Bonjour! Voilà 5 mois que je n'ai rien publié, peut-être parce que j'ai à peine terminé de transcrire la traduction du chapitre 6. En attendant, voilà le chapitre 4, je vais essayer d'avancer un peu plus vite pour les autres chapitres: je devrai bien trouver le temps entre deux cours et trois exposés. Merci à toutes celles qui ont mis des reviews, l'ont ajouté à leurs favoris ou ont décidé de la suivre, ça me fait vraiment très plaisir (c'est dingue ce que je peut manquer d'originalité, parfois).

Bonne lecture


À environ trois miles de Longbourn et presque cinq fois cette distance du manoir de Stoke, un cavalier arrêta sa monture, très surpris à la vue d'une autre silhouette qui galopait elle aussi. En dépit de la distance, le premier cavalier discernait à la seule assiette que la silhouette était féminine, et il se surprit à formuler une brève prière qu'il n'aurait pas cru pouvoir être exaucée.

Et pourtant elle le fut. Le cheval se rapprocha encore et encore, jusqu'à ce qu'il ne doive retenir fermement les rennes de son propre étalon pour l'empêcher de repartir en arrière alors que l'étrangère s'arrêtait devant lui et ne fut tout à coup plus une étrangère.

- Comtesse, dit-il en guise de salut.

- Mr. Darcy, répondit-elle. Je suis venue prendre des nouvelles de ma sœur.

- À cheval ? ne put-il s'empêcher de demander, tout en remarquant les effets causés par sa question : la joyeuse hilarité de son visage, ses cheveux à peine retenus par son bonnet et ses épingles.

- Vous appelleriez autrement cette monture ? Répliqua-t-elle en souriant.

- Ce n'est certainement pas un animal, répondit-il. Il est splendide.

- Tout comme le vôtre, dit-elle en l'examinant pour comparer. Auriez-vous la gentillesse de mener jusqu'à elle ?

- Jusqu'à qui ? Dit-il en la fixant toujours.

- Ma sœur.

Embarrassé de n'avoir pas accordé plus d'attention à ce qu'elle avait dit doucement, Darcy ne put que lui faire signe de le suivre en tirant sur la bride de son cheval pour partir, lui laissant le soin de le suivre et finalement de le rattraper.

Ils entrèrent de concert dans le petit salon de Netherfield, où l'apparition de la comtesse créa une grande surprise. Qu'elle soit venue à cheval depuis Edith Stock si tôt le matin, malgré toute la boue, et toute seule dépassait complètement Mrs. Hurst et Miss Bingley, qui peinèrent à retrouver leur contenance.

Leur frère, cependant, était tout en gentillesse, politesse et en bonne humeur. Il lui fit immédiatement un rapport complet et détaillé de l'état de santé de Jane depuis son arrivée, avant d'escorter lui-même Elizabeth jusqu'à la chambre de sa sœur,

Jane, que son souci de ne pas déranger ou inquiéter avait empêché d'exprimer son réel désir dans son mot, fut ravie de la voir. Elle avait très mal à la tête, et sa fièvre était monté après que l'apothicaire soit venu et lui ait prescrit des médicaments.

Elizabteh resta en silence à ses côtés la majeure partie de la journée, et le temps que les symptômes ne régressent, il était trop tard pour qu'elle puisse espérer atteindre Edith Stock avant la tombée de la nuit, d'autant que sa sœur pouvait à peine envisager d'être séparée d'elle.

Miss Bingley, dont la haine envers Elizabeth était adoucie par son titre, invita la Comtesse à rester jusqu'au rétablissement de sa sœur. Elizabeth accepta volontiers, et un serviteur fut envoyé chercher quelques vêtements en faisant un détour par Longbourn pour informer la famille de la situation.

A cinq heures, les dames se retirèrent pour s'habiller, et une heure et demi plus tard, Elizabeth retrouva Georgianna qui était venue l'appeler pour le dîner. Quand tout le monde fut réuni, elle se retrouva assaillie de questions au point d'en être presque submergée.

À ses réponses, Mrs. Hurst et Miss Bingley déclarèrent que les rhumes les rendaient malades, les choquaient et les dégoûtaient, puis ne pensèrent plus à la question. Miss Darcy et Mr. Bingley -puisque la sœur de ce dernier accaparait l'attention de Mr. Darcy au grand regret de celui-ci- furent les seuls à répondre avec sincérité.

À la fin du repas, Elizabeth retourna au chevet de Jane, et sitôt eut-elle quitté la pièce que Miss Bingley commença à se moquer d'elle.

- Elle n' a en fait rien, commenta Louisa Hurst, pour se recommander sinon le fait d'être une excellente cavalière. Quand elle est arrivée ce matin, elle avait l'air presque sauvage.

- En effet, chère sœur, je me demande même pourquoi le comte l'a épousé.

Peut-être parce que son but dans la vie n'est pas de copier le comportement d'une femme telle que vous, ne put s'empêcher de penser Darcy.

- Cela montre son affection pour sa sœur, pointa Georgianna, toute rougissante d'énoncer son opinion devant tout le monde, et très reconnaissante de l'approbation que lui indiqua son frère d'un hochement de tête.

- Tu as tout à fait raison, Georgie, remarqua-t-il, et nous ne devons pas oublier qu'en tant que comtesse, elle crée la mode, et n'est pas tenue de s'y conformer.

Caroline eut un petit reniflement en guise de réponse.

- Ses beaux yeux, ajouta Darcy pour le seul plaisir de voir l'expression de Miss Bingley, n'en étaient que plus brillant du fait de l'exercice.

