Bon, je crois que je vais arrêter de donner des dates que je suis incapable de respecter (en même temps, quelle idée d'avoir un emploi du temps qui change tout le temps!). Donc on va dire environ un chapitre par semaine, vous avez le droit de me huer et de m'agonir de messages rageurs si je met plus de dix jours à publier le chapitre suivant sans avoir prévenu.
Des bisous!
Chapitre 14 : De belles perspectives
Quand la nouvelle des noces de Maria Lucas et de Mr. Collins fut publiée dans la feuille de chou locale et dans les journaux nationaux, son inéluctabilité ne put être plus longtemps ignorée de ceux qui désiraient le plus ardemment qu'elle n'ait été qu'un mauvais rêve, mettant un terme à tout doute existant sur le sujet.
Mrs. Bennet était de loin – à part peut-être la future Mrs. Collins- celle qui portait le plus le deuil de cette noucelle, et elle était donc en triste état. La seule mention de quoique ce soit qui concerne le jeune couple la jetait dans des affres de mauvaise humeur, et où qu'elle aille, elle était pourtant assurée d'en entendre parler.
La vue même de Miss Maria Lucas lui était odieuse. Puisqu'elle lui succéderait à la tête de sa maison, elle l'observait avec une haine jalouse. A chaque fois que Lady Lucas et sa seconde fille venait en voisines leur rendre visite, elle en concluait que la jeune fille anticipait déjà l'heure où elle prendrait possession de la maison.
Quand elle parlait à voix basse avec Mr. Collins, Mrs. Bennet était convaincue qu'ils parlaient de Longbourn, qui était sensiblement plus grand que Lucas Lodge, et en train de décider de les jeter, elle et ses filles à la porte sitôt Mr. Bennet mort.
Après une quinzaine passée à se plaindre amèrement du mariage à qui voulait l'entendre, Mrs. Bennet résolut d'espérer mieux. Après tout, Mr. Collins n'était pas une prise si enviable que ça, comparé à Mr. Bingley et à ses 5000 livres de rente.
Il baissa encore dans son estime quand elle considéra le grand domaine où sa fille Lizzy demeurait, et qui ferait certainement un foyer acceptable pour sa mère et ses sœurs une fois Mr. Bennet mort, et où elles pourraient passer tranquillement le reste de leurs vies.
Stoke Edith aurait vraiment pu faire l'affaire, si le salon avait été plus grand. Ou bien peut-être plutôt la demeure du Kent, d'où elle ne serait pas obligée de voir Mr. Collins propriétaire de Longbourn. L'une des maisons en ville pourrait également convenir, quoique pas celle qui avait cet affreux grenier.
Ainsi, le temps que Noël arrive, Mrs. Bennet était revenue à ses esprits. Chaque fois que Lady Lucas mentionnait Mr. Collins, elle contrait en citant Mr. Bingley et la comtesse de Saffron-Walden, et l'affaire en restait là. Elle fut donc en mesure d'accueillir son frère Gardiner avec une relative paix d'esprit.
Mr. et Mrs. Edward Gardiner étaient venus passer les fêtes hivernales avec le reste de la famille, et étaient arrivés à Stoke Edith le 23 décembre. Mrs. Gardiner, qui avait plusieurs années de moins que ses deux belles-soeurs, était la tante favorite des aînées de ses nièces, qui étaient souvent venus passer quelques temps chez eux à Gracechurch Street.
En femme intelligente et perspicace, elle avait été la première et sans doute la seule à remarquer le malheur que Elizabeth vivait dans son mariage, et elle fut très contente de voir sa nièce bien plus heureuse à présent que toute cette histoire était bien loin derrière , après une conversation aussi longue que satisfaisante avec sa nièce, elle et son mari, ainsi que leurs enfants, rangèret leurs affaires à Stoke Edith, et une fois les enfants couchés, eux et Elizabeth se rendirent à Longbourn pour saluer le reste de la famille Bennet.
