Merci pour tout ! Voilà la suite ^^
Chapitre 5 : Impassible manège
"Il est grand temps de mettre fin à cette comédie, baron Kelvin." presque grogné tant les graves roulaient dans la gorge serrée du jeune artiste.
"Je t'inter... dis... tu m'entends, Joker ?!" voix tremblante d'émotions.
"Vous n'avez plus aucun droit sur moi, sur nous ! C'est terminé." ferme. "Dire que je me suis sacrifié pour une utopie !..." renvoyant l'homme au fond de son canapé. "Je vais faire venir un médecin digne de ce nom pour vous prendre en charge, vous avez besoin de soins approprié."
"Tu t'avances un peu, mon garçon. Le baron est très bien soigné." annonça une voix masculine.
Ils se retournèrent vers un homme en blouse blanche, armé.
"Sensei ?..."
"Éloigne-toi du baron, Joker."
"Vous... marchez ?"
"Ah !... Évidemment !... la paralysie n'était qu'une ruse pour mieux vous approcher."
Joker serra le poing. "C'est ignoble."
Le médecin poussa la fille du Comte vers Joker.
"Vous patienterez un instant dans la cave. Jusqu'à ce que nous décidions ce que nous ferons de vous... quant à vos restes... ma foi, je serai assez curieux de voir de quelle manière se comporte l'os adulte dans les prothèses." ricanant.
Joker écarquilla les yeux.
"Par... don ?..." incrédule.
"Pourquoi crois-tu que mes prothèses soient si douces au toucher, Joker ?" moqueur.
Joker se pencha en avant, réprimant un haut-le-cœur. "Vous... avez..."
"Avoues que le résultat est plutôt saisissant, non ?" fier de son travail.
"C'est..."
"... un travail admirable. Que seuls les esthètes comme le baron sont capables d'apprécier."
Le baron se mit à applaudir depuis le canapé. "Formidable, Docteur ! Formidable !..."
"Le baron n'a plus sa raison et vous le savez aussi bien que moi." grogna Joker.
"Que me chantes-tu là, Joker ?!" allant se placer aux côtés du baron. "Le baron est un grand homme. C'est vous qui ne valez rien."
"Sur quoi vous avez-nous encore menti ?!" hurla Joker.
"Avancez, tous les deux. Tu connais le chemin jusqu'à la cave, Joker." menaçant de son arme.
Joker serrait la mâchoire, faisant avancer la fille du Comte.
Ils descendirent les marches jusqu'au rez-de-chaussée.
"OUCH !"
La dague venait de se planter droit dans l'avant-bras armé de l'homme de science. Puis une autre vint se ficher dans le bras, plus profondément, lui faisant lâcher l'arme à feu qui chuta au sol. Lorsque l'homme voulut se pencher pour la récupérer, un coup de fouet claqua en éloignant l'arme.
"BEAST ! DAGGER !"
"Senpai !"
Beast se rua sur l'homme, le ligotant de son fouet.
Peter et Wendy, les acrobates, l'arrosèrent de coups de pieds en professant des insultes.
"Assez." tonna Joker. "Nous devons nous occuper du baron."
"Ce qu'il mérite, c'est d'être ligoté et de moisir jusqu'à ce que mort s'en suive dans la cave."
Joker secoua la tête. "Il a besoin de soins dans un établissement dédié à cet effet."
"Tu es trop tendre." ronchonna Peter, croisant les bras.
Joker accueillit la remarque par un petit sourire. "Sans doute, oui."
"Et elle ? on en fait quoi ?" désignant la fille du Comte.
"Elle est avec nous. Pas vrai ?" passant un bras autour de ses épaules, échangeant un sourire.
Beast plissa les yeux. "Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?!"
"Je viens de le dire : elle est avec nous." posé, faisant glisser un doigt tendre le long du nez de la fille du Comte.
"Qui nous dit que nous pouvons lui faire confiance ?" rétorqua Wendy.
