A/N : le chapitre 2 où Louis rencontre quelqu'un d'un peu agaçant… Mais je vous laisse ça découvrir par vous-même !
Louis, encore perturbé par la fin de la conversation qu'il avait tenue avec Tim à la table des Serdaigle, se dirigeait vers la bibliothèque lorsqu'il entendit provenir d'une salle de classe à la porte mal fermée les échos d'une dispute entre un garçon et une fille. Il hésita à entrer voir ce qu'il se passait (non pas qu'il ait été curieux ! Mais il craignait que les choses ne tournent au vinaigre, Poudlard se serait bien passé d'un meurtre en cette période déjà rendue funeste par les recherches de cavaliers pour un stupide bal de fin d'année de la quasi-totalité des filles de septième année) quand la raison du raffut surgit devant lui : la porte venait de s'ouvrir complètement, un garçon se précipitant hors de la salle de classe. Une fille aux longs cheveux et au teint noirs qui hurlait visiblement de toute la force de ses poumons voulut le suivre, mais tout ce qu'elle fit, ce fut de se heurter à Louis. Elle faillit tomber en arrière mais Louis la rattrapa à temps, agrippant son bras avant qu'elle ne touche le sol.
— Lâche-moi ! s'exclama-t-elle avec fureur, dégageant violemment son bras.
— Hey ! Je n'ai fait que t'aider à ne pas te cogner la tête par terre ! s'indigna Louis.
Ce n'est pas parce qu'il était timide que Louis allait se laisser marcher sur les pieds ! La fille, qu'il reconnut alors comme étant Vera Zabini, une fille de son année qui avait été répartie dans la maison de Serpentard et avec qui il avait par le passé échangé de nombreux cours, lui adressa un regard si noir que Louis n'eut aucun mal à comprendre pourquoi le garçon après qui elle était en train de passer ses nerfs moins de trente secondes auparavant s'était enfuit en courant. A cet instant, on aurait dit qu'elle était capable de décapiter le premier imbécile qui aurait la malchance de se promener dans son champ de vision. Louis déglutit : Vera Zabini était absolument terrifiante.
— J'aurais pu me rattraper toute seule, répliqua-t-elle d'un ton dédaigneux. Et puis d'abord, qu'est-ce que tu fous là, Weasley ? Tu devrais pas être en train de te faire masser les pieds par l'une des nombreuses greluches ton fan club ?
Louis grogna. C'était bien sa veine ! A peine une dizaine de filles du collège étaient insensibles à son charme et il avait fallu qu'il tombe sur l'une d'elle dans une crise de colère ! Il préféra ne pas répondre et demanda :
— Et toi Zabini, qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu criais ? Sur qui tu criais ?
— Sur cet imbécile de Devon Pucey qui a cru qu'il allait pouvoir me larguer comme une vieille chaussette sans que je ne dise rien !
Elle le regarda et ajouta sèchement :
— Mais de toute façon, ça ne te regarde pas.
— Oui, effectivement, ce que tu fais avec Devon Pucey ne me regarde pas, répliqua Louis tout aussi froidement.
Il n'en revenait pas : Vera Zabini sortait avec le numéro 4 de son Top 10 personnels des plus beaux garçons de Poudlard ! La vie était vraiment trop injuste avec lui : d'abord, il ne pouvait pas assumer son homosexualité, ensuite, les garçons qui lui plaisaient étaient visiblement tous hétérosexuels, et en plus, ils sortaient avec des filles que Louis pouvait à peine supporter. Louis se demanda vaguement ce qu'il avait bien pu faire dans une vie de si terriblement inhumain antérieure pour mériter un retour de kharma aussi violent. Et il n'était pas au bout de ses peines, comme il n'allait pas tarder à le découvrir.
— Quoi ? Tu es jaloux, Weasley ? demanda Zabini d'une voix moqueuse.
— Excuse-moi ? manqua de s'étouffer Louis.
Comment avait-elle fait pour savoir qu'il trouvait Devon à son goût, bon sang ? Vera Zabini était-elle une legillimens de haut talent ?
— Allez, tu peux avouer que tu es jaloux que Devon sorte avec moi… soit sorti avec moi… ? Non, « sorte avec moi » sonne mieux…
Elle secoua la tête et pointa son index sur Louis d'une façon si déterminée qu'il se sentit obligé de reculer d'un pas.
