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Chapitre 7 : Noces sous chapiteau

Elle lisait, au pied de ce luxuriant chêne.

Il vint la rejoindre, s'installant à ses côtés, faisant jaillir des fleurs de sa canne. "Elles sont pour toi."

Elle ne put s'empêcher de sourire face à cette tentative maladroite.

"Je sais que je suis bien trop protecteur avec les gens que j'aime." dit-il, fixant un point devant lui. "Je ne peux pas m'en empêcher."

"A force, c'est étouffant."

"Avoue que les conditions n'étaient vraiment pas propices à ton entraînement." sans la regarder.

"Je veux bien te l'accorder. C'était... la façon de faire."

"Aurais-tu écouté autrement ? J'en doute."

Elle ferma son livre, se levant pour s'étirer. "J'ai une faim de loup."

Elle s'éloigna, le laissant là, sous l'arbre.


"A toi de jouer, Jumbo !..." pouce levé.

Le géant s'avança en pleine lumière afin d'éblouir la foule.

Elle faisait patienter l'attelage à l'entrée du chapiteau, vérifiant une ultime fois les brides et autres accessoires.

"Je te trouve fort nerveux, Ashanti." glissa-t-elle à l'oreille de l'étalon concerné. Ce dernier gratta le sol de son sabot.

"Lorsqu'un cheval veut vous virer, il vous vire." émit une voix familière. "Et le tien me semble particulièrement enclin à vouloir te virer, ce soir."

"Mon oncle !" sautant dans les bras de l'homme grisonnant.

"Ma chère nièce." l'étreignant avec douceur.

"Comment te portes-tu ?"

"A part mes éternelles douleurs aux lombaires et mon problème au jarret, tout va bien."

Nouvelle étreinte.

"Où donc est passé ton diable de père ?"

"Il est derrière toi."

"Richard !..."

"Vieux renard !..."

Nouvelle accolade.

"Décidément, entre la foire et le cirque !..."

"On ne renonce pas à sa nature."

"Et je ne parle même pas du goût équestre de ta fille."

"Justement, je vais entrer en piste."

"Méfie-toi de cet étalon. Tu montes des chevaux pleins. Et ne laisse jamais marcher une femme portant un parfum capiteux devant eux, sous peine qu'elle se retrouve avec des sabots sur ses épaules et se fasse repeindre intégralement en blanc."

Elle rit. "C'est noté, mon oncle."

"En piste !..." lui dit Joker.

Les trois restent en retrait, observant le numéro.

"Vous vous y connaissez en chevaux, d'après de ce que j'entends."

"Jeune homme, on ne renonce jamais aux chevaux vous savez, ça fait dix mille ans que les humains tentent de dresser les chevaux. Chaque humain recommence avec chaque cheval, le même travail, la même aventure, difficile et périlleuse. Dix mille ans qu'on tombe, dix mille ans qu'on se relève."

"Vous êtes un passionné, cela s'entend !..."

"On ne s'ennuie jamais avec les chevaux car l'ennui vient quand on ne se regarde plus. Et on ne peut pas ne pas regarder un cheval, regarder l'autre. Regardez-le vraiment et jamais, jamais vous ne vous ennuierez. C'est ça le sentiment équestre et ça n'est rien d'autre que de l'amour. Si les chevaux nous portent c'est qu'ils sont gentils. Ils ont la gentillesse de nous supporter. Ils nous supportent et ont parfois la bonté de nous faire don d'une toute petite part de leur grâce, nous n'avons rien inventé, rien."

Elle termine sous un tonnerre d'applaudissements.


Dans la tente du leader, autour d'un bon verre de whisky :

"Voilà bien longtemps que je n'avais pas goûté un si bon breuvage."

"Vous me flattez."

"Vous devez vous y connaître en spiritueux autant que je m'y connais en chevaux !..." tapotant l'épaule de Joker.

"Oh, vous savez... si peu."

"Se contenter de peu, et jouir de chaque chose. Ce n'est pas le but qui compte, c'est le chemin. Parce que si vous attendez d'être arrivé pour jouir, vous ne jouirez jamais."

Joker crut se noyer dans son propre verre.

"Il a toujours parlé ainsi, sans détour. J'apprécie." dit la fille du Comte. "Il a été un maître écuyer formidable et l'est toujours."

