Note de l'auteur: Et voilà, c'est fait! Ca a été long, mais les examens sont finis (enfin!), et ce chapitre également. Un chapitre fouillé, autant en actions qu'en mental. Les remerciements:
LacieOfTheAbyss: merci pour ta lecture, ton message d'encouragement pour mes examens, ça s'est bien passé en effet^^
RomanQuill: merci aussi, j'espère que je n'ai pas été trop longue pour toi!
Et merci à tous les autres qui lisent, évidemment! Mais n'hésitez pas à commenter!
Allez, plongez vous dans la lecture.
1,2,3...
Tsumeba
Chapitre 5
Chacun pour soi
Ils étaient tous là, au rendez-vous. Comme prévu, Kiba me dévisagea de la tête aux pieds.
-Et bien, vous n'avez pas perdu votre temps, à ce que je vois! Fit-il ironiquement, toisant Hige de ces yeux océan.
Ce dernier répondit par un rire gêné, exprimant à la fois son statut inférieur et sa sensibilité au chef de meute.
- C'était bien la peine qu'on cherche un foutu médecin! Fallait le dire que vous en aviez rien à foutre! s'insurgea le grand adolescent à la voix grave.
Loin de me laisser abattre, je dévisageai Tsume avec insistance.
-Tu as raison, mais ce n'est pas une excuse pour lui parler sur ce ton, fit la fille fleur. Il est temps de procéder au bilan. Pour notre part, nous n'avons rien trouvé.
-Nous si! S'exclama Toboe. Il est situé à l'extrémité Est de la ville. Nous avons mis du temps à le localiser, mais c'est bon!
-Le docteur Mügger, finit de préciser Tsume.
-Etes-vous entrés en contact avec lui?
-Par précaution, nous ne sommes pas entré dans le cabinet, sous l'idée de Tsume.
-Et êtes-vous certains que le docteur soit là? demanda Hige
Les deux équipiers se regardèrent en silence. Un silence, vous l'aurez compris, qui voulait tout dire.
-Mais c'est pas vrai, vous n'avez rien dans le crâne, où quoi? Fit désespérément le blond, se frappant le front contre la paume de sa main.
-Ne la ramène pas ! s'énerva le grand vêtu de cuir. Pendant que tu faisais mumuse avec Katsumi, il y en avait qui se démerdaient pour trouver de quoi la soigner dans cette foutue ville! Alors tais-toi!
Je sursautai. C'était la première fois qu'il prononçait mon nom. Il sembla s'en apercevoir et fronça les sourcils.
-Il en allait de la sécurité de la meute! continua-t-il. Mieux fallait ne pas nous montrer, et ce risque prime sur la vie de l'humaine!
Je souris.
Il n'allait pas rendre la partie facile. « L'humaine »…. Quel dédain.
-Taisez-vous!
Sous l'ordre de Kiba, tout le monde obtempéra.
Et vit que les passants, aux alentours, s'étaient arrêtés et nous observaient d'un drôle d'air, interdits.
Je me mordis la lèvre. Avaient-ils tout entendu?
Quelques personnes reprenaient leur marche, chuchotant quelques propos indistincts, se retournant pour nous jeter des regards suspicieux.
Sans un mot, Kiba détala vers on ne sut où, et nous le suivîmes, tendus.
Il s'arrêta dans une ruelle désaffectée, l'inspecta, et nous fit signe d'approcher. Puis explosa.
- MAIS QU'EST-CE QUI TE PRENDS! hurla-t-il
Un chat de gouttière qui passait là feula et s'enfuit, affolé.
-EVOQUER LA MEUTE AUX MILIEU D'HUMAINS! ET APRES TU PARLES DE SECURITE, TSUME!
Le dénommé ne répondit rien, fixant l'Alpha d'une expression indéchiffrable. Le reste de la meute et moi-même retenions notre souffle.
J'étais sûrement la seule à savoir que l'erreur du loup gris relevait du malaise qu'il éprouvait par ma présence. Enfin, je le pensais. Après tout, ne me faisais-je pas des films? Non, j'avais clairement croisé son regard, qui s'était durci après avoir noté mon gêne à la prononciation de mon nom.
Il avait cru se rattraper en me traitant d'humaine…
-Qu'est-ce qui t'es passé par la tête? Tu dis protéger la meute, mais tu la mets en danger par tes paroles. Au lieu d'accuser les autres, contrôles-toi toi-même! cracha l'Alpha en me désignant d'un bras rageur.
