Merci pour les lectures et reviews ^^ voici le dernier chapitre !


Chapitre 8 : Des étoiles plein les yeux - Épilogue

Dagger émergeait, encore bercé par les sensations de la veille. Un sourire prit immédiatement place sur ses lèvres. A côté de lui, la respiration de Beast était calme et profonde. Il se hissa sur un coude pour mieux la regarder dormir, osant à peine croire qu'ils étaient mariés et qu'ils avaient passé la nuit ensemble. C'était ce que Dagger avait toujours espéré. Il n'avait jamais fait mystère de ses sentiments pour Beast. Au contraire de Joker qui, de par sa situation, était incapable d'avoir des sentiments autres de fraternels pour les membres de la troupe, Dagger était très démonstratif et possédait cette joie de vivre qui avait fini par plaire à Beast. La gaieté contagieuse du jeune homme contrastait fortement avec la gravité de Joker.

Dagger nicha son nez contre la peau de Beast, sur un soupir de délice.


Beast regardait Dagger s'entraîner. Entre chaque lancé de couteaux, Dagger lui adressait un clin d'œil. Elle en souriait, découvrant Dagger comme si elle ne l'avait jamais connu auparavant !...

Comment avait-elle pu passer à côté de Dagger ?... Avait-elle été à ce point aveuglée, durant tout ce temps, par le magnétique et inaccessible Joker ?... Beast plissa les yeux. C'en était assez de se torturer avec de telles questions !... Jamais Joker n'aurait été à elle, jamais !... Le rouquin lui glissait entre les doigts comme le sable d'une plage trop flamboyante pour elle.

Elle tressaillit lorsque la main de Dagger vint se poser sur son épaule nue. "Ane San ?..."

Là, au beau milieu du chapiteau d'entraînement, elle l'étreignit très fort, son Dagger, son nouvel homme.


Joker jonglait, attentif à chaque trajectoire des balles et au mouvement de ses mains.

Arska, la jeune chienne, bondissait à ses pieds, désireuse de pouvoir attraper une des balles.

Le sourire de Joker, face au déchaînement canin à ses pieds, finit par gagner plusieurs centimètres. Il laissa volontairement une balle s'échapper du jeu agile de ses mains et la chienne bondit dessus, allant jouer plus loin.

Joker ramena les balles dans chaque main, terminant ainsi son exercice.

Au loin, il entendait des rires. La fille du Comte s'amusait avec ses étalons, dans l'enclos.

Il s'approcha sans être vu - pensait-il. C'était sans compter sur les sens aigus des étalons qui dressèrent les oreilles et hennirent à l'unisson.

La fille du Comte rit en voyant Joker complètement penaud, débusqué par ses gardiens immaculés.

Joker s'avançait, sous l'œil avisé des étalons. L'un d'eux vint trotter paisiblement, glissant sa tête entre les mains ouvertes du leader. Joker plissait les yeux, tâchant de repérer quelques signes particuliers sur sa robe pour pouvoir lui attribuer un nom.

"C'est Alshaar."

"Oh !..." dit Joker, incapable de les distinguer.

"Alshaar a toujours été avenant et bienveillant."

"Eh bien, merci Alshaar." dispensant quelques caresses appréciées.

Une fois son quota de cajoleries atteint, l'étalon partit trotter vers ses congénères.

"Ils sont vraiment magnifiques."

"Ah, ce sont mes fils !..." dit la fille du Comte.

"Rien n'est plus beau qu'un cheval. Les cavaliers ont cependant la fâcheuse habitude de vouloir leur coller leurs problèmes sur le dos !..."

L'oncle se dirigeait vers eux, d'un pas boiteux mais tranquille. La fluidité de son pas était tel qu'on distinguait à peine le boitement.

Les étalons se regroupèrent d'emblée autour de lui et il eut un mot pour chacun, les appelant par leur nom sans se méprendre.

"Je devrais en prendre de la graine !..." riait Joker.

"Une vie ne te suffirait pas, mon garçon." dit l'oncle.


Dans la tente de Joker, la main fine de la fille du Comte survolait les livres debout. Elle tira du lot le volume épais de Mother Goose.

"Tu me lis une fable ?..." demanda-t-elle à Joker qui prenait un verre de scotch serré.

Joker cligna, d'abord dérouté par la demande, puis finit par sourire. "Bien sûr." avançant la main pour se saisir de l'ouvrage.

Ils s'installèrent sur le lit et elle se cala sous son bras.

"Bien. Laquelle souhaites-tu que je te lise ?..."

"Tom, Tom, the piper's son."

Joker sourit. "J'en étais sûr." trouvant sans difficulté la page.

Joker commença sa lecture, jouant de ses deux voix : celle qu'il utilisait en tant que Monsieur Loyal, envolée, possédans son vocabulaire propre puis celle, plus profonde, qui lui était naturelle. L'alternance des deux était du plus bel effet et elle se laissait bercer par la voix naturellement chaud du leader.

Tom, he was a piper's son,

He learnt to play when he was young,

And all the tune that he could play

Was 'over the hills and far away';

Over the hills and a great way off,

The wind shall blow my top-knot off.

Tom with his pipe made such a noise,

That he pleased both the girls and boys,

They all stopped to hear him play,

'Over the hills and far away'.

Tom with his pipe did play with such skill

That those who heard him could never keep still;

As soon as he played they began for to dance,

Even the pigs on their hind legs would after him prance.

As Dolly was milking her cow one day,

Tom took his pipe and began to play;

So Dolly and the cow danced 'The Cheshire Round',

Till the pail was broken and the milk ran on the ground.

