Note de l'auteur:Bonjour tout le monde! Désolée d'avoir tant tardé à poster ce chapitre. La rentrée, tout ça…
L'année de Terminale ne pardonne pas. Mais le voici néanmoins. J'ai réussi (nyahaha!). Ce chapitre fait ressortir le côté Drama de ma fiction, et contraste vraiment avec le précédent (plutôt Romance vous aurez pu le constater!).
Je suis toujours aussi heureuse de voir que les Reviews s'ajoutent.. Continuez, c'est vraiment enrichissant!
Si des idées vous viennent, faites m'en part!
Mais le plus important est que vous preniez plaisir à me lire.
Je remercie tous ceux qui me suivent. Votre soutient m'aide beaucoup.
Voila, bonne lecture!
Tsumeba
Chapitre 8
Trahison
J'avais mal. C'est la première chose dont je m'aperçus quand je repris conscience. A la tête. C'était comme si elle allait exploser. J'essayai de ne pas penser, mais peine perdue. Le coup que j'avais reçu me provoquait une migraine pas possible. Essayant au mieux d'ignorer la douleur, j'ouvris lentement les yeux, ne sachant pas à quoi m'attendre. Pendant un instant, j'eus peur de me retrouver dans ma chambre, dans la cabane qui me servait de maison, que tout cela n'ait été qu'un rêve : la meute, Cheza, Tsume…. Le fait que je sois une louve. J'eus peur de retrouver ma vie d'avant, celle où j'étais l'esclave de mon géniteur, celle ou je n'avais pas le droit d'exprimer mon opinion, de ressentir quelque chose qui ne soit pas de la peur…
Je soulevai mes paupières et je ne vis rien. Il régnait le noir le plus total là où j'étais. Allons bon… Je soupirai, et essayai de me lever, prenant appui sur mes pattes antérieures. Attendez, j'ai dit pattes ? J'essayai de parler. Un jappement sortit de ma gorge. Mon Dieu, c'était bien réel ! Dans un ultime effort, je me mis debout - enfin, à quatre pattes. Une matière métallique se fit sentir sous moi. Intriguée, je plissai les yeux, essayant de discerner quelque chose, mais il faisait décidément trop sombre. J'eus froid.
Tout à coup, tout me revint en mémoire. Tsume ! Où était-il ? Je ne faisais que me concentrer sur moi, quelle idiote !
« Tsume ! » jappais-je le plus fort que je pus. Subitement, la lumière s'engouffra, révélant la pièce dans laquelle je me trouvais. Je me rendis tout d'abord compte des barreaux qui se dressaient devant moi, et, plus loin, des murs gris unis qui s'élevaient, dans aucun meuble ni objet apparent.
- Hé Chef, la chienne est réveillée !
Celui qui venait de parler était un jeune militaire en uniforme, se tenant dans l'entrebâillement de la porte qui venait de laisser entrer l' afflux de lumière qui m'éblouissait. J'en profitai pour jeter un coup d'oeil autour de moi, histoire de me situer. La cage dans laquelle j'étais enfermée était au centre de la salle. Je me retournai. A ma gauche se trouvait une autre cage. Et dans cette dernière se trouvait un loup gris.
- Chef, la…
- Ca va, j'ai entendu, j'arrive! fit une fois que j'aurais reconnu entre mille. La silhouette tant détestée se dessina dans la lumière.
Mon père.
A sa vue, tout mon corps se révulsa . Un spasme nerveux me parcourut l'échine, tandis qu'un grognement sourd se fit entendre du plus profond de mes entrailles. J'essayai de mon mieux de me contenir, tandis qu'il s'approchait d'un pas lourd de ma cage. Il ne fallait pas que je montre quelque signe suspect.
Je ne savais pas s'il était au courant de quoi que ce soit, ni pourquoi il était à notre poursuite. Je sentais son odeur âcre à laquelle se mélait poudre, alcool et un parfum insupportable: celui de mon enfance.
La lumière étant derrière lui, son visage restait dans la pénombre, mais je devinais malgré moi ses yeux durs qui me dévisageaient avec mépris, ses traits tendus à leur habitude, révélant une quelconque souffrance dont je me fichais éperdument. Quelque soit ses raisons, bonnes ou mauvaises de poursuivre notre meute, les raisons de nos retrouvailles, tout cela me confirmait bien un point: un jour, l'un de nous deux mourrait, et ce de la main de l'autre.
