A/N : Bon, je vais arrêter de vous dire "je vais essayer de publier régulièrement", je crois qu'on a tous compris que ça n'arriverait jamais. Je suis un énorme boulet, et je vous présente mes excuses.


Le lendemain matin, c'était plus heureux et libre qu'il ne l'avait été depuis de nombreuses semaines que Louis quitta son dortoir. Il retrouva Rose dans la salle commune et ensemble, ils descendirent prendre leur petit déjeuner dans la Grande Salle. Ils s'installèrent à la table des Serdaigle, et Vera les y retrouva peu après.

— Malfoy est rentré de l'infirmerie avec une énorme bosse sur le front, leur dit-elle en guise de bonjour. Tu n'y es pas allée de main morte, Rose, si même Finnigan n'a pas réussi à la faire disparaitre.

— Bien fait pour lui, grogna Rose en attrapant un toast. J'espère qu'il va la garder longtemps, histoire qu'il se rappelle à quel point il est un loser à chaque fois qu'il se verra dans un miroir.

Louis ne dit rien. Il aurait voulu être choqué de la haine que montraient Rose et Vera, parce qu'il avait toujours pensé que la violence ne réglait rien, mais évidemment, la part de lui que Scorpius Malfoy avait piétinée au bord de ce lac se réjouissait de savoir que le Serpentard souffrait lui aussi, même si sa douleur n'était que physique.

Cela ne faisait pas dix minutes qu'ils avaient commencé à manger que leur cousin Albus et deux de ses amis de Poufsouffle s'arrêtèrent à leur hauteur à la table de Serdaigle.

— Rose, dit-il sans autre préambule, c'est vrai ce qu'on dit ?

— Je ne sais pas, j'imagine que cela dépend de ce que l'on dit, répondit-elle en haussant les épaules.

— Tu aurais soit-disant envoyé Scorpius Malfoy à l'infirmerie en le battant à la Moldue.

— Ah, dans ce cas, c'est vrai. Je lui ai explosé la tête contre le sol des cachots, c'était assez comique.

— Et on peut savoir pourquoi ? Il n'y a pas deux jours c'était encore ton cavalier pour le bal de Carlson !

— Ah c'est vrai, ça, va falloir que je me trouve quelqu'un d'autre, dit Rose sans répondre à la question d'Albus.

— Tu peux y aller avec moi, si tu veux, intervint un des amis d'Albus. J'aime bien les filles avec du tempérament.

— Oh non Peter, crois-moi, tu ne veux pas y aller avec elle, grogna Albus.

— Et pourquoi ça ? demanda Rose en fronçant les sourcils.

— Parce que non seulement tu es la plus grande chieuse que j'ai jamais eu l'infortune de rencontrer, mais en plus, maintenant, tu donnes aussi dans la violence. Sans rire, Rose ! Envoyer un élève à l'infirmerie ! Qu'est-ce que qui a bien pu te passer par la tête ?

— C'est un con.

— Et alors ? Si on se mettait à taper sur tous les cons de l'école, on n'aurait pas fini !

— Non mais lui c'est vraiment un très, très gros con, intervint Vera.

Albus tourna son regard vers elle et il leva un sourcil interrogateur.

— Dois-je comprendre que la deuxième partie de la rumeur est véridique, elle aussi ?

— A toi de me le dire, Potter.

— On raconte que tu as participé à l'attaque sur Malfoy.

— Je lui ai retourné une gifle, oui, et je tiendrai compagnie à ta cousine pendant sa retenue.

Albus sembla hésiter un instant avant de dire :

— Et j'imagine que vous n'allez pas me dire pourquoi ?

Rose et Vera échangèrent un regard avant de jeter un coup d'œil à Louis qui se sentit rougir faiblement.

— Non, finit par dire Vera.

— Rose, tes parents vont te tuer, fit remarquer Albus.

Rose haussa une nouvelle fois les épaules.

— Tant pis.

— Si tu me dis pourquoi tu as fait ça, je pourrais essayer de les convaincre de ne pas te punir trop violemment, insista-t-il.

— Oh, s'il te plait, Al, ne dis pas des choses que tu ne penses pas. Tu es uniquement motivé par ta curiosité maladive.

— Pas uniquement, reconnut Albus.

— Bon, eh bien la version officielle de l'histoire, c'est que Malfoy est un con et que c'est une raison suffisante pour lui refaire le portrait.

— Alleeez, Rose, dis-moi !

— C'était à cause de moi.

Tous les regards se tournèrent alors vers Louis qui se sentit furieusement rougir. Il ne savait pas pourquoi il avait décidé d'intervenir comme cela dans la dispute de Rose et Albus, mais il était de toute manière trop tard pour faire marche arrière puisque son cousin allait surement demander plus d'explications.

