Et voilà, comme promis, le dixième chapitre. Personnellement, je l'ai trouvé beaucoup plus intéressant à lire que le chapitre 9, où, il faut le dire franchement, il ne se passe pas grand-chose. Il y reste peut-être une ou deux maladresses (et fautes d'orthographe?), n'hésitez pas à me le faire remarquer, j'ai fini la traduction de ce chapitre il y a moins d'une heure, je n'ai donc pas vraiment de recul.
Agneau-Blanc, je pense que tu vas t'amuser !
Merci aux personnes qui m'ont mis des reviews. Une ou deux personnes m'ont demandé par ce biais quelle relation il y avait entre Lady Catherine et Elizabeth : tout simplement, feu le comte était le filleul de Lady Catherine (d'où le « par filleul interposé » du chapitre précédent). Oui décidement, cette bonne femme est partout!
Bonne lecture !
Chapitre 10 : l'Art de la danse
Quand Elizabeth pénétra le Hall d'entrée de Netherfielf, tous ses sens furent brutalement subjugués par un flot de lointains souvenirs. Des souvenirs qu'elle aurait préféré garder à distance.
L'occasion à laquelle la scène qui se déroulait devant ses yeux ressemblait étrangement était le premier et dernier bal auquel elle avait assisté durant ses années de mariage, lorsqu'elle avait été présentée à la Cour en tant qu'épouse du Comte de Saffron Walden. Même alors, elle n'était déjà pas heureuse en ménage. Elle se rappelait particulièrement avoir été heureuse de porter de long gants de soirée, autrement elle aurait été incapable de dissimuler les marques rouges qui encerclaient ses poignets. Il avait toujours été attentif à ce que personne d'autre qu'elle ne soit en mesure de remarquer ses blessures.
- Comtesse ?
Surprise si soudainement, Elizabeth ne put s'empêcher de reculer brusquement, et une fois revenue au présent, elle fut désolée de cette mesure préventive.
- Pardonnez-moi, monsieur, je ne m'étais pas rendu compte que c'était vous.
- Non, non, répondit-il, comme si cela n'avait que peu d'importance, j'aurai dû m'annoncer davantage. Mais je vois que je vous dérange, peut-être ferais-je mieux de m'en aller.
La main qui avait si doucement saisi la sienne commençait tout aussi doucement à se retirer, incitant Elizabeth à le rassurer bien vite.
- Mr. Darcy, je vous en prie, restez. Votre interruption n'était certainement pas malvenue.
Il revint gracieusement à ses côtés.
- Alors puis-je vous être utile ?
Il lui tendit la main.
- Puis-je avoir l'honneur de vous escorter à la salle de bal ?
Certainement, il n'y a rien que je ne désire plus que de quitter ce hall, avoua-t-elle en plaçant très convenablement sa main sur le bras offert.
Ils suivirent Mr. Bingley dans la salle, car celui-ci, à peine avait-il aperçu Miss Bennet, n'avait pu faire autrement que d'abandonner sa place parmi la ligne d'accueil et se dévouer entièrement à son ange. Les yeux de Darcy demeurèrent sur sa compagne alors qu'ils entraient, ses pupilles sombres teintées d'inquiétude sur la possible nature de son effroi de plus tôt.
Il désirait plus que jamais se trouver dans le rôle de son confident, mais malheureusement, il ne l'était pas. A regret, il détourna les yeux et scruta la salle à la recherche de quelqu'un qui pourrait suffire.
- Lizzy !
Les traits d'Elizabeth s'illuminèrent immédiatement. Il y avait une semaine qu'elle n'avait pas vu Charlotte.
- Charlotte ! J'ai tant de choses à vous raconter !
Darcy, à regret, relâcha son bras et s'inclina.
- Je vous laisse avec votre amie, Comtesse.
Galamment, il lui fit un baise-main.
- Nous nous reverrons à la première danse.
Elizabeth hocha simplement la tête et le regarda partir. Son amie, sitôt qu'il ne fut plus à portée d'oreille, se tourna vers elle avec surprise.
- Je vois qu'il s'est passé beaucoup de choses depuis la dernière fois que nous nous sommes vues, Elizabeth !
Sa compagne rougit.
- Ce n'est pas ce que vous pensez, Charlotte.
- Vraiment ? Ce le sera bien assez tôt, alors !
De l'autre côté de la pièce, près de sa sœur, Darcy ne pouvait que se réjouir à la vue du retour de la bonne humeur de la Comtesse. Son air de grande préoccupation qu'il avait observé à sa première rencontre avec elle lui avait proprement déchiré le cœur. Il aurait voulu effacer ces douloureux souvenirs et les remplacer par de nouveaux, plus heureux. Mais il ne pouvait pas. Il n'en avait pas la liberté. Pas encore.
