Allez, voilà le chapitre 6 !

Chapitre 6 : Les palmes aux vainqueurs.

Caroline Bingley n'aimait pas être délaissée au profit de quelqu'un d'autre. En fait, elle détestait cela de tout son cœur. Elle détestait également la femme au profit de laquelle elle était délaissée. Après tout, ce n'était pas la faute des messieurs, et on pouvait difficilement les blâmer de se laisser mener en bateau par une femme supposément plus belle qu'elle. Et lorsqu'une telle chose arrivait, Caroline mettait immédiatement sur pied sa revanche. Elle remportait toujours la victoire. Quelque soit la femme, quelque soit l'homme, elle en sortait toujours victorieuse. Elle connaissait les personnalités des deux sexes trop bien pour que le contraire soit possible.

La situation actuelle n'était pas différente des autres. Même si les autres messieurs en question étaient mariés depuis longtemps. Mais cette fois-ci ce serait différent, elle gagnerait non seulement la bataille, mais aussi la guerre. Après tout, elle le méritait. Elle chassait -pardon, convoitait- le gentleman depuis plus longtemps que sa rivale et avait par conséquent des droits plus légitimes sur les récompenses du dit-gentleman. Sa rivale n'avait pas besoin de telles conforts : elle les avait déjà, et avait déjà profité des avantages procurés par la vie conjugale. En résumé, Caroline avait supporté cette situation jusqu'à présent, mais elle avait duré assez longtemps, et il était temps d'agir, maintenant. l'accident avec le chien -cet horrible cabot !- avait précipité les choses. Elle était certaine que la partie était à son avantage. Après tout, jamais il n'aurait été aussi cruel avec elle. Oui, il était vraiment temps de commencer à prendre sa revanche, d'arrêter de repousser sa conquête et de profiter de la victoire. Car elle vaincrait, chien ou non, cela ne faisait aucun doute.

En fait, si les choses se passaient comme elle l'entendait, la vie de l'animal serait très vite écourtée. Par conséquent, son plan se déroulerait ainsi. Premiérement, prendre sa revanche de la comtesse de Saffron-Walden. Peu importe qu'elle soit comtesse. En effet, c'est précisément pourquoi elle ne devait pas obtenir la victoire. Elle n'avait pas besoin de faire un riche mariage, elle était déjà riche. Caroline réussirait, et sa revanche serait douce. Elle s'arrangerait pour que le dit-gentleman maudisse les jours où il avait connu la comtesse.

Deuxièmement, elle se présenterait volontairement comme un réconfort aux désirs de Darcy. Bien sûr, il ne serait pas autorisé à souffrir trop longtemps, pas plus d'un jour, peut-être deux, pensa généreusement Caroline. Puis il se réjouirait d'avoir échappé à la comtesse, et il la verrait, elle, Caroline Bingley comme la femme de ses rêves et la seule femme au monde digne d'être la maîtresse de Pemberley. Puis ils se marieraient, et elle pourrait se gargariser...enfin, de se vanter de sa chance -comprendre ici « victoire éclatante »- pour le reste de leur vie qui serait longue et heureuse.

Son plan établie, Caroline ne revint pas en arrière et entra directement dans le feu de l'action. Elle mit son plan en route le soir qui suivit l'incident du chien, au moment où la comtesse descendit de la chambre où elle s'occupait de Jane. Ayant découvert en avance que Darcy n'avait pas l'intention de jouer aux cartes, un jeu auquel elle avait sans succès tenté de l'impliquer deux soirs auparavant, Caroline avait convaincu son beau-frère d'entraîner Charles dans un jeu de piquet, et de persuader Louisa de regarder. Miss Darcy, elle le savait, serait ravie de leur jouer un peu de musique, si bien qu'il ne resterait que Darcy et la comtesse. A dessein, Caroline plaça près du canapé quelques livres qui, elle le savait, plairaient la comtesse, et attendit que les événements suivent leurs cours. Les autres arrivèrent sur ces entrefaite. Mr. Hurst suivit son plan à la lettre, proposa le jeu à Charles et demanda à sa tendre épouse de regarder. Miss Darcy accepta avec enthousiaste lorsque Caroline la pressa de jouer pour eux, et la comtesse, immédiatement attirée par un livre particulier, quitta les côtés de Mr. Darcy sur les propres conseils de celui-ci. Lui-même s'installa au bureau et commença à sortir les affaires nécessaires pour s'occuper de sa correspondance. Elle le laissa commencer sa lettre, et lui accorda quelques instants pour écrire l'adresse, puis s'approcha.

