Pardon, pardon, pardon, j'avais dit que je publiais vendredi soir, mais vendredi soir, ce chapitre n'était même pas encore complètement traduit, sans parler d'être tapé. A ma décharge, c'est un long chapitre (2800 mots au compteur), et la semaine a été très chargée, surtout ce week-end. Mais franchement, si vous avez l'occasion d'entendre les Danses de Galanta de Kodaly (sur lesquelles j'ai passé la moitié du week-end, l'autre moitié étant consacrée à My Fair Lady, tout autre style), foncez, c'est beau La bonne nouvelle, c'est que j'ai commencé à traduire le chapitre 14 qui est plus court, et que je devrais terminer mercredi en attendant mon oral.

En tout cas, vous allez voir, il s'en passe des choses, dans ce chapitre 13! Bonne lecture!


Chapitre 13 : Mr. Collins à tout prix

C'est une vérité universellement reconnue que dans un petit village, les nouvelles vont vite que, en raison de la taille du village et de sa population, ceux qui y vivent sont si proches que les uns connaissent presque intimement et se sentent concernés par les moindres besoins, désirs, problèmes et autres soucis de la vie quotidienne des autres. Presque inévitablement, il s'élève bien souvent une sorte de compétition entre les gens qui sont de, ou bien dans, les mêmes conditions de vie, peu importent leurs différences de revenus.

Meryton ne faisait pas exception à la règle. Sa population comprenait un surplus de petits gentlemen, parfois propriétaires, dans la quarantaine, mariés, raison pour laquelle ils avaient bien souvent tendance à se ridiculiser devant n'importe quel beau jeune homme riche et célibataire venant à s'établir quelques temps dans les environs.

En vertu de l'autre vérité universellement reconnue, toutes les épouses des dits petits gentlemen et propriétaires partaient du principe que le nouveau-venu – ou s'ils étaient chanceux, les nouveaux venus- devait être en quête d'une épouse, et elles tâchaient avec leurs filles de répondre à ce besoin. Aussi, lorsque l'une des mères parvenait à ses fins, elle se sentait tout à fait justifiée d'en parler fréquemment et de répandre la nouvelle partout où elle allait.

En l'occurrence, cette dernière tâche revenait à Mrs. Bennet, une femme qui quand elle apprit la nouvelle des fiançailles de son aînée, estima que nulle autre ne méritait davantage qu'elle cette récompense. Elle avait toujours pensé que son aînée était destinée à de grandes choses, et désormais, ses prévisions s'avéraient justes, en la personne de son futur gendre, Mr. Bingley.

Elle avait accompli ce que personne d'autre dans le village n'avait accompli, en obtenant comme gendres un comte et un homme avec 5000 livres de rente ! Mrs. Long ne pouvait désormais plus se vanter des espoirs de mariage de sa chère Emily ! Pas plus que Lady Lucas ne pouvait se vanter du plus si récent anoblissement de son époux. Mrs. Bennet les avait toutes vaincues avec Mr. Bingley. Elle avait une autre fille fiancée ! À seulement vingt-trois ans !

La nouvelle la plongea dans une grande émotion. Disparu, le désespoir du matin même ! Oublié dans ce bonheur qui lui était parvenu à midi. Désormais, il était temps de faire le tour des environs et de rendre visite à ses grandes amies : sa sœur Mrs. Phillips, Lady Lucas, et Mrs. Long. Il fallait ensuite convaincre Mr. Bennet qu'un voyage à Londres pour se procurer le trousseau de Jane était absolument nécessaire. Mais par-dessus tout, il fallait parler aussi souvent que possible de la bonne fortune de sa fille.

Le soir vint enfin conclure ce qui avait été une très longue journée pour tout le monde à l'exception de Mrs. Bennet, et avec le soir vint une soirée à Lucas Lodge, à laquelle les messieurs et la dernière demoiselle restée à Netherfield étaient également invités.

Mrs. Bennet entra dans la pièce parmi les dernières, accompagné de son futur gendre aux côtés de sa chère Jane, et de sa chère Elizabeth qui suivait. Elle avait désormais deux grandes dames pour filles, exploit que nulle autre dans le village n'avait accompli, et si ses vœux se réalisaient, que nulle autre n'accomplirait jamais.

Les sentiments de Jane et Elizabeth sur la question n'étaient pas très difficiles à imaginer. Toutes deux avaient assisté aux mêmes scènes trois ans auparavant quand les fiançailles de la cadette avaient été annoncées à Longbourn, autre événement que Mrs. Bennet était déterminée à rapeller aussi souvent que possible ce soir-là, en même temps que la vaste fortune de Elizabeth.