Petite courbette en toute humilité. "Ta fille ressemble décidément beaucoup à ta défunte épouse, mon cher Richard."

"Le caractère explosif vient de moi."


"Tu ne parviens pas à dormir ?"

"Je pourrai te retourner la question."

"C'est exact." s'installant aux côtés de la fille dont il était amoureux, dans les gradins du chapiteau, à la seule lueur d'un éclairage.

"Je ne suis pas satisfaite de ma prestation de ce soir."

"Cela m'arrive régulièrement."

"Et de quelle façon gères-tu, dans ce cas ?"

"J'évite de me repasser les événements en boucle."

"Tu penses que Dagger va revenir ?"

"Cela m'étonnerait fort. A tout hasard, ton oncle ne sait pas lancer les couteaux ?"

"Son truc ce sont les chevaux, Joker." souriante.

"Comme toi." se permettant de caresser les cheveux auburn.

Elle ferma un instant les yeux, savourant le contact.

"C'est décidément de famille..." soufflé à son oreille percée, main devenant plus insistante dans les cheveux aimés.

La tête ploya légèrement en arrière, souffle tremblant. "Arrête."

Il vint apposer ses lèvres contre la joue, doux. "Tu me manques, Rachel..."

Ses paupières papillonnaient.

"Pas ici..." l'attrapant par la main pour le diriger jusqu'à sa tente.

Là, elle le fit allonger sur le lit pour s'installer en pied de lit, agenouillée, visage surplombant la superbe tête rousse. Le souffle de Joker était déjà joliment court, pupilles dilatées, corps réagissant très fort.

"Tu trembles ?..."

Il eut un sourire coupable. "... d'envie..."

Ses doigts fins caressaient les traits de son visage, les redessinant à loisir, s'attardant sur les lèvres entrouvertes de délice qu'elle flattait du pouce.

"Tu es magnifique..." soufflé.

"Je t'aime, Rachel..." la cherchant de ses mains, corps merveilleusement chamboulé.

Elle osa un premier baiser qui, malgré sa douceur incomparable, acheva d'enflammer les sens du rouquin. Le second lui fit l'effet d'un coup de vent sur un incendie déjà dévorant.

Quant au troisième, lent et profond, il le fit sombrer dans une torpeur érotique sans précédent, lui faisant ouvrir les jambes par réflexe.

Sa main valide s'éleva, doigts tremblants, glissant dans la chevelure de soie de sa belle tandis que le baiser prenait une tournure renversante. Les bouches n'avaient de cesse tandis que leur danse faisait naître toutes sortes d'appréciations vocales, allant du petit grognement au soupir appuyé. Les corps étaient à vif. Elle lui glissa à l'oreille qu'elle était déjà terriblement prête à l'accueillir. Les mots eurent un tel impact sur lui qu'il crut en jouir, bouche dérapant de la sienne pour chercher l'air, sur un souffle devenu chaotique, corps et cœur renversés.

Elle attendit un moment, se régalant de la vue offerte par l'étourdissement du rouquin, choisissant d'occuper ses doigts à l'ouverture de la chemise blanche, donnant sur le torse finement dessiné. Se redressant, elle vint prendre en bouche chaque bille de chair érigée, ce qui ne fit que donner davantage au désir déjà violent du leader.

Son regard vint alors se poser sur ce renflement qui n'en cessait de prendre de l'espace dans le pantalon pourtant bouffant. Douce, elle y posa la paume, ce qui le fit tressaillir tout son long sur un son proche du grognement.

"Pitié... achè... ve... nous."

La voix était tordue de désir, nichée dans les graves.

"Yes, Sir." se redressant pour se dévêtir. Il faut croire que la manœuvre n'était pas suffisamment rapide car le rouquin quitta sa couche pour l'y aider, embrassant et lapant tout ce qui se présentait à portée de bouche. Il tomba à genoux, joue contre la toison sombre qui ornait son pubis, mordillant l'anse des hanches avant de revenir goûter à ce qui suintait d'elle avec un délice sans nom.

Elle serrait dans ses poings les mèches orangées tandis qu'il lui faisait du bien là.

Toujours plus avide, il attrapa sa jambe qu'il passa sur son épaule pour l'ouvrir plus largement à ses attentions.