- dites-moi, Monsieur, dit-elle en s'asseyant sur la chaise placée dans un angle parfait pour l'observer, que faites-vous si secrètement ?

- Ce n'est pas un secret, répondit-il après un instant, j'écris à ma tante Catherine. Afin de repousser une nouvelle convocation auprès d'elle et de la chère cousine Anne.

- Oh, cette chère Lady Catherine ! S'écria Caroline. Comme j'ai hâte de la revoir !

- A dire vrai, elle avait rencontré la dame en question une seule fois, mais elle l'avait beaucoup aimé. En fait, c'était exactement le genre de femme qu'elle se voyait devenir plus tard, quoiqu'elle se voyait un peu plus belle et avec un titre un peu plus élevé. Elle parviendrait à procurer cette élévation à Darcy une fois mariée, car elle n'était pas encore en mesure de s'approcher de ceux qui dispensent les titres.

- Comment va-t-elle ?

Darcy acheva avec détermination la phrase qu'il avait commencé avant de répondre :

- dans la dernière lettre qu'elle m'a écrite, elle me parlait plus de ma cousine Anne que d'elle-même, j'en conclus donc qu'elle va bien.

Caroline le laissa écrire encore une phrase ou deux avant de reprendre.

- Comme Lady Catherine va être contente de recevoir une telle lettre !

Malheureusement, Darcy ne répondit rien à cela. Caroline resta étonnée quelques minutes avant de se reprendre.

- Vous écrivez remarquablement vite !

Oui, je veux finir ça rapidement pour pouvoir vous laisser et rejoindre la Com... euh, ma sœur.

- Vous vous trompez, j'écris plutôt lentement.

Bien qu'agacée par sa contradiction, Caroline maintint sa détermination à conserver son attention.

- C'est incroyable le nombre de lettres que vous devez écrire chaque année ! Et des lettre d'affaires par dessus le marché ! Rien que d'y penser, cela m'est odieux !

- Et bien il est heureux dans ce cas que ces lettres soient mon lot et non le vôtre.

Caroline, fut réduite au silence pour un moment par cette remarque inattendue. Puis se rendant compte que le moment était venu de changer de sujet, elle continua à l'ennuy... à parler.

- S'il vous plaît, dites à votre tante combien je souhaiterai la revoir !

- Je lui ai déjà dit une fois, à votre demande.

En fait, Darcy n'avait rien fait de tel, mais il ne l'aurait jamais avoué à Caroline, même s'il détestait le mensonge sous toutes ses formes. De même qu'il ne lui avouerait jamais que sa tante la méprisait Miss Bingley, qu'elle pensait déterminée à détourner Darcy de sa promise la Chère Anne. Et bien que cela fut vrai, Darcy était déterminé à ne se laisser attraper ni par l'une, ni par l'autre. Caroline crut s'évanouir de l'honneur qu'il lui accordait.

- Votre plume me semble mal taillée, reprit Caroline après l'avoir laissé écrire encore une ou deux phrases. Laissez-moi la tailler, je taille remarquablement bien les plumes !

- Je vous remercie, je taille toujours mes plumes moi-même.

Une fois de plus, Caroline resta sans voix. Elle détestait qu'on ait le dernier mot avec elle deux fois dans la même soirée. Elle savait qu'elle ne pouvait continuer ainsi.

- Comment parvenez-vous à écrire aussi bien ?