— Ah ? fit Albus d'un air qui signifiait très clairement « dis-moi en plus, s'il te plait. »

Louis se râcla la gorge et se mit à réfléchir un instant. Rose lui avait dit la veille que toute la famille se doutait de son homosexualité. Albus ne faisait donc surement pas exception à la règle. Maintenant, la question était de savoir s'il était prêt à l'admettre devant deux des amis d'Albus qu'il ne connaissait pas. Avouer sa préférence pour les hommes devant deux inconnus revenait à officiellement sortir du placard, et Louis n'était pas sûr qu'il avait envie de ça maintenant.

— Il m'a insulté, répondit-il sobrement.

Albus fronça les sourcils.

— Mais pourquoi ? Tu le connais à peine !

— Oui, parce qu'il est con, intervint Vera. C'est bien ce qu'on te dit depuis tout à l'heure.

— Ca devait quand même être un truc assez grave, pour que tu arrêtes de lui parler alors même que Malfoy et toi êtes normalement inséparables, fit remarquer Albus.

Louis soupira.

— Tu ne nous ficheras pas la paix tant que tu ne sauras pas, hein ?

— Non.

— Très bien, dans ce cas.

Il prit une inspiration profonde et dit :

— Il a découvert mon homosexualité et m'a traité de tapette et de pédale.

Le silence tomba parmi eux, la révélation de Louis lourde dans l'air du matin. Et au bout de quelques secondes, Albus eut un petit sourire en coin avant de dire :

— Il était temps que tu sortes de ton placard, Weasley.

Louis ne put s'empêcher de sourire faiblement lui aussi.

— Surement, Potter.

Les choses auraient pu en rester là, mais Peter, l'ami d'Albus qui avait invité Rose à aller au bal de Carlson avec lui, demanda :

— Tu es gay ?

— Oui, répondit simplement Louis.

Peter hésita quelques secondes avant de demander à Albus :

— Ca ne te pose pas de problème ?

— Comment ça ? demanda Albus en fronçant à nouveau les sourcils. Qu'est-ce que ça veut dire, ça ?

— Je ne suis pas homophobe, hein, se défendit rapidement Peter. C'est juste que… tu n'as pas peur ?

— Peur de quoi ?

— Je ne sais pas, qu'il essaie de…

— De quoi faire ? intervint Louis. De le draguer ? De le violer, même peut-être ?

— Pas de le violer, mais oui, enfin je sais pas, ça me mettrait mal à l'aise d'être ami avec un homo, imagine qu'il se fasse des idées et qu'il croie que tu es intéressé…

— C'est son cousin ! fit remarquer Vera comme si Peter avait été le plus grand des imbéciles.

— Est-ce que toi tu imagines que toutes tes amies filles hétéros veulent sortir avec toi ? demanda Rose en levant les yeux au ciel.

— Tu dis que tu n'es pas homophobe, mais en fait tu es encore pire que les gens comme Scorpius Malfoy qui sont ouvertement haineux, poursuivit Louis. Tu fais partie de ceux qui creusent le fossé entre hétéros et homos au quotidien sans même s'en rendre compte. Tu es de ceux qui installent un climat maladroit, tu es de ceux qui introduisent des idées révoltantes entre le fromage et le dessert sans même comprendre que c'est mal. Et oui, ça c'est de l'homophobie, au sens premier du terme : ce n'est pas de la haine pour les homosexuels, c'est de la peur, et c'est encore plus dur à vaincre.

Le silence qui suivit les mots de Louis fut encore plus long que le précédent. Il sentait son cœur cogner comme un fou contre sa poitrine. Ces mots qu'il avait toujours eu envie de prononcer, il les avait enfin sortis de lui, et il se sentait épuisé.

— Je suis désolé, commenta simplement Peter.

Louis ne dit rien. Il ne savait pas si ces excuses étaient sincères, et il ne pouvait les recevoir. Ce fut Albus qui parla ensuite :

— Content que tu sois enfin toi-même.

Louis hésita, mais il finit par dire :

— Est-ce que vous pourriez juste… garder ça pour vous ? Je ne suis pas tout à fait sûr d'être prêt à affronter le monde.

— Pas de problème, répondit aussitôt Albus. C'est ton choix, je suis simplement heureux que tu fasses confiance à ta famille et tes amis.

Il jeta un coup d'œil à Peter et leur autre ami qui bafouillèrent aussitôt :

— Bien sûr, bien sûr…

— Parole de Poufsouffle.

Ils leur souhaitèrent alors une bonne journée et Louis regarda son cousin et ses amis s'éloigner vers la table de leur maison en espérant que la loyauté des Poufsouffle n'était pas que proverbiale…


Le reste de la journée se passa sans aucun accroc. Louis ne vit pas Scorpius Malfoy puisqu'ils n'avaient aucun cours en commun le mardi et que le Serpentard devait vraisemblablement éviter la Grande Salle aux heures d'affluence si sa bosse était vraiment aussi voyante que l'avait dit Vera.