Je voulus dire quelque chose pour faire cesser cet affrontement, mais ne trouvai rien: Kiba avait parfaitement raison…
-Qui sait si un Noble traînait par là!
Tsume grogna.
-C'est sa faute! fit-il en me désignant. Si elle n'était pas là, tout ça n'arriverai pas!
-Combien de fois faudra-t-il te rappeler que c'est TOI qui nous l'a amené! répliqua Hige, lassé.
C'en fut trop.
Les deux garçons se métamorphosèrent et bondirent l'un ver l'autre, tout crocs et griffes dehors. Cheza s'interposa entre eux immédiatement, laissant une onde de parfum fleuri derrière elle.
A ma grande surprise, les deux canins s'arrêtèrent net devant la jeune fille frêle au teint angélique.
-Nous avons déjà une blessée, dit-elle calmement, pas la peine d'en avoir d'autres.
Tsume et Hige reculèrent lentement, sans pour autant arrêter de se dévisager et de grogner d'un air meurtrier.
-Ecoutez-là et cessez cette puérilité! Katsumi n'est en rien responsable des paroles d'un autre, assena Kiba. Elle fait partie intégrante de notre groupe.
-SI J'AVAIS SU QU'ELLE NOUS COLLERAIT AUX PATTES DE LA SORTE, JE L'AURAIS LAISEE CREVER DANS LA NEIGE! hurla le loup gris, hors de lui.
-SI JE TE GENE TANT QUE CA, TUE-MOI MAINTENANT, QU'ON EN PARLE PLUS!
Ces mots m'étaient parvenus du plus profond de mon âme, et je les pensais réellement. Sous l'effet de la surprise, tous sursautèrent, à part, bien sûr, mon interlocuteur, bien campé sur ses grandes jambes, me faisant face. Un coup de mâchoire bien placé suffirait.
Je décidai de jouer la carte de la provocation. Lui lançant un regard plein de défi, je lui préentai ouvertement ma gorge et ma jugulaire. Rien ne vint.
-Et bien, qu'attends-tu? Tu seras débarrassé de moi, tu…
-Arrêtes, tu es ridicule…
Je me redressai. Lui, au contraire, détournait le regard et serrait les poings, le sang battant à tout va dans ses tempes contractées.
J'avais mis dans le mille. Pour une fois, je me délectais du silence qui s'était installé. On ne pouvait pas en dire autant pour tout le monde…
-Qu'est-ce que vous faîtes, plantés-là, le spectacle est fini!
-Nous ferions bien de quitter cette ville au plus vite, fit Kiba, ignorant celui qui venait de parler. Nous ne pouvons nous permettre de courir le risque d'être retrouvés.
- Mais Katsumi a besoin d'être soignée! s'opposa Toboe. Elle ne va pas pouvoir attendre très longtemps, sinon… Enfin, nous n'avons pas fait tout cela pour rien !
-Toboe a raison, ce serait trop bête ! affirma Hige. Et puis le cabinet se situe à l'extrémité de la ville, d'après eux ! Cela nous permettra de nous en aller rapidement après.
Kiba semblait réfléchir, front plissé.
Tous attendaient sa réponse, qui définirait la démarche à suivre. Le regard du chef de meute passait de Tsume, éloigné du groupe, la tête dans les épaules, de dos, puis à moi. Il me fixa intensément, établissant un état des lieux.
-Cheza, regarde sa blessure et dis-nous ce qu'il en est.
La jeune fille s'exécuta et souleva mon T-Shirt. Posant sa main sur ma poitrine, je tressaillis. Comme je l'ai déjà dit, je n'aime pas trop qu'on me touche. Mais là, la douceur de Cheza sur ma blessure intensifia le sentiment de gêne. Je fis un faux mouvement, enfonçant un peu plus la balle dans ma chair, m'arrachant une plainte. Un liquide chaud perla, recueilli par la main de Cheza, qu'elle renifla.
Quand à moi, je me sentais plus faible que jamais.
-La situation s'empire. Ce docteur Mügger est son seul espoir…
Je commençai à transpirer, ma respiration se faisait de plus en plus haletante. Pas maintenant, non…
-Et bien, il semblerait que nous n'ayons plus le choix, trancha Kiba.
-Si jamais je survis, je me vengerai… fis-je tremblante.
