Chapitre 3
Après qu'il eut terminé de préparer une bonne tasse de thé vert, Michelangelo retourna rapidement à la chambre de Vénus, que tout le monde squattait depuis près de vingt minutes.
Lorsqu'il y arriva, il donna la tasse de thé vert en question à celle-ci.
-Bois-le tant qu'il est chaud. Et en plus, ça te fera du bien, lui assura Splinter.
-Merci. Mais je ne vois pas pourquoi vous êtes tous là à mon chevet. J'ai seulement fait un cauchemar. Je ne suis tout de même pas la première personne sur Terre à laquelle ça arrive, ne manqua t-elle pas de faire remarquer.
-C'est vrai!- admit Raphaël, avant d'ajouter: Mais les gens qui hurlent dans leur sommeil c'est plus rare. Et c'est aussi généralement parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
-Oui mais..., commença t-elle doucement en pensant: «Vite! Une excuse crédible! », puis elle continua après avoir trouvé: En fait, j'ai revu le jour où Chung I s'est fait tué. Sans doute parce que je n'ai cessé de me demander ce qu'il aurait pensé de mon changement d'apparence, mentit-elle seulement à moitié car, il était vrai qu'elle s'était plus d'une fois posée la question.
-Et ça t'as donc fait inconsciemment remonter à la surface de mauvais souvenirs, compléta le vieux rat.
-On va dire ça, oui.
-Ah d'accord, fit Raphaël subitement embarrassé.
-Je vois, continua Splinter. Je comprends un peu mieux.
-Tu aurais dû le dire tout de suite que ça te tracassait autant! Si tu nous en avais parlé, ça t'aurait probablement épargné ce cauchemar! - lui reprocha Donatello.
-Peut-être bien. Mais ça va maintenant. Vous pouvez retourner vous coucher.
Le vieux Maître ninja la scruta un moment, avant de finalement s'avouer vaincu:
-Très bien! Allez les garçons, on y va!
-Mais..., protesta Michelangelo.
-Il n'y a pas de « mais »! - le réprimanda Raphaël en le tirant en dehors de la chambre, avec un de ses bras enroulés autour du cou de son petit-frère.
Néanmoins, tout le monde ne quitta pas les lieux. Leonardo n'avait pas bougé d'un millimètre. Il était toujours adossé contre l'un des murs, les bras croisés, à la toiser comme si elle couvait une très étrange maladie.
-Quelque chose ne va pas Léo? - demanda t-elle innocemment.
-Ce serait plutôt à moi de te poser cette question, réplique t-il en se décollant enfin de son mur, et en s'approchant du lit.
-Je ne comprends pas, fit-elle toujours avec son air candide.
-Moi je crois que si, répliqua t-il en s'asseyant juste à côté d'elle. J'ai même l'intime conviction que tu nous caches quelque chose.
Vénus se sentit soudainement comme emportée par un violent courant d'eau. Et bien qu'elle adorait Léo; là, elle le détestait plutôt d'être aussi perspicace.
-Qu'est-ce qui ne va pas Mei? - insista t-il.
-Rien de plus que ce que j'aie déjà dit. Je t'assure.
Leonardo la toisa de nouveau intensément comme s'il cherchait à lire dans ses pensées. Mais il finit tout de même – comme Splinter à peine deux minutes avant lui – pas s'avouer vaincu. Enfin du moins temporairement car, il savait que de toute manière elle finirait bien par craquer et viendrait lui dire ce qu'il lui arrive.
-Bon, très bien! Si tu dis que ça va! - déclara t-il en se levant.
Toutefois, il n'eut pas le temps d'aller bien loin, car Vénus le retint par l'un de ses poignets. Mais sans pour autant le regarder.
-Est-ce que tu peux rester avec moi? - lui demanda t-elle d'une petite voix hésitante.
-Qu... Quoi? - s'interloqua Léo aussi hébétée que si elle venait de lui coller une gifle.
-Est-ce que tu peux rester avec moi jusqu'à ce que je me rendorme? S'il te plaît...
Même s'il ne répondit pas tout de suite, il songea tout de même que – elle avait beau prétendre le contraire – il était clair que quelque chose n'allait pas lorsqu'on écoutait son étrange requête.
-D'accord, souffla t-il en se rasseyant.
Mais Vénus semblait vouloir un peu plus car, elle se décala suffisamment pour qu'il puisse se coucher à côté d'elle.
D'ailleurs, il parut au premier abord hésiter, mais se plia tout de même à sa demande.
Ensuite, elle se nicha contre lui tout en posant sa tête sur son torse. Et Léo la laissa faire, bien qu'il fut sur le moment assez surpris.
Pendant ce temps là, à la surface de New York...
-Amy, il est plus que tard! Tu es sûre que tu ne veux pas rester dormir ici cette nuit? - proposa une jeune fille blonde, d'environ dix-huit ans, à l'adresse de son amie pendant qu'elles se disaient au revoir sur le perron d'une maison.
-Non, je t'assure que ça ira, répondit la dénommée Amy et qui, contrairement à l'autre fille, était fort brune. Je couperai par Central Park pour aller plus vite.
-D'accord. Mais promets-moi alors de m'appeler dès que tu seras chez toi.
-Promis! - fit Amy en faisait un dernier signe de main pour dire au revoir, tout en s'en allant.