"Elle l'a prouvé en m'accompagnant jusqu'ici."
"Houmpf ! Il t'en faut vraiment peu." grimaça Beast.
"Ne l'écoute pas." glissé à l'oreille de la fille du Comte.
Le poing de Beast se serra face à la complicité affichée. "Nous n'avons pas besoin d'elle, Joker." avec un mouvement vif du bras.
"Depuis quand décides-tu ce genre de chose, Beast ?" questionna le jeune leader, assez fermement.
"Nous sommes plusieurs à décider, je te signale. Et je suis sûre que les autres pensent exactement de la même façon : nous n'avons pas besoin d'elle."
"Nous allons devoir nous serrer les coudes pour la suite, Beast. Je ne suis pas certain que ce soit le moment pour manquer de cohésion."
"Tu parles de cohésion alors que tu nous amènes un élément étranger !..." emportée.
"Beast. Ce n'est pas le moment."
Beast rumina en se détournant.
"Merci d'être intervenus. Comment avez-vous su ?..."
"Le Docteur a eu un comportement louche. Nous l'avons espionné. Pour nous rendre compte qu'il savait parfaitement marcher." expliqua Peter. "Nous l'avons suivi jusqu'ici et avons été témoins de son attitude." assénant un nouveau coup de pied.
"Que va-t-on faire d'eux ?"
"Je dirai bien que le mieux serait de ne pas laisser de témoins mais... je ne puis me résoudre à faire du mal au baron malgré son attitude. Cet homme n'a plus toute sa raison." dit Joker.
"Mon père pourrait se rendre auprès de Scotland Yard et dire qu'il a découvert tout ceci. Lorsque les forces débarqueront ici, elles découvriront la supercherie et vous serez lavés de tout soupçon." amena la fille du Comte.
"Hmm..." émit Joker, main sous le menton, faisant le tour de la question. "Cela me semble être une bonne idée."
"Nous ne pouvons pas faire confiance à un étranger !..." avança Peter, méfiant.
"Allons. Pour avoir côtoyé le Comte, je sais qu'il est un homme bon."
"Oui, enfin... si on omet le trafic d'armes dans lequel il baigne. Et son métier."
"Pardon ?"
"Papa effectue des contrats pour de grands noms. Il... supprime des personnes."
Tous les yeux se fixèrent sur elle. Elle rosit des joues. "Indépendamment de cela, oui, c'est un homme bon."
"Je vois que chacun ici a quelque chose à se reprocher."
Scotland Yard venait d'arriver en nombre au manoir. Le Comte fut interrogé et blanchi - il avait prétexté une visite à ce vieil ami de Kelvin !...
Aucun lien ne put être trouvé avec les gens du cirque.
Le Docteur, quant à lui, son business à terre, finit également par perdre la raison.
De beaux jours se profilaient donc à l'horizon pour la troupe.
"Jok..." surprise en le voyant sans sa prothèse.
"Tu sais, je me questionne beaucoup ces temps-ci, Beast."
La dompteuse fixa son beau roux.
"Nous offrir de nouveaux membres aurait été un geste de toute beauté s'il ne nous avait pas été demandé d'agir pour satisfaire l'appétit démesuré et pervers de père, de nous souiller, nous qui étions encore innocents, en contrepartie d'un désir légitime."
Beast leva les yeux, poursuivant la course d'un nuage blanc dans le ciel.
"Heureusement, tous les nobles ne sont pas ainsi." pensées fixées sur la fille du Comte.
"A ta place, je demeurerai sur mes gardes, Joker."
Joker se contenta de sourire, paupières closes.
Beast tourna les talons pour s'en aller.
Le Comte sortit sa tête de dessous le manège. "Je vois... il s'agit exactement du même problème mécanique que celui que j'ai récupéré l'été dernier. La pièce est onéreuse à l'achat mais je connais un homme capable de nous la fabriquer."
