Note de l'auteur : Bonjour tout le monde, voici le chapitre 3. J'ai des remerciements à faire.

Tout d'abord, Luna Sylva : merci d'avoir lu le deuxième chapitre et posté un commentaire. Tu ne sais pas à quel point ça me fait plaisir ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira encore plus(ou encore, c'est déjà bien ˆˆ).

Ensuite, pour XxSoulessBeautyxX : ça fait plaisir d'avoir une nouvelle lectrice ! Merci d'avoir mis cette histoire en favori, ainsi que moi-même (heyhey !) ! Que penses-tu de ce qui va suivre ? Ça va se corser, vous allez voir… Niark niark niark (rire diabolique) Enfin bref, bonne lecture à tous !

Et n'oubliez pas le petit bouton en bas (je sais, je me répète…)

Tsumeba

Chapitre 3

Flash-back

Je restai là, la bouche ouverte, les yeux écarquillés. Des loups, bon sang, DES LOUPS ! J'eus un mouvement de recul, mais de toute façon, à quoi bon ? S'ils voulaient me dévorer, ce serait déjà fait ! Non, ce n'était pas possible, je devais rêver. Cependant, un détail attira mon attention. L'un des canins, d'un gris nuageux, arborait sur son poitrail…. Une cicatrice en forme de croix, la même que…

-Tsume.. ? murmurai-je, ébahie.

-Tu as vu juste, Katsumi, c'est bien lui, confirma la jeune fille, d'une voix on ne peut plus mystérieuse.

-Mais alors… les autres…

-Oui. Le blanc, c'est Kiba, fit-elle le plus naturellement du monde. Le petit brun avec les trois bracelets à la patte, c'est Toboe, et le dernier, c'est…

-Hige.. terminais-je, continuant de fixer les quatre loups. Comme pour confirmer mes pensées, le dernier loup jappa tout en m'observant. Tout cela était plus qu'invraisemblable, et pourtant… ils étaient bien là, en face de moi, le vent du soir faisant frémir leur pelage.

-Tout le monde dit que les loups ont disparu, il y a deux cents ans, dis-je.

-Et bien tu as la preuve du contraire devant toi, me répondit Cheza. Ils se transforment en humains pour pouvoir essayer de survivre, tu comprendras donc l'importance capitale de ton silence à venir. Si jamais, au grand malheur, tu venais à révéler ce que tu viens de voir, nous serions obligés de…

Un grognement sourd et menaçant sortit de la gorge du loup à la cicatrice, un grognement qui me glaçait le sang. J'avais très bien compris.

-J'ai promis, je tiendrai ma promesse, fis-je d'une voix la plus assurée que je pus. Cependant j'ai quelques questions à vous poser.

-Nous t'écoutons…

-Existe-t-il d'autres loups dans votre situation ?

-Oui, répondit immédiatement Cheza. J'en suis certaine, même si nous n'avons pas encore eu l'occasion d'en croiser, malheureusement.

Je hochais lentement la tête. Je n'en revenais pas, les loups avaient survécu… Si mon père le savait… mon cœur se serra. Il était un chasseur de renom, justement pour le nombre faramineux de ses victimes canidés. Je préférai taire ce détail à Cheza. Ils valaient mieux qu'ils l'ignorent, si je voulais avoir une chance de m'intégrer dans… la meute.

-J'ai encore une autre question.

-Oui ?

-Qui es-tu ? lâchais-je, fixant la jeune fille aux yeux cerises. Es-tu une louve, comme eux ?

Cheza émit un léger rire, sous mon air interrogatif au possible. Mon cœur se mit à battre de manière frénétique.

-Non, je ne suis pas louve. Je suis une fleur.

Alors là, je n'en croyais plus mes oreilles. Je venais juste d'avaler que quatre adolescents d'apparence étaient des loups. Mais derechef, leur sublime accompagnatrice était une fleur ? Non, s'en était trop. Le parfum qui se dégageait d'elle se fit plus oppressant, pénétrant dans ma narine tel un effluve d'odeur irrésistible. Irrésistible.

-Comment ça ? Une fleur ?

-Je sais que tu le sens, toi aussi. Le parfum.

Cette phrase semblait si anodine. Bien sur que je le sentais, ce parfum, qui ne le pourrait pas ? Un parfum enivrant, appelant quiconque à le suivre, partout où il était.

-Elle ne peut pas le sentir, elle n'est pas comme nous, elle ne sera jamais comme nous ! assena Tsume, reprenant soudainement sa forme humaine. Apparemment, il n'était pas du tout enclin a m'accepter, lui.

