Note de l'auteur : Salut tout le monde ! Un nouveau chapitre de terminé ! J'espère que je n'aurai pas été trop longue. Ce chapitre me plait particulièrement, et j'adresse un message particulier à LacieOfTheAbyss : tu te souviens de la scène que tu m'avais proposée ? Et bien, lis ce chapitre et tu verras que tu as été exaucée !
Voilà. Comme son nom l'indique, des rapprochements sont prévus, et une révélation également même si je pense que vous vous doutiez un peu de cette dernière. Ce chapitre est ENCORE plus long que les autres, mais je pense que vous ne vous en plaindrez pas, n'est-ce pas ?^^
Pour finir, j'aimerais bien qu'un Betareader lise ma fic pour avoir quelques critiques et conseils un peu « techniques ».
Et bien sûr, merci à ceux qui mes lisent déjà, LunaSylva, RowanQuill, LacieOfTheAbyss pour leurs commentaires… Et je vois que certains suivent même mon histoire, merci à eux aussi ! N'hésitez pas à écrire un petit mot !
Allez, j'arrête de parler, place à l'histoire. Tsumeba
Chapitre 7
Rapprochements
Ce fut un mince rayon de soleil qui me sortit de mon sommeil. Le froid aussi, peut- être. Mes vêtements étaient trempés par la neige dans laquelle j'étais recroquevillée, et ma main me faisait mal: j'avais serré la balle de chasse toute la nuit. Pourquoi l'avais-je gardée, après tout? Sûrement parce qu'elle représentait pour moi une sorte de victoire contre la mort. Grimaçant, je desserrais mes doigts engourdis, et me redressai.
C'était l'aurore. Le ciel, visible à travers les ramures des arbres, abandonnait peu à peu ses tons foncés pour adopter des teintes rose pêche. Tandis que je m'époussetais, je me remis la situation en mémoire. Je regardai de tous les côtés, cherchant un quelconque indice du passage de loups, de la meute: rien.
Avaient-ils été repérés, tués, essayaient-ils de me retrouver? Je n'en avais aucune idée, j'étais seule, entourée de vieux arbres et bruits de la forêt, signe que la nature s'éveillait sur un jour nouveau, tout comme moi en ce moment.
Cela faisait maintenant deux fois que j'échappais à la mort, celle du fusil et celle des militaires. Je frissonnai en repensant à mon père. Que faisait-il là? Etait-il au courant de tout, ou se trouvait-il là par pur hasard?
Etait-ce lui qui avait tué ce pauvre docteur Mügger? Une colère sourde s'empara de moi en repensant au coup de feu fatal qui avait prit sa vie. De rage, j'administrai un coup de pied à l'arbre le plus près, faisant dégringoler la neige des branches. Ce pauvre homme, qui n'avait rien demandé à personne, qui nous avait sauvés, qui m'avait sauvée, moi, au nom d'un femme à qui je ressemblais... elle aussi atteinte par une balle de chasse. Sa description n'avait fait que raviver ma curiosité.
C'était il y a cinq ans. Je déglutis. Ca faisait également cinq ans que mon père me maltraitait, autrement dit...
Non, c'est impossible, il faut que j'arrête de me faire des illusions. Elle est morte. Mais Mügger affirmait qu'elle était brune, frêle, exactement comme... elle. Je soupirai, et me mis debout. Mieux valait bouger, sinon ma congélation allait se mettre en place.
Il faut que je me mette à la recherche de mes compagnons. Je ne permettrai pas de croire qu'ils soient morts avant d'en avoir la preuve formelle. Ce sont des loups, après tout, ils sont plus résistants que ça.
Subitement, je me rappelai du manteau que, dans ma hâte, j'avais oublié chez le médecin. Si jamais ils l'avaient trouvé...
Je me rappelais bel et bien avoir entendu des jappements de chien aux côtés des hommes nous poursuivant. Ce qui voulait dire que... s'ils avaient ce manteau, ils avaient mon odeur, ma piste! Ils étaient sûrement à ma recherche en ce moment même!
Autant mettre le plus de distance entre eux et moi, pour avoir le plus de chances de trouver la meute avant qu'ils... ou que mon père...Non, il ne fallait pas qu'il mette de nouveau la main sur moi, plus jamais.
Je mets soigneusement la balle de chasse dans la poche de mon pantalon militaire, et je commence ma marche au hasard, parmi les arbres silencieux, guettant le moindre bruit, à l'affût.