Au moins Wickham n'était-il pas au bal. Son message très opportun à son cousin avait fait l'affaire, permettant que l'homme en question soit envoyé en ville, ce qui lui avait permis d'autoriser Georgianna à assister à son premier véritable bal, bien qu'elle ne soit pas encore en société. Darcy sourit en la regardant répondre calmement à la question de l'une de ses compagnes. Il n'avait pas le cœur de lui refuser quoi que ce soit, et elle était si belle dans sa nouvelle robe. Si adulte. Ces deux l'effrayèrent. Il n'avait pas pensé que les années avaient si vite passé.
L'orchestre fit une pause et entama un air différent. Darcy souhaita une agréable soirée à sa sœur et à leurs compagnons et retourna auprès de la Comtesse.
Son choix de partenaire suscita de nombreux regards de la part de nombreuses personnes dans la pièce. Tous les yeux se tournèrent lorsqu'il prit place dans la ligne de danse et s'inclina pour commencer la danse. Trois personnes en particulier gardèrent les yeux fixés sur le couple tout au long des deux danses.
Le premier était Mr. Collins. Il n'était pas de bonne humeur ce soir-là. En effet, il avait écrit à sa gentille et gracieuse patronne révérée quelques jours plus tôt qu'il avait choisi la future compagne de sa vie, et avait reçu ce matin-même la réponse. Madame était particulièrement mécontente. Peu habitué à être l'objet des foudres de Madame, Mr. Collins était tout perdu et ne savait guère comment résoudre sa situation. Il avait par ailleurs honte de lui-même d'avoir présumé de sa place en premier lieu.
Sa très révérée patronne avait eu tout à fait raison de le réprimander. Il avait oublié sa position la gratitude qu'il devait à sa très gracieuse patronne. Il s'était cru au-dessus de ce qu'il tenait pour le plus cher. Oh, comme il était reconnaissant à Madame ! Sa gentillesse ne connaissait aucune limite ! En le guidant sur le droit chemin, elle lui avait montré qu'elle le préférait toujours à tout autre en tant que curé de Hunsford.
Maintenant, c'était à lui de démontrer qu'il avait prêté attention à ses conseils. La faute était sienne, complétement sienne, de s'être cru digne d'obtenir la main de la Comtesse de Saffron-Walden. Elle était peut-être sa cousin, mais elle était également, comme son aimable patronne l'avait pointé, largement au-dessus de lui en terme de statut et de rang. Lady Catherine était très ferme dans l'idée que les distinctions de rang devait être préservées pour le bien de l'ordre naturel de la société.
Non, il devait en choisir une autre. Mais avec cette décision venait un lourd sacrifice, car cela signifiait qu'il ne pouvait pas tenir la promesse qu'il avait faite à son père de tendre un rameau d'olivier aux Bennet en épousant l'une de leurs filles. Car toutes, du fait de leurs relations avec la Comtesse, était largement au-dessus de lui. Non, il devait chercher ailleurs.
C'est alors qu'une fois de plus, le destin intervint. Une jeune fille passa devant lui, et Mr. Collins ne put s'empêcher de penser qu'elle était bien jolie. Remplirait-elle les exigences que son excellente patronne lui avait fixées ? Certes, elle était la fille d'un chevalier mais elle était aussi une benjamine, et très loin d'hériter d'une fortune. Oui, pensa-t-il, Miss Maria Lucas conviendrait parfaitement aux exigences de sa patronne.
- Je pense que nous devrions avoir un peu de conversation, Mr. Darcy. Quelques mots suffiront.
- Vous vous faites un devoir de parler en dansant, alors ?
- Parfois. Ce serait étonnant de rester silencieux tout du long.
- Effectivement, reconnut-il, avant de retomber dans le silence jusqu'à ce que la boucle suivante la ramène en face de lui. De quoi désirez-vous parler ?
- Vous ne voulez pas proposer un sujet ?
- Non, je dirai tout ce que vous voudrai que je dise.
- Monsieur, ce n'est pas une réponse, à moins de chercher à grandement desservir votre caractère.
- Cela ne montrerait-il pas au contraire un désir de plaire à ma compagne ?
- Oui, mais cela ne signifie pas que la compagne en question soit contente d'une telle réponse. Il ne faudrait pas qu'un gentleman soit toujours anxieux de plaire à une dame. Surtout s'ils ont chacun des opinions différentes.
- Cela ne conclut certainement pas que je devrai choisir le sujet, Madame. Les convenances exigent qu'un gentleman accède toujours à la requête d'une dame.
Elizabeth sourit.