Sans m'en rendre compte, je m'étais rapprochée au maximum des barreaux. Lui aussi. Nous n'étions qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Moi sous ma forme de louve, lui humain. Quelle ironie. Je l'aurais broyé d'un seul coup de mâchoires s'il n'y avait pas eu ces maudites tiges de métal nous séparant. Je sentais son souffle gras sur ma truffe, et moi mon halètement dû à l'excitation et la haine. S'il n'y avait pas eu une certaine peur me retenant, je crois que j'aurais faufilé ma tête entre les barreaux et mordu sa gorge. J'aurais très bien pu le faire. Mais encore une fois, une sorte d'effarement insensé me retenait, et ça me désespérait.
- Quels yeux… murmura t-il de sa voix grésillante. Tant de nuances, de tons s'entremêlant avec grâce et volupté… Ils seraient capables de vous hypnotiser.
Désarçonnée, je faillis chanceler, mais me retint au dernier moment. Quoi?
- On s'y perdrait a les observer. On partirait dans un lointain pays, rempli de hurlements, d'appels desesperes et de pleine lune. Mais il ne faut pas tomber dans leur piège, mon garçon.
Le jeune soldat acciessa.
- Ne jamais sous-estimer ces bêtes là. On dit que les yeux sont les miroirs de l'âme. La leur est foncièrement et naturellement mauvaise. Ne l'oublies jamais.
- Que voulez-vous dire? Ce n'est qu'une chienne…
Mon père se retourna vivement, et je crus pendant un instant qu'il allait crier quelque chose; cependant il se ravisa.
- Je m'égare, veuillez excuser les propos d'un chasseur assidu. De toute façon…
Il me refit face, et malgré les ténèbres, je sentis son regard me transpercer, si bien que je crus qu'il avait compris qui il avait en face de lui.
- De toute façon, cela ne vous regarde pas. Allumez la lumière et laissez-moi.
Le jeune homme haussa les épaules et s'exécuta.
La nouvelle lumière ne fit qu'augmenter ma migraine et je m'affalai, cependant, je me contorsionnai pour garder la face à l'homme devant moi. La porte claqua. Nous étions seuls. Les néons au dessus de nous grésillaient et émettaient un lumière instable. Nos regards bleus se rencontrèrent. Je le sondai sans sourciller, bien que j'aurais hurlé de rage et désespoir si je ne m'étais pas retenue, m'efforçant de dresser une barrière entre mon ressenti et ce que je laissais paraître.
Lui non plus ne cillait pas, et son regard me glaçait les os. La même haine se déversait en moi, telle une trainée de poison.
Combien de temps nous rentames a nous regarder de la sorte, je n'en sais rien. Le temps semblait s'être arrêtee, de toute façon.
- Je sais que tu comprends ce que je dis. On ne me la fait pas à moi.
Malgré moi, mes yeux s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise. Savait-il…?
- Oui, je sais que tu me comprends. Tous tes semblables aussi d'ailleurs.
Je grondai.
Comment était-ce possible!
Il ricana, avec un mépris comme lui seul savait le faire.
- Oh, gronde autant que tu veux… Tu ne peux rien faire. regarde-toi, pauvre bête misérable.
Le soupçon d'humanité dont il avait fait preuve durant son dialogue avec le militaire s'était évanoui pour laisser place à l'homme dur et sans valeurs que je connaissais si bien pour en avoir souffert.
Mon stupide soupçon de compassion que j'avais malgré moi éprouvé s'était également volatilisé, ce qui me fit gronder de plus belle, et montrer me crocs, aussi impuissants soient-ils.
Nouveau ricanement.
- Tous les mêmes, vraiment… Vous, les loups, vous êtes nés pour nous trucider et nous pourrir la vie, tout comme vous avez corrompu la mienne. Mais je compte bien rectifier le tir. Et c'est ce pourquoi je suis là.
Je me tus soudainement.
C'était certain désormais, il ne savait pas qui j'étais, sinon il ne m'aurait pas parlé si franchement et sans détour de quelque chose que j'ignorais; sa vie, corrompue par les loups?
Un grognement me sortit de mes pensées.
-Ah, on dirait que ton ami sort de sa léthargie…
Je me retournais vivement, serrant la mâchoire d'angoisse et de douleur.