Toujours rien. Ca va faire deux jours que je cherche, que je zigzague dans cette immense étendue de verdure. Ca m'a valu une autre nuit dans la neige, mais aucune trace, aucun indice d'un passage. M'ont-ils abandonnée, ont-ils été pris? Je suis de plus en plus inquiète. Si je ne retrouve personne, que vais-je faire, comment vais-je survivre? Je commence à avoir faim, mes membres sont engourdis.
Je m'arrête.
Il ne me sert à rien de marcher comme ça à tout hasard. Réfléchissons.
La forêt peut être immense, et chercher sans relâche ne me mènerait à rien d'autre que d'épuiser mes forces, d'autant plus que je ne suis même pas sûre de retrouver quelqu'un.
Mais si les loups sont là, vers où se dirigeraient-ils en premier?
Une réponse me vint instantanément à l'esprit. Une rivière, un point d'eau. Ma mère me l'avait enseigné étant petite, durant une promenade dans la forêt qui borde la cabane.
"Si tu es perdue, Katsumi, cherche un point d'eau. Sans eau, aucun chance de survie."
Ca me paraît évident maintenant. Mais comment en trouver? Seule l'ouïe pouvait éventuellement m'aider. Néanmoins, c'est déjà un bon point de départ.
Je m'étirai, et mon ventre grouilla. Plus aucune trace de hot-dog, ils avaient été depuis longtemps digérés. Alors, puisque je ne savais pas par où aller exactement, autant chasser.
Et ça, ça n'allait pas être la plus facile des tâches. Je me remis à marcher d'un bon pas.
Le soleil était déjà haut dans le ciel, et mon ventre grondait comme une bête affamée. Les oiseaux gazouillaient, haut dans les arbres couverts d'une neige étincelante. La sève des arbres embaumait l'air frais.
Pour ma part, j'essayais de faire mes pas les plus discrets possibles, histoire d surprendre un animal. A chaque bruissement de feuilles, chaque craquement, je me retournai, espérant voir surgir un écureuil, ou un quelconque gibier.
Je progressai ainsi pendant au moins une demi-heure, aux aguets, quand enfin, au détour d'un petit buisson, j'aperçus un lièvre au pelage noir de jais.
Instinctivement, je m'aplatis un maximum dans la neige fraîche. Il ne semblai pas m'avoir repérée, alors j'amorçai un pas pour me rapprocher, tout en tâchant de rester dans l'ombre des arbres. Mon stratagème fonctionnait, ma proie continuait à grignoter un brin d'herbe rebelle, émergeant du manteau blanc recouvrant le sol. Je n'étais plus qu'à quelques mètres.
Je souris. Je ne m'en sors pas si... j'ai pensé trop vite.
Dans mon assurance grandissante, je marche sur une brindille, qui cède sous mon poids. Le lièvre noir se retourne vivement vers moi et m'aperçoit.
N'attendant pas une seconde de plus, je me jette sur lui, trop lentement. Il m'esquive avec une certaine souplesse qui me met hors de moi. Ill s'enfuit maintenant à travers les arbres.
Loin d'abandonner la partie , je me lance à sa poursuite de toutes mes forces, ignorant les branches, détalant derrière le lièvre. La neige valsait à mon passage. Dans ma course effrénée, je fixe la boule de fourrure noire bondissante devant moi, esquivant les racines avec habileté, usant de ses longues pattes prévues pour la fuite.
Je commence à haleter, ce foutu rongeur est increvable!
Tout à coup, dans un dernier saut, devant moi, le lièvre disparut.
Surprise au plus haut point, je sprintai jusqu'à l'endroit où l'animal s'était volatilisé, et cherchai ma proie du regard. Je l'aperçus quelques mètres plus bas, et me rendis compte que j'étais sur le bord d'un fossé. Ce que je vis en bas de ce dernier me fit vite oublier le lièvre et m'immobilisa de frayeur.
Une bataille se déroulait sous mes yeux. Je n'avais pas perçu le vacarme dans ma course. Pourtant, cris et grognements émanaient de la scène se déroulant en contre-bas.
Quatre soldats munis de mitraillettes combattaient. Leurs uniformes étaient déchirés et tâchés de sang par endroits, laissant des plaies profondes à l'air libre, mais ils semblaient avoir le dessus sur leur unique adversaire.