Elle en tremblait, en appui sur cette unique jambe, voix de plus en plus forte. Il lapait comme un chiot, n'oubliant rien d'elle, paumes ouvertes sur ses fesses rondes, l'attirant d'autant plus à lui lorsque... un cri retenu contre le dos d'une main déchira l'atmosphère. Il en profita pour se donner de l'espace, déployé à outrance, tant le spectacle, et son goût qu'il avait encore sur la langue, l'avaient rendu fou.

Elle tomba sur les genoux, respiration encore forte, se plaisant à mordiller chaque clavicule, à l'en faire geindre de délice.

Il l'attrapa, la faisant basculer sur le lit pour lui écarter délicatement les jambes et se faufiler jusqu'à l'entrée suintante. Il joua encore un instant là, savourant ce qu'elle offrait, puis, sur un coup de hanches maîtrisé, se glissa en elle avec une aisance monstrueuse, suffoquant tant la sensation était exquise.

Lové sur elle, souffle court, palpitant dangereusement, il hésitait à amorcer le moindre mouvement sous peine de se perdre en chemin.

Elle joua de quelques contractions délicieuses qui eurent raison de ses doutes et il donna alors vertement des hanches, la distinguant vaguement dans le brouillard de sa propre confusion.

Il ne suffit pas de grand-chose pour qu'il se rende, vaincu, terrassé par un orgasme dont il eut bien du mal à couvrir les vocalises !...


Joker émergeait de la tente, s'étirant devant le soleil naissant, pantalon enfilé sur chemise blanche ouverte, soupirant de bien-être après cette nuit fantastique.

Réveillée en même temps que lui, elle vint l'enlacer, plaquée dans son dos.

"Le genre de matin... comme je les aime."

"Tu as rêvé cette nuit... enfin... cauchemardé serait un terme plus juste."

Joker se pinça fortement la lèvre. Zut !... Lui qui avait espéré qu'elle ne s'en rendrait pas compte !...

"Ce n'était pas agréable, comme rêve, n'est-ce pas ?..."

"En effet." soupirant.

"Tu souhaites m'en parler ?..."

"Pas maintenant. S'il te plaît."

"Très bien." embrassant amoureusement la peau laiteuse de son dos fin. "Je t'aime. J'aime tout ce qui te compose." parsemant le dos de baisers doux, notamment le creux entre les omoplates qui se trouvait à sa hauteur.

Joker en aurait presque ronronné s'il avait été chat.


"Joker. Il y a quelqu'un qui souhaite te voir."

Le leader fronça, peu habitué à recevoir de la visite. Il quitta le chapiteau, suivant le machiniste.

A sa grand surprise, Beast et Dagger se tenaient là. Ils étaient vêtus en civil, ce qui les rendait presque méconnaissables !...

"Wow ! Eh bien pour une surprise !..."

"Bonjour Joker."

"Senpai !..."

"Comment vous portez-vous ?" terriblement heureux de les revoir.

"Plutôt bien." déclara Dagger, attrapant délicatement la main de sa Ane-San, geste qui n'échappa guère au rouquin, pas plus que l'absence de protestation de Beast. "Nous allons... nous marier."

Joker eut un choc qui fut rapidement changé en joie pour eux. "Oh !... Toutes mes félicitations !..." passant une main sur chaque bras.

"Et nous aimerions réintégrer le cirque."

"Sans problème." sondant Beast du regard tandis qu'elle rosissait des joues. "Tu t'en sens, Beast ?"

"O... oui."

Dagger caressait de ses doigts la main aimée.

"Pourras-tu vivre en bons termes avec... notre écuyère ?..." sourcils froncés.

"Je ferai... ce qu'il faut pour."

"Ane-San a beaucoup changé, Joker." affirma Dagger.

"Je tenais à m'en assurer." faisant passer le message en appuyant le sourire habituel.

"Je pense qu'il y a moyen que nous vivions en paix. Nous avons trop souffert du temps de père pour nous déchirer."

Joker acquiesça, se disant toutefois qu'il la gardera à l'œil. Beast était du genre imprévisible et changeante.


Le Comte grimpa sur le dos du beau cheval espagnol, chaussant l'étrier manquant.

Dans un sac attaché à la selle se trouvait la pièce défectueuse du manège.

"Prends bien garde à toi durant le périple." lui dit sa fille.