Après avoir distribué les cadeaux, décrit les dernières modes puis écouté Mrs. Bennet se plaindre de Mary, de Mr. Collins, de Miss Maria Lucas et de Lady Lucas, puis étaler sa joie des fiançailles de Jane et de Mr. Bingley, Mrs. Gardiner put enfin rencontrer le fameux gentleman et ses amis, qui passaient une fois de plus la soirée à Longbourn.
Ils faisaient la conversation en compagnie de Jane et de Elizabeth, formant un tableau qui, quand elle le découvrit, intrigua grandement Mrs. Gardiner. Entre Mr. Bingley et Jane, elle vit largement de quoi se réjouir, tant leur bonheur et leur affection mutuelle lui semblaient évidents.
Son œil acéré se concentra ensuite sur son ami. Originaire elle-même du Derbyshire, elle avait beaucoup entendu parler de l'illustre famille qui vivait à moins de dix kilomètres de son village natale, bien qu'elle ne les ait jamais rencontré, ne fréquentant pas les mêmes cercles qu'eux.
Du jeune Mr. Darcy, elle ne savait pas grand-chose, puisqu'elle était déjà à Londres lorsqu'il était devenu maître de tous les domaines familiaux, mais elle faisait confiance à sa mémoire qui se rappelait l'avoir entendu mentionné comme un très bon garçon, un fier exemple de son nom, et sa sœur, comme une très douce petite fille.
A présent, en les observant pour la première fois, elle fût en mesure de discerner ce que jusqu'alors Mr. Bennet était sans doute le seul à avoir remarqué, à savoir une affection mutuelle entre le jeune homme et sa nièce Elizabeth. Sans consulter l'un ou l'autre, elle voyait clairement que Mr. Darcy entretenait une grande dévotion à l'endroit de sa nièce, et que, de manière tout à fait inattendue, Elizabeth commençait à lui rendre le sentiment.
Mrs. Gardiner se dirigea vers eux, remarquant les manières des gentlemen quand ils se levèrent respectueusement, et elle observa soigneusement sa nièce quand celle-ci fit les présentations. La conversation n'eut pas le temps de retomber, puisque sitôt sa tante assise, Elizabeth expliqua les liens de sa tante avec la ville de Lambton, information qui ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd.
Les Darcy s'animèrent tout de suite, le gentleman le premier, la jeune fille non loin derrière lui, et bientôt, Mrs. Gardiner se retrouva à évoquer les charmants souvenirs de la vie et des personnes qui avaient vécu, et parfois vivaient encore dans le village tout près de Pemberley.
Elle apprit avec joie que le fier chêne qui se dressait devant la forge existait toujours Mr. Darcy avoua que enfant, il s'y précipitait chaque jour. Bientôt, elle se sentit capable d'avouer qu'elle n'avait jamais entendu son père ou son domaine décrits avec moins que les meilleurs compliments, et Darcy entendit dans sa voix le regret qu'elle avait de ne jamais avoir vu la maison.
L'instant d'après, il lui offrait l'accès au domaine et à la maison, si d'aventure ils venaient à passer dans le Comte, et il promit d'écrire à ce sujet un mot à sa femme de charge pour confirmer l'invitation.
Ainsi se déroula la première soirée des Gardiner, et le trio revint à Stoke Edith de la meilleure humeur. Mrs. Gardiner avait collecté assez de sa conversation avec ses anciens voisins du Derbyshire pour se permettre d'adresser des sourires taquins à sa nièce à chaque fois que celle-ci les mentionnait.
- Ma tante, se sentit obligée de se défendre Elizabeth à la cinquième ou sixième fois, je vous en prie, n'allez pas supposer quoi que ce soit ! Je ne sais pas moi-même si les choses sont comme vous le percevez! Il se contente de regarder, il ne dit rien!
- C'est vrai, concéda Mrs. Gardiner, il n'a pas dit les mots, Lizzy, mais je pense que ses intentions sont très claires. Edward a dit que ton père avait mentionné quelque chose à ce sujet.
- Eh bien! En voilà une nouvelle! Mais quand donc ?