Un loup gris, au poitrail strié d'une croix.
TSUME!
Dans ma panique, je hurlai son nom. Ce dernier, surpris, se retourna vers moi, les yeux exorbités.
Profitant de cet instant d'inattention, les quatre militaires tirèrent.
Tsume reçut les balles en pleines pattes et s'effondra dans un grognement à peine audible. Deux des soldats se ruèrent sur lui, l'un d'eux sortant vivement un poignard de sa besace. Sans réfléchir une seconde, je m'élançai, hurlant à pleins poumons mon désespoir. Il allait mourir, bon sang, ils allaient l'abattre! L'ABATTRE!
C'est à ce moment précis que ça arriva. Un éclair blanc jaillit et en une fraction de secondes, je ne vis, n'entendis, ne sentis plus rien à part le désir farouche de réduire en charpie ce qui pouvais atteindre à la vie de Tsume. La seconde suivante, je me retrouvai aux côtés du loup gris, quatre cadavres humains gisant devant moi.
Tout à coup, ce fut comme si ma conscience, évadée de mon corps durant quelques instants, me réintégrai, et un poids énorme m'assaillit, me faisant un instant chanceler.
Je me rendis compte du grondement menaçant émanant de ma gorge, du goût amer du sang sur ma langue, du poil hérissé sur mon échine, tandis que j'étais fièrement campée sur mes quatre... pattes? Pattes? Je baissai ma tête au niveau où mes jambes auraient du se trouver. au lieu de cela, deux fines pattes châtain se étaient là, munies de dissuasives griffes noires. Je peinai à comprendre. Je me retournai vers le loup gris à mes côtés. Ce dernier, toujours couché, me dévisageait, ses yeux ambrés reflétant l'incompréhension la plus totale, ce qui était renforcé par sa gueule entrouverte, laissant apparaître ses crocs saillants.
Il me faxait, inlassablement.
Je m'approchai.
Il n'esquissa pas le moindre mouvement de recul.
Tout en me déplaçant, je sentis le mouvement régulier de mes quatre membres se coordonner naturellement.
Je voulus parler, mais tout ce qui sortit de moi fut un jappement. Je faillis m'étrangler. Je n'osais pas y croire. Pourtant, c'était réel.
Tsume essaya de se relever; il y parvint tant bien que mal. Il était atteint à la patte postérieure droite, ce qui le faisait boiter.
Le calme était revenu sur la clairière où j'avais débouché. Je regardai les corps des militaires, rigides et couverts de sang, puis subitement Tsume.
"Oui, c'est bien toi qui a fait ça"
Ces paroles me vinrent à l'esprit, tandis que le loup gris hochait lentement la tête sans me quitter des yeux.
"Est-ce que je suis..."
"A ton avis? Il te faut plus de preuves?"
"Mais ... Comment..."
"J'en sais pas plus que toi"
Nous communiquions. Par un moyen qui m'échappait, mais nous y arrivions.
"Où sont les autres?" demandais-je par un reniflement, encore abasourdie par ce qui venait de se produire.
"Nous avons été dispersés, je suis l'odeur de Cheza."
Cheza. A ce nom, un effluve fleuri me parvint; mon odorat était décuplé, et l'odeur de la fille fleur fit vibrer tout mon être.
"Tu as vus d'autres soldats?"
"Seulement ceux-là. Evidemment ils ne sont pas les seuls à sillonner la forêt." Je préférai taire mon oubli du manteau et les jappements de chien. Ce n'était pas la peine de l'inquiéter d'avantage: nous étions tous recherchés. Tsume fit quelques pas et émit un grognement; sa plaie saignait abondamment. Je m'approchais timidement de sa blessure: c'était juste une égratignure.
Par pur réflexe animal, j'entrepris de la lécher.
Tsume se retourna et grogna si fort que je sursautai.
"ME TOUCHE PAS!"
Je rentrai ma queue entre mes pattes.
"Désolée.."
Il ne répondit rien, et fit encore quelques pas hésitants.
"Mon père participe à la traque"
Tsume s'arrêta sans pour autant se retourner.
"Comment ça?"
"Je l'ai vu qui nous traquait. Avec son fusil de chasse, il était à notre poursuite"
Nouveau silence.
"Et il sait pour... toi? Que tu es là?"
