Chapitre 16 :
Yuuri glissa un regard discret à son fiancé : il semblait aussi malade qu'en bateau, mais il se retenait de toutes ses forces pour ne pas vomir sur la créature. Il n'avait vraiment pas l'air bien, pourtant, les voyages en avions ne le dérangeaient guère...
Peut-être que cela passeras si je l'occupe un peu...
Le Maoh se retourna avec précautions, pour éviter de gêner le vol du Mrah, et prit doucement Wolfram dans ses bras. Il planta son regard dans celui émeraude de son amant, se laissant submerger par sa profondeur.
-Tout va bien Wolf, respire. Calme toi, tout va bien.
-Ais-je l'air d'aller bien ? Grommela le mazoku entre ses dents.
-Je t'aime Wolf...
-Mmmh... Moi aussi... Je t'aime...
Sa nausée commençait à disparaître apparemment, car il se permit d'inspirer longuement.
-Oui, concentre toi sur ma respiration, continua le brun avant de reprendre le blond dans ses bras.
Ils ne bougèrent plus, profitant du calme, cependant que la respiration agitée de Wolfram se cala sur celle, tranquille, de son compagnon. Cependant, le répit fut de courte durée car le Mrah amorça sa descente sur le sommet de la Montagne Mrah. Ce dernier était recouvert d'un sceau lumineux violet et rouge qui vrombissait du même son que la fleur. Celle-ci s'était remise à luire doucement, comme en communication avec la montagne elle même.
Une fois au sol, Yuuri aida Wolfram à descendre, car il avait tellement les jambes flageolantes qu'ils n'arrivait pas à descendre seul. La créature s'ébroua gracieusement avant de les pousser du museau vers le lieu où ils avaient déterrés la rose, puis elle ouvrit la gueule et laissa retomber sur le sol, le sac en toile de jute.
-Je crois qu'il faut la replanter, argua t-il.
-Sans blagues... Tu pense vraiment qu'elle nous aurait fait faire tout ce chemin juste pour tes beaux yeux ? Grommela le mazoku blond.
Yuuri décida de passer outre sa remarque et de prendre les devants. Maintenant qu'il connaissait les mouvements adéquates, il recreusa un trou idéal pour la rose et la recouvrit de sa terre. Le sceau lumineux disparut aussitôt, la fleur reprenant son apparence originelle. Le Mrah légendaire se mit à ronronner bruyamment, semblant les remercier d'avoir tout remit à sa place.
-Faire tout ce chemin juste pour une stupide plante...
-Vas-tu arrêter de ronchonner un peu ? On dirait un grand-père aigris ! Grommela à son tour le roi.
-Je n'ai que 84 ans ! Protesta ardemment le prince.
-À 84 ans, sur la terre, on est un grand-père, parfois même un arrière grand-père ! signala t-il amusé.
-Humpf !
Le roi se rapprocha de la bête qui avait un regard bien trop humain, et hésita un instant à caresser son pelage, mais celle-ci franchit d'elle même la distance qu'il avait laissé en sécurité. Elle n'en ronronna que plus, fermant ses paupières recouvertes de plaques d'os. Il sentit son fiancé approcher dans son dos et enserrer sa taille d'une main, tandis qu'il posait l'autre sur le pelage soyeux du Mrah. Le souffle chaud de Wolfram lui chatouillait la nuque, provoquant chez lui un petit frisson. Puis celui-ci la baisa doucement, ce qui donna la chair de poule au Maoh.
-Peuh... Tu as un goût horrible Yuuri... Grimaça le prince mazoku.
-Ce n'est pas de ma faute, c'est à cause du Mrah !
-Je sais, mais c'est vraiment pas terrible !
-Il faut lui donner un nom... murmura t-il doucement en réfléchissant. Armadiël... Descendant d'Armand le Mélancolique, et du ciel ! S'exclama t-il une fois qu'il eut trouvé.
Le Mrah sembla apprécier, car il les gratifia à nouveau d'un de ses coup de langue baveuse, au comble de Wolfram. Yuuri ne put s'empêcher d'éclater de rire en se débarbouillant le visage, son fiancé allant pester un peu plus loin, vexé de son éclat de rire. Il passa un bon bout de temps à grommeler, refusant l'aide du souverain, qui souriait toujours devant sa réaction. La créature elle même semblait bien s'amuser, un son rauque et guttural résonnant encore dans l'espace.
-Oh ça va toi, ce n'est pas drôle ! Que dirais-tu si on te recouvrait de bave ! Se hérissa le blond.
-Je crois qu'il faudrait un lac entier pour ça, rit le roi.
-Elle ne perd rien pour attendre !
Un élan de tendresse prit Yuuri, qui malgré tout était heureux d'avoir enfin pus exprimer ses sentiments à son fiancé. Il le rejoignit en silence et l'étreignit passionnément, se fichant de se salir encore plus. Puis il baisa ses lèvres douces et chaudes, à la surprise du jeune Von Bielefield, qui répondit cependant avec chaleur. Il le sentit plaquer ses mains sur ses hanches et le souverain ne put s'empêcher de s'empourprer, il n'avait vraiment pas l'habitude de ces gestes.
Mais c'est tellement agréable, je ne peux me défaire de son emprise... Comment ais-je fais tout ce temps ? Comment ais-je pu si bien me mentir pour ne pas voir l'emprise qu'il à sur moi ?
Cependant que leur étreinte devenait de plus en plus passionnée, Armadiël émit un bramement retentissant, signifiant que ce n'était pas le moment, qu'il leur fallait à présent repartir. Yuuri sentit Wolfram se crisper, mais la créature avait raison. Plus vite il seraient de retour et plus vite il pourront oublier cette histoire. C'est avec toute la résignation du monde qu'il fit remonter son fiancé sur le dos immense du Mrah avant que celui-ci ne le soulève à nouveau pour le poser à sa place. Elle décolla à nouveau, ses lourdes ailes faisant dangereusement se plier les arbres sous les bourrasques violentes qu'elles créaient.
J'espère que tout va bien au château... Et puis, il y a encore cette histoire de fiançailles officielles à régler, avant que je ne me fasse étriper par Wolf... Veux t-il toujours se marier avec moi au moins...
Son cœur fit une embardée, cependant qu'il prenait son courage en main, se retournant vers un Wolfram tout à fait verdâtre.
-Heu... Je sais que ce n'est pas forcément le moment mais... Je voulais te demander quelque chose...
-Mmmh ? Hoqueta le mazoku mal en point.
-Je... Il prit une grande inspiration et lança d'une traite :Estcequetuveuxbienm'épouser ?
-Quoi ? Je... n'ai rien comprit... Baragouina Wolfram.
-Est-ce que tu veux bien m'épouser ?
Sa voix dérapait dans les aiguës, il attendait la réponse avec crainte. Après tout, peut-être que Wolfram ne l'aimait avant, que parce qu'il était insaisissable...
-Qu'elle question...
Il reprenait des couleurs naturelles à présent, bien qu'une subite rougeur au niveau des joues semblait le déranger.
-Évidemment, si je suis ton fiancé c'est parce qu'on va se marier non ?
Yuuri ne répondit pas, il se contenta de le prendre dans ses bras, heureux. Wolfram répondit à cette étreinte, bien qu'un hoquet étrange lui échappa à nouveau. Alors le Maoh recommença à l'apaiser, comme à l'aller.