-Inconsciente, et comment feras-tu ? railla Tsume, qui revenait vers nous. Tu n'as rien pour te défendre, alors comment veux-tu attaquer ?
Je serrais les dents. C'était vrai…
-Trêve de bavardages, nous intérompit l'Alpha. Notre priorité est ce médecin. Son emplacement, comme l'a dit Hige, nous est favorable pour notre prochaine fuite. Cependant, il serait plus prudent d'y aller une fois la nuit tombée. Nous aurons moins de chance d'être vus, où d'être reconnus.
-En espérant que Mügger soit là… fit malicieusement Hige
-Tu veux une raclée ? gronda Tsume, piqué à vif.
-Arrêtez tous les deux, vous n'allez pas recommencer ! implora le jeune loup roux.
-En attendant, nous allons déjeuner. Quelqu'un peut-il aller voler quelque chose ?
-Il vaut mieux que ce soit moi qui y aille, fis-je.
Tous les regards se tournèrent vers moi et vers la pièce au creux de ma main.
-Ce sera moins dangereux pour vous qui êtes des loups. Moi je ne crains rien, et en plus, je ne serai pas obligée de voler. Avant d'avoir de nouveaux vêtements, on m'a pris pour une mendiante et on m'a donné cette pièce.
-Acheter… quelle idée ! Kat', je t'ai déjà dit que…
-Elle a raison, mieux ne vaux pas prendre le risque de se faire attraper, et en volant, qui plus est, dit Kiba.
-Mais nous sommes des loups ! s'exclama Hige, indigné.
-Pas elle! Répondit Tsume. Et puis, pour une fois qu'elle peut servir…
-Tsume !
-Ne vous inquiétez pas, fis-je. A tout à l'heure !
Sans leur laisser le temps de protester, je m'engageai dans la foule turbulente. Essayant au mieux de me repèrer, je me faufilai dans plusieurs ruelles toutes aussi sales les unes que les autres.
Ils allaient voir si je ne servais à rien !
Tandis que je marchais tranquillement à l'ombre des maisons (en ruines, pour certaines), une odeur de viande grillée me parvins aux narines. Ma bouche s'humecta immédiatement.
Des hot-dog !
Je me retournais dans tous les sens, essayant d'apercevoir l'échoppe d'où s'échappait l'odeur. Aucune trace, à par cette odeur alléchante.
J'allais devoir faire confiance à mon propre flair. Le nez en l'air, je suivis la traînée parfumée tel un chien errant à l'affut d'un casse-croûte. Je me surpris à sourire. Ca y était, ils m'avaient transformé en véritable animal. La meute. Encore fallait-il que je fasse mes preuves.
Je n'avais aucune idée d'où j'étais, tout ce que je savais, s'était que je suivais un délicieux fumet de viande grillée. Enfin, je l'aperçut. Le stand de hot-dog était en face de moi. Les clochards étaient atroupés autour, humant comme moi l'odeur qui s'en dégageait. Les pauvres…
Je me surpris à vouloir leur donner la pièce que je serrais dans ma main. Eux en avaient réellement besoin . Maigres, ils semblaient ne plus pourvoir tenir debout. Et moi, j'étais là, dans mes habits fraîchement volés, avec de quoi acheter à manger, car on m'avait pris pour l'un de ces squelettes ambulants, comme ceux devant moi...
La vie était si injuste.
« Tu voles, t'essayes de survivre, à ta manière ».
La phrase d'Hige me revint en mémoire, prenant tout son sens devant la scène qui se présentait devant moi.
J'avais la chance d'être recueillie, de pouvoir manger. Eux, les clochards, n'avaient pas cette chance. Le sort m'avait permis de rester vivante jusqu'ici. Je n'allais pas gâcher ça maintenant ! Même si c'était dur, c'était le monde dans lequel j'étais. Et j'en serai digne.
D'un pas décidé, je m'avançai, plaquant un peu plus ma tignasse, pour avoir l'air (un peu) présentable.
Malgré ma douleur à la poitrine, je gardai la tête haute.
Le marchand leva la tête vers moi à mon approche. Je lui tendis la pièce, en silence. Il la prit, l'observa à la lumière, la mordit. Elle sembla lui convenir, puisqu'il sortit du pain.
Soulagée, je regardai aux alentours avec nervosité. Les mendiants me fixaient avec leurs yeux globuleux. Avalant avec difficulté, je reportai mon attention sur les saucisses qui cuisaient.