Elles gérèrent la situation comme à leur habitude : sitôt arrivées, elles s'assirent avec Mrs. Bennet et Lady Lucas quelques minutes tadis que leur mère annonçait de but en blanc la nouvelle. Ensuite, sitôt qu'elle eut l'air bien engagée dans sa conversation, elles partirent discrètement accompagnées de Bingley dans un autre coin de la pièce où elles seraient assurées de passer le temps d'une manière plus apaisée et plus agréable.

C'est là, dans ce coin calme du salon que Miss Darcy, très vite suivie de frère, rejoignit le trio composé de Elizabeth, Jane et Mr. Bingley. Georgianna était si heureuse du succès de son plan qu'elle en oublia toute sa timidité habituelle, et elle raconta avec empressement comment elle avait découvert les plans de Miss Bingley, et quelles mesures elle avait prises pour établir le bonheur de tous les intéressés. Son frère ne l'avait jamais vue aussi animée, et il l'observa interagir avec le plus grand orgueil fraternel.

Elizabeth l'observa, et un tumulte d'émotions traversa son esprit. Peut-être était-ce la situation, peut-être était-ce la pièce, peut-être était-ce la durée de la journée, ou peut-être était-ce l'annonce de la bonne fortune de sa sœur. Toujours est-il qu'elle se sentit tout à coup incapable de nier plus longtemps l'effet qu'il avait sur elle.

Elle ne pouvait nier qu'il était très bel homme. Elle ne pouvait davantage, ignorer ses autres qualités, et combien elles l'attiraient. Ses manières, quoique réservées, étaient amicales et engageantes. Son intelligence s'accordait à sa situation, nourrie par l'expérience et ses efforts pour se cultiver, et il en faisait montre chaque fois qu'il donnait son opinion et chaque fois qu'il défendait un point de vue dans leurs petits débats ?

Sa loyauté à ses amis et à sa famille était sans égale. Bref, Elizabeth ne se rappelait pas d'avoir jamais rencontré un homme comme lui, et certainement pas feu le Comte qui ne lui arrivait pas à la cheville. Il n'avait plus, comme le disait son père, qu'à présenter une excellente bibliothèque pour satisfaire tous les critères qu'elle recherchait dans le compagnon d'une vie.

Il lui parut bien soudain d'avoir de telles pensées, et en vérité, Elizabeth sentait que, sans un certain événement, elle n'aurait jamais pensé cela ce soir-là. C'est alors qu'elle se rendit compte de l'intérêt qu'il lui portait. Il ne fallut qu'un regard, qu'un seul croisement de leurs yeux et on y était, son intérêt était mis à nu.

Il n'était pas forcé, pas malvenu et pourtant très profond et sans le moindre signe d'affaiblissement. Elle ne le craignait pas comme elle se serait attendue à craindre tout homme s'intéressant à elle depuis la mort de son mari. Et elle ne le trouvait pas malvenu.

A sa grande surprise, elle se sentait en mesure de lui rendre son affection, sans doute pas aussi profondément ni sur une même base mais enfin capable de la lui rendre néanmoins. Jamais auparavant elle n'avait envisagé de se remarier, craignant trop que les choses ne tournent aussi mal que durant son premier mariage, jusqu'à présent. Avant que ses vieilles craintes ne reprennent le contrôle de ses actions, elle releva la tête, croisa à nouveau ses yeux, et timidement, renvoya le regard qu'il lui avait lancé.

Darcy perçut la réponse, et son cœur tressaillit de joie.


Mrs. Bennet se considérait désormais en mission. Ayant lié l'une de ses filles au locataire de Netherfield Hall, elle sentait désormais de son devoir de veiller à l'héritage de Longbourn. Aussi répugnante que lui soit l'idée que Mr. Collins hérite de la propriété quand son mai mourrait, Mrs. Bennet estimait que ses nerfs le supporteraient bien mieux si l'une de ses filles demeurait pour veiller sur le domaine.

Jane était déjà prise, et Elizabeth, une trop grande dame pour se lier à un humble pasteur, surtout après avoir été mariée à un comte ! Lydia, bien que sa préférée, était trop jeune, et Kitty n'était pas faite pour une vie calme à la campagne. Elle jugea donc que Mary serait celle qui conviendrait le mieux à Mr. Collins, puisque son goût pour les choses religieuses s'était construit au fil de ses lectures.

Se pendant une messagère du meilleur conseil pour Mr. Collins, Mrs. Bennet l'informa de sa « sagesse » le matin suivant, après que la maisonnée eut pris son petit-déjeuner. Elle mena la conversation à son habitude, s'appuyant sur le vœux qu'il avait énoncé dans sa première lettre à Mr. Bennet de tendre un rameau d'olivier. Elle sortit ensuite de la pièce et se mit en quête de la fille en question.