"Voilà une bonne nouvelle." déclara Joker.
"Par contre, il lui faudra un peu de temps. C'est un homme très demandé."
"Hmm..."
"Je peux te proposer mon manège en remplacement."
"Oh !... Vraiment, vous feriez cela ?..."
"Bien sûr." posant la main sur l'épaule du jeune leader.
"Ce stratagème lui permettra de garder sa fille à l'œil." émit Rachel.
"Tu me prêtes là de bien vilaines intentions !..." se défendit le Comte.
"Dis plutôt que je te connais." riant.
"Me voilà vaincu." souriant, à Joker.
La troupe était amassée autour des dix carrioles arrivées en fin d'après-midi.
Les chevaux de bois que l'on débarquait soigneusement était superbes et parfaitement entretenus, harnachements ornés de pierreries et de petits miroirs réfléchissants.
Il se dégageait une fougue tranquille de ces représentations équestres.
Le Comte trouva rapidement sa place dans la troupe. Il assistait Jumbo dans l'entretien et les réparations du matériel qui voyageait régulièrement au gré des déambulations du cirque.
Le manège de remplacement fut sur pied en quelques jours. Son orgue délivrait des airs d'opéra connus et le mouvement régulier des chevaux de bois prouvait que le système était parfaitement rodé. Un "petit bijou baroque" comme le nommait le Comte. Il tournait à la perfection, réglé comme une horloge défiant les temps.
Les enfants qui venaient voir le spectacle se ruaient sur le manège.
Le Comte se fit très bien à la vie nomade. De même que sa fille. Celle-ci découvrit son talent presque par hasard, lorsqu'elle regarda s'entraîner un voltigeur à cheval.
"Il trotte trop près du cercle de la piste, de fait ses antérieurs sont gênés et cela bascule l'équilibre. Eloigne-le de dix bons centimètres et le tour sera joué."
Joker fixa la fille du Comte, clignant. "Euh... Melody !..." appelant l'écuyère pour lui prodiguer des conseils qui solutionnèrent le problème.
"Dis donc... j'aurai presque envie de te recruter." sur le ton de la mi-plaisanterie.
"Ah oui ?... désolée mais je joue déjà mon numéro tous les soirs, à guichets fermés, dans les bras de Monsieur Loyal. Repasse une autre fois." s'asseyant sur le cercle de piste, pied caressant le mollet du jeune artiste qui lui offrit un sourire radieux.
"Tu m'apprendras la jonglerie ?..."
"Hahaha ! Bien sûr, avec plaisir."
Le Comte ramena les brides jusqu'aux mains gantées de sa fille.
"Tu ne laisseras pas Na'ir déborder. Et maintient souplement Antares."
Elle répondit par un soupir, juchée sur les croupes des deux derniers animaux de cet attelage libre de six, faisant de l'ordre dans les brides pour diriger au mieux les montures.
Joker était assis là, guettant avec une certaine appréhension.
"Et tu fais très attention parce que j'en connais un qui se ronge les sangs." glissant un regard vers le rouquin.
"Allez-vous cesser de me couver, tous les deux ? Je l'ai déjà fait, je te signale."
"Oui et ça s'est plutôt bien terminé pour quelque chose qui aurait pu être beaucoup plus grave, ma fille !..."
"Raaaah !"
Joker s'approcha lorsque l'attelage se mit en mouvement.
"Vous êtes certain que..."
"Oui. Autant te dire que quand elle a une idée dans la tête..." avec un geste las avant de poser sa main sur l'épaule de Joker. "Elle ressemble tant à sa mère..."
"Qu'est-elle devenue ?..." piqué par la curiosité.
"Elle est décédée des suites d'une longue maladie."
Joker eut un hoquet. "Je suis... désolé."
"Bien. Si nous allions voir de quelle manière elle s'en tire ?"
Joker répondit par un sourire franc.
La séance se passa relativement bien - si on omet le caractère têtu de l'étalon blanc Na'ir à qui l'exercice en groupe ne convenait guère !...