Tsume!
Il avait ouvert les yeux, et tentait de se remettre sur ses pattes dans sa cage, mais tout comme moi, il peinait. Une once de soulagement me subjugua cependant: il n'était pas mort!
Je jappai en sa direction, tandis que mon père s'approchait de lui.
Le loup gris, lui n'eut pas l'hésitation que j'avais ressentie: puisant dans ses forces, il se projeta en avant, mâchoire grande ouverte, tentant de saisir la gorge de l'homme se présentant à lui. Ce dernier recula au dernier moment, et les crocs du loup à la cicatrice se refermèrent sur du vide. Il resta néanmoins tendu vers son ennemi, grondant d'un manière à faire s'enfuir le plus hardi.
Mon père éclata d'un rire méprisant, ce qui renforça la rage de Tsume.
- Quelle douce vengeance…Deux loups en cage! Ecoutez-moi bien…
Surpris, Tsume me regarda avec la plus totale incompréhention.
" Qu…"
" Il sait que nous le comprenons, mais pas qui je suis"
" Mais, comment…"
- Oui, le gris, je sais tout sur vous, je sais que vous comprenez les humains, comment vous nous bernez… en prenant forme humaine.
Silence. Mon coeur s'arrêta de battre.
- Ca vous en bouche un coin, pas vrai? Vous vous demandez sûrement comment je suis au courant de ça, hein..? Et pourquoi je vous pourchasse? Et bien…
D'un geste lent, il attrapa quelque chose dans son dos que, jusqu'à maintenant, je n'avais pas remarqué.
Son fusil.
Prenant son temps, il fouilla dans une des poches de son grand manteau miteux, en sortit deux cartouches, qu'il introduisit délicatement dans son arme. Il finit le tout en refermant le fusil d'un geste sec, en l'épaulant et en le pointant… vers Tsume.
" NON!"
J'avais hurlé, et je m'étais vivement redressée, un frisson glacé me parcourant l'échine.
Pas ça, pas Tsume! Et pas par lui!
"Monsieur, est-ce que tout va bien?"
- Oui, ne vous dérangez-pas, je ne fais que dresser nos invités, répondit calmement mon père au jeune homme derrière la porte.
Tsume, quand à lui, regardait mon père avec un inexprimable dégoût. Moi, je m'étais appuyée contre un barreau, retenant mes spasmes de plus en plus fréquents. S'il l'abattait, je ne m'en remettrais jamais. Je me rendis soudain compte que Tsume était devenu ma seule et unique raison de vivre. Mon père avait failli m'envoyer à la mort une fois. Il n'hésiterait pas à le refaire. Un silence tombal s'était abattu sur la pièce grise sans issue dans laquelle nous nous trouvions tous les trois.
Nous, impuissants. Lui tenant nos vies dans ses mains.
Personne ne bougeait.
- Je crois qu'on commence à mieux se comprendre, tous les trois, hum? Alors écoutez-moi bien. Je n'ai pas tenu à ce que nous soyons seuls pour rien.
Il marqua une pose, épaulant toujours son fusil de chasse vers Tsume, cherchant ses mots. Je crois qu'à ce moment là j'aurais pu être capable du pire, si je n'avais pas été en cage.
- Je suis à la recherche de quelqu'un de spécial. Très spécial même, et j'ai besoin de votre aide. Plus précisemment de votre flair, alors je vous propose un marché.
Il esquissa un pas vers Tsume, et fit mine d'appuyer sur la gâchette.
- Les dirigeants de l'unité militaire qui vous recherche est également au courant de votre mode de fonctionnement, mais vous n'êtes pas leur priorité : c'est une fille nommée Cheza. Vous le saviez, n'est-ce pas? Cependant, ce n'est pas la personne qui m'intéresse…
Comme pour faire durer le supplice, l'homme en face de nous nous dévisagea de manière mystérieuse et railleuse, avant de continuer.
- Non, ce n'est pas Cheza que je recherche, et je me contrefous des raisons pour laquelle cherchent à mettre la main dessus. La personne après laquelle je cours ne vous regarde pas, et vous êtes les seuls au courants de ma motivation. J'ai obtenu l'autorisation de vous "voir" une dernière fois car, voyez-vous, ils ont la ferme intention de vous éliminer.