-Si Cheza dit qu'elle le sent, c'est que c'est le cas, s'opposa Toboe, lui aussi redevenu humain. N'est-ce pas, Katsumi ? renchérit- il, avec un sourire innocent sur le visage.

-En effet, confirmais-je. Pourquoi.. Je ne devrais pas ?

-Tu ne fais rien de mal, rassure- toi, répondit Cheza.

-Non, ce n'est pas ce que voulais dire, mais… pourquoi, normalement, ne devrais-je pas être capable de le percevoir ?

-Tu es humaine. Les humains ne sont pas sensibles à cette odeur. Ce que je ressens se confirme. Tu es différente, bien qu'humaine.

Intriguée, j'inspirai de plus belle, histoire de me gorger de cette délicieuse odeur, ce qui me fit tousser, et, sous le coup des contractions, ma blessure se rouvrit, teintant les feuilles qui la recouvraient d'un rouge écarlate.

J'eus honte. J'étais faible, tellement faible. Les effets de la décoction que Tsume m'avait administrée commençaient à s'estomper, et la tête recommença à me tourner.

-Vous voyez, comment voulez-vous qu'on la prenne avec nous ? répéta Tsume, avec amertume, me lançant un regard mauvais. Je lui souris en retour, un sourire crispé, sans aucune trace d'amitié. Je le savais bien que je n'étais pas en état, mais ce n'était en rien ma faute et ça, il le savait autant que moi désormais. Mais au fond, j'entrais en quelque sorte dans le règne animal. C'était moi l'intrus ici, pas eux. Et Tsume ne se manquait pas de me le faire remarquer.

Les autres loups (qui s'étaient tous retransformés) et Cheza me regardèrent avec inquiétude. Gênée, j'essayai de respirer le plus nettement possible, mais plus je m'en efforçais, plus mon souffle paraissait faible et grésillant. Merde, il ne fallait pas que je sois un poids pour eux, comme l'avait laissé entendre Tsume.

-La nuit ne va pas tarder à tomber, fit Kiba, perdant son regard océan vers l'horizon, une légère brise faisant voltiger ses cheveux bruns. Mieux faudrait aller trouver un abri pour la nuit. J'ai repéré une grotte à environ une demi-heure de marche, nous pourrions nous y abriter. Demain, nous irons dénicher un médecin dans la ville la plus proche.

Personne ne sembla contester ses paroles, même pas Tsume. Le garçon au jean devait être le chef, comment dit-on déjà.. ? Le loup Alpha.

-Bon, on y va.

Les quatre loups se mirent en marche, quand à moi, j'essayai de me relever. La douleur se réveilla j'eus l'impression qu'on me lacérait la poitrine. Dans un grognement, je me mis à trembler, tout en tentant de contenir la douleur.

-Attendez ! s'écria la fille…fleur. Katsumi a un souci !

-Tsss….

Cheza revint à mes côtés, et m'observa longuement, ses yeux parcourant mon corps. Cela me gêna je n'aimais pas qu'on me détaille de la sorte, j'ai toujours l'impression qu'on m'enlève mes habits un par un, pour découvrir une quelconque image de moi. Mais là, c'était différent : je risquais ma vie.

-De toute évidence, elle ne peut pas marcher pour l'instant, ce qui signifie… Tsume, tu es chargé de l'amener jusqu' à la grotte.

-QUOI ?

Le dénommé, qui avait déjà parcouru une dizaine de mètres fonça en notre direction, une expression d'ahurissement et de grand mécontentement sur le visage.

-Tu n'y penses pas, Cheza ! Pourquoi moi et pas Kiba, ou Hige ou même Toboe ! Il ne fait jamais rien!

-Kiba part déjà en éclaireur, c'est lui qui a repéré la grotte. Toboe est trop jeune, tu le sais très bien, et tu es bien plus apte à la porter que Hige… fit malicieusement Cheza en observant les bras musclés du loup avec insistance.

-IL Y VA DE MON HONNEUR ! JAMAIS JE NE PORTERAI QUI QUE SE SOIT, ENCORE MOINS UN HUMAINE !

-Il y va de sa vie, quand à elle ! s'écria Kiba, agacé par le comportement buté du loup gris. Fais ce qu'on te demande sans contester, pour une fois !

Tsume gronda, se rapprochant dangereusement du loup blanc. Kiba, sans se démonter, émit le même grondement provocateur.

-Tu l'as déjà portée une fois, fit Hige, s'étirant, je ne vois pas en quoi le refaire serait un problème !