He met old Dame Trot with a basket of eggs,

He used his pipe and she used her legs;

She danced about till the eggs were all broke,

She began for to fret, but he laughed at the joke.

Tom saw a cross fellow was beating an ass,

Heavy laden with pots, pans, dishes, and glass;

He took out his pipe and he played them a tune,

And the poor donkey's load was lightened full soon.

"J'aime tes voix..."

Joker rit. "Je suis ravi qu'elles te plaisent."

Elle se cala un peu plus contre lui, ronronnant presque. "J'aime tout ce qui te compose."

Joker ferma doucement le livre, sourire ne le quittant pas. "Tes mots me touchent."

"Que mes mots ?..." laissant sa main courir le long de la cuisse du leader.

Il frissonna, levant légèrement le menton. "Pas seulement."

"Hmm mmm ?..."

"Chaque... geste que tu m'adresses..." vibrant de sensualité, usant de sa voix la plus chaude.

"J'aime ta voix lorsque je la casse de cette manière..." jouant des lèvres contre les boucles portées au lobe droit de l'oreille.

"Ra... chel..."

"Exactement... comme ça..." venant le chevaucher alors qu'il posait le livre épais sur le côté, visant à l'accueillir comme il se devait, l'invitant à monter plus haut, bassins en contact dans un véritable délice électrique, les faisant tressaillir.

Ils s'observèrent un long moment, doigts jouant sur les traits de visage de l'autre, sourires communiquant.

"Tu es magnifique..." souffla-t-elle, pillant le reste de sa raison déjà vacillante.

Au fond d'elle, elle ne comprenait pas comment sa mère avait pu laisser un enfant si beau dans la rue... Elle mesurait bien l'absurdité du propos mais cette pensée fusait constamment à l'intérieur de sa tête. Comment avait-on pu abandonner un enfant si magnifique ?...

Même si elle comprenait aisément les motivations d'une mère qui se prostituait pour survivre, elle ne pouvait s'empêcher de penser que si elle avait réellement aimé son enfant, elle aurait pu trouver une solution plus satisfaisante que de le livrer aux soins cruels de la rue !...

"Comment a-t-elle pu t'abandonner ?..." glissa à son oreille, dans un murmure doux.

Joker fronça, nouant immédiatement avec la pensée de sa belle. "Parce qu'elle n'avait pas le choix... et il me manquait un membre..."

Elle le regarda, sévère. "Mais tu étais son fils !... Un fils magnifique, qui plus est !..."

Joker haussa les épaules. "Tu ne m'aurais sans doute jamais rencontré." mains glissant sous les avant-bras de la jeune fille.

"Tu marques un joli point."

"Tu ne devrais pas te tracasser avec ça." déposant un baiser chaste sur son front avant de laisser ses lèvres glisser le long du nez fin pour terminer sur cette bouche qui le rendait fou de voluptés. "Et à choisir entre... ma mère et... toi..." entre deux baisers chauds. "Elle n'a... fait que... me porter finalement... et me mettre au monde..."

Mais rien n'y faisait, elle trouvait malgré cela terriblement cruel pour lui !...

Elle bascula sur le lit, l'invitant à l'y rejoindre. Il ne se fit guère prier, se plaçant naturellement entre ses jambes ouvertes, appréciant le contact intime des bassins. Joker vint se donner de l'espace sur un soupir lourd, revenant à des baisers doux et profonds qui leur arrachaient un panel d'appréciations et de sensations. C'est lui qui oscilla lentement des hanches sur elle, observant avec une attention redoublée les voluptés qu'il provoquait, les dispensant à loisir jusqu'au final vibrant, d'un seul tenant.


Joker émergeait, cerveau se mettant en phase, sourire venant habiter ses lèvres sitôt les images de la nuit reconstituées. Il glisse son nez dans le cou moite, humant là avec bonheur, bras valide resserrant son étreinte sur ce joli corps allongé tout contre le sien.

Les sensations avaient à nouveau été phénoménales, nichant dans chaque recoin de leur être !...

Joker ouvrit les yeux sur sa belle. Non, décidément, à choisir entre sa mère et elle, il n'avait aucune hésitation.


Dans la tente qui servait de cantine, Dagger apporta le plateau qu'il partageait avec Beast, la dévorant du regard, parvenant même à la faire joliment rosir des joues.
La symbiose qui régnait entre eux était stupéfiante.

Dagger pouvait rendre amusant n'importe quel élément du décor et Beast ne s'ennuyait jamais avec lui !...

Elle aimait lui faire perdre la tête, observant avec délice ses pupilles se révulser sous le pan de cils, sons étouffés lui échappant. Beast aimait beaucoup osciller sur lui, le voyant dodeliner en rythme de la tête, sens à la dérive.


Ils étaient parvenus à conjurer ce que Kelvin avait fait peser sur eux depuis près d'une décennie... le plus touché du lot avait été Joker car il se trouvait régulièrement en première ligne entre la troupe et le baron. C'était lui que la folie grandissante de "père" frappait toujours en premier. En tant que servant, il gravitait dans l'espace intime du baron. D'ailleurs, c'était lui qui, le premier, s'était saisi de la main tendue de "père" pour s'y accrocher de toute sa faible force. Un geste qui lui coûta son intégrité morale.

Aujourd'hui, "père" n'était plus qu'une ombre lointaine. Une victoire que savourait secrètement Joker, s'étirant au soleil après avoir fait une sieste post-lecture contre le tronc d'un large chêne. Le soleil jouait, taquin, dans les reflets déjà intenses de sa chevelure.

Aujourd'hui, il était à la tête d'une troupe connue et aimée. Aujourd'hui, c'était lui qui entourait de son affection les siens. Il avait enfin pu se réaliser.