-Ca fait plaisir de voir quelqu'un d'honnête par les temps qui courent.
-Euuh, oui,répondis-je au marchand, décontenancée.
-J'dis ça parce qu'un collègue vient de se faire chaparder une tenue complète de vêtements militaires.
Une boule commençait à se former dans ma gorge.
-Et… a-t-il vu qui…
-Ma demoiselle, s'il fallait constament surveiller les voleurs, on aurait le temps de rien faire. C'est qu'ils sont devenus de plus en plus habilles, les bourgres. Enfin, il y a pire…
-Comment ça?
-Il paraît que des loups sont dans la ville.
Je tremblais, à présent. Ah non, ce n'était pas le moment de flancher !
-Quelque chose ne va pas, mam'selle ?
-Ce… n'est rien, bredouillais-je.
Un coup d'œil suspicieux du vieil homme me fit reprendre mes esprits.
-Vous êtes malade ?
Bon, sang, de quoi se mêlait-il ?
-On peut dire ça…
-Ouais, des loups… C'est une patrouille qui m'a dit ça. Il sont fous, ces militaires, des loups! Tout le monde sait qu'ils ont disparu! Et puis pourquoi courent-ils après ces cabots? Ils devraient plutôt arrêter les voleurs…
J'approuvai d'un hochement de tête. La situation empirait. Tsume avait seulement parlé de meute… les rumeurs allaient décidemment très vite.
-Espérons que ça vous requinquera !
Il me tendait deux hot-dog bien fumants.
-C'est tout ! m'exclamai-je malgré moi.
Il n'y en aurait jamais assez pour toute la meute !
-Si vous voulez-plus, par ici la monnaie !
Je fronçais les sourcils, et jetai un coup d'œil aux autres saucisses, à portée de main. Je pourrais si facilement les voler..
-Bon j'ai pas que ça à faire, déguerpissez, où payez.
A contre cœur, je me saisis de ma nourriture payée, et fit volte face, quand soudain, un éclat de verre brisé ainsi qu'un jappement canin se firent entendre.
-Saleté de chien galeux, veux-tu bien t'en aller !
Je retournai vivement. Le vendeur, quand à lui, se précipitait dans une ruelle perpendiculaire à celle dans laquelle je me trouvais, en direction du bruit.
-Reviens ici, sale bête, tu crois que je ne t'ai pas vue dans mes stocks!
Laissant le champ libre, ni une ni deux, tous les clochards se jetèrent sur le grill, enfournant autant de saucisses que possible. Je souris, et me ruai également vers eux. Je les repoussai vivement et attrapai au vol une bonne poignée fumante de victuailles qui me brulèrent la main. Trop heureuse pour m'en apercevoir, je filai après avoir obtenu ce que je voulais, hot dog et saucisses fumantes dans les bras.
Plusieurs mendiants s'enfuyaient à mes côtés, remontant la foule à contre courant, bousculant la population qui s'écartait devant cet étrange cortège.
Je n'avais pas fait la moitié de la rue quand le vieil homme aux hot dog déboula à l'entrée de la rue où je progressai, ainsi que les autres voleurs.
-ARRETEZ- LES, AU VOLEUR! MES SAUCISSES!
Malgré-moi, j'éclatai d'un rire sonore en enjoué, tout en courant, ventre à terre. Les larmes m'en coulaient, je n'arrivais plus à m'arrêter. Bousculant les passants, laissant derrière moi une odeur de viande que les chiens errants ne manquaient pas de renifler, je détalai droit devant moi, hilare.
Était-ce ça, la liberté? J'avais commis un vol, et en d'autre circonstances, je me le serai reproché. Mais là… c'était trop bon! J'en avais mal au ventre.
Je me retrouvai sur la grand place, me situai, et continuai ma course vers la ruelle sombre où se trouvait le groupe.
Essoufflée, je me traînai jusqu'à eux et déposai mon butin à leurs pieds, encore secouée d'un rire nerveux et fébrile.
Tous se regardaient, étonnés et perplexes.
-Voilà, le… re…repas! fis-je.
A bout de nerfs, je tombai à terre, me pliai en deux et tentai de reprendre mon souffle.
-Et bien, qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu sois dans cet état? demanda la fille fleur.
J'explosai de rire, sous le regard encore plus intrigués des loups de de Cheza.
-Calme-toi, Katsumi, tu vas rouvrir ta blessure.