Je sursautai, ce qui fit briller l'oeil bleu et démentiel de mon géniteur. Ce dernier finit de se rapprocher de Tsume, fusil pointé. Le loup gris grondait, mais ne reculait pas.
- Et oui, vous n'êtes rien d'autre qu'un poids pour nous. Voici mes conditions. Vous m'aidez à retrouver cette personne, et je les convaincs qu'on vous garde encore…. Ou alors…
Il se mit en joue.
- Je tue ton ami, la louve. J'ai... cru comprendre que les liens dans cette meute étaient particulièrement forts.
Ces derniers mots me firent autant d'effet que si je m'étais pris moi même la détonation en pleine poitrine. Encore du chantage; étais-ce la vie qui devait être cruelle? Mon père allait encore me prendre ce que j'avais de plus cher au monde. A moins que..
" N'y pense même pas, Katsumi! Ils nous auront de toute façon a la fin, même si on l'aide!"
" Non, je ne veux pas que tu meures!"
Je sentais mes larmes couler sous mes yeux malgré moi. J'aurais tout donné pour sortir de cette cage.
- Alors, tu te décides? Je compte jusqu'à dix! Un…. deux…
Tant bien que mal, je me relevais sur mon bras valide, prenant appui sur mes jambes frêles.
-Trois, quatre…
Je me dirigeais, titubant, vers le simple clou faisant office de porte manteau. Et a ce moment là, je le hais. Je le hais, probablement moins que lui me hait.
" KATSUMI, REAGIS, BON SANG!'
Les paroles de Tsume me sortirent du flash-back que provoquait cette situation de déjà-vu. Ce décompte infernal…
- Cinq, six….
Je fermai les yeux.
" Je n'ai pas le choix, Tsume. Je ne t'ai pas sauvé pour rien dans la forêt."
" Mais tu ne m'as PAS sauvé, idiote! On est sur le point de mourir de toute façon, tu ne vois pas que c'est inévitable?"
" ALORS QUOI? TU AURAIS PREFERE QUE JE TE LAISSE CREVER?"
" JE REFUSE D'AIDER CET HUMAIN, TU M'ENTENDS!"
" TOUT CA POUR TON HONNEUR! A QUOI CATE SERT D'EN AVOIR SI TU ES MORT!"
Pas de réponse. Seule la voix de mon père annonçant le nombre fatidique.
- Dix.
La mort dans l'âme , je le fixai avec intensité, et, grognant et tremblant de tout mon être, je me mit sur le dos, signe instinctif de soumission.
Je sentis son regard, plein de dégoût et de tristesse. Je faisais ça pour lui. Et malgré ça, je sus que je descendais très bas dans son estime. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Car je le savais pertinemment maintenant.
Je l'aimais.
...
Nous marchions côte à côte, à pas lourds et silencieux, dans la neige. Il faisait nuit, et le clair de lune éclairait le chemin comme en plein jour. Notre marche étaient accompagnée de la garnison qui nous emboitait le pas. Le collier ainsi que la muselière qu'on m'avait mis de force m'étranglaient, tandis que je m'efforçais de me contenir. J'aurais pu briser ce qui retenait ma gueule aussi facilement que des brindilles, mais je n'en avais ni la force, ni l'intérêt, et c'était humiliant. Tenue en laisse comme un vulgaire chien, je me faisais honte moi même. Je sentais le souffle chaud des canins derrière moi, qui me frôlaient les pattes.
J'avais tué l'un des leurs avant d'être capturée, et j'étais à leur portée. Quand bien même ils me mordraient, ce que je comprendrais, je ne pourrais rien faire, et personne ne m'aiderait.
Pas même lui, encore moins maintenant qu'avant. Je n'osais pas le regarder depuis que je m'étais inclinée devant mon père. Je savais que ce qu'il endurait était sans nom. Lui qui tenait avant tout à sa liberté, à son statut de loup libre et solitaire… Il était soumis, attaché, et tout cela par ma faute; par foi a un amour, qui, à ma connaissance, n'était pas -ou ne pouvait plus être- partagé.
Je l'avais trahi, d'une certaine façon.
J'avais été égoïste, je n'avais pensé qu'a moi. A mes sentiments. Il n'aurait jamais dû me sauver ce jour la. J'aurais dû crever dans la neige.
Il marchait tête haute, mais je savais que son âme fuyait du regard.