— Enfin bref, tout ça pour dire que tu es jaloux de Devon parce qu'en réalité je te plais, n'est-ce pas Weasley ?
Louis la regarda un instant d'un air interdit, clignant ses paupières à trois ou quatre reprises comme un lapin pris dans les phares d'une voiture, puis il se mit à rire. Il se mit à rire comme il n'avait pas ri depuis très longtemps, il se mit à rire plus fort qu'il n'avait jamais ri dans toute sa vie. Il essaya de se contrôler, parce que Louis Weasley n'était pas quelqu'un qui riait beaucoup, mais il n'y parvint pas. Il avait accumulé trop de pression entre l'annonce du professeur Carlson, les invitations de diverses sorcières à l'accompagner au bal de fin d'année et la conversation qu'il avait eue avec Tim qu'il ne put faire rien d'autre que de rire encore et encore.
— Qu'est-ce qu'il y de si drôle ? demanda Vera Zabini d'une voix irritée.
— Hihihihi, ahahah !
— Oh, Weasley ! Je te parle, tu pourrais au moins avoir la politesse de me répondre !
— Ahahah, ohoh, ahah !
— Weasley ! Qu'est-ce qui est drôle ?
— Ahahahah, hihihi, ahah… AIE !
Louis porta aussitôt sa main à sa joue droite, là où le poing de Vera Zabini venait de le frapper.
— Mais tu es complètement folle ! s'exclama-t-il, son euphorie passagère définitivement envolée et sa mâchoire douloureuse.
— Et c'est toi qui dit ça alors que tu es celui qui s'est mis à rire tout seul comme un gros taré, fit-elle remarquer.
Très juste, ne put s'empêcher de penser Louis, mais il n'était pas près de l'admettre.
— Quand on rit on ne blesse pas les gens, se contenta-t-il de répondre.
— Si, tu viens de blesser mon égo et pourtant je ne fais pas ma fillette !
Le regard de Vera Zabini était noir de colère, mais aussi d'autre chose que Louis eut du mal à reconnaitre jusqu'à ce qu'il se rende compte de la manière dont sa mâchoire était serrée : elle était blessée par ses rires. Elle en avait tous les droits, réalisa-t-il, parce que son petit ami venait visiblement de rompre avec elle, et ensuite, Louis avait lui-même sous-entendu que la pensée qu'elle aurait pu lui plaire était ridicule. Alors que ce n'était pas du tout comme ça que Louis voyait les choses : Vera Zabini était jolie, et dotée d'un caractère plus fort que la plupart des filles de son âge qui faisait surement d'elle quelqu'un de plus intéressant que beaucoup d'autres mais… Vera Zabini était avant tout une fille.
Louis lâcha sa mâchoire et il frotta ses mains contre sa robe de sorcier.
— Ecoute, je suis désolé, d'accord ? Ce n'était pas destiné à te blesser, vraiment.
— Hmpf.
— Non, vraiment, je t'assure ! C'est juste que… j'avais tellement de tension en moi, il a bien fallu que ça sorte…
Il hésita un instant et ajouta :
— Je crois que je devrais peut-être même te dire merci.
Vera ricana.
— Je t'en prie, Weasley, n'en fais pas autant, ça n'est plus crédible.
— Non, vraiment, tu n'as pas idée…
Vera Zabini lança ses mains en arrière, visiblement énervée.
— Pas idée de quoi, exactement ? De ce que c'est d'être tellement parfait en tout point que la quasi-totalité des filles de Poudlard te court après quand moi je n'arrive pas à trouver trois garçons qui veuillent sortir avec moi pour autre chose que du cul ? De ce que c'est d'avoir su jouer la carte du mystère tellement habilement que tout le monde te voit comme une sorte de demi-dieu tandis que moi je suis une trainée parce que j'ai eu quatre petits-amis ? De ce de que c'est de crouler sous les invitations pour ce stupide bal de fin d'année alors que moi je n'arrive même pas à garder mon petit-ami plus de cinq mois ? De…
— Je suis homosexuel.
— Hein ?