"Je ne sais pas. Je ne veux pas"
Tsume, soupirant, me fit face. Je fus immédiatement frappée par son état; il était couvert de plaies et de cicatrices. Ses yeux ambrés reflétaient une grande assurance malgré cela, mais également une certaine colère et fatigue. Il semblait exténué.
Mon cœur se serra douloureusement. Je me rendis compte que j'avais eu une chance immense de le retrouver, vu que toute la meute était dispersée. Et il semblait que je lui avais sauvé la vie.
"Que vas-tu faire alors, tu vas t'enfuir pour ne pas avoir à faire à lui?"
Une once d'indignation me subjugua. Et puis quoi encore?
"Il n'en est pas question. Je vais retrouver Cheza aussi. Après tout, il ne sait pas que je suis une... louve."
Ces derniers mots dirent un drôle d'effet au loup gris. Il m'observa encore plus intensément, ce qui me mit mal à l'aise au plus haut point. Puis, sans un mot, il se détourna et commença à marcher, boitant à chaque foulée. Je le rejoignis rapidement à son côté et nous commençons notre route dans la neige, suivant l'odeur fleurie grâce au flair.
Nous avancions lentement. Chaque pas de Tsume laissait une trace de sang derrière lui: sa blessure coulait. Je le lui fis remarquer, il ne répondit rien. Il savait que c'était prendre un risque majeur de se faire retrouver, mais il n'y pouvait rien, alors autant se diriger vers Cheza. A chaque détour, je m'attendais à croiser une patrouille à notre recherche, mais je fis de mon mieux pour ne pas paraître inquiète.
Tsume fatiguait de plus en plus, je le voyais bien, ainsi, quand un bruit de cascade se fit entendre, je m'arrêtai.
"Tsume?"
Un grognement me fit comprendre qu'il m'écoutait.
"Il faut essayer de soigner ta blessure, et je vois bien que tu n'es pas bien en point."
"Je n'ai pas besoin de boniche pour me dire ce que j'ai à faire. J'ai suffisamment de forces pour continuer." répondit-il sur un ton dur.
"Arrêtes un instant de faire celui qui n'en a rien à faire. Ce sera peut-être la seule opportunité de s'hydrater. Si tu veux mourir, libre à toi, moi j'y vais."
Sans lui laisser le temps de rétorquer quoi que ce soit, je galopai en direction du bruit d'eau. Je m'aperçus que courir sous forme de loup m'était très agréable. La démarche était souple, je me sentais agile et forte comme jamais auparavant. J'accélérai. Le vent me fouettait, tandis que j'atteignis une vitesse impossible de mon état humain. Le rythme de mes quatre pattes dans la neige était net et encourageant. J'avais l'impression d'avoir enfin trouvé ma vraie nature, bien que tout cela me semblait impossible. De toute façon, tout me semblait être un rêve depuis un bon bout de temps. J'étais à présent devant la cascade et la rivière qui en découlait. L'eau giclait des roches en hauteur dans un vacarme ahurissant, m'éclaboussant au passage. Enfin de l'eau. Je me penchai au-dessus de la rivière et observai mon reflet, je voulais avoir la confirmation que l'animal que j'étais devenue n'était pas un songe.
Et effectivement, la tête d'une louve apparut. Ma fourrure était châtain¸ comme mes cheveux à mon état humain. Ma mâchoire inférieure ainsi que le contour de mes yeux étaient d'une teinte plus claire. Mes yeux avaient gardé leur couleur naturelle: bleu clair. Deux grandes oreilles couronnaient le tout, et sur mon poitrail, une croix encore pourvue du fil cousu par Mügger était visible. Cette croix me fit immédiatement penser à... Oui, vous avez compris. Cette ressemblance me mit de bonne humeur, allez savoir pourquoi.
Je me mis à boire. Le liquide était frais et limpide. Je voulus plus, en pénétrai entièrement dans la rivière. C'était glacé malgré ma fourrure dense, et cela me revigora. Je bus à grandes gorgées.
Tandis que je me rafraichissais, j'entendis des bruits de pas s'approcher. Je me retournai et mon cœur fit un bond dans ma poitrine.
Tsume.
Le loup gris s'approcha, faisant mine de ne pas me prêter attention. Je souris intérieurement. J'avais gagné. Subitement, l'épisode de ma baignade au lac me revint en mémoire. J'étais alors nue. Plus que gênée, alors je sortis vivement de l'eau et m'ébrouai. Ce n'était pas le moment de penser à ça, et si j'avais été humaine, j'aurais été rouge comme une pivoine. Tsume buvait, penché au bord de la rivière, le sang écarlate traçant un mince filet sur sa patte, teintant la neige autour de cette dernière.
