CHAPITRE 2 : Un autre corps.
L'équipe, accompagnée du capitaine Carter, se rendit sur les docks, à l'ouest de New York, sur le lieu du crime. Tous s'approchèrent du lieutenant en charge de l'enquête.
« _ Le corps a été retrouvé tôt ce matin par des dockers.
_ Pourquoi on est prévenus que maintenant alors ? -demanda Derek-.
_ Parce qu'on ne savait pas si il y avait un lien avec l'enquête. Le message n'a pas été trouvé tout de suite.
_ Que dit-il ? -demanda Carter à son tour-.
_ Eh bien … -le lieutenant regarda sur son carnet-, d'un côté il y a écrit « THIS WE'LL DEFEND » et de l'autre « la torture est une pratique courante que l'on tolère ».
_ C'est aussi de toi ? -demanda David à Riley-.
_ Oui -dit-elle d'un air désolé-. Il y a trois ans, j'ai publié un livre s'intitulant « Les Crimes de Guerre », j'y relatais tout ce qu'il pouvait se passer durant les guerres, et aussi à quel point c'était un véritable paradis pour les tueurs, étant donné que personne ne se soucis de ça. Les soldats se contentant d'obéir aux ordres et les généraux de fermer les yeux.
_ On vous a laissé publier un livre sur ce sujet ? -s'étonna JJ-.
_ Oui, disons que j'en ai fait un roman policier, mais en précisant que l'histoire était inspirée de faits réels.
_ C'est un très bon roman relatant l'histoire d'une équipe de profileurs déployée en Afghanistan pour enquêter et arrêter les tueurs en série qui y sévissent et qui profitent de la guerre pour le faire impunément -intervint Rossi-.
_ Voilà, c'est ce que nous faisons.
_ Comment ça ? -demanda Hotch en fronçant les sourcils-.
_ L'équipe de profileurs déployée existe vraiment. J'en étais à sa tête.
_ J'en avais entendu parlé mais je pensais que c'était une sorte de légende -dit JJ-.
_ Eh bien non, nous existons vraiment -voyant le regard incompris des membres de l'équipe du FBI, Riley décida de leur expliquer-. Lorsque j'étais simple soldat, j'ai été envoyé en Afghanistan. J'ai vu beaucoup d'horreurs comme vous pouvez l'imaginer, mais lors d'une mission, nous avons découvert huit cadavres de femmes qui n'étaient clairement pas les victimes de la guerre mais d'une seule et même personne. Nous l'avons signalé à notre supérieur qui nous a explicitement demandé d'oublier ce « détail » -dit-elle en mimant des guillemets avec ses mains-. Lorsque je suis rentrée au pays un mois plus tard, j'ai été voir les hauts responsables et leurs ai raconté ce que nous avions découvert et qu'il était impensable que cela reste tel quel. Ils m'ont alors dit qu'ils n'y pouvaient rien -ses yeux s'assombrir-, je leur ai dit qu'il était inconcevable que des hauts gradés comme eux, ayant prêté serment de servir et protéger ferment tout simplement les yeux face à de telles choses. Ils m'ont demandé ce que je proposais pour y remédier et je leur ai proposé de monter une équipe de soldats profileurs qui partirait en Afghanistan. Malgré leurs réticences, ils ont accepté.
_ D'accord, dans ce cas, nous travaillerons ensemble sur cette affaire -dit Hotch près à donner ses directives-. JJ et Morgan, allaient interroger les dockers qui ont découvert le corps, Rossi et moi iront voir la famille de la victime. Carter vous irez avec Blake et Reid voir le médecin légiste. On se retrouve au poste. »
Et tous partirent de leur côté pour effectuer leur enquête. Dans la voiture les menant au bureau du médecin légiste, Blake et Carter, toutes les deux montées à l'avant, parlaient du métier de celle-ci, Reid lui restait silencieux, se contentant d'écouter la conversation :
« _ Tout à l'heure vous avez dit que vous étiez capitaine dans l'US Army ? -demanda Alex sans quitter la route des yeux-.
_ Oui, c'est exact.
_ Pourquoi avoir utilisé le passé ? -elle regarda du coin de l'œil la réaction de la jeune femme à ses côtés, mais elle ne sembla pas bouger-.
_ Parce que je ne le suis plus. »
Alex allait répondre mais Spencer leur signala qu'ils étaient arrivés à destination. Dans la salle d'autopsie, ils rencontrèrent le médecin légiste, un homme d'une cinquantaine d'année les salua et leur donna le dossier préliminaire de la victime.
« _ Ronaldo Viconti, 47 ans -lu Reid-.
_ Quelle est la cause du décès ? -demanda Blake-.
_ Une balle dans la tête, et d'après les éclaboussures de sang, il ne fait aucun doute qu'il a été exécuté sur place.
_ Notre homme n'a pas froid aux yeux -remarqua Carter-.
_ Personne n'a entendu de coup de feu ? -demanda le médecin légiste-.
_ Non, personne n'a rien signalé -répondit Spencer-.
_ Il a été torturé ? -demanda Riley en s'approchant du corps-.
