Note de l'auteur : Salut à tous ! Le chapitre 4 est là ! J'ai été plus longue encore une fois : le chapitre est encore plus long ! Les remerciements :

Luna Sylva : toujours fidèle au poste ! Merci encore pour tes commentaires réguliers, c'est la preuve que ça te plaît (youpi !).

XxSoulessBeautyxX : Voilà le nouveau chapitre, j'espère que le traducteur te donnera une bonne version !

RowanQuill : Tadaa ! Que dis-tu de ça ! J'espère que ça répondra à tes attentes. Et merci (oui, encore), d'être venue lire ! Allez, je n'ai pas trop mis en évidence l'amour ici, c'est plutôt mental.

LacieOfTheAbyss : Une nouvelle lectrice ! allelujah ! Merci pour ton commentaire entrainant !

Allez, en avant, et bonne lecture ! A plus tard dans les Reviews !

Tsumeba

Chapitre 4

L'homme ou le loup : qui est l'animal ?

C'est dans un sentiment d'apaisement que je me réveillai au sol dans les feuilles mortes. Je n'ouvris pas tout de suite les yeux, savourant cet instant de mystère. Le premier regard de la journée. Là où quand on se réveille on tente de se souvenir des évènements du jour passé. Là où on sent si on va être de bonne humeur (ou pas), si on a envie de vivre, ou si on préfèrerait ne plus ouvrir les yeux… Et je dois dire que, contrairement aux années passées de ma vie avec mon père, durant chaque matin où je désespérais de voir que, jour après jour, ma vie de souffrance continuait, je dois dire que ce matin-là, je ne ressentais rien de tout cela.

Le souvenir du soir me revint en mémoire. Dans les bras de Tsume, sa chaleur, la neige… mais également le flash-back. Non, ne pas penser à ça maintenant. Mais j'y étais obligée. C'est mon histoire, elle fait partie de moi. Et elle continue aujourd'hui. Dans cette grotte, où, sûrement, les quatre loups et la fille fleur dorment à mes côtés. Je sens leur chaleur et leur odeur. Celle fleurie de Cheza, celle…canine de Kiba, Hige, Toboe et Tsume. Ils ne savent pas que je suis réveillée. Il règne un silence, de suite interrompu par les couinements de Toboe, sûrement. C'est la première fois que je me sens bien depuis des années. Je suis entourée, et respectée pas aimée particulièrement mais respectée, et ça, c'est déjà un grand pas.

Je secoue mes membres endoloris par la position replié que j'avais dû adopter dans les bras du loup gris. D'ailleurs, les garçons étaient-ils sous leur vraie forme, où leu forme humaine. Je remuais le bras, et sentit une fourrure me caresser la main. J'avais la réponse. Je décidai d'ouvrir les yeux. Couchée sur le flanc, j'avais le loup ivoire à côté de moi, profondément endormi. L'expression d'une intense sérénité me frappa. J'avais toujours eu l'image d'un animal hargneux et montrant ses dents en pensant à un loup. Mais ce que je voyais là, en face de moi, était tout autre. Je repensais à mon père. Comme avait-il pu tuer des animaux si magnifiques ? En avait-il peur, où, tout simplement, les détestait-il ?

S'il savait avec qui j'étais, il s'en mordrait les doigts, et viendrai nous exterminer sur le champ. Mais il ne saura jamais. Ou du moins, je ne reviendrai jamais. Je ne veux plus les quitter. La révélation de Cheza, au lieu de m'inquiéter, m'a étrangement soulagée. Qu'est-ce qu'il pourrait m'atteindre, entourée comme je l'étais ? A part si je mourrais à cause de ma blessure… A cause de mon père. Non, je dois plus l'appeler comme ça. Un père ne chasse pas ses enfants, ne les tue pas. Il faut que je me sorte l'idée de la tête d'avoir des parents. Je suis orpheline. C'est comme ça. En parlant de blessure, je porte avec délicatesse ma main à ma poitrine. Le sang s'est arrêté de couler, ma un autre liquide visqueux se fait sentir. J'observe la substance jaunâtre au bout de mes doigts. Du pus. Aïe. Comme l'avait prédit Cheza, je suis en train de m'infecter. C'est mauvais, il faudrait, que faute de médecin, je me nettoie la blessure un tant soit peu c'est pourquoi je tente de me relever. J'ai une vue sur mes compagnons. Cheza est endormie au centre, et les loups, ainsi que moi-même, formons un cercle autour d'elle. Cependant, une place vide à côté de moi relève d'une absence : Tsume. Il avait donc dormi à côté de moi ? Mais… quelle importance, pourquoi ça m'embarrasse de penser à ça ?