Il avait touché dans le mille. Tsume se retourna, et jeta un regard meurtrier à Hige, mais ne répondit rien : c'était la simple et bonne vérité. Il se redressa, détourna le regard et émit son « Tss.. » habituel, tandis que Hige riait sous cape. Il savait y faire…

-Alors c'est décidé, nous vous attendrons à la grotte. Tsume, vu que tu seras un tant soit peu ralenti par le poids de Katsumi, ne te presse pas et sers-toi de ton flair pour nous retrouver, dit doucement Cheza. A tout-à-l' heure…

Elle et les loups, excepté Tsume, détalèrent, si bien qu'ils furent hors de vue au bout de 3 secondes. Des loups et une fleur…

Nous n'étions que tous les deux, à présent.

Il shoota dans un caillou qui traînait, sans me regarder, la tête baissée. A quoi pensait-il ? J'hésitais à parler fallait-il briser le silence qu'il imposait ? Après tout, j'en étais aussi responsable. Il fallait donc que je dise quelque chose. Mais quoi ? Je n'allais pas lui demander de me porter…

Je me demandais ce qu'il se passerait s'il décidait de me laisser là. Je ne pourrais pas l'en empêcher, vu l'état dans lequel je me trouvais…

-Bon…

Miracle ! Il avait parlé !

-Oui ? fis-je, essayant de débuter une conversation.

-Je veux que tu saches….

Mon cœur se mit à battre la chamade. Son visage exprimait la gêne et la colère, ses sourcils fins froncés, durcissant ses traits. Les yeux bien fermés, il semblait réfléchir à la façon de formuler sa phrase.

-…que c'est parce- que je suis obligé et uniquement à cause de cela que je vais te porter. Ne compte pas sur moi pour le refaire, ça sera hors de question. Pour moi, tu ne feras jamais partie de la meute.

Sur ces mots durs, mon cœur emballé se figea. Qu'avais-je espéré ? Je le savais bien.

-J'avais compris, dis-je avec amertume. Mais laisse-moi te demander… Pourquoi ça?

-Pourquoi ? Tu es humaine ! cracha-t-il, comme si ces mots lui brûlaient les lèvres.

-Et alors ? Je ne t'ai rien…

-Tu ne m'as rien fait ! Si, tu es là et ça me suffit ! s'écria-t-il, hargneux.

Là, s'en était trop. Je pouvais supporter beaucoup de choses, des coups, des menaces, des injures, le dédain, mais là… j'en avais assez. Je n'étais plus avec mon père, et je comptais bien ne plus me laisser blesser par quoi que ce soit. Et certainement pas par un loup qui me rejetait sans raison, après m'avoir délibérément recueillie, qui plus est. D'ailleurs, je le lui fais remarquer.

-Si je suis là, c'est en partie à cau…, hum, grâce à toi. Et je t'en remercie. Mais maintenant, assume tes actes ! Pourquoi m'as-tu amenée auprès de ta meute ?

-LA FERME, TAIS-TOI ! CA SUFFIT AVEC TES QUESTIONS IDIOTES ! hurla-t-il à gorge déployée.

- Flash-back -

-Maman, maman, où es-tu ? REPONDS !

En trombe, je sors de ma chambre, en pyjama, pieds nus. Cela avait duré un quart d'heure. Un quart d'heure de cris, de bruits de coups, de grognements horribles. Cloîtrée dans ma chambre, terrorisée, j'écoutais mes parents se disputer pour la énième fois. Cela faisait quelques jours que je voyais bien que quelque chose n'allait pas : les repas étaient silencieux, ils se regardaient en chien faïence. Le moindre geste suspect de la part de l'autre débouchait sur une dispute. Moi, je m'enfermais, en attendant que ça passe, et je retrouvais ma mère avec quelques bleus, mon père avec quelques égratignures. Mais ce soir-là, la tension était différente. Plus lourde, plus intense, en un mot….. Meurtrière. Et puis me voilà. Apeurée, tremblante d'avoir tant pleuré en attendant de pouvoir les retrouver, mon oreiller serré contre ma poitrine pour étouffer mes sanglots, attendant que ça passe.

Sauf qu'aujourd'hui, ils n'étaient pas dans le salon de la cabane. La porte d'entrée était grande ouverte, et un courant d'air s'engouffrait dans le logis, accompagné par quelques flocons de neige.

Au sol, une énorme tâche de sang, inquiétante, s'étalait. Le canapé était couvert de griffures et de trous, relatant, je le sus plus tard, de coup de couteau. Ma peur augmentait à chaque détail que j'observais dans la pièce. La vaisselle cassée, le feu éteint dans la cheminée, la fenêtre ayant volé en éclats… Mais surtout… le fusil n'était plus au-dessus de l'âtre. Et ça, c'était le plus effrayant. Mon père assurait ne s'en servir qu'en cas d'extrême urgence. Que devais-je penser, à ce moment-là ?