A ma gauche, mon père avançait, fusil en travers, sans savoir à côté de qui il était. Tout cela était misérable. Tandis que nous avancions, des flocons de neige commencèrent à tomber, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Un vent glacial ne tarda pas à subvenir, et nous fûmes vite pris dans une tempête de neige. Luttant contre le vent, personne ne voyait a plus d'un mètre devant lui. Et malgré ma vue canine, tout n'était plus que brouillard, froid, tristesse, remords et solitude.
J'avançais, tel une automate. Une petite voix dans ma tête me disais pourtant de me remuer, de chercher un échappatoire, mais je la laissai dire. Je n'avais même plus envie de l'écouter.
- Chef, que fait-on? Ca ne sert à rien de continuer dans ces conditions, on ne voit rien! La forêt peut être n'importe où, et les chiens ne nous sont pas utiles dans ces conditions! Leur flair doit être brouillé…
- Il dit vrai, Commandant. Il vaudrait mieux penser a nous établir en attendant la fin de la tempête, fit mon père, que je ne percevais même plus à mes côtés.
- C'est vous qui nous avez convaincu de les garder en vie! hurla le Commandant, ses paroles étants emportées par le vent. Ne me faites pas regretter ce choix!
- Bien sur que non, vous savez bien qu'ils sont notre seule chance de retrouver le reste de la meute, et Cheza! Mais actuellement, même le flair le plus fin ne serait d'aucune utilité!
Seul le mugissement du vent lui répondit.
- Chef, les chiens refusent d'avancer!
En effet, des couinements se faisaient entendre derrière nous. et quelques coups de fouet. D'un coup sec au collier, on m'arrêta, se qui me fit trébucher et tomber dans la neige.
- Debout, la chienne, ce n'est pas le moment de flancher!
Un coup de pied bien placé me fit reprendre mes esprits. Je vis deux yeux ambrés me dévisager dans le tourbillon de neige qui constellaient ma fourrure. Deux yeux méprisants et tristes à la fois.
- C'est bon, on monte le bivouac.
Tandis que les ordres étaient exécutés, on me conduisit à l'écart avec le loup gris et on nous attacha à un pieu. Autour de cela, ils déplièrent une cage métallique, nous empêchant de fuir.
Aussitôt qu'on nous laissa seuls, le vent et le froid nous enveloppèrent. Les bruits de la garnison étaient comme estompés, de sorte à ce que nous ayons une impression d'intimité.
Là, les forces me manquèrent et je me recroquevillai dans le manteau blanc au sol, ma fourrure châtain me protégeant tant bien que mal des courants d'airs glacés m'assaillant.
Lui s'assit simplement, la tête droite, le regard lointain. J'étais a quelque centimètres de lui, et pourtant il me semblait si distant…
" Ecoute, je…"
Les mots se bloquèrent dans ma gorge, tandis qu'une colère sourde montait en moi. Je voulais m'excuser, mais à quoi bon? Ce qui était fait était fait. Point à la ligne.
" C'est ma faute."
Je redressai vivement ma tête. Avais-je bien entendu?
" Je n'aurais pas dû me mêler de ce qui ne me regardait pas ce jour là. J'aurais dû me douter que tu n'étais qu'une humaine."
Il marqua une pose, et tourne lentement la tête vers moi.
" Une humaine sans honneur. Faible."
Je ne réfléchis pas. Je me jette sur lui. Je brise ma muselière d'un coup de mâchoire. Je me bats. Ces mots me font encore un mal de chien. Faible. Manipulée. Humaine.
Je cherche sa gorge pour lui faire ravaler ses paroles. Il ne m'en laisse pas le temps. Je grogne. Il m'a mordu la patte. J'explose. Je lui attrape l'oreille et la tire de toutes mes forces. Cri de douleur.
- EH LA, ON SE CALME!
Deux militaires, alertés par le vacarme de notre lutte, se ruent sur nous et tentent de nous séparer, en vain. J'en tue un d'un coup de mâchoire bien placé. Je ne me sens plus. Je ne suis que douleur. Haine.
Je reviens à l'attaque. On entre en contact. Je sens son souffle amer. Au dernier moment, il me renverse et m'immobilise au sol. J'en profite pour lui entailler le ventre d'un coup de patte. Le sang gicle. Il hurle, mais tient bon. Je suis plaquée dans la neige qui vole autour de nous dans notre ballet endiablé.