- La nuit du bal de Netherfield Park. Quand tu es allée voir Jane, ton père a tenu Mr. Darcy occupé pendant une heure.
Elizabeth ne trouva rien à répondre à cela. Aucun son ne sortit de sa bouche et elle ne put que rougir. Sa tante et son oncle sourirent.
Les Gardiner ne demeurèrent qu'une semaine dans le Hetfordshire, et la fin de la semaine les vit repartir à Londres en compagnie de Jane qui avait été chargée par sa mère de compléter son trousseau. Avant leur départ de Stoke Edith cependant, ils firent une offre à Elizabeth qu'elle ne put refuser.
Ils l'emmèneraient dans la région des Lacs durant l'été. Elizabeth adorait voyager avec ses oncle et tante, un plaisir auquel son mariage précoce avait mis fin jusqu'à présent. C'est avec joie qu'elle leur promit d'être la plus expansive des voyageuses, et de mélanger soigneusement les noms des lacs, rivières, rochers et montagnes jusqu'à ce qu'ils se disputent sur lequel est lequel quand ils évoqueraient les souvenirs de ce voyage.
Elle fit donc ses adieux aux Gardiner et à Jane de chez elle, puis se rendit à Longbourn où les Lucas, au grand désarroi de sa mère, se trouvaient une fois de plus. Charlotte, qui n'avait guère eu l'occasion de parler avec son amie durant les engagements sociaux hivernaux divers qui avaient souvent inclus les gens de Netherfield, fut très contente de la voir, et ne perdit pas de temps pour réserver deux chaises côte à côte afin qu'elles puissent discuter.
Elizabeth découvrit ainsi que quand Maria aurait été mariée et installée à Hunsford depuis trois mois, Sir William et sa fille aînée rendraient visite à Mr. Et Mrs Collins, et que Charlotte passerait la fin du mois d'avril chez eux. Une requête suivit cette information : Elizabeth voulait-elle se joindre à eux ?
La Comtesse fut surprise mais sentit qu'elle ne pouvait pas refuser cela à son amie. Ces vacances lui donneraient l'opportunité de faire quelque chose qu'elle avait trop longtemps évité : visiter enfin le domaine de feu son époux qui se trouvait dans ce comté, une maison qu'elle n'avait encore jamais vu, et qui était restée fermée plusieurs années.
Le souvenir de cet endroit fit remonter dans son esprit un autre souvenir, celui des liens qui unissait le comte à la patronne de son cousin, Lady Catherine de Bourgh. Cette vénérable dame, grâce à un distant rejeton de la famille de Sir Lewis de Bourgh, était apparentée par mariage aux Cavendish de Saffron-Walden, et avait eu l'honneur d'être la marraine du dernier comte.
- C'est là un lien, remarqua le neveu de cette dame, Mr. Darcy quand il vint avec sa sœur à Stoke Edith le lendemain, que ma tante n'est pas prête d'oublier. Assurez-vous de ne pas mentionner que vous demeurez au presbytère, autrement, soyez certaine qu'elle vous offrira une chambre à Rosings.
- Et on ne refuse pas une offre de Lady Catherine de Bourgh, n'est-ce pas? Répondit Elizabeth.
- Tout à fait, Lady Saffron-Walden, confirma Darcy, s'attardant légèrement sur son nom, tout en espérant secrètement être autorisé à laisser tomber la formalité du titre.
Mais il n'avait pas encore le courage de lui poser cette question en particulier.
Elle lui avait peut-être donné une vague indication de ses sentiments, mais ce n'était qu'un vague regard et il ne voulait surtout pas l'effrayer en précipitant les choses.
Non, il attendrait de rencontrer un regard brûlant d'autant de feu, d'autant de passion et d'autant de dévotion que le sien.
voilà pour cette semaine. Le prochain chapitre sera publié donc dans maximum dix jours, et s'intitulera Pensées Voyageuses. N'hésitez pas à ajouter l'histoire en favori et à la suivre si elle vous plaît, et à me laisser un petit commentaire! :-)
A la prochaine, les gens.