Ces mots provoquèrent chez Mr. Collins des sentiments contradictoires. Il se sentait l'obligé de sa très gracieuse hôtesse, et par conséquent, il allait faire la demande qu'elle suggérait, mais en aucune façon ne désirait-il de réponse positive. Il sentait que sa cousine Mary, quoique très bien informée sur toutes les questions de religion et sur l'état religieux, ne le complèterait pas.

D'ailleurs, elle répondait pas à tous les conseils de sa très estimée patronne quand à qui et ce que devait être son épouse. Il se sentait terriblement déchiré sur la question, mais également incapable de désobéir à sa Grâce, dont l'abondante générosité avait trop fait pour qu'il se permette de désobéir à ses plus récents conseils.

Heureusement pour Mr. Collins, et peut-être heureusement pour la jeune femme elle-même, Mary ne désirait pas non plus l'épouser. Cela n'aait rien à voir avec un quelconque dégoût de Mr. Colllins ou de sa situation, ni même de son son estimée patronne, Lady Catherine de Bourgh. Non, ses raisons étaient bien plus personnelles.

Quelques temps auparavant, elle avait décidé qu'une vie dans le monde n'était pas à son goût, et elle avait donc choisi de se préparer à une vie qui ne permettrait jamais au monde extérieur de l'influencer. En d'autres mots, elle allait prendre le voile sitôt qu'elle aurait économisé assez d'argent pour se rendre à son futur couvent. Elle ne savait pas que Elizabeth avait placé une dot conséquente pour chacune de ses sœurs car Elizabeth et Mr. Bennet étaient tombés d'accord sur le fait que les sœurs resteraient ignorantes de leur bonne fortune jusqu'à leurs vingt-cinq ans, ou bien jusqu'à ce qu'elles acceptent une demande en mariage. Tous deux estimaient que si ses sœurs étaient au courant de leur considérable dot, Mrs. Bennet l'apprendrait de leurs bouches et ferait largement la publicité de leur éligibilité, faisant d'elles les proies de coureurs de dot et autres rustres, tandis que le comportement de Kitty comme de Lydia deviendrait trop peu châtié, au point d'atteindre un point de non-retour.

Mr. Collins, infiniment que ni son manque d'enthousiasme, ni ses mots d'affection n'aient blessé sa chère cousine, la quitta dans les meilleurs termes. Il l'admirait beaucoup de choisir une telle voie, voie qu'il aurait lui-même volontiers choisie, n'eussent été ses obligations familiales.

Si grande était son admiration de ce choix qu'il ne craignit pas d'en informer la mère de la jeune femme quand il la rencontra devant la porte et répondit à ses questions quand à la manière dont s'était déroulée la demande en mariage.

Mrs. Bennet, en apprenant une telle nouvelle, s inattendue, peut sans doute être excusée de ne pas remarquer la suite des actions de Mr. Collins. Elle estimait ses rêves détruits par l'égoïsme de sa fille, qui devrait en répondre, avant qu'elle ne recommence à échafauder des plans, consistant à lui offrir à la place Kitty, ou même Lydia.

Trop occupée à faire la leçon à sa fille, elle ne remarqua pas que Mr. Collins quittait la maison peu après leur entrevue pour ne revenir qu'à l'heure du dîner.


Quand Elizabeth arriva le lendemain à la maison, elle la trouva dans un état d'agitation pire encore que lorsqu'ils avaient appris la fausse nouvelle du départ définitif de Mr. Bingley. Elle hésita un instant sur le pas de la porte et se tourna vers son père qui de l'encadrure de la fenêtre de son bureau, posa son livre et lui fit signe de la main de s'approcher. Cinq minutes plus tard, Elizabeth était mise au courant de tous les faits justifiant la dernière crise de nerfs de sa mère.

« Je ne peux pas dire que je suis vraiment surpris non plus, remarqua Mr. Bennet après avoir entendu les réactions de sa favorite, car j'ai toujours perçu que l'intérêt de Mary pour la religion lui rendrait peu agréable tout autre style de vie, mais je pensais que de toutes mes filles, elle serait la plus apte à s'occuper de Mr. Collins, bien que j'aurais préféré que ce soit Jane ou toi qui hérite de la maison après moi. Oh, si seulement je pouvais annuler cet entail ! Autrement je n'aurai jamais envisagé de forcer l'une de vous à épouser cet homme.

Alors selon vous, qui Mr. Collins va-t-il désormais choisir ? Demanda Elizabeth.