Darcy ne répondit pas. Caroline en fut assez fâchée. Il ne devrait jamais se fatiguer de sa conversation et de sa voix, et devrait toujours se languir de l'entendre.

- Dites à votre tante que je serais ravie de la voir quand elle le voudra et que je suis déjà toute contente à l'idée de la revoir.

- Si vous voulez bien, j'attendrai la prochaine lettre pour lui transmettre vos mots. Pour l'heure, je n'ai plus la place pour leur faire justice.

- Oh, c'est sans importance, je suis sûre que je la reverrais très bientôt. Ecrivez-vous toujours des lettres aussi longues et aussi charmantes ?

Darcy était tenté de dire à Miss Bingley ce que Lady Catherine pensait réellement d'elle, mais savait qu'en agissant ainsi, ce serait lui et non elle qui pêcherait.

- Elles sont généralement longues, répondit-il bien que celle-ci comme beaucoup d'autres soit plutôt courte dans les standards de Lady Catherine. Quand à savoir si elles sont charmantes, ce n'est pas à moi d'en décider.

Elle-même ne m'écrit jamais de manière charmante.

- Je suis dans l'idée qu'une personne qui écrit une longue lettre avec aise ne peut pas écrire mal, déclara Caroline pour toute la pièce

- Ce n'est pas complimenter Darcy que de dire ça, Caroline, rétorqua son frère, entrant dans la conversation au grand dam de sa sœur, car il n'écrit pas du tout facilement. Il étudie beaucoup trop les mots pour cela et cherche trop de mots de quatre syllabes, n'est-ce pas, Darcy ?

- Mon style d'écriture, répondit Darcy, soulagé que quelqu'un d'autre s'implique enfin dans la conversation, est certes très différent du vôtre.

- Oh, s'écria Caroline, Charles a l'écriture la moins soignée du monde. Il oublie la moitié des mots et tâche le reste.

- Mes idées coulent trop rapidement, si bien que je n'ai pas le temps de les exprimer. Du coup, mes lettres restent parfois sans le moindre sens pour mes correspondants.

Ce fut comme si un cataclysme était survenu, du moins selon les critères de Caroline. Darcy, lui, bénit l'instant non pas tant à cause de ce que lui-même pensait mais bien plutôt

Comme pour l'incident du chien, il fallait l'endurer en attendant de pouvoir y remédier de manière définitive. Peut-être qu'à ce moment, il serait prudent de dire que

La comtesse de Saffron Walden prit la parole, et même pire, elle s'immisça dans la conversation qui aurait dû rester entre Caroline et Mr. Darcy. Avec colère, Caroline remarqua que les mots de la comtesse et la longue réponse que Darcy lui fit formaient une véritable conversation qui tourna bientôt au débat. Quand cela arriva, Caroline en fut encore plus ennuyée car elle connaissait parfaitement le goût de Darcy pour les débats. Avec une mauvaise humeur à peine camouflée, elle écouta chacune partie parler, son visage s'accordant un peu plus à chaque nouvelle phrase avec la couleur de sa robe. Quand son frère entra à nouveau dans la discussion avec une insulte particulièrement disgracieuse envers la personnalité de Darcy, Caroline n'y tint plus et le réprimanda, ennuyée qu'il ose proférer de telles absurdités. Darcy eut la grâce de ne pas paraître insulté.

- Je vois où vous voulez en venir, Bingley. Vous n'aimez guère les disputes et vous souhaitez y mettre un terme.

Caroline ne prêta aucune attention à la réponse de son frère et fut donc prise par surprise lorsqu'elle vit la comtesse retourner à son livre et Darcy à sa lettre. Désireuse d'éviter une répétition de la scène à laquelle elle venait d'assister, Caroline se retint de tenter d'attirer une nouvelle fois l'attention du gentleman. Elle se leva et alla rejoindre sa sœur.

Quelques heures plus tard, quand Caroline repensa aux événements de la soirée, elle décida que la comtesse n'avait gagné que parce qu'elle l'avait laissé faire. La prochaine fois, ce serait différent.