Je le trouvai alors magnifique. A tous les points de vue. Je ne pus m'empêcher de soupirer. Il était nimbé par la lumière dorée du crépuscule qui tombait sur la forêt. Cette même lumière se reflétait dans la rivière et la cascade, donnant à la scène une touche idyllique.
Il dut sentir que je le reluquais, car il releva sa tête.
"Qu'est-ce qu'il y a?"
Pour toute réponse, je me rapprochai de lui. Surpris, il recula, puis, assailli par une nouvelle douleur, il s'affala. Tandis que j'arrivais à son niveau, il tentait vainement de se relever, comme pour tenter de m'échapper, remuant la neige sous ses essais. Puis, à bout de forces, il céda, et commença à gronder.
"Arrêtes de jouer les gros durs, tu sais bien que je ne te veux aucun mal." fis-je calmement.
"Ne me dis pas ce que je dois faire!" rétorqua t-il, d'une voix chancelante de fatigue.
"Tu t'épuises pour rien, tu saignes encore plus."
"Si tu me touches, tu..."
"Tu as peur?"
"Qu..."
"Tu as peur de moi?"
Il s'arrêta, comme cherchant ses mots. Quand à moi, j'étais plus calme que jamais.
"Je n'ai peur de personne, et certainement pas de toi. Je..."
"Alors pourquoi refuser mon aide?"
"Je ne suis pas un faible! Je peux me débrouiller seul!"
"Non, tu n'es pas un faible. Tu es la personne la plus courageuse et la plus bornée que je n'aie jamais connue. Et c'est pour ça que je veux t'aider"
Ces mots m'étaient venus instantanément, et déjà je les regrettais. Pourquoi avais-je dit ça? Un silence s'installa. Comment l'avait-il prit? Je détournai la tête. J'avais peut-être tout gâché.
"Je... je suis très différent de ce que tu crois."
Le cœur battant, je le regardai de nouveau. Il baissait ces yeux couleur d'or. Toute trace de colère s'était évanouie pour laisser place à une grande mélancolie et une certaine lassitude qui m'échappait. Il tremblait.
"Tsume... Est-ce que ça va?" demandai-je, le cœur battant à tout rompre.
"Arrêtes tes questions idiotes, tu veux...?"fit-il dans un chuchotement, sans aucune agressivité. "Tu voulais m'aider, non?"
Je sursautai; Tsume était redevenu humain sans que je m'en aperçoive. Quand à moi, je m'agenouillai près de lui. J'avais sans le savoir repris ma forme de jeune fille. Tsume, étendu dans la neige fraiche, était constellé de gouttes de sueur. Son visage était crispé et ses yeux fermés, tandis qu'une respiration haletante sortait de sa bouche entrouverte. Il était tailladé de partout, sur son torse puissant étaient visibles maintes égratignures plus ou moins profondes, noyées sous la sueur dégoulinant sur sa peau matte.
Sa jambe droite était la plus amochée: c'était l'endroit où il s'était pris les balles. Son pantalon de cuir était déchiré, laissant à l'air une jambe fine et musclée, striée d'une coupure sérieuse qui saignait abondamment.
La respiration du loup gris se faisait de plus en plus pressante, tandis que mon cœur était à sa puissance maximale.
Jamais je ne l'avais approché d'aussi près. Secouant ma tête pour chasser toute pensée plus ou moins …sensuelle.
Je devais laver ses plaies. Or, je n'avais aucun moyen de transporter de l'eau. Il fallait quelque chose qui absorbe. Une chaleur au visage m'emporta tandis que je me dévêtais de mon T-Shirt. La température hivernale transperça ma peau nue comme des millions d'aiguilles. Je me retournai vers le grand adolescent: il fermait toujours les yeux. Je trempai mon vêtement dans l'eau fraîche. Une fois qu'il était bien imbibé, je retournai au chevet de Tsume et, tremblante de froid et d'excitation, j'appliquai le tout sur la plaie béante sur sa jambe.