"Et revenez-nous rapidement et sauf !..." ajouta Joker, tenant la bride avant de la libérer.

Le Comte rajusta ses rênes. "Je ferai mon possible." avant de talonner l'animal pour le lancer au galop.

Alors qu'elle regardait son père s'éloigner, Joker posa sa main sur son épaule pour la faire approcher de lui. "Ne t'en fais pas. Ton père est un homme brave."

"Ça ne le met pas à l'abri du danger."

"Allez, souris !... Tiens, Jumbo a ramené du bon lait frais de la ferme voisine. Fais-toi en chauffer une tasse."


C'est Wendy qui s'occupait de la robe de mariée de Beast. Les deux femmes échangeaient leurs points de vue et Wendy se faisait fort de respecter les goûts de Beast. La robe était en dentelle, le dos très échancré et l'arrière de la robe lacé. Des pierres et autres breloques brillantes avaient été cousues là, agrémentant les bretelles.

De son côté, Joker supervisait la tenue de Dagger. Installé sur une chaise à l'envers, dossier sous ses avant-bras croisés, le leader tenait Dagger dans la ligne de mire de ses yeux clairs.

"Oui, c'est pas mal. Cela manque de couleur et d'originalité, cela dit."

"Senpai !..."

Joker riait. Son avis avait toujours beaucoup compté pour le lanceur de couteaux. Cependant, au contact de Beast, le jeune homme de 21 ans s'était émancipé.

"C'est un jour de fête, Dagger !... Tu ne vas pas t'y présenter vêtu comme pour un deuil !..." arguait Joker avec de grands gestes éloquents.

Se levant, il s'approcha pour nouer autour du cou du jeune homme un nœud bariolé. "Là !"

Puis il fit apparaître une belle rose rouge pour la fixer à la boutonnière de la veste.

"Senpai..."

"Je suis heureux pour vous, Dagger. Sincèrement. Tu sauras t'occuper de Beast et assurer son bonheur bien plus certainement que jamais je n'aurai su le faire, j'en suis persuadé."

"Tu me mets la pression, Senpai. Ce n'est pas gentil !..." avec son humour habituel.


C'est Jumbo qui présida la cérémonie qui se tenait sous le chapiteau, décoré pour l'occasion.

Dagger fut incapable de bouger, émerveillé par celle qui s'avançait, dans sa magnifique robe, au bras de Joker. Pour l'occasion, le rouquin avait revêtu un smoking, agrémenté d'une chemise blanche et d'un nœud papillon haut en couleur. Joker murmura quelque chose à l'oreille avant de la confier au bras de Dagger.

Jumbo était instruit et le discours de cérémonie avait frappé droit aux cœurs de Beast et Dagger ; il faut dire qu'il les connaissait depuis une bonne décennie. Il avait vécu dans la misère à leurs côtés. Il avait porté Dagger sur son large dos à l'époque où il enviait le jeu des enfants valides.

On dressa ensuite des tables sur trépieds et des bancs où chacun prit place.

Elle cala sa tête contre l'épaule de Joker en cours de soirée. Ce dernier approcha ses lèvres de son oreille : "J'ai une petite surprise pour toi." en récupérant un carton troué sur le haut.

Elle défit le ruban et une petite tête adorable de chiot berger émergea sur un jappement.

"Oh !..." attrapant le chiot dans ses bras. "Quel amour !..."

La queue fouettait à tout va, de même que les léchouilles intempestives. Il arriva même un petit accident, dû à la joie excessive, sur la belle robe de la fille du Comte !...

Joker attendait devant la tente, chiot sous le bras, le temps qu'elle change de robe, index pointé devant la truffe. "On ne lâche pas sa vessie sur la robe d'une dame !..." finissant par rire de la situation.

Dagger et Beast s'étaient éclipsés avant les invités ce soir-là et tout le monde poursuivit la fête pour leur laisser de l'intimité. On leur avait assigné une tente tout confort.

Cette nuit fut simplement fantastique pour Dagger de voir ainsi Beast se laisser aller dans ses bras et lui faire confiance. Le lanceur de couteaux acheva d'être émerveillé par la femme qu'il aimait depuis la pré-adolescence !...

Quant à Beast, Dagger lui apportait la joie de vivre et l'équilibre dont elle avait besoin en ce monde.