Chapitre 15 :

La nouvelle rose émit d'abord une petite lumière bleutée, qui s'intensifia sensiblement. Elle produit ensuite un son strident qui se répercuta contre les façades du château, brisant quelques vitres. Partout, les occupants tombaient en se tenant la tête. Les seuls qui ne semblaient pas atteint par ce son étaient Yuuri, Wolfram, Maurine et Conrad.

Ils restèrent ébahi devant ce phénomène, eux même ne percevant rien du tout, jusqu'à ce que Wolfram sortent en courant, vite suivi par les autres. Ils remarquèrent là une lueur inconnue, bleue foncée qui colorait les mûrs vers les jardins de Wolfram : la rose continuait d'illuminer, mais le son sembla s'arrêter. Tout les mazokus du château s'étaient endormi. Un immense ronflement se fit entendre, surprenant Yuuri.

-Qu'est ce qu'il se passe ? S'enquit-il en criant pour couvrir le bruit d'une tempête qui se levait.

-Je ne sais pas ! Le ronflement ne viens pas des gens !

-Votre Majesté ! S'écria Conrad en le rejoignant rapidement.

Il le mit derrière lui, aux côtés de Maurine, qui levait un regard indescriptible vers le ciel.

-Qu'est-ce que c'est ? Demanda t-elle inquiète.

-Un Mrah ?! Fit Yuuri surprit.

-Un quoi ? Répétât-elle, ne comprenant pas de quoi il s'agissait.

La créature descendit du ciel dans un rugissement tonitruant qui roula contre les reliefs comme un coup de tonnerre.

-Un Mrah, c'est une créature d'ordinaire très solitaire, et qui ne descends que très rarement des hauts plateaux des montagnes ! Continua Conrad, sortant son épée.

-Et pas n'importe lequel, c'est le Mrah légendaire ! Weller, protège Maurine, je me charge de Yuuri !

La créature, beaucoup plus grande que celle qu'ils avaient rencontrés au sommet de la Montagne Mrah, était de couleur blanc-argenté, avec de grand yeux bleus-violets, et une crinière oscillant entre le doré et le cuivre. Elle resplendissait de milles-feux, les rayons du soleil encore bas léchant ses courbes athlétiques, lui donnant des reflets magnifiques.

-Wolf, je suis un grand garçon maintenant, je peux me défendre tout seul ! Grommela le souverain.

-Non, tu n'es qu'un mauv...

-Je t'interdit de terminer cette phrase !

-Les garçons ! Ce n'est pas vraiment le moment de se disputer ! Intervint la grande brune.

-... iette...

-Wolfram Von Bielefield ! JE NE SUIS PAS UNE MAUVIETTE ! Hurla le roi, le boucan provoqué par les immenses ailes de la créature devenant insoutenable.

Bientôt cependant, elle se posa dans la grande cour, ayant à peine assez de place, un grognement guttural faisant trembler le sol leur intima de ne plus bouger d'un seul centimètre. Ses grands yeux fendus firent le tour des personnes un tant sois peu insignifiantes devant elles, avant de se poser sur la fleur derrière eux, qui, pour le coup, ne brillait plus du tout.

-Approche sale bête, et je te jure que tu goûtera de ma lame ! Siffla le prince entre ses dents.

La créature répondit à cela en baillant bruyamment, dévoilant une collection de crocs aiguisés comme des rasoirs impressionnante.

-Wolfram, surtout ne fais rien d'imprudent... murmura Conrad, sur la défensive.

-Je sais que ce que je fais Weller !

Le regard du Mrah se désintéressa à nouveau des potentiels ennemis, afin de le reporter sur la fleur. Yuuri comprit donc ce qu'elle désirait et préféra le lui léguer avant que cette situation ne s'aggrave.

-Wolf, baisse ton épée... le somma t'il doucement.

-Baisser mon épée ?! Mais ça va pas ou quoi ? Tu veux tous nous faire tuer ?

-Non justement, fais moi confiance et baisse ton épée. Conrad aussi.

Bien qu'étonnés et suspicieux, ils obéirent, toujours tendus à l'extrême, près à bondir au cas où.

-Conrad, sois prudent... Implora Maurine.

Ce dernier hocha la tête doucement, son regard toujours concentré sur celui de la créature.

-Wolf, je crois qu'il veut la rose... avança le brun quand il remarqua le troisième regarde appuyé de la bête sur celle-ci, laissant échapper un gémissement tonitruant.

-Et puis quoi encore ! C'est notre rose, elle symbolise notre amour, je ne laisserais personne nous l'enlever ! Rugit le mazoku.