Louis se sentit rougir de la tête aux pieds (heureusement que leurs robes de sorcier dissimulaient tout le corps des étudiants de Poudlard…). Il ne savait pas pourquoi il l'avait dit, encore moins pourquoi il l'avait dit à Vera Zabini, ici, dans un couloir à mi-chemin entre la Grande Salle et la bibliothèque de Poudlard, et maintenant, alors qu'il avait soutenu à l'un de ses meilleurs amis moins de dix minutes auparavant qu'il n'était pas gay. Mais étrangement, alors qu'il aurait sans doute dû se sentir mal à l'aise, il ne put que ressentir une vague de soulagement à l'idée d'avoir enfin pu confier son lourd secret à quelqu'un, même si ce quelqu'un était quelqu'un qui le détestait.
— Je suis homosexuel, répéta Louis. Je n'aime pas les filles, je n'ai jamais aimé les filles, alors non, je n'ai pas ri parce que tu n'es pas à mon goût. Enfin, techniquement, si, tu n'es pas à mon goût parce que tu n'es pas un homme, mais voilà, c'est ça que je veux dire : tu es jolie, mais tu n'es pas un homme, donc aucun risque que je sois jaloux de Devon.
Il ricana et ajouta :
— C'est plutôt de toi, que je suis jaloux.
Vera Zabini avait porté sa main à sa bouche et elle le regardait étrangement.
— Bon sang mais tout s'explique maintenant, murmura-t-elle.
— Tout s'explique ? Qu'est-ce qui s'explique ?
— Le fait que les plus belles filles de l'école… et les moins belles aussi d'ailleurs… se jettent pratiquement à tes pieds mais que tu ne sois jamais sorti avec une d'entre elles… Mais… pourquoi tu ne l'as jamais dit ?
Louis eut un petit sourire désabusé.
— Parce que je crois que la société n'est pas assez accueillante pour les gens comme moi. Je ne veux pas devenir un paria pour quelque chose que je n'ai pas choisi et qui ne me quittera jamais.
— Et tu crois vraiment que rester dans le placard est une bonne chose ? demanda Vera d'une voix que Louis trouva curieusement inquiète.
— Pour l'instant, en tout cas… Mais du coup, parfois, je deviens un peu dingue, à devoir être toujours sur mes gardes pour que personne ne se rende compte de ça… Et là, il y a eu ces cinq filles qui m'ont demandé de les accompagner au bal, et puis Tim qui m'a demandé si j'étais gay, et puis…
— Sors avec moi, et viens avec moi au bal de Carlson, le coupa Vera.
Louis cligna à nouveau ses paupières, étonné.
— Hein ? Mais euh… tu n'as pas entendu ce que je…
— Bien sûr que si, que je t'ai entendu, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel. Ecoute, tu as besoin que les gens pensent que tu es hétéro, mais tu ne peux pas accepter l'invitation d'une de ces filles parce que tu ne veux pas qu'elles sachent que tu es de l'autre bord. Moi, j'ai besoin d'un beau garçon pour rendre Devon jaloux, et même si ça m'embête grandement de l'admettre, tu es plutôt beau garçon et tu correspondras parfaitement au rôle. Alors on peut faire semblant de sortir ensemble, se tenir la main dans les couloirs, manger ensemble de temps en temps, étudier à la bibliothèque en tandem, et tous ces trucs que l'on fait quand on est en couple. Evidemment, je ne dis à personne que tu es gay et tu ne dis pas que je suis tellement amoureuse de ce crétin de Devon que je suis prête à tout pour qu'il me revienne. On y trouverait tous les deux notre compte, tu ne crois pas ?
Louis regardait Vera sans trop savoir que dire. Il ne s'inquiétait pas trop pour son secret : il la connaissait peu, mais il était de notoriété publique que Vera Zabini était quelqu'un d'intègre et d'honnête qui avait à plusieurs reprises obtenu des retenues pour avoir refusé de donner le nom d'un élève fautif d'une quelconque bêtise à un quelconque professeur. Elle avait l'air parfaitement sérieuse, et Louis se demanda l'espace d'un instant si elle n'était pas là, la solution pour avoir la paix. Alors il ne réfléchit pas trop longtemps avant de tendre sa main en disant d'une voix rendue rauque par un mélange de soulagement et d'excitation :
— Je suis partant.
Vera lui sourit — un vrai sourire, sincère, cette fois-ci — et serra sa main en disant :
— Marché conclu.
A/N : Qui sent déjà ce pacte courir à la catastrophe ? mwahah