Et après tout, où est-il passé ? Je me tourne vers l'entrée de la grotte au sol jonché de feuilles, offrant à mes pieds un tapis moelleux. La lumière matinale éclaire la scène et me réchauffe le visage. Je me risque, à pas hésitants, hors de la cavité nous servant de refuge. Je peux désormais marcher, c'est déjà ça.

L'air est pur. J'inspire. C'est comme un courant d'air glacé qui pénètre dans les poumons, et finit de me réveiller. Chance, j'aperçois un petit lac non loin d'ici. Essayant de repérer l'entrée de la grotte, je me dirige vers l'étendue d'eau. Mes jambes me font souffrir : ça va faire maintenant deux semaines que je n'ai rien mangé, mon record, pensais-je avec ironie. Il faudrait que je remédie à ça. Désormais, je devrais me nourrir par moi-même, comme… un animal. En fait, je sais pourquoi je me sens si proche de mes nouveaux compagnons : ce sont des loups, des animaux. Ayant toujours traitée comme telle, je me retrouve un peu en eux. Ils sont libre, vagabonds : comme moi, désormais.

Après un effort considérable, je parvins au bord du lac. C'est magnifique. Sur l'autre rive, des sapins et herbes hautes des reflètent dans l'eau lisse et calme de l'étendue aqueuse. Ce paysage est d'un calme… La fine brise matinale fait voltiger d'arbres non loin de moi, et frémir l'environnement montagneux. En effet, derrière la forêt à l'autre rive, un grand pic d'élève, enneigé. Haute, fière, la montagne cache le soleil, qui commence à apparaître discrètement derrière elle, illuminant le ciel de sa douce lumière blanche, et réconfortante. On peut néanmoins percevoir, sur la droite, une fumée révélant la présence d'une ville de vallée. Kiba a décidemment bien fait les choses. Non seulement il nous trouve un abri, mais il est non loin d'une zone urbaine. J'ignore si je suis loin de la cabane qui me servait de foyer je l'espère.

Ca y est, les rayons illuminent le paysage, et les oiseaux commencent à chanter. La nature s'éveille. Et je me dévêts de mes vêtements en lambeaux. Je les porte à hauteur de mon nez. Une odeur nauséabonde s'en dégage berk ! Il faut vraiment que je débarrasse de cette couche de crasse. Après avoir soigneusement déposé ces déchets ambulants sur les galets et que je suis complètement nue, j'avance un pied hésitant dans l'eau. Son froid glacial me fait l'effet d'un électrochoc. Il va bien falloir que j'y entre, pourtant ! Serrant les dents, je pénètre dans l'eau fraiche, ayant l'impression de me durcir à chaque pas que je fais, m'enfonçant un peu plus dans la masse claire et pure. Lorsque ma taille commence à être engloutie. Je lève les yeux au ciel, qui prend ces teintes bleu clair. Je reste dans cette position, appréciant la fraicheur de l'eau, la brise sur ma peau nue. Je ferme mes yeux, laissant le tourbillon de mes sens m'ensevelir.

Mon Dieu, faite que ce moment dure une éternité…

Je me glisse entièrement sous l'eau et ouvre les yeux un poisson se trouve en face de moi. Par pur réflexe, j'essaye de l'attraper. Trop lentement évidemment il m'esquive avec habileté et une certaine lassitude, allant nager un peu plus loin. Je souris. Lui aussi à l'habitude d'éviter les attaques.

Une douleur me ramène à la réalité : je m'aperçois que l'eau commence à se teinter à côté de moi d'une couleur jaunâtre. Le pus s'écoule. J'attrape un galet qui tapisse le fond, et d'un lent mouvement de brasse, je remonte à la surface. La chaleur de l'air m'enveloppe. A mouvements lents et réguliers, je me frotte la peau, faute de savon. Le galet glisse agréablement sur ma peau, et la détend. Je me frictionne plus vigoureusement. Tandis que j'effectue ma toilette, je repense à la manière dont j'ai été chassée de chez moi. L'hésitation décisive de mon père. S'il avait décidé de simplement me tuer, je ne serais pas ici à vivre tout ça. Pour une fois, je devrais plutôt le remercier, ce qui me gêne. Mais si Tsume ne m'avait pas retrouvé, s'il ne passait pas par-là à ce moment précis… que me serait-il arrivé ? J'émis un ricanement. Je serais sûrement morte à l'heure qu'il est. Alors, en un sens, c'est au loup gris et à lui seul que je dois la vie. Ça m'arrange. Je ne veux plus avoir de compte avec mon paternel.