-Ce ne sont pas les choses qui symbolisent nos sentiments, c'est les actes que nous avons commis en leur nom. Ce n'est pas cette rose qui symbolise mon amour pour toi, mais tout les combats que j'ai enduré pour toi. Ce n'est pas cette fleur qui symbolise ton amour pour toi, mais le fait que tu as été près à sacrifier ta vie pour sauver la mienne.

-Yuuri...

Ce dernier leva lentement les mains au dessus de sa tête sous l'attention du Mrah, cependant qu'il reculait lentement vers la fleur. Un grognement s'entendit encore, mais il continua, jusqu'à arriver à la hauteur du parterre.

-Tu veux bien m'aider Wolf ? Maurine, puis-je vous demander de tenir ouvert le sac qu'il y a juste à côté ? Conrad, reste devant et surveille les mouvements de la créature.

Tous acquiescèrent avant de faire ce que le Maoh avait demandé, aussi, avec l'aide de son fiancé, il put déterrer doucement la rose, en prenant garde à ne pas casser les racines, et la glissa dans le sac en toile de jute que tenait la jeune femme. Il remarqua le regard attentif que la créature vrillait sur lui, mais il ne vit aucune trace de bestialité en elle. Aussi, une fois son opération terminée, il s'approcha à pas mesurés du museau démesuré du Mrah légendaire. Ensuite il présenta le sac devant lui et le posa sur le sol avant de reculer d'un pas.

-Revient maintenant Yuuri, lui demanda Wolfram, inquiet.

Mais la créature allongea le cou et ouvrit sa gueule sur un grondement sourd, re-dévoilant ses crocs. Wolfram accouru immédiatement, se saisissant de son épée, et chargeant vers elle.

-YUURI !

Trop tard, il se retrouvait déjà ensevelis sous une épaisse couche de bave : apparemment, le Mrah était le gardien de cette fleur et le remerciait plutôt chaleureusement de le lui avoir redonné.

-Yuuri ! Est-ce que ça va ?

-Je...Je me sens...Baveux... fit le susnommé en agitant les bras pour se débarrasser d'un peu du liquide visqueux.

Il s'approcha de Wolfram, une mine résolue gravée sur le visage.

-Tu es sur que tout va bien ? S'enquit à nouveau le mazoku.

Yuuri ne répondit pas, se contentant de se jeter sur Wolfram, enserrant ses bras autour de lui, le recouvrant lui aussi de la bave du Mrah. Puis il s'écarta et contempla son œuvre, hilare. En face de lui, le fier Wolfram Von Bielefield était recouvert d'une substance blanchâtre glauque qui lui collait aux vêtements, avec une mine de dégoût, mêlée de fureur assombrissant son visage angélique. Il ne pus se retenir bien longtemps et éclata de rire, bientôt rejoins de Maurine, puis de Conrad. Même le Mrah émit un son rauque pouvant être pris pour un gloussement.

-Yuuri... Je vais...te...TUER ! Hurla le prince en s'élançant sur le maoh.

Mais celui-ci avait déjà prévu le coup et esquiva sans mal, allant se réfugier derrière une des pattes immenses de la créature argentée. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'elle le saisirait par cette patte pour le mettre sur son dos, puis Wolfram, avant de prendre délicatement le sac dans sa gueule et de décoller à nouveau.

-Heïka ! Cria Conrad.

Mais c'était trop tard, ils étaient déjà trop loin dans les cieux pour pouvoir agir.

-Je ne crois pas qu'elle leur fasse du mal, le rassura la brune. Elle ne voulait que la rose, elle doit en avoir besoin pour la remettre à sa place initiale, c'est tout.

-Comment peux-tu savoir cela ?

-Intuition féminine ! Cette créature n'est pas malfaisante, je le sens, elle est juste une gardienne qui tient son rôle à cœur, sourit la jeune femme.

-Tu es forte mon amour, heureusement que tu es là... chuchota le guerrier à son oreille.

Il ramassa son épée, la rengainant, avant de prendre sa compagne dans les bras, et de l'embrasser passionnément. Il remit à sa place une mèche de Maurine à sa place, avant de l'enlacer à nouveau.

-Ils ont encore du chemin à faire, sourit le brun.

-Ils auront tout leur temps, affirma t-elle.

-Encore une intuition ? Rit le brun.

-Peut-être, rit-elle à son tour.

Ils se regardèrent un instant avant de soupirer... Ils avaient tout un château à réveiller, et surtout, auquel expliquer la présence de quatre gigantesques empreintes incrustées dans les pavés de la cour.