Miss Bingley en resta sans voix.


Un peu plus tard, quand Jane se fut rendormie, Elizabeth rejoint ses hôtes pour trouver Miss Bingley occupée à jouer aux cartes avec sa sœur, son frère et son beau-frère, Miss Darcy assise au piano et Mr. Darcy plongé dans un livre près d'elle. Tous deux levèrent la tête à son entrée et lui demandèrent immédiatement de les rejoindre, ce qu'elle accepta bien volontiers, avant d' aller regarder les partitions en piles sur l'instrument.

- Avez-vous un morceau favori, Lizzie ? Demanda Georgianna. Je serais heureuse de vous le jouer.

Elizabeh étudia chaque morceau, sa mémoire et son talent lui jouant la mélodie des compositions avant d'en sélectionner un et de placer la partition sur le pupitre du piano. Elle s'assit de l'autre côté du sofa occupé par Mr. Darcy et écouta en silence la sœur de celui-ci jouer. Son interprétation ne manquait ni de goût, ni de raffinement, ni de talent, ni d'émotion. Elle jouait comme si elle avait composé la mélodie elle-même, et semblait savoir d'instinct comment le compositeur avait souhaité que la musique soit jouée. Quand elle eut fini, Elizabeth ne put la complimenter assez.

- C'est là un morceau que je ne peux pas jouer moi-même, précisa-t-elle, et je demande toujours qu'elle soit jouée par les autres, car je n'arrive jamais à l'interpréter avec le talent et l'émotion qu'il faudrait comme vous l'avez si bien fait.

- Tu vois, Georgie, dit son frère qui avait levé les yeux de son livre depuis quelques minutes déjà, tu es une excellente pianiste. Je vous remercie, Milady, de la complimenter : elle ne le croie jamais quand le compliment vient de moi.

- Tu es mon frère, et par conséquent, tu n'es pas assez impartial pour offrir un jugement valable.

- Allons, Georgie, tu sais bien que je déteste le mensonge sous toutes ses formes.

Elizabeth observa l'échange entre le frère et la sœur en pensant pour ce qui n'était pas la première fois à quel point elle aurait souhaité avoir un frère avec lequel expérimenter ce genre d'échange.

Sans qu'elle le le veuille, ses pensées la ramenèrent à un autre temps, à une autre scène qui avait impliqué un instrument semblable, et elle pâlit en repensant à ce qui avait suivi.

Darcy remarqua le changement :

- Comtesse, est-ce que tout va bien ?

Elle sembla mettre un certain temps à remarquer sa question, qu'il avait posé doucement afin de ne pas attirer l'attention des autres.

- Ne vous inquiétez pas, je vais très bien. J'ai simplement été distraite par un souvenir qui m'est revenu en tête.

- Plus que distraite, pensa Darcy, sachant cependant qu'il ne pourrait faire aucun commentaire. Il préféra changer de sujet.

Cependant, les mots de la comtesse continuèrent à occuper son esprit bien longtemps après que Elizabeth et tous les autres membres de la maisonnée soient allé se coucher. Étant lui-même sensible à ce sujet du fait de certains souvenirs de son passé récent, il imagina différentes scènes d'une nature chaque fois un peu plus grave et un peu plus inquiétante, éveillant sa colère à l'encontre de feu le Comte au point qu'il se surprenne à vouloir le rappeler de sa tombe afin de le provoquer en duel et d'avoir la satisfaction de le tuer de sa main.

À cet instant cependant, il fut obligé de remettre en question cette envie, même en mettant de côté la réalité de la mort d'une part, et l'illégalité des duels d'autre part. Il se savait être un excellent duelliste, formé par son cousin militaire et son professeur à Londres, mais la question n'était pas là. À dire vrai, il n'aimait guère l'idée de donner la mort d'une telle manière, et dans son état d'esprit présent, il estimait que le comte ne méritait pas une mort si aisée.

Cette révélation cependant l'amena à se rendre compte de la place que la comtesse occupait dans ses pensées depuis qu'il l'avait rencontré. À sa connaissance, elle était la première à briser les barrières qu'il avait construit longtemps auparavant pour se protéger des arts et des charmes présentés par toutes les dames de la bonne société.

La facilité avec laquelle elle avait accompli cet exploit avait échappé à Darcy jusque là. Loin de lui l'idée qu'elle l'ai fait de manière intentionnelle ! Sa position était trop bien assurée pour qu'elle ne s'intéresse à lui que pour son argent. La réciproque était également vraie, et ce constat le fit s'asseoir de surprise.

Depuis quand entretenait-il l'idée de la courtiser ? Le seul vœu qu'il se rappelait avoir formulé à son sujet était celui de lui rendre une certaine joie de vivre. Cependant, sans qu'il s'en rende compte, ce motif s'était transformé. Il secoua la tête en silence pour s'obliger à penser de manière rationnelle.

Elle était Comtesse de son plein droit, la situation de son titre étant de notoriété publique au sein de la société. Lui-même cependant n'était que le neveu d'un comte. Il savait qu'elle était par héritage la femme la plus riche de l'Essex tandis que lui-même était l'homme le plus riche du Derbyshire. Elle était fille d'un gentleman, lui-même était un gentleman, ils étaient donc égaux en tout point sauf le titre.

À ce moment, cependant, il se reprocha ses présomptions. Le comte était mort depuis moins d'un an, et à en juger par les expressions de sa veuve quand elle parlait de lui, elle ne disposait pas encore de la confiance nécessaire pour tenter une seconde union. Par conséquent, s'il se voulait son ami, il ne devait pas se serait-ce que penser à cela.