle pouvait pour transmettre ce qu'elle ressentait à la délicieuse et adorable brune en face d'elle, elle prit son visage entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes. Oh mon Dieu ! C'était tout ce qu'elle avait imaginé et tellement plus encore. Les lèvres de Monica étaient brulantes et douces à la fois. Leur contact alluma de minuscules incendies à travers tout son corps. Ses peurs passèrent à l'arrière-plan, loin, très loin. Elles n'avaient aucune réalité en fait. Comment Monica pourrait-elle jamais la faire souffrir ? Et quelle idiote elle serait de passer à côté d'une femme qui provoquait une telle réaction en elle par un baiser aussi léger. Elle ne pouvait pas, ne voulait pas en rester là. Elle embrassa à nouveau Monica, plus intensément.
Après un bref instant, Monica la prit à bout de bras et l'interrogea d'un regard presque craintif, n'osant y croire, elle que Dana n'avait jamais vue avoir peur de quoi que ce soit, si ce n'est pour elle quand sa vie avait été menacée. Et, pour une fois, la scientifique en elle se tût. Plus de pourquoi ni de comment. Et toutes ses peurs s'envolèrent définitivement, parce que Monica aussi se donnerait totalement à elle et elle le savait. Il ne restait rien. Rien d'autre que la femme incroyable en face d'elle, leur amour et un désir d'elle extrême, presque violent. Dana la rassura donc du regard. Oh, oui, elle la voulait vraiment. Oui, elle ressentait la même chose. Et Monica l'entendit.