Et une fois qu'elle entra dans Central Park, elle ne put s'empêcher de se dire qu'elle ne comprenait vraiment pas la hantise qu'avaient les gens de cet endroit la nuit car, elle l'avait toujours emprunté à des heures tardives, et il ne lui était jamais rien arrivé. Même pas un chat qui aurait feulé à son égard.
Mais ce que cette pauvre Amy ne savait pas, et dont elle était très loin de se douter, c'était qu'elle en ressortirait pas vivante de cet endroit.
Sans vraiment savoir pourquoi, Vénus se réveilla en sursaut. Un peu comme si elle avait senti qu'il était arrivé quelque chose de très grave.
Elle s'accorda quelques secondes pour se ressaisir. Et puis, constata qu'elle était seule dans son lit. Néanmoins, il était clair que Leonardo n'était pas seulement resté avec elle jusqu'à ce qu'elle se rendorme; mais plutôt toute la nuit car, le réveil affichait à peine huit heures du matin, et que le côté du lit où il se trouvait était encore tiède.
Soit il était resté par soucis, soit il s'était lui-même endormi sans s'en rendre compte. Ça avait dû forcément être tout l'un ou tout l'autre.
Vénus soupira lourdement tout en s'étirant, avant de rejeter violemment sa couverture, et se lever d'un bond.
Elle enfila ensuite un des gilets qu'elle s'était acheté la veille parce qu'elle avait un peu froid. Elle s'examina aussi vite fait dans son miroir pour s'y trouver plutôt mauvaise mine. Enfin du moins, c'était l'impression qu'elle avait; car à cause de son changement soudain d'apparence, il allait lui falloir un certain temps pour faire la différence entre un visage de tortue mutante et un visage humain barbouillé. Elle songeait aussi qu'il allait également lui falloir s'entraîner à s'attacher les cheveux.
Après quoi, elle se décida à aller prendre son petit-déjeuné. Et lorsqu'elle arriva dans la salon, elle y trouva les quatre frères et leur maître scotchés devant la télé à regarder les infos, pendant que Raphaël lâchait des commentaires comme: « Y-a vraiment des beaux salauds sur Terre! » Il y avait aussi Splinter, qui lui disait plus sagement: « Pauvre enfant. Si jeune en plus... »
-Qu'est-ce qu'il se passe pour que vous ayez tous l'air aussi horrifiés? - se renseigna t-elle passablement amusé par leur têtes.
-Tu es réveillée! - jubila Mickey en bondissant du canapé. Tu te sens mieux?
-Oui! Merci de t-en inquiéter. Mais dis-moi plutôt ce qu'il se passe pour que vous soyez autant captivé par la télé.
-Oh, quelque chose de très moche! Tu vois cette fille dont ils montrent la photo – il lui désigna l'écran – son corps a été retrouvé ce matin dans Central Park. Elle a visiblement été violée et tuée.
-Ah, fit faiblement Vénus dont le moral était subitement redescendu à zéro.
Alors qu'elle ne pensait plus du tout à Rachel Addams; voilà qu'elle apprenait une nouvelle qui lui avait sévèrement rafraîchit la mémoire. Cependant, elle accorda tout de même un regard lourd de regrets au portrait de la jeune victime.
C'était une assez belle fille, fort brune, aux grands yeux tout aussi noirs que ses cheveux.
-Elle s'appelait Emily, mais tout le monde la surnommait Amy. C'est une de ses amis en pleurs qui a confié ça aux journalistes, continuait de lui exposer Michelangelo.
Mais elle ne l'écoutait que d'une oreille.
-Je vais déjeuner! - lâcha t-elle écœurée sans prévenir en plantant le pauvre Mickey sur place.
Et une fois qu'elle arriva à la cuisine, elle ne put s'empêcher d'ouvrir la porte du frigo un peu trop brutalement car, elle fulminait de colère. Décidément! Pourquoi diable le destin s'acharnait-il à vouloir lui faire du mal? Alors que, normalement, grâce à sa nouvelle apparence, une vie un peu plus normale s'offrait à elle, et qu'elle aurait dû être la personne la plus heureuse du monde. Mais non! Au lieu de ça, elle faisait la tête.
Elle s'empara de la brique de lait, qu'elle réussit à trouver au milieu de tout un tas de restes de pizzas, grossièrement emballés dans du papier aluminium. Puis, elle referma le réfrigérateur d'un geste sec, en songeant qu'il fallait vraiment que les garçons changent de régime alimentaire. Mais une fois qu'elle se fut retournée, elle sursauta et lâcha même ce qu'elle avait dans les mains, lorsqu'elle aperçut à l'autre bout de la pièce, la jeune fille dont elle venait de voir le portrait à la télé, et qui était là à l'observer attentivement.
-Mei? - l'interpella doucement Leonardo qui était arrivé à son tour dans la cuisine, et qui balançait son regard des plus inquiet entre elle et le lait qui se déversait à ses pieds, sans qu'elle ait l'air de s'en rendre compte.
D'ailleurs, elle ne lui répondit pas, et n'avait même guère remarqué qu'il était là.
Elle continuait à fixer bouche bée l'apparition de cette morte, qui se mit à lui sourire chaleureusement, avant de lui dire:
-Je suis ravie de te rencontrer Mei Pieh Chi! Moi, c'est Emily! Mais tu peux m'appeler Amy!
… à suivre