- Je vois que nous sommes dans une impasse, alors, Monsieur ? Très bien, dans ce cas, je souhaite que vous choisissiez un sujet de conversation.
- Je... Darcy sourit. Vous m'avez bien eu, Madame.
- Oui, répondit-elle en riant, il me semble bien.
C'est à ce moment que le couple passa devant la deuxième personne qui observait leurs actions depuis le début de la danse. Mr. Bennet avait une oreille assez fine pour entendre toute la conversation de sa fille, de même que son rire, et l'effet créé sur son esprit était une profonde curiosité.
Cela, additionné aux autres occasions qu'il avait eues d'observer leurs conversations, ne pouvait mener qu'à une seule conclusion. Et cette conclusion, pour l'heure, l'inquiétait beaucoup.
Il les observa attentivement alors qu'ils remontaient la ligne de danseurs puis la redescendaient.
Quand la danse toucha à sa fin, il quitta son poste auprès de Mrs Bennet et alla se placer sur le chemin de sa fille et de Mr. Darcy.
- Papa! dit la jeune femme. Vous amusez-vous ce soir ?
- Repose moi la question quand j'aurai trouvé la bibliothèque de Mr. Bingley, répondit Mr. Bennet pour l'amusement de tous.
- Je vous préviens, Monsieur, remarqua Darcy, que cet endroit n'est pas très accueillant pour les livres.
- Vraiment ? Aurions nous trouvé un autre adhérent à notre cause, Lizzy ? La négligence de la bibliothèque de famille est un témoignage sévère contre n'importe quelle personne.
- Certes, mais cela ne signifie pas qu'entretenir sa bibliothèque soit réellement au goût de la dite-personne.
- C'est très vrai, c'est très vrai, répondit Mr. Bennet. Feriez-vous partie de ce type de personne, Mr. Darcy ?
- Non, les volumes que j'y ajoute sont ceux que j'aime plutôt que ceux que la société voudrait me voir aimer.
- C'est-à-dire ? Demanda Mr. Bennet , son estime pour Mr. Darcy en hausse.
Le gentleman cita les noms de ses dernières acquisitions faisant lever un sourcil appréciateur à Mr. Bennet, de par leur nature variée, leur quantité et leur prix. Clairement, l'entretien de la bibliothèque était très important aux yeux de ce jeune homme.
En choisissant un parmi ceux cités, Mr. Bennet lui demanda son opinion sur le dernier ouvrage de l'auteur. Mr. Darcy répondit avec un avis succin mais pertinent et ils continuèrent dans la même veine jusqu'à ce que sa fille ne s'éloigne pour aller retrouver Jane. Cet événement amena de la part de son compagnon un changement de conversation.
- Monsieur, commença Mr. Darcy après avoir répondu à une dernière question, je crois que vous avez à présent mon opinions sur tous les auteurs les plus récents, les auteurs les plus anciens, et ceux qui sont considérés comme intemporels. Puis-je vous demander vers quoi tendent ces questions ?
- Très bien, Mr. Darcy, répondit Mr. Bennet avec un sourire, vous avez percé ma ruse. En clair, je cherche à me faire une idée claire de votre valeur.
- Vous estimez que l'on peut juger un homme à la qualité de sa bibliothèque ?
- A coup sûr ! On ne lit pas les livres dans lesquels on ne peut pas s'identifier à un certain degré. Ils définissent la morale, les valeurs et le caractère du lecteur.
- Avez-vous réussi ?
- Je crois que j'ai encore une question à vous poser. Quelles sont vos intentions envers ma fille Elizabeth ?
Même s'il s'était attendu à une question de ce genre, Darcy n'en fut pas moins surpris qu'elle survienne à ce moment précis. Mr. Bennet était visiblement un homme très perspicace pour s'être posé si vite la , il fit facce à son compagnon et répondit de son ton le plus grave.
- Mes intentions sont tout ce qu'il y a de plus honorable.
Mr. Bennet ne montra aucune réaction dans ses traits.
- ça ira, ça ira, fut sa seule réponse.
- Je n'ai pas besoin de te demander comment se passe ta soirée jusque là, chère Jane; la douce satisfaction et la joyeuse lumière que je vois sur tes traits répondent largement pour toi à cette question. Oserai-je en deviner la source ?
Jane rougit en voyant le regard de sa sœur se tourner dans la direction de Mr. Bingley.
- En effet, confessa-t-elle, il a été très attentif ce soir.
- Et quelles raisons aurait-il de ne pas l'être?, remarqua Elizabeth, déterminée à relever les modestes espérances de sa sœur. Peut-être imagine-t-il son prochain bal et qui sera alors à ses côtés ?
- Lizzy ! Sûrement...