Vera avec qui Louis dina ce soir-là, ainsi qu'avec Rose, Tim, Kevin, Mark et sa petite -amie Queenie, qui était la seule à ne pas connaitre le secret du jeune Serdaigle. Rose et Vera mangèrent rapidement, et après qu'elles eurent quitté la table de Serdaigle pour se rendre à leur retenue (au grand soulagement de Tim qui se remit à respirer normalement), Queenie demanda :

— Elles ont fait quoi, pour être punies ?

— Cogné Malfoy, répondit Kevin, la bouche pleine de pommes de terre.

— C'est elles, la bosse ? Woah, bon boulot, on dirait qu'il s'est fait piqué par un insecte et qu'il a développé une réaction allergique.

Elle mangea une bouchée de ragout et ajouta :

— Bien fait pour lui.

— J'avais oublié que tu ne l'aimais pas beaucoup, dit Mark.

— C'est un euphémisme, ça. Je le déteste.

— Ah bon ? fit Louis. Tu le connais bien ? Tu n'es même pas dans notre année, tu n'as surement jamais été en classe avec lui.

— Ma meilleure amie, Julianne, qui est à Gryffondor, fait partie des nombreuses victimes de Scorpius Malfoy le tombeur. Il lui a brisé le cœur, l'an dernier. Elle a mis des mois entiers à s'en remettre, ce n'était vraiment pas un jolie période à voir.

— Scorpius Malfoy ou le plus grand con que la terre ait porté, commenta Kevin en finissant par avaler ses pommes de terre.

Tout le monde hocha la tête.

— Par curiosité, il a fait quoi pour que sa meilleure amie le déteste comme ça à son tour ? demanda Queenie.

Louis, Tim, Mark et Kevin échangèrent tous un regard qui malheureusement n'échappa pas à Queenie.

— Vous ne voulez pas me dire ? demanda-t-elle en faisant des yeux de cocker.

— Queenie, ne fais pas ça, tu sais que je suis incapable de te refuser quoi que ce soit avec de regard, plaisanta Mark, une expression de tendresse sur le visage.

— Urgh, les Bisounours, allez-vous faire des mamours ailleurs, s'exclama Kevin.

— Les quoi ? demanda Louis, interloqué.

— Un truc moldu, répondit Kevin. Un dessin animé qui…

— Tout ça pour dire que je veux vraiment savoir ce qu'a fait Malfoy s'il vous plait, coupa Queenie.

Louis la considéra un instant. Elle était la petite amie de Mark depuis plus de six mois, surement pourrait-il lui dire de quoi il s'agissait sans risquer de la voir répéter son secret, dégoutée.

— Il a eu vent de mon homosexualité et m'a traité de pédale.

Queenie tourna aussitôt la tête vers Louis et plissa les yeux.

— Vent de ton… homosexualité ?

Louis confirma d'un signe de tête.

— Et on peut savoir pourquoi moi je n'étais pas au courant ?

— Parce que ce n'est pas un truc qui est écrit sur son front, peut-être, bébé ? suggéra Mark.

— Ce que je veux dire, c'est comment je peux être sûre qu'il ne s'est rien passé entre vous deux.

Mark éclata de rire.

— Ecoute Queenie, je sais que tu es d'un naturel jaloux, mais tu peux me faire confiance : même s'il essayait de me draguer, Louis n'a aucune chance avec moi. Je suis bien trop attaché à ma furie de copine.

Queenie hésita un instant, et regardant Louis, elle ajouta en riant :

— Tu n'as pas intérêt à me le transformer en gay, d'accord ?

Tout le monde éclata de rire et Louis se força à les imiter. Mais en réalité, le cœur n'y était pas. Queenie n'avait pas pensé à mal en disant cela, mais le fait était que pour certaines personnes, les homosexuels constitueraient toujours une menace. Louis était un danger pour les hommes qui se voyaient « potentiellement intéressants pour lui » et pour leurs petites amies qui avaient peur de se faire voler leur homme de manière irréversible, de le perdre à l'homosexualité. Même si les gens semblaient l'accepter en apparence, il y aurait toujours des Peter et des Queenie, qui faisaient de l'homophobie quelque chose de beaucoup plus compliqué à abattre que la haine affichée des Scorpius Malfoy. La route vers l'acceptation serait longue, et Louis n'était pas encore tout à fait sûr d'avoir le courage de l'emprunter.


A/N : J'espère que ce chapitre vous a plu en tout cas, et qu'il montre assez bien que l'homophobie, ce n'est pas que la haine affichée, mais aussi des petites remarques au quotidien.