Non, c'était impossible ! Pas ça ! Je refusais d'y croire. A cours de forces, je tombais à quatre pattes sur le plancher, ma peau nue au contact du sang visqueux. Horrifiée, je relevais mon bras souillé en tremblant. Son sang !

-NOOOON !

Je hurlais de toutes mes forces. Seul le silence me répondit. Quelle ironie, vraiment….

Je fermai les yeux, cherchant à me retirer de la réalité. Connaissez-vous les trois Singes ? L'un se bouche les oreilles, l'autre se cache la bouche, et le troisième les yeux. J'étais ce troisième singe. Bien que je savais pertinemment que lorsque je les rouvrirai, tout sera encore là. J'entendis des pas. C'était lui ? Je le reconnus à sa démarche lourde de sens. Ce traître. Comment pouvait-il être là après avoir fait… ça ?

- !

Je bondis vers celui qui était censé me choyer, m'éduquer. Je crois qu'à ce moment, j'aurais pu le tuer. Je ne rigole pas. J'aurais pu le faire. Après tout, il l'avait fait, et les parents ne sont-ils pas censés être des modèles ?

Sans aucune peine, il se saisit de mes poignets frêles d'une seule main. Je rêvais, comment pouvais-je faire quoi que ce soit ? Je suis abrutie par la situation, voilà tout..

D'un mouvement, il m'arracha une plainte. Deux entorses…

-Maintenant, tout va rentrer dans l'ordre, dit-il, parfaitement calme, glacial. Oui, tout va se remettre en place. Et ce n'est certainement pas toi qui va m'en empêcher, sale gamine répugnante.

Il resserra son étreinte. Mes yeux s'agrandirent sous la douleur lancinante au niveau des poignets, mais également au niveau du cœur. Jamais il ne m'avait parlé comme ça auparavant.

-Qu'est-ce que tu lui as fait, où est-elle ? murmurais-je, sentant mes dernières forces m'abandonner.

Pas de réponse.

-QU' EST-CE QUE TU LUI AS FAIT ! hurlais-je, au bord de la crise de nerfs.

- LA FERME, TAIS-TOI ! CA SUFFIT AVEC TES QUESTIONS IDIOTES !

-Ben, tu pleures maintenant ! Tu m'énerves…. crache Tsume.

Cette phrase résonnait encore dans ma tête. Je ne m'étais même pas aperçue que les larmes dévalaient mes joues. Sortant de mes souvenirs douloureux, je ne répondis rien. Je ne veux plus jamais y repenser. Pourquoi fallait-il qu'il me balance tout ça au visage ?

-Les autres vont se demander ce qu'on fait, alors accroche toi…

Je serrais les dents, m'attendant à des gestes sans précaution. Mais ce qui se passa finit de me plonger dans l'incompréhension la plus complète. Doucement, il glissa ses bras sous mon cou et mes jambes nues, puis me souleva. J'étais dans ses bras. Les feuilles recouvrant ma blessure tombèrent, la laissant à l'air libre, ce qui me fit ressentir un picotement de mauvais augure. Je grimaçai.

-Il va falloir tenir comme ça, dit-il, éteignant le feu, toujours allumé, d'un coup de pied. Rectifiant au mieux ma position, je me callai contre la poitrine de Tsume. Ce dernier frémit à ce geste, mais ne dit rien, alors, je fis comme si de rien n'était.

Je ne voulais pas tomber, voilà tout… Sa peau mate émanait une douce chaleur qui m'enveloppa à l'instant où ma joue entra en contact, et j'eus sa cicatrice à portée de main. Elle semblait m'interdire l'accès à Tsume de son statut de croix. « Non, semblait-elle dire, personne ne verra ce qu'il a à l'intérieur, personne n'a le droit de savoir. Il est fermé. N'essaye même pas.» Je ris à ces pensées. Je délire ou quoi ?

Puis il commence à marcher. Chaque pas était pour moi un coup porté à ma poitrine, une douleur régulière. Néanmoins, je me tus déjà qu'il ne voulait pas délibérément me soutenir, si je critiquais sa démarche…. Tout autour de nous, le ciel s'assombrissait, tandis que nous pénétrions dans la forêt aux senteurs de résine et de feuilles humides. Ayant froid, je me resserrai et me blottis contre le loup gris. A travers son torse, le cœur de Tsume battait dans un rythme réglé, reposant, envoûtant… Malgré les apparences, son attitude revêche et ses paroles blessantes, il avait un cœur…

Le crissement de la neige finit de me bercer, tandis que la chaleur corporelle m'envahit. Et je sombre petit à petit…. Dans un sommeil profond.

Note : réflexions, critiques, n'hésitez pas !