- Non, vraiment, Jane, tu peux me l'ai déjà dit, et je le dirai encore. Personne qui vous a vu, toi et Bingley, ensemble ne peut douter de son affection.
- Miss Bennet, Comtesse, s'écria à cet instant une autre voix quand la silhouette orange de Miss Bingley se glissa à leurs côtés. Je ne vous ai pas parlé de la soirée. Je dois réparer cette négligence immédiatement.
- Je suis sûre que votre frère y a déjà veillé, Miss Bingley, répondit Elizabeth alors que sa sœur rougissait à nouveau.
- Humph, fut la seule réponse de Miss Bingley. Charles a été trop généreux dans ses invitations. Savez-vous qu'il a adressé une invitation ouverte aux officiers de la milice du Colonel Forster ?
- Non, je ne savais pas, répondit Elizabeth. Mais je ne les ai guère fréquentés depuis leur arrivée.
- Oh, répondit Miss Bingley, très mécontente de cette réponse. Elle avait espéré une toute autre réponse. Veillez m'excuser, ajouta-t-elle, je dois aller vérifier qu'on a bien préparé assez de soupe blanche.
Caroline s'éloigna, un dégoût à peine contenu sur ses traits. Elle avait été la troisième personne qui avait observé Mr. Darcy danser avec la Comtesse, un mouvement qui l'avait mise après coup de très méchante humeur. Il lui avait semblé que tout se déroulait jusque là selon son plan.
Son plan d'attaque avait été si soigneusement établi, si méticuleusement minuté ! Comment il avait pu aussi mal tourner, elle n'en avait aucune idée. Elle était certaine que Mr. Wickham, avec ses liens passés avec la famille Darcy, serait couronné de succès dans ses tentatives de détacher la Comtesse de Mr. Darcy, laissant le champ libre à Caroline dans sa quête pour devenir la prochaine maitresse de Pemberley.
Au lieu de cela cependant, comme elle venait de l'apprendre, non seulement la Comtesse ne s'était pas faite l'ardente défenseure de la cause de Mr. Wickham, mais 'homme lui-même n'avait pas assisté au bal ! Caroline ne comprenait certainement comment cela était possible. Elle s'était assurée que son frère adresse une invitation ouverte aux officiers. Quelle excuse pouvait bien avoir cet homme ?
Ma foi, il n'y avait qu'une seule méthode de le découvrir, même si elle trouvait méprisable de s'abaisser à un tel niveau. Rapidement, elle se mit en quête du Capitaine Denny.
Cinq minutes de conversation plus tard, et elle avait sa réponse. Mr. Wickham avait été obligé de rendre visite à un Colonel à Londres et de ramener un message à son officier supérieur. Et le nom de ce colonel était Richard Fitzwilliam.
Caroline Bingley n'était pas idiote. Elle savait parfaitement qui avait planifié l'absence de Mr. Wickham du bal. Et l'identité de cette personne l'embarrassait beaucoup ! Comment Mr. Darcy osait-il choisir de déjouer aussi bien ses plans ? Il était supposé avoir la même opinion qu'elle sur la Comtesse.
Elle se tint à bouder un moment dans un coin de la salle. C'était là quelque chose pour laquelle elle était plutôt douée, et sa bouderie dura un certain temps. Finalement, elle fut obligée de s'asseoir et de revenir au souper. Toujours en boudant, elle mangea sa soupe blanche dans un silence glacial. Les valets qui vinrent débarrasser les bols vides battirent rapidement retraite sous son regard orageux, qui ne complimentait certainement la couleur de sa robe.
A la fin du second plat, cependant, Caroline se rendit compte que tout n'était pas perdu pour autant. Il lui restait encore deux méthodes d'attaque à essayer. L'occasion se présentait maintenant de les mettre en action. Levant son verre à ses lèvres, elle murmura :
- Et si nous écoutions un peu de musique ?
Comme si c'était le moment idéal, Mr. Bingley se leva de sa chaise et déclara à la cantonnade :
- Et si nous écoutions un peu de musique ? Caroline, peut-on te persuader ?
Miss Bingley s'attarda sur sa chaise. Normalement, elle aurait été ravie d'accéder à la requête de son frère, mais à cet instant précis, elle souhaitait que quelqu'un d'autre joue. Et ce quelqu'un était justement en train de s'installer au piano. Une minute plus tard, Caroline souriait. Miss Mary Bennet était exactement la personne qu'elle voulait entendre jouer. D'une manière dramatique, elle se leva gracieusement de sa chaise et s'approcha du fond de la pièce.
A mi-chemin, elle s'arrêta, repérant son autre proie.
- Miss Lydia, commença-t-elle de son ton le plus sucré, votre verre de vin est vide. Laissez-moi aller vous en chercher un autre !