Oh cette plaie de malheur! J'allais peut-être mourir avant ce soir, ce n'était pas elle qui allait m'empêcher de rire! Néanmoins, je me forçai à reprendre mon sérieux, et me relevai, remettant de l'ordre dans ma tenue, leur racontant tout.
-Tu as volé cette nourriture? Mais c'est formidable! S'exclama Hige, admiratif.
-Le plus grave est que certaines personnes se doutent de notre présence en ville… IL faudra être doublement prudent. Nous partirons dès Katsumi soignée.
-En attendant, merci pour la bouffe, Kat'! renchérit Hige.
-J'ai pensé que c'était le mieux. ET puis comme ça, tout le monde peut manger.
-Merci, mais tu as pris une part de trop, dit Toboe.
-Comment ça?
-Regarde Cheza…
La jeune fille était assise, dans un rayon de soleil qui perçait entre les bâtisses sales de la rue. Sa peau brillait d'un bel éclat. On aurait dit que la lumière du soleil l'enveloppait, tandis qu'elle fermait les yeux. Ses pieds trempaient dans une flaque d'eau entre les pavés. Elle semblait se régénérer…
Je compris soudain pourquoi on l'appelait « fille fleur ». Cette expression prenait tout son sens désormais.
-Elle.. Se nourrit comme ça?
-Exactement.
-En attendant, c'est à nous de nous rassasier! s'exclama Hige, tout en lorgnant sur les hot dog, toujours à terre.
Sous l'approbation de Kiba, tout le monde se servit et commença à manger. Je m'installai sur un bidon en retrait et observai mes compagnons qui mangeaient. Tsume, comme à son habitude, restait dans l'ombre, grignotant avec parcimonie la saucisse fumante. Il ne m'avait pas fait de réflexion, ni ne m'avait félicité. Il gardait sa fierté.
Sentant mon regard, il releva la tête, un bout de viande entre les dents, puis s'installa de sorte à me tourner le dos. Enervée, j'en fis de même. Un ricanement s'éleva de ma gauche.
Cheza me regardait, sourire aux lèvres, yeux plissés.
Elle m'énerva, et je ne cherchai même pas à lui rendre son sourire, ce qui me valut un autre rire, qui termina de me renfrogner.
Le soleil commençait à décliner, allongeant les ombres des bâtiments, faisant taire petit à petit le brouhaha de la foule qui sillonnait la ville de part en part. Bientôt, les réverbères s'allumèrent dans un grésillement électrique. Le calme s'étendait.
Tout le monde avait fini son repas et digérait en silence.
Ce fut Toboe qui rompit la somnolence ambiante.
-Bon, on fait quoi, les gars?
-Pourquoi tout le temps faire quelque chose? répondit Hige dans un baillement, paroles qui furent suivies d'un « Tsss… » de Tsume.
-Nous allons attendre qu'il fasse plus sombre pour se mettre en route, dit le chef de meute.
-Ce qui ne va pas tarder, renchérit la fille fleur, observant le ciel qui reprenait ses couleurs mauves.
-Enfin… maugréa le loup à la cicatrice.
-En tout cas, merci, Kat', s'était super bon!
-Tu ne peux pas parler d'autre chose que de bouffe, hein? s'énerva Tsume.
-C'est toujours mieux que de rester dans son coin à bouder… n'est-ce pas? répondit Hige, m'entourant le cou de son bras.
Je lui souris, mais me dégageai néanmoins, sous le ricanement de l'adolescent aux habits noirs.
-Tu n'as pas la côte, on dirait…
-Ah.. Parce que tu l'as, toi? répliqua le blond.
-Ca dépend…
Je me retournai vers Cheza qui venait de parler. De quoi se mêlait-elle? Qu'est-ce que c'était que ce sous-entendu ?
-Au lieu de bavarder pour ne rien dire, mettons nous en route, assena Kiba en se relevant. Le cabinet étant à l'extrémité de la ville, nous y arriverons en pleine nuit. Tsume et Toboe nous montrerons le chemin.
C'est-ce qu'ils firent, évitant les grandes rues et les grands espaces, zigzaguant au milieu des poubelles et des détritus sans aucune gêne. Nous dûmes nous cacher à meinte reprise à la venue de patrouilles.
Mon cœur commençait à battre de plus en plus vite. Et si ce Mügger n'était pas là, où si tout simplement l'opération ratait?
Je vivais peut-être mes derniers instants..