Elle sauta des croupes sur le sol.
"Bon, le résultat n'était pas très harmonieux." critiqua son père.
"Je pense qu'il faut placer Na'ir au centre."
"Tu veux rire ! il va disloquer tout l'équilibre, c'est un meneur, ce petit gars !..." tapotant l'encolure de l'animal encore nerveux.
"Oui, enfin, voyons le bon côté : tu n'as pas fini dans la boue, cette fois." plaisanta Joker.
Rachel lui adressa un regard noir mais désarma lorsqu'il rit de bon cœur.
"Ton numéro sera prêt d'ici cinq bonnes années." rajouta-t-il, sérieux.
Elle croisa les bras. "C'est mal me connaître."
"Oh, jeune homme, c'est une tête brûlée !..." dit le Comte, amusé. "Tu comptais la récupérer en un seul morceau, je présume. Accroche-toi !..." clin d'oeil.
"Papa !"
Joker rabattit les pans de l'entrée de sa tente, posant sa canne surmontée d'une façon de gros diamant sur la table improvisée - il s'agissait en fait d'une simple caisse retournée, recouverte d'une toile blanche. Devant le miroir, il défit son nœud couleur moutarde.
Deux mains remontèrent le long de son gilet à carreaux. Il sourit.
"The aftershow ?..." joueur.
"Tu as été superbe, ce soir." dit-elle d'une voix chaude. "Je ne voyais que toi." soufflé à son oreille percé d'or.
Joker eut un sourire flatté.
Elle fit tomber sa veste des épaules du jeune artiste pour la poser sur le coffre non loin.
Puis elle se glissa devant lui, défaisant les boutons de son gilet à carreaux.
Il la buvait du regard, tendre, doigts caressant son visage de poupée. Son corps était déjà chamboulé avant même qu'elle ne pose les mains sur sa peau ou ne tente un baiser.
Il rit doucement. "C'est incroyable... cet effet que tu as sur moi." n'en revenant pas lui-même.
Elle lui sourit. "Je te promets de ne jamais en faire mauvais usage."
"Je le sais." regard braqué sur ses lèvres au point de le faire adorablement loucher.
Le bout de sa langue les humidifia alors qu'elle captait l'endroit où convergeait son regard.
Il la voulait. Méchamment. Le désir grondait en lui comme un océan en pleine furie, lui tordant le ventre en le soulevant, déjà tendu dans le pantalon bouffant. Il ne put qu'en sourire.
"Déjà ?..." taquine.
Joker baissa les paupières en un aveu sans parole.
Il l'étreignit fort, riant doucement dans son cou. "Je viens de te le dire : cet effet que tu me fais..."
Elle monta les mains le long de son dos, remuée par ses paroles.
Il adorait plus que tout se lover sur elle, protecteur et aimant et lui souffler des paroles chaudes à l'oreille, se fiant à son souffle pour mieux se guider. Puis les lèvres impies effleuraient la joue pour venir happer cette jolie bouche et la rendre captive de délices variées. C'est en général là que s'éveillaient les soupirs, parfois brefs ou lourds, selon. Ils aimaient les faire étouffer dans le baiser coupable.
Ils avaient appris en très peu de temps - et de pratique - ce qui faisait plaisir à l'autre et ce soir, Joker savait qu'elle attendait de lui qu'il prenne les commandes, qu'il la fasse basculer à grand renfort de coups de reins, qu'il alterne le doux et le vif. Il en sourit d'anticipation dans le baiser. Le plus ennuyant dans l'affaire était qu'ils devaient taire les sons qui montaient en eux du fait du peu d'intimité acoustique offerte par la tente...
Joker la prit sur son lit, mains jointes aux siennes, au-dessus de sa tête, doigts étroitement croisés. Ils en tirèrent un plaisir intense, aussi bien dans l'acte que dans les préliminaires.