_ Ça ne fait aucun doute oui, il a plusieurs doigts brisés et des contusions sur le visage. Mais impossible de savoir si c'était ante ou post-mortem tant que je n'ai pas fait l'autopsie, je vous enverrais les résultats dès que j'aurais fini.
_ Très bien, merci docteur -dit Alex dans un sourire poli-. »
Ils regagnèrent la voiture pour rejoindre leurs collègues au poste de police. Le trajet se fit en silence cette fois-ci, l'agent Blake avait bien comprit que la raison du départ du capitaine était un sujet sensible et elle se demandait si cela avait un lien avec l'affaire. Mais elle le lui demanderait en temps voulu. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la grande salle qui avait été mise à leur disposition, tous les autres étaient déjà de retour, le briefing pouvait alors commencer :
« _ Est-ce que vous avez appris quelque chose des dockers ? -demanda Hotch en regardant JJ et Derek-.
_ Non rien, et même s'ils avaient vu quelque chose, je ne pense pas qu'ils nous l'auraient dit -répondit Morgan-.
_ Je vois, Spencer, quelque chose ?
_ La victime a été tuée sur place d'après les premières constatations du médecin légiste, et je suis d'accord avec lui, les éclaboussures de sang le prouvent. Il a aussi été torturé.
_ Avant ou après son exécution ? -demanda JJ-.
_ Le médecin ne savait pas encore, il faut attendre l'autopsie, il nous enverra les résultats dès qu'il aura terminé -précisa Blake-.
_ Encore un mode opératoire différent -remarqua David-, est-ce qu'il chercherait celui qui lui procure le plus de plaisir ?
_ Je ne penses pas que le meurtre en lui-même lui procure un quelconque plaisir -répondit Spencer-.
_ Alors qu'est-ce qu'il cherche ? -demanda Derek-.
_ On devrait se concentrer sur les messages qu'il laisse et surtout trouver sa motivation. »
Tous se tournèrent alors vers Carter qui était restée silencieuse jusqu'à présent. Elle avait beau retourner le problème dans tous les sens dans sa tête, elle ne voyait pas qui pouvait être derrière tout ça.
« _ Je ne sais pas qui peut être le coupable que vous cherchez -leur dit-elle d'un air désolé-.
_ Vous avez peut-être besoin d'un petit coup de main pour faire le tri objectivement -lui dit JJ-.
_ Oui, Blake va vous aider. Peut-on parler à votre équipe en Afghanistan ? -elle fit un signe de tête positif-, bien, Derek et JJ allez-y. Pendant ce temps, Rossi et moi allons voir vos supérieurs, Reid tu viens avec nous -il regarda sa montre- on se retrouve ici dans deux heures. »
Une fois seules, Riley regarda Alex, elle était gênée, elle aurait dû répondre à sa question dans la voiture, mais le silence est parfois la meilleure défense. Elle s'installa autour de la table, prit sa tête entre ses mains pour se frotter le visage en soufflant, comme pour se réveiller. Blake posa alors une tasse de café fumante près d'elle. Elle leva les yeux vers l'agent qui lui souriait :
« _ Ce sera plus efficace.
_ Merci -dit-elle alors qu'Alex venait s'asseoir à ses côtés. Après plusieurs minutes de silence, elle prit une grande inspiration-. J'ai démissionné -Blake la regarda avec un sourire, l'invitant à continuer si elle le désirait-. Il y quelques mois, lors d'une enquête, on a dû protéger une jeune femme du suspect après lequel on courait depuis plusieurs semaines, elle avait été témoin d'un des meurtres qu'il avait commit. Malheureusement, sans les aveux directs du suspect, on avait rien. J'ai donc accepté qu'elle serve d'appât pour qu'elle le fasse parler. Seulement tout ne s'est pas passé comme prévu et elle a été gravement blessée. Elle est morte dans mes bras -elle sentit la main d'Alex se poser sur son avant bras, un frisson la parcouru, elle avait perdu l'habitude des tendres contacts physiques-.
_ Vous avez eu le coupable ?
_ Non, c'était un homme d'affaire très influent en Arabie Saoudite, les autorités afghanes ont trafiqué le dossier et le visa du suspect pour le mettre sous immunité diplomatique. J'ai essayé de faire barrage comme j'ai pu, mais mes propres supérieurs ont pensé qu'ils valait mieux fermer les yeux pour cette fois. Il est reparti dans son jet privé comme il était venu -elle sentit la main sur son bras effectuer une légère pression, elle avait oublié comme ce genre de geste simple et sincère pouvait être agréable-. J'ai eu l'impression de trahir tous les habitants de ce pays alors je suis partie. Mais je sais que mon équipe continuera, ce sont les meilleurs -Alex sourit et chercha le regard de la jeune femme qui n'avait pas quitté sa main des yeux-.
_ Est-ce que vous pensez que ça peut avoir un lien ?
_ Le premier meurtre a eu lieu deux semaines après mon retour au pays.
_ C'est sans doute le déclencheur. Qui est au courant ?
_ Mon ancienne équipe, mes supérieurs à Washington, et en Afghanistan, tous les soldats et les civils que nous coutoyons dans le cadre de nos enquêtes.
_ Ça nous fait des centaines de suspects -réfléchit Alex-, il va falloir réduire la liste. »