Il tient bon. Il se penche et dévoila sa rangée de crocs acérés. Je vais mourir. Je plante mon regard dans ses yeux d'or une dernière fois.
Ces yeux qui m'avaient sauvés, et qui allaient maintenant me prendre la vie. Tout simplement. Qu'il en soit ainsi. Je lui dévoile ma gorge.
- SI CA TE GENE TANT QUE CA, TUE- MOI MAINTENANT, QU' ON EN PARLE PLUS!
Cette phrase me revint en mémoire. Je souris tandis que les crocs de Tsume se rapprochaient de ma gorge. Je l'avais prononcée quand Tsume, dans la ville ou nous avions étés repérés, s'était plaint de ma présence, qui avait nui à la sécurité de la meute.
Je pourrais la répéter maintenant; c'était exactement ce qu'il s'apprêtait a faire. Comme la vie était ironique. C'en était presque jouissif.
Je ne me débats plus.
Je le laisse faire. Je me détends. Il le sent apparemment, il semble décontenancé. Sa gueule est grande ouverte.
- ARRETEZ!
Des bruits de pas se rapprochent.
" Et bien, qu'attends-tu? Fais vite ou ils t'en empêcheront."
On se fixe du regard. Je sens son poids sur mon corps de louve. Je suis presque bien.
Il me regarde. Je ne cille pas. Je ne vois plus que lui, dans l'enfer blanc et froid qui nous entoure.
" Tant pis pour toi."
Trois militaires l'attrapent par le collier et le tirent en arrière: lui non plus ne se débat pas.
Il continue à m'observer; je n'arrive pas à cerner le message que transmettent ses yeux. On le roue de coup de pied pour le calmer. Il grogne un bon coup, et les soldats détallent. Il n'a plus de muselière non plus.
Un sentiment étrange m'assaillit. Pas de soulagement, mais une sorte de certitude. Il ne veut pas ma mort au point que je pensais. Pour une raison qui m'échappe certes; mais il ne la veut pas.
C'est étrange, pourtant.
Je l'ai trahi en l'obligeant à vivre contre son gré; je l'ai contraint à servir de guide à nos ennemis.
Il me laisse la vie, du moins pour l'instant; je me sens honorée. C'est sûrement en rapport avec le fait que je l'aie soigné dans la foret; nous sommes désormais quittes. Je ne lui dois plus rien, et lui non plus. Les compteurs sont à zéro. Je ne sais pas pourquoi, mais cela me blesse plus qu'autre chose.
Sans que je m'en sois aperçue, la tempête avait cessé. Le ciel était dégagé, et la lune était plus ronde et lumineuse que jamais. La neige scintille près du grand feu au milieu du bivouac désormais dressé.
De grandes ombres dansent sur la toile des tentes, tandis que les humains et les chiens, en rond autour de la source de chaleur, attendent et se revigorent.
Peu de temps après, un délicieux fumet se fait sentir. Nourriture. J'ai le ventre qui grouille. J'aurais vraiment du attraper le lièvre dans la forêt. Une queue se forme, et chacun tend son bol pour recevoir sa ration militaire méritée.
Tsume me tourne le dos et se couche. Pour ma part, je m'assieds et me tends vers l'astre rond qui surplombe la scène.
Un sentiment de bien-être insoupçonné me submerge tandis que les rayons lunaires caressent ma toison châtain.
Je ne savais pas que les loups étaient vraiment en symbiose avec la lune. J'inspire a fond.
La bataille m'a vidée d'une partie importante du poids que j'avais sur le coeur. Au loin, je sens une odeur fleurie qui m'appelle.
Dans la même direction, je perçois la forêt dans laquelle nous avons été dispersés. C'est là que nous sommes censés les guider, et retrouver la meute.. et Cheza. Je soupire. Nous étions vraiment mal.
Sans parler de plans de mon père.
Je l'observai. Il mangeait, assis a l'écart de la troupe sur un rocher, son fusil entre les jambes, assez près pour nous tuer. Il sembla sentir mon regard, car il me dévisagea un instant, puis reporta son attention sur sa gamelle.
Que mijotait-il?
Au loin, trop loin pour pouvoir déterminer où, un long hurlement se fit entendre. Un hurlement de loup.
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