J'espère que la suite sera à la hauteur de vos attentes. J'ai tendance à préférer ce chapitre, personnellement.

Chapitre 2

**** Présent (suite)

Je me réveille quand la voiture s'arrête. J'ouvre les yeux pour les refermer directement. Le paysage qui s'offre à moi est idyllique, et trop familier.

Cela ne peut pas être vrai.

J'observe Georgiana qui est totalement charmée de se retrouver ici. Et celle qui était la directrice de mon université, qui m'abandonne lâchement en territoire ennemi.

« Pemberley ? Pourquoi ? Vous voulez donc tous ma mort ? »

Les mots sont sortis de ma bouche avant que je ne les réalise.

« Comment peux-tu savoir que nous sommes à Pemberley ?

— La publicité qui est au début du dossier d'inscription a une photo du domaine. »

J'arrive à ne pas rougir en disant cette phrase. Non. C'est à cause de mon dossier que je n'ai jamais osé envoyer que j'ai reconnu les lieux et certainement pas à cause du compte sur les réseaux sociaux de son propriétaire que j'épie dès que j'ai un moment de libre.

Et certainement pas à cause du mail qui décrit comme il m'aurait accueilli, si j'avais osé envoyer ma candidature.

Sûrement pas à cause de la vue de cette chambre particulièrement. Ni de l'homme à l'avant-plan.

Ni du fait que ce soit mon fond d'écran depuis quasiment cinq mois.

Et je ne peux que craindre le moment où les portes majestueuses vont s'ouvrir pour le laisser passer.

« C'est à Pemberley que vous nous avez transférés ?

— Je crois bien que c'est ce que ma tante a fait, effectivement. »

Mon regard se pose sur ma meilleure amie, qui pour elle, revient à la maison.

« À cette date-là, il n'y a pas de chambres de libres. Bien sûr, j'ai la mienne, mais je suis désolée de dire que tu vas devoir partager. »

Je rougis sans pouvoir m'en empêcher. Partager ? Sûrement qu'elle ne sait pas que… Non, aucun moyen pour qu'elle sache qu'il m'a proposé de manière outrageuse de partager son lit.

Je réalise après coup qu'elle me parle de partager avec elle. Je pousse un soupir de soulagement que je ne savais pas avoir retenu.

« Oui, pas de soucis pour partager une chambre avec toi, Georgiana.

— Super. Viens, je t'emmène. Il faut par contre apporter nos valises au quatrième étage, et il n'y a pas d'ascenseur.

— Je savais qu'il y avait forcément un mauvais côté. Tant pis, j'affronterais les escaliers avec ma valise à roulettes ! »

À ce moment-là, je me souviens pourquoi j'ai fait cette valise ce matin. Et une vague de honte me frappe à nouveau. Si j'étais déterminée à ne plus vivre une seule seconde sous son toit, je n'imaginais pas que la solution serait d'aller habiter… sous le sien.

**** Trois ans plus tôt – Présentation des Académies d'Austen

Je suis excitée comme une puce, on pourrait croire Lydia. Aujourd'hui, au lycée, des représentants du conglomérat des universités Austen viennent faire de la publicité. Ils se déplacent, pour nous. Ils viennent au lycée public de Meryton !

Charlotte et Jane sont persuadées que c'est à cause des championnats juniors d'échec. Que j'ai gagné haut la main ! Mais je ne pense pas. Je veux dire, c'est pas parce que je suis intelligente que plusieurs dirigeants d'université vont venir présenter à ma classe les possibilités d'avenirs offerts par leurs universités ?

Il y en a eu trois particulièrement qui m'ont intéressé : Netherfield, Rosings et Pemberley. Mais je les connaissais déjà avant. Enfin, pour dire la vérité, le cachet de Netherfield est bien moins important que les deux autres. Ils forment les plus renommés ingénieurs et chercheurs au monde, ou du moins à l'Angleterre, et je rêverais de faire mes études là-bas.

Avant de rencontrer leurs dirigeants. Évidemment.

Après, il a été bien clair que… Bien que Pemberley ait les meilleures notes et les meilleurs critiques, je me contenterais de postuler à Rosings. Je ne supporterais pas de croiser, même accidentellement, l'homme qui m'a foutu la plus grande honte de ma vie.

« Non, Catherine, je dois dire que je suis particulièrement déçu.

— À quoi t'attendais-tu ? Fitzwilliam, ne sois pas complètement irrationnel. Cette fille est une perle, et il faut que ce soit les Universités Austen qui la récupèrent.

— Elle est tolérable, je suppose, mais certainement pas assez intelligente et fine, et distinguée pour mériter mon attention. Je n'aurais jamais dû vous écouter. Ni venir.