Tsume se cambra soudain de douleur, laissant échapper une courte plainte. Cet effort ne fit qu'accentuer le saignement. J'entrepris de frotter doucement le tissu contre la blessure, libérant au maximum l'eau contenue dans la compresse improvisée. Le loup gris crispa ses traits, gémit, mais ne pipa mot. Pas un seul commentaire: il se laissait faire.
Le cœur toujours aussi emballé, je déchirai un peu plus le pantalon de cuir afin de mieux pouvoir soigner la plaie. La déchirure du cuir ne déclencha aucune réaction chez Tsume, qui devait se concentrer pour ne pas laisser paraître sa douleur. Une fois la plaie suffisamment propre, je me penchai et l'examinai: ce n'était qu'une profonde entaille, les balles n'avaient fait qu'érafler la peau. Ouf.
J'allai rincer mon T-shirt plein de sang à la rivière, quand j'avisai des rochers couverts de mousse verte. J'en arrachai un bon morceau que je retournai immédiatement appliquer sur la plaie béante. Le contact rugueux de la mousse sembla faire du bien à Tsume qui se détendit peu à peu. Je continuai jusqu'à ce que la plaie fût entièrement remplie et que le saignement fut stoppé. Le froid engourdissait mes membres nus et l'effort que j'effectuais me faisait transpirer, mais une chaleur intérieure m'habitait. Je n'arrivais toujours pas à croire que je soignais Tsume. Cette nouvelle proximité avec lui me mettait les joues en feu, et lorsque j'entrepris de me pencher au dessus de lui pour laver les entailles sur son large torse, cette chaleur s'accentua d'autant plus.
Tandis que l'eau se répandait sur sa peau, le souffle du loup gris me parvenait. Il était plus calme, et son expression était sereine, malgré les gouttes de sueur qui continuaient de perler sur ses tempes.
Sa poitrine montait et descendait au rythme de sa respiration, et le battement grave de son cœur se faisait entendre. Je tremblais.
- Pourquoi tu fais tout ça pour moi? murmura t-il soudain, me faisant sursauter.
- Je... je te l'ai déjà dit. Tu es... la personne la plus courageuse que je connaisse.
Tsume ricana faiblement.
- Tsss... Tu es comme Toboe
Cette remarque me frustra au plus haut point.
- Oui, toujours à mes petits soins... Sans que je n'ai rien demandé, parce qu'il me considère comme un grand frère..."
- N...non! Je ne suis pas comme lui! Ce n'est pas comme ça que je te vois!" m'écriai-je en me plaçant au dessus de lui.
- Et... Comment me vois-tu?
Il entrouvrit lentement ses yeux, laissant apparaître deux ambres miroitants dans la lumière du crépuscule. Je déglutis. Mon cœur battait la chamade. Nos deux visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, si bien que sentais son souffle frais.
J'ouvris la bouche.
- Je...
Tout à coup, le sol se mit à trembler tandis que des bruits de pas et des hurlements se rapprochaient à grande vitesse.
- Qu'est-ce que...
Nous nous regardâmes, yeux dans les yeux, avec la même expression de peur. Ils nous avaient retrouvés.
Je remis en hâte mon T-Shirt trempé de sang et sueur avant de me transformer en loup sous le simple fait de ma volonté.
Tsume en avait fait autant, puisant dans ses dernières forces.
"Sauve-toi, je ne pourrai pas combattre."
"Tu rigoles? jappai-je, je ne vais pas t'abandonner maintenant!"
"Ne fais pas l'idiote! Tu mourras si tu restes-là!" hurla t-il
Trop tard. Le premier chien déboula dans la clairière et fonça directement vers moi. De tout mon être, je me tendis et grondai tout en montrant mes crocs, faisant barrière devant Tsume. Le chien chargea. D'un coup de mâchoires, je l'attrapai à la gorge et mordis de toutes mes forces. Un craquement sinistre s'en suivit et le chien atterrit, raide mort.
"Katsumi, attention!" s'écria Tsume dans mon dos.
Au même moment, je sentis comme une piqûre sur mon flanc. Presque immédiatement ma vision commença à se troubler et le sol à vaciller. Je chancelai. Les militaires envahirent la clairière. Je tombai mollement sur la neige, honteuse et confuse.
"Tsume!
Aucune réponse, mes sens refusaient de m'obéir. Ils nous encerclaient. J'aperçus des bottes, des cris. Un coup sur ma tête. Et ce fut le trou noir.
Note : Et voilà. A vous de jouer maintenant^^