Ne veux-tu pas dire qui Mrs. Bennet va maintenant choisir pour lui ? Contra Mr. Bennet avec un ricanement. Non Lizzy, je suis d'accord. Mr. Collins est trop inquiet des conseils de sa patronne pour obéir à Mrs. Bennet et demander une autre de mes enfants à la place, quoique aucune n'accepterait de toute façon. Non, je pense qu'elle va devoir se faire à l'idée qu'il est très possible que la personne qui héritera de Longbourn n'ait aucun lien avec le nom Bennet.

En effet, ses propos s'avérèrent prophétiques car peu de temps après, Mr. Bennet accueillit dans son bureau une autre visiteuse, pour sa fille cette fois. C'était Charlotte Lucas, et les raisons de sa venue s'éclaircirent très vit.

Mr. Collins, apparemment, qui avait quitté Longbourn après sa demande à Mary la veille, s'était rendu à Lucas Lodge, avec un motif connu de personne à part lui, et parfaitement inattendu. Il avait l'intention, avait-il largement fait savoir dés son arrivée, de demander à Miss Maria de devenir son épouse.

La jeune fille en question avait commencé par éclater de rire à cette idée avant de se rendre compte ce qui l'avait fortement choquée, qu'il était en fait tout à fait sérieux. Heureusement pour Mr. Collins, Lady Lucas et Sir William l'avait tout de suite pris au mot. Il ne leur serait jamais venu à l'idée que leur fille puisse refuser.

Une violente discussions avait alors éclaté, opposant la jeune prétendue à ses parents et à son prétendant, et Charlotte avait soigneusement choisi de garder le silence entre les deux camps.

Les choses étaient restées en plan quand Mr. Collins, tout à fait à regret, était rentré à Longbourn pour dîner, mais elles s'étaient conclues, comme Charlotte en informa Elizabeth et Mr. Bennet, heureusement en faveur de Mr. Collins.

- Vous imaginez bien, Lizzy, commença Charlotte après avoir prévenue le fiancé de sa présence et que elle et la comtesse se furent échappées de la maison, que cette conclusion n'a pas été atteinte avec un grand enthousiasme de la part de Maria.

- Oui, répondit Elizabeth, je l'imagine bien. Mais pourquoi diable Lady Lucas et Sir William étaient-ils si pressés qu'elle accepte, si vous me permettez la question ?

- Je vous la permet, la rassura Charlotte, et en fait, je suis heureuse de pourvoir me confier à quelqu'un. Ce n'était pas dû à un désir de faire main-basse dur Longbourn. Non, c'était davantage à cause de leur certitude qu'elle a tout intérêt à accepter cette demande plutôt que d'attendre avec l'espoir qu'une autre se présentera plus tard. Maria aurait voulu refuser sur-le-champ, et ce n'est qu'après beaucoup de... « persuasion », dirai-je, qu'elle s'est finalement...

- résignée à ce mariage ? Compléta Elizabeth.

- Oui, je le crains. J'aurais volontiers pris sa place, mais Mr. Collins la voulait absolument, et l'affaire a été réglée ce matin. Et ce n'est pas comme si il y avait quoique ce soit d'insupportable dans sa vie. Il n'est pas vicieux, et je suis sûre qu'il y a beaucoup d'avantages à Hunsford.

Elizabeth, sachant que ses opinions différaient largement de celles de Miss Lucas sur la question, se retint de faire d'autres commentaires.

Elle et Charlotte se séparèrent peu après, et elle retourna vers la maison de son père où elle retrouva Jane qui rentrait de Netherfield où elle avait discuté avec la femme de charge de la future gestion jointe de la maison.

La prenant par le bras avant qu'elle n'entre dans la maison, Elizabeth l'entraîna dans ne promenade dans le jardin et lui raconta toute l'affaire. Jane fut surprise du mariage, et tout aussi étonnée d'entendre m'avis de Elizabeth sur le sens des mots de Charlotte sur la question.

Les mariages où l'une ou l'autre des parties n'acceptait le contrat que par obligation familiale n'étaient pas vraiment rares dans leur monde, mais ils n'étaient pas pour autant très familiers de Elizabeth ou de Jane.

Aucune d'elles n'auraient cru possible de la part de Sir William et de Lady Lucas de forcer l'un de leurs enfants à se marier, et pourtant, on ne pouvait nier que c'était bien ce qui s'était passé, puisque l'on entendait clairement les nerfs de leur mère exprimer leur désarroi à travers les fenêtres pourtant fermées et les murs de la maison.

Elle n'était visiblement pas encore prête à admettre cette idée.