Enfin, il fit nuit noire et nous arrivâmes devant la porte à la plaque dorée. C'était la seule bâtisse de la rangée de maison à être en état d'habitation.
Personne aux alentours. Ma blessure me faisait plus mal que jamais. Faites qu'il soit là…
Sans aucune hésitation, Tsume tourna la poignée et entra. La lumière était allumée dans le petit hall au murs recouverts de papier peint usées. Il se dégageait de cet endroit une forte odeur de chloroforme qui me montait à la tête, floutant ma vision.
-Qui est là?
Une porte s'ouvrit, et un vieil homme en blouse blanche, robuste, arriva, étonné.
-Désolé de vous déranger si tard, commença Kiba, mais c'est pour une urgence.
-Vous avez pris rendez-vous?
-C'est pour une urgence, répéta Kiba, fixant le médecin de ces yeux océan. Il me prit par les épaules et me présenta.
-Elle s'est pris une balle perdue.
-Une balle perdue? Fit Mügger, suspicieux. Montrez-moi ça.
J'ouvris mon manteau et soulevai mon T-shirt dans des geste frébiles, grimaçant de douleur.
-Mon dieu!
Le médecin s'accroupit à coté de moi.
-Vous l'avez échappé belle! Un peu plus à droite et vous étiez morte! De plus, l'arme devait avoir un gros calibre pour vous infliger une plaie de la sorte!
-Pouvez-vous la soigner? demanda anxieusement Toboe.
-Je le peux, mais ce sera très délicat. La balle est très profonde et près du cœur. Si j'échoue… vous voyez ce que je veux dire.
Oh oui, je voyais. Parfaitement. La pression de Kiba sur mes épaules s'accentua. Je crus que j'allais perdre conscience.
-C'est urgent? demanda Cheza.
-La plaie à commencé à s'infecter. Si on attend, ce sera pire. Non vraiment, c'est maintenant qu'il faut prendre une décision.
-Je prends le risque.
Un silence s'intalla.
-Sage décision. Mais ça va vous couter cher, tout ça…
Tsume s'approcha du médecin. Il faisait deux fois sa taille.
-Ecoute, vieillard, on a pas de temps à perdre, alors tu fais ton métier et c'est tout, compris? Ton fric, t'en a assez pour te payer une baraque et bouffer, ça te suffit pas?
Le loup gris tenait son interlocuteur à bout de bras comme s'il s'agissait d'un vulgaire enfant. Impressionnant. L'expression qu'il affichait indiquait clairement qu'aucune négociation n'était possible. Et je crois que docteur Mügger le comprit aussi vite que moi-même, car il hocha la tête, déglutissant avec difficulté, face à la puissance et au ton plus que menaçant de Tsume.
-Calme-toi, il acceptera de sauver une vie, n'est-ce pas?
-S'il-vous plaît…
Un migraine m'arrachait la tête, et je faillis tomber.
-La situation urge, là! s'exclama Hige, me soutenant.
Tsume relâcha le vieil homme, sonné, qui reprit ses esprits. Tous m' emmenèrent dans la salle où le docteur exerçait. Je ne distinguais presque plus rien. Je sentis, qu'on me déshabillais, et qu'on m'allongeais sur une surface de métal froid.
Je frissonnai.
-Sortez, désormais, ordonna Mügger.
Un bruit de pas se fit entendre.
-Faites gaffe, hein…
-Tsume, il vaudrait mieux que tu restes, pour contrôler la situation.
-Vous ne me faites pas confiance? demanda le docteur.
-Question de principe, et puis ça la rassurera…
C'était Cheza qui venait de parler.
-D'accord, je suppose qu'il n'a pas l'âme sensible…
Si j'avais pu, j'aurai ricané, mais mes sens étaient atrophiés.
Le raclement d'un tabouret, une porte qui claque, une lampe se positionne au dessus de moi et qui m'éblouit.
-Je vais vous anesthésier, n'ayez crainte.
Je serre les dents. Ca y est. Si ça se trouve, je ne réveillerai plus jamais. A ma grande surprise, une grande main s'empare de la mienne, tremblante. Une main puissante. Je n'ose y croire.
De toute façon, je n'en ai pas le temps, puisqu'on me plaque une coton de chloroforme et que je m'évanouis.
Note: Alors? Impressions? Si vous voulez que certaines scènes aient lieu dans l'histoire, vous pouvez toujours proposer, hein… Allez, à plus tard dans les Reviews! Tsumeba