— Quand Rosings battra à plate couture Pemberley pendant cinq ans, pendant qu'elle sera dans mon université, tu le regretteras. »

Je n'ai pas écouté la fin de leur discussion, mais une rage complète m'a envahi à l'idée d'être un morceau de viande que des gens se disputent. Il se peut que j'aie joyeusement fait un croche-patte à Mr le Directeur de Pemberley après ça.

Il est possible, que toujours avec cette haine au corps, je sois allée chercher et imprimés les documents sur lequel je travaillais depuis quasiment un an. Et que je les ai déposés sur le bureau qu'il occupait, en signant « de la part d'une étudiante qui n'est que tolérablement intelligente. »

Après, je m'étais fait porter malade, et n'étais plus venue en cours, jusqu'à la fin de l'intervention. J'avais bien rempli un dossier de candidature pour Pemberley, mais n'avais jamais osé l'envoyer. L'attitude du directeur me semblait trop lourde à supporter.

Et j'avais supposé que c'était la seule et unique fois où nos chemins allaient se croiser. Mais hélas, cela n'était pas ce qui était en stock pour moi.

**** Deux ans plus tôt – Arrivée à Rosings

Sans surprise pour Jane et Charlotte, mon dossier pour Rosings a été accepté. Quand je découvre la somme à payer, je crois pendant cinq jours devoir renoncer à mon rêve. L'arrivée de l'annonce inespérée de la bourse me permet de retrouver ma légèreté.

Jusqu'à ce que ma mère s'en mêle.

Je ne me suis jamais entendue avec ma mère, Mme Bennet. Déjà, le fait que je veuille faire des études, plutôt que de se trouver un mari riche, fait que Mme Bennet ne me voie pas d'un bon œil. Mais alors partir pour dans le privé ! Et dans un domaine d'étude si clairement masculin ! Les hommes ne veulent pas d'une femme qui en sait plus qu'eux sur les machines qui les entourent.

Je lui rétorque que je m'en moque, mais cela ne change rien. Quand Mme Bennet a vu le montant de ma bourse, il a été décidé que je devrais me séparer de la moitié pour consoler ma mère.

Quand j'arrive par le train à la gare de Hunsford, je ne sais pas comment le trimestre va se finir, mais la première chose que je fais, c'est d'aller vers le secrétariat et d'ordonner que l'on prélève tous les payements sur ma bourse à la première occasion. J'ai honte de devoir expliquer à la secrétaire la raison de mes choix. Je m'en sors en bafouillant des platitudes, et je crois qu'elle avale le mensonge. En revenant du bâtiment séparé, je découvre pour la première fois la mélodie qui sort de l'une des petites maisons en bordure du domaine.

Je m'approche, ouvertement curieuse. La personne qui joue est particulièrement douée. Je découvre une adolescente devant l'équivalent d'un orchestre en nombre d'instruments. Je m'installe et je la regarde. Elle va d'un instrument à l'autre. Lui soutire une mélodie, avant de s'intéresser à celui à côté d'elle.

Je suis la seule spectatrice, mais je ne regrette pas un seul instant. Au bout d'un moment, peut-être une heure, elle sort de sa transe musicale et sursaute en me voyant.

« Je…

— Tu joues très bien.

— Je… Merci. »

Je me relève. Elle est très timide, mais quelque chose me pousse à être gentille avec elle. Après tout, elle me rappelle mes sœurs. Elle doit avoir quelques années de moins que moi.

« Je ne joue que du piano. Crois-tu que je peux te rejoindre ? Je suis loin de jouer aussi bien que toi, mais je t'écoute depuis longtemps… Je m'appelle Elizabeth Bennet, au fait.

— Georgiana.

— Tu es une étudiante ? Tu as l'air si jeune !

— Oh, non. Je suis en vacances chez ma tante. Mes cours sont par correspondance. Je les reprends dans un mois. »

Ah, voilà qui explique sa timidité. Je discute encore un moment, en m'approchant du piano. Quand je m'assieds sur le tabouret, elle ressemble déjà beaucoup moins à la biche prise entre les feux de voiture.

Je n'avais aucune idée, à ce moment-là, à quel point ma vie allait changer avec mon amitié avec Gigi. J'ai mis un an et demi à apprendre que son nom de famille était Darcy. Comme ce prétentieux et arrogant directeur de Pemberley. Mais elle était déjà ma meilleure amie à ce moment-là.

Alors, verdict ? Que pensez-vous de l'histoire jusqu'à présent ? Et que pensez-vous qui va se passer au chapitre suivant ? Prochain chapitre : demain ou samedi !