J'avais presque fini de me laver, à présent. Un picotement me démangea le dos un regard ? Je me retournai. Au loin, sur la rive, un loup gris foncé me fixai, immobile. Lui ! Gênée, je me replongeai instinctivement dans l'eau, rougissant. Depuis quand me regardait-il comme ça ? L'eau glacée me remis les idées en place. Je retournai la tête vers l'endroit où j'avais aperçu l'animal il avait disparu. J'ai dû halluciner.

Précautionneusement, je ressors de l'eau. La blessure, à présent, semble plus nette, la saleté l'encombrant ayant été enlevée. C'est un simple trou, rouge, dont s'échappe le pus, qui ruisselle sur ma peau. Le pourtour de la plaie est d'un rouge inquiétant, signe d'infection. Je bouge précautionneusement l'épaule: je sens le petit morceau de fer qui est la cause de toutes mes souffrances. Cette balle, qui me lacère la chair de l'intérieur. Cette balle, qui est la preuve de toute la haine qu'à mon père envers moi. Le signe de sa folie, sa démence, son incompréhensible rejet pour moi.

Je me demande si ma mère a eu droit au même châtiment. Certes, je suis sûre qu'elle est morte. C'est une évidence. Elle a eu moins de chance que moi, il ne lui a pas laissé le choix, sinon, elle serait revenue. La connaissant, elle lui aurait pardonné, ou du moins serait revenue me chercher si elle savait qu'il était capable de me tuer.

Je me masse avec douceur les alentours de l'impact de la balle, mais émet un cri. Non, ça fait vraiment trop mal; seul un médecin peut m'enlever ce qui me ronge de l'intérieur. Enervée, je reviens vers la rive, arrache rageusement une touffe d'herbe à proximité, et entreprend de me sécher. Mon impuissance face ma douleur me met hors de moi. Je dois apprendre à m'endurcir; Tsume à raison, je ne lui arriverai jamais à la cheville. C'est un loup, je suis une simple humaine, comme il le dit si bien avec tant de dégoût. Je suis faible; ça va changer.

Faute de vêtements, je remets mes vieilles loques. Mon manteau de puanteur reprend sa place. C'est bien la peine de m'être lavée! Je me promets de dénicher des habits à la prochaine ville.

Déterminée, je reprends la direction de la grotte. Quand j'arrive à l'entrée, une odeur de viande crue et de carcasse me prend aux narines. Intriguée, j'entre, et trouve la meute au complet autour d'une biche morte. Hige et Toboe, Kiba et Tsume, sous leur forme canine, arrachent des morceaux de viandes sanguinolents, les engloutissant avec avidité. Ce spectacle me fascine, sans que je sache dire pourquoi. Ils s'aperçoivent de ma présence, lèvent leurs regards vers moi (tous à part quelqu'un que vous devinez bien), jappent en signe de bonjour, et continuent leur repas. Cheza, assise en tailleur, à l'écart, me fait un sourire et me fait signe d'approcher. A pas lents, tâchant de ne pas déranger le festin, je vins m'assoir à ses côtés.

-Bonjour Katsumi. Comment vas-tu ?

-Bien, mentis-je.

-Tsume nous a rapporté le petit déjeuné.

Je compris : c'était pour ça qu'il était absent à mon réveil. Alors… il était bien sur l'autre berge quand… Je regardai le loup gris qui dévorait les entrailles de sa proie sans ménagement.

-Il a chassé ça tout seul ? chuchotais-je à la fille fleur.

-C'est un loup, c'est normal !fit-elle en haussant les épaules.

Evidemment, suis-je bête.

-Normalement, chaque membre de la meute doit participer à la chasse, mais comme tu es là, c'est un peu exceptionnel. Il faut aussi savoir que celui qui n'a rien fait n'a rien en retour.^

Je déglutis je n'avais jamais appris à chasser, ni manié d'armes. Et comme je ne pouvais pas me servir de mes attributs naturels, comme les quatre canins qui dévoraient à l'aide de leurs puissants crocs la viande fraîche… Encore quelque chose dont il faudrait que je m'occupe.

-Mais pour cette fois, ils t'ont laissé ta part, indiqua Cheza, en me tendant un morceau de viande du bout des mains.

Sans me faire prier, j'attrapai la nourriture d'un mouvement vif et en arrachai un bon morceau. Le contact moelleux au creux de mes dents, je mâchai avec délice. Je n'avais pas à faire la difficile, je devais m'estimer heureuse d'avoir quelque chose à manger. Et je dus avouer que c'était le meilleur repas que je fis depuis un bon bout de temps.

-Et bien tu as e l'appétit, ça fait plaisir !

Hige venait de nous rejoindre sous sa forme humaine, en signe de respect pour moi, ce qui me toucha. Derechef, je lui souris, et enfourna un autre morceau. Le goût frais et sauvage de la viande me redonnait une force sans pareille. Je dévorais, tout simplement.

-Oui, tu as l'air en meilleure forme ! renchérit Toboe, venant s'accroupir à mes côtés. Mais dis, où étais-tu ce matin ? Je ne t'ai pas vue à mon réveil ?

-Ca, il faut demander à Tsume ! fit le loup blond.

Je m'étouffai. Savait-il ? Je me retournai vivement vers le dénommé, qui était assis à l'entrée de la grotte, dos à nous, et dont la silhouette se détachait dans le ciel azur. Il ne se retourna pas.

-Comment ça ? s'enquit le jeune loup, avide d'informations.

-Et bien, je ne sais pas, mais vu la tête qu'il faisait en rentrant de la chasse, je me demande….

-LA FERME !

Ces deux mots étaient sortis simultanément venus. Nous avions réagi tous deux de la même manière. Un silence s'installa, rompu par un sifflement mesquin d'Hige.

-Aha, mais c'est que ça doit être gênant si il ne veut pas le dire. Alors, Kat', tu veux pas le dire non plus, hein. Allez…

-Non mais, euh… comment dire, bredouillais-je, confuse. Je n'allais tout de même pas leur dire que je prenais mon bain… nue, et que Tsume..

-Pourquoi tu rougis, Kat' ?

-Mais…

Je commençais à me sentir mal, et en colère, la gorge sèche. Il voyait bien que je ne voulais pas répondre, non ?

-Ca suffit, laissez-lui son intimité, trancha Kiba, ça ne vous regarde pas !

Je soupirais, soulagée. Je serais plus prudente quand à mes besoins personnels, à présent. D'une bouchée, je finis mon repas. Une fois tout le monde restauré, nous nous préparâmes à quitter les lieux. La meute éparpilla les feuilles mortes pour atténuer leur odeur. Personne ne devait suspecter que des loups étaient passés par ici.

-Nous sommes poursuivis, expliqua Kiba tout en s'affairant. Certaines personnes sont au courant que nous sommes des loups. Tout le monde nous croyant morts jusqu'au dernier, ils se posent des questions… Mais il y en a qui veulent, évidemment, nous éradiquer et sont constamment à notre poursuite. Nous ne devons donc laisser aucune trace de notre passage.

-Mais ils ne savent pas que nous nous changeons en humain ! Donc, pas de souci ! sifflota Toboe.

-Et le cadavre ? demandai-je, pointant l'animal mort.

-Ca peut être un autre animal des montagnes. Un lynx, par exemple.

-Bon, vous en avez encore pour longtemps ? grommela l'adolescent vêtu de cuir. A ce train, nous y serons encore demain ! Et vu qu'elle est blessée…

-Ne t'inquiète pas, pas besoin de me porter, cette fois ! raillai-je avec froideur.

-Mais j'y compte bien !

Sans répondre, je m'affairai également à aider le groupe. Quand tout fut prêt, nous nous mîmes en marche en direction de la fumée que j'avais aperçue lors de mon bain. Ils marchaient vite, et j'avais du mal à suivre, bien que ne laissai rien paraître. Kiba était en tête, tenant la main de la fille fleur. Tsume était sur leurs talons et moi, Hige ainsi que Toboe fermons la marche. QSuand nous arrivâmes dans la ville, je fus tout de suite frappée par la pauvreté apparente. En effet, des mendiants s'alignaient le long des maisons, leurs mains ridées, abimées, leur écuelle aux pieds, regardant le sol. Parfois, un individu bien habillé lançait négligemment une pièce sans valeur, que le malheureux s'empressait de fourrer dans sa poche. Leurs vêtements déchirés me firent honte quand je m'aperçus que je portais les mêmes. Comment pouvait-on tomber si bas ?

Nous débouchâmes sur ce qui semblait être la Grand- place.

-Bon, on se sépare chacun de notre côté, déclara le chef de meute. Chacun cherche où soigner Katsumi. Quand le soleil sera à son zénith, on se retrouve ici. Allez.

-Viens Kat', on va voir si on te trouve quelque chose ! fit Hige avec un clin d'œil. Sans rechigner, je me joignis au joyeux drille tandis que les autres, par groupe de deux, se dispersaient dans la marée humaine.

A la suite du loup au collier, je me faufilais parmi les gens, ma poitrine me faisant de plus en plus souffrir. Heureusement, on devait sentir mon odeur nauséabonde puisqu'on s'écartait à mon passage. Quelqu'un me déposa même une pièce au creux de la main. Je faisais si pitié que ça ?

-Il faut dire qu'avec ton look actuel… osa le loup blond, désignant mes cheveux châtains ébouriffés et mes haillons.

-Au moins, j'ai de quoi me payer quelque chose, ironisai-je montrant la monnaie que je venais de recevoir.

-Qui parle de payer ? T'es bien une humaine, toi.

-Mais…

-Chht, tais-toi et admire.

Intriguée, je me mis sur le côté, et fixai le jeune loup, amusée. Hige s'approchait d'un étendard d'habits, l'air de rien. Je ne pus vraiment suivre ce qui se passa ensuite mais en un instant, il était à mes côtés, un pantalon style militaire à la main, ainsi qu'un T-Shirt sombre quelconque, un manteau de toile noir passe-partout et une paire de bottes en cuir.

-Alors, skotchée, hein ?

C'était le moins qu'on puisse dire. Je regardai le vendeur, qui continuait son commerce : il n'avait rien vu. Néanmoins, je fronçais les sourcils.

-Merci, mais c'est malhonnête. Tu as vu la misère ici ? Si tout le monde fait comme vous, regarde l'état dans lequel va se retrouver ce pauvre marchand ! dis-je en désignant le clochard le plus proche.

-Mais c'est chacun pour soi désormais, répondit le loup d'une voix grave, sérieuse. Ça se voit que tu n'es pas beaucoup sortie de ta cabane. C'est partout comme ça. Tu voles, t'essayes de survivre, à ta manière. Personne n'a d'argent, à part les Nobles. Nous sommes des loups. Autant en profiter. En attendant, enfile-moi ça, je ne les ai pas piqués pour rien.

Je n'osai rien répondre. Il avait raison : je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait l'extérieur. Mon père me séquestrait, me limitant à aller chercher de l'eau à la source. C'était lui qui allait en ville pour nous approvisionner. Marche, ou crève. Le monde extérieur n'était pas si différent de ce que je vivais avec mon paternel, à la seule différence que l'échelle était plus grande. Je m'infiltrai dans une impasse sombre, me déshabillai et revêtit mes nouveaux habits. Tout était à ma taille, à part le manteau, qui m'arrivait aux mollets. Un morceau de miroir trainait, et je m'en saisis, tentant d'aplatir ma tignasse. Et je me vis. Maigre, mais sure, les cheveux en bataille. Les vêtements sombres me donnaient une allure déterminée, ce que soulignait le pantalon d'armée. Une sauvageonne sortie d'un enfer, et qui se parait pour les épreuves à venir. Je sortis de la pénombre.

-Wow, c'est une nouvelle Katsumi, là ! fit mon compagnon, m'affectant d'une tape qui était sensée me mettre à l'aise. Mais il n'en fut rien. Une douleur.

-Aïe !

-Oh désolé, tu es blessée, j'oubliais. D'ailleurs, on ferait bien de retrouver les autres. Oh non, on va se faire engueuler, on a passé notre temps à faire du shopping !

J'accentuai sa remarque d'un ricanement amusé. Lui, c'est sûr, il m'avait intégré. Tant mieux, il m'était sympathique.

-Kiba va encore gueuler, la misère… fit –il, tandis qu'on se mettait en marche vers la Grand-Place.

-Espérons qu'eux auront trouvé quelque chose, fis-je positivement. Attendez, pourquoi je prends ce ton décontracté ? Il y va de ma survie, là !

Le soleil était au plus haut dans le ciel bleu, répandant son voile chaud sur la masse humaine que ne traversions tant bien que mal. Ce rayon répandait sa chaleur sur ces créatures, bien incertaines, imprévisibles que sont les humains. Des loups évoluaient parmi eux, et ils l'ignoraient. Ces loups étaient contraints de se cacher, haïs, traqués, car différents. Animaux. J'étais dans le même cas, bien que faisait partie de la race bipède, capable de tant de sauvagerie, le plomb me remuant la chair me le rappelant à chaque instant. On dit que l'homme n'a pas de prédateur. Le loup mange l'agneau, l'aigle le louveteau… L'homme, personne n'est sensé le détruire. Mais l'humain a quand même remédié à ce manque. Oui, l'homme se détruit lui-même, de son plein gré.

J'en suis la preuve immuable. A midi tapantes, nous arrivâmes au centre de la Grand-place, allant retrouver la meute. Notre meute, je l'espère de tout mon cœur.

Note : Voilà, merci d'avoir lu ! Les commentaires, c